L’armée française
Une puissance militaire sous pression

Laure Fanjeau (*)
Responsable recherche / développement et communication digitale d’Espritsurcouf

FOCUS : Défense

Depuis le 28 février, les États-Unis et Israël frappent l’Iran. Le Hezbollah attaque Israël, Beyrouth est à nouveau sous les bombes et Téhéran cible les bases américaines au Koweït, en Irak et aux Émirats arabes unis. Face à ces événements, le président de la République française annonce le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée. En Europe, la guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année. En mer Rouge, les Houthis continuent de menacer les routes maritimes mondiales …
Dans ce monde en feu, où se trouve l’armée française ? Avec près de 30 000 militaires déployés sur tous les continents, la France reste l’une des seules puissances européennes à disposer d’une présence militaire véritablement globale. Mais ce déploiement planétaire révèle aussi ses tensions comme des retraits forcés en Afrique, une pression budgétaire croissante et des soldats positionnés au cœur de théâtres qui s’embrasent.
Ce focus fait le point de cette situation sous pression.

I. Vue d’ensemble du dispositif opérationnel

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La France est l’une des rares nations européennes à disposer d’une capacité de projection militaire globale. Le Ministère des Armées structure ses déploiements en quatre grandes catégories :

  • Forces de souveraineté dans les territoires d’outre-mer (DROM-COM) : Antilles, Guyane, La Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française.
  • Forces prépositionnées à l’étranger : basées sur des accords bilatéraux en Afrique (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon, Djibouti) et au Moyen-Orient (Émirats arabes unis).
  • Opérations extérieures (OPEX) : engagements en zones de conflit actif, sur mandat ONU, coalition ou Union européenne.
  • Missions opérationnelles (MISSOPS) : missions récurrentes hors OPEX, notamment le flanc Est de l’OTAN.

Sur le plan budgétaire, les OPEX font l’objet d’une sous-dotation chronique. La Cour des comptes, dans son rapport 2025, pointe un dépassement systématique des crédits votés en Loi de finances initiale depuis quinze ans. Le surcoût 2024 dépasse 1,054 milliard d’euros.

A. Opération CHAMMAL en Irak et au Levant
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Lancée le 19 septembre 2014 à la demande du gouvernement irakien, l’opération CHAMMAL est la contribution française à la coalition internationale Inherent Resolve (OIR), regroupant 83 nations et 5 organisations internationales dans la lutte contre Daech. C’est l’une des OPEX françaises les plus significatives en termes de moyens engagés.

Depuis le 1er janvier 2022, la mission a évolué vers le conseil et la formation des forces de sécurité irakiennes (FSI). Les 1 100 militaires français sont répartis entre des officiers insérés dans les états-majors à Tampa (niveau stratégique), Koweït et Irak (niveau opératif) et Qatar (niveau tactique).

En avril 2024, lors de l’attaque balistique iranienne contre Israël, les forces françaises de CHAMMAL ont participé aux interceptions, démontrant l’élargissement opérationnel de cet engagement vers la dissuasion régionale.

B. Mission OTAN en Irak (NMI) sous commandement français

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La NATO Mission Iraq (NMI), mission non-combattante de conseil et de renforcement des capacités, est placée depuis le 22 mai 2025 sous commandement français. Le général de division Christophe Hintzy en assure la direction. La NMI opère dans le plein respect de la souveraineté irakienne et relève du Commandement interarmées allié de Naples (JFC Naples).

C. Opération DAMAN (FINUL) au Liban

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La France participe à la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) depuis sa création en 1978. Le contingent français, d’environ 700 militaires (pic historique à 2 000 lors de la guerre de 2006), est l’un des plus importants de la force. Après la guerre entre le Hezbollah et Israël à l’automne 2024, la France a plaidé au Conseil de sécurité pour un renforcement du mandat de la FINUL.

D. Forces prépositionnées dans les Émirats arabes unis et à Djibouti

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La France maintient deux forces prépositionnées au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique :

  • FFEAU (Forces Françaises aux Émirats Arabes Unis) : 650 militaires sur la base aérienne d’Al Dhafra et la base navale de Port Zayed. Présence stratégique dans le Golfe depuis 2009 ;
  • FFDJ (Forces Françaises à Djibouti) : 1 450 militaires. Base militaire française la plus importante en Afrique, au carrefour des routes maritimes Mer Rouge / Océan Indien.

II. Europe : Le flanc Est de l’OTAN et la guerre en Ukraine
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A. Mission Enhanced Forward Presence en Estonie
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La France assure depuis 2022 le rôle de nation-cadre du groupement tactique multinational OTAN en Estonie (eFP Battlegroup Estonia). Ce bataillon multinational est le symbole de la posture de défense collective de l’OTAN sur son flanc oriental, après l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.

Le contingent français en Estonie représente environ 1 200 militaires. En 2024-2025, la France a annoncé son intention de passer d’un bataillon renforcé à une brigade complète en Estonie à horizon 2030, portant potentiellement l’effectif à 5 000 militaires.

B. Mission en Roumanie OTAN
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La France participe également au bataillon multinational OTAN en Roumanie, avec environ 500 militaires. Ce dispositif s’est renforcé depuis février 2022. En mars 2026, le Ministère des Armées a annoncé des manœuvres logistiques ferroviaires d’envergure impliquant ce bataillon.

C. Police du ciel et missions de réassurance OTAN
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Au total, la France consacre environ 2 500 militaires aux missions sur le flanc Est (Estonie, Roumanie, Pologne, pays baltes), auxquels s’ajoutent des missions de police du ciel (Baltic Air Policing) et de surveillance maritime en mer Baltique et en mer Noire.

D. Soutien à l’Ukraine
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La France n’a pas de forces combattantes déployées en Ukraine, mais elle contribue militairement par plusieurs canaux :

  • Livraisons d’armements : canons CAESAR, missiles SCALP-EG, blindés AMX-10RC, missiles sol-air CROTALE et MAMBA, obus de 155 mm ;
  • Formation : jusqu’à 2 000 soldats ukrainiens formés en France dans le cadre de la Mission d’Assistance Militaire à l’Ukraine (MAMU) ;
  • Renseignement : coopération en matière de renseignement avec les partenaires de l’UE et de l’OTAN.

III. Afrique : Restructuration majeure du dispositif 
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A. Le grand retrait : Mali, Burkina Faso, Niger
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Depuis 2022, la France a subi un revers stratégique majeur en Afrique de l’Ouest, contrainte de retirer ses forces des pays qui l’avaient accueillie pendant plus d’une décennie :

  • Mali : fin de l’opération BARKHANE au Mali en août 2022, après 9 ans de présence. Retrait de quelque 2 400 militaires ;
  • Burkina Faso : retrait des forces spéciales françaises en février 2023, à la demande de la junte militaire ;
  • Niger : retrait complet des 1 500 militaires français en décembre 2023, après le coup d’État de juillet 2023.

B. Réorganisation : Tchad, Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon
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En 2024-2025, la France a engagé une renégociation de l’ensemble de ses accords de défense en Afrique sub-saharienne. Plusieurs évolutions majeures sont intervenues :

  • Tchad : renégociation de l’accord de défense. La France maintient environ 1 000 militaires à N’Djamena (base Adji Kossei), mais dans un format révisé ;
  • Sénégal : le nouveau président Bassirou Diomaye Faye a demandé en 2024 la renégociation des accords militaires. Le retrait des forces françaises (environ 350 hommes) est en cours ;
  • Côte d’Ivoire : réduction du dispositif à la demande du président Ouattara (2024). Fermeture partielle de la base de Port-Bouët ;
  • Gabon : après le coup d’État d’août 2023, la France a maintenu sa présence sur la base d’Akanda (350 militaires), mais la coopération est en cours de renégociation.

C. Djibouti : pivot vers la Corne de l’Afrique et l’Indopacifique
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La base des Forces Françaises à Djibouti (FFDJ), avec 1 450 militaires, reste le pivot de la présence française dans la région. Elle joue un rôle stratégique dans la surveillance du détroit de Bab-el-Mandeb et la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien. Depuis la crise de la mer Rouge déclenchée par les attaques Houthies fin 2023, elle a pris une importance accrue.

D. Opération AGENOR / ASPIDES en Mer Rouge
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Face aux attaques de missiles et de drones des Houthis contre la navigation marchande en mer Rouge (depuis novembre 2023), la France participe à la mission de protection maritime européenne ASPIDES (European Union Naval Force), lancée en février 2024. Des frégates françaises ont assuré des missions d’escorte et d’interception dans le détroit de Bab-el-Mandeb et le golfe d’Aden.

IV. Indopacifique : Ambition de puissance d’équilibre 
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A. Forces de souveraineté
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La France est l’un des rares pays à disposer de forces militaires permanentes dans la zone Indopacifique, grâce à ses territoires d’outre-mer. Le total s’élève à environ 7 000 militaires répartis entre :

  • La Réunion / Mayotte : Forces françaises de la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI) : 1 900 militaires;
  • Nouvelle-Calédonie : Forces armées de Nouvelle-Calédonie (FANC) :1 450 militaires ;
  • Polynésie française : Forces armées en Polynésie française (FAPF) : 900 militaires ;
  • Antilles / Guyane (zone Atlantique) : environ 3 400 militaires supplémentaires.

B. Déploiements opérationnels
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La France réalise régulièrement des déploiements opérationnels dans la zone Indopacifique dans le cadre de sa stratégie de puissance d’équilibre, notamment pour défier les revendications territoriales chinoises en mer de Chine méridionale :

  • MISSION JEANNE D’ARC : mission annuelle de projection du groupe amphibie autour d’un Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) ;
  • Exercices KIPPION, LA PÉROUSE : participation à des exercices multilatéraux avec les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde ;
  • Transits en mer de Chine méridionale : la France effectue des passages réguliers dans ces eaux contestées, au nom de la liberté de navigation.

Conclusion : Une armée sous tension stratégique 

 

La France est la seule puissance militaire de l’Union européenne à maintenir un déploiement mondial simultané dans autant de zones de tensions. Ce positionnement repose sur trois piliers : sa capacité nucléaire indépendante, son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et ses forces prépositionnées.

Cependant, trois défis structurels émergent clairement des rapports officiels :

  • Le recul en Afrique : la France a perdu en trois ans (2022-2024) ses trois principales bases d’opérations sahéliennes (Mali, Burkina Faso, Niger). Elle doit réinventer sa stratégie africaine sans imposer sa présence ;
  • La pression budgétaire : les surcoûts OPEX dépassent systématiquement les prévisions. La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit une hausse significative du budget des armées, mais les capacités restent sous tension ;
  • La montée en puissance sur le flanc Est : l’engagement dans le cadre OTAN en Europe de l’Est implique un renforcement croissant des moyens, dans un contexte de guerre aux portes de l’UE.

VIDEOS

Une marche en hommage au jeune militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque, battu à mort, se déroule le 21 février à Lyon, encadrée par un important dispositif de policiers et gendarmes. Les autorités redoutant des affrontements. Pour aller plus loin, Antoine Marie, chercheur au Cevipof, était l’invité de FRANCE 24. Il est revenu sur les tendances historiques de la violence politique en France.

Titre du reportage : «  La violence politique s’accentue-t-elle en France ? »
Réalisé par le média : FRANCE 24
Nature :
Entretien
Compte YouTube de France 24
Date de mise en ligne : 21/02/2026
Durée : 00:07:03

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La mort du militant nationaliste Quentin Deranque, survenue après des affrontements en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan à Sciences Po Lyon, a ravivé la question des violences politiques en France. Depuis 2017, on en dénombre 2300 contre 5 500 entre 1986 et 2017

Titre du reportage :
« Une augmentation des violences politiques ? »
Réalisé par le média : France Culture 
Nature :
Entretien
Compte YouTube de France Culture
Date de mise en ligne : 25/02/2026
Durée : 00:25:47

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La série des Cartes Blanches 2024 donne la parole aux résidents 2024-2025 de l’IEA de Paris sur un sujet de leur choix lié à des questions sociétales contemporaines. Cette carte blanche spécifique est proposée par Pierre Gaussens, résident de l’IEA de Paris 2024-2025, sociologue et chercheur au Colegio de Mexico, et Hélène Combes, directrice de recherche au CNRS rattachée au Centre de recherches internationales (CERI) Sciences Po Paris
Présentation : La violence qui caractérise le Mexique contemporain est avant tout un phénomène profondément politique, directement lié à l’exercice du pouvoir. Il est aujourd’hui essentiel de dépasser une vision purement criminelle et médiatisée pour mieux la comprendre. Analyser cette violence sous ses multiples formes, en tenant compte de son histoire, permet de l’aborder comme un phénomène sociologique : un outil au service de la compétition, normalisé, et mis à la disposition de différents acteurs dans leur quête du pouvoir.

Titre du reportage : « Violences du politique et politiques de la violence au Mexique »
Réalisé par l’organisme :  IEA de Paris
Nature :
Entretien
Compte YouTube de France Culture
Date de mise en ligne : 24/01/2025
Durée : 01:00:37

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LIVRE

Pour la première fois, un chef d’état-major de la Marine en exercice prend la plume. Il dresse un état des lieux des nouvelles menaces et explique le rôle essentiel de la Marine nationale dans cette nouvelle ère d’affirmation des puissances.

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(*) Laure Fanjeau, Responsable recherche / développement et communication digitale. Auditrice « Jeunes de l’IHEDN » et de l’IHEMI (Veille/Analyse),, elle est officier de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et de l’Espace. Spécialisée en communication, marketing et publicité, elle a mené des projets civilo-militaires nationaux et européens. Elle a fondé l’agence FANJEAU LAURE (spécialisée en communication et relations publiques) au service quotidien d’associations militaires et civilo-militaires et de l’Esprit de défense.

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