Les origines de la BSPP …

Laure Fanjeau (*)
Responsable recherche / développement et communication digitale d’Espritsurcouf

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FOCUS sur

Les origines de la BSPP et son évolution …

 

Bien avant la création de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP), la lutte contre l’incendie à Paris reposait sur des moyens rudimentaires et dispersés. Sous l’Ancien Régime, la prévention et l’extinction des incendies relevaient essentiellement des corporations, des habitants eux-mêmes et de quelques services municipaux peu structurés. Les incendies constituent alors une menace majeure. Les constructions en bois, la promiscuité urbaine, l’éclairage à la chandelle et l’absence de normes de sécurité favorisent la propagation rapide du feu.

I. La création de la BSPP 

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Pendant longtemps, la lutte contre les incendies ont reposé sur des initiatives locales et peu organisées. Ce n’est qu’à partir du XVIIᵉ siècle que les autorités commencent à prendre conscience de l’importance d’un dispositif plus structuré, notamment dans les grandes villes. Sous le règne de Louis XIV, l’introduction des pompes à incendie constitua une avancée notable, même si leur utilisation resta largement confiée à des civils insuffisamment formés.

Cette organisation encore fragile fut ensuite fortement perturbée par la Révolution française. La disparition des anciens cadres administratifs entraîna une désorganisation des secours, en particulier à Paris où les compagnies communales manquent de moyens, de discipline et de stabilité. Dans une capitale en pleine expansion, cette situation devint rapidement préoccupante pour les autorités.

A. L’incendie de l’ambassade d’Autriche : l’élément déclencheur

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Le 1er juillet 1810 marqua un tournant décisif. Un incendie éclata à l’ambassade d’Autriche, située rue de la Chaussée-d’Antin, lors d’un bal donné pour célébrer le mariage de Napoléon Ier avec Marie-Louise de Habsbourg. Le feu se propagea rapidement dans un bâtiment mal adapté à l’accueil d’un grand nombre d’invités. Les secours arrivèrent tardivement, mal organisés et incapables de maîtriser le sinistre.

Le bilan est lourd, on comptabilisera plusieurs dizaines de morts dont des membres de l’aristocratie européenne. Pour Napoléon Ier, cet échec ne fut pas seulement humain, il fut aussi politique et symbolique : l’incapacité à protéger la population et les représentants étrangers est inacceptable dans une capitale impériale.

B. La décision impériale : militariser les secours

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Napoléon Ier tira rapidement les conséquences de la catastrophe. Convaincu que seule une structure militaire, permanente et disciplinée, peut garantir l’efficacité des secours, il signa le décret impérial du 18 septembre 1811 créant le Bataillon de Sapeurs-Pompiers de Paris. Cette unité fut intégrée à l’armée, placée sous l’autorité du préfet de la Seine et du gouverneur militaire de Paris.

Le choix de la militarisation répond à plusieurs objectifs :

  1. Assurer une présence permanente, de jour comme de nuit ;

  2. Instaurer une discipline stricte et une hiérarchie claire ;

  3. Garantir un entraînement régulier ;

  4. Permettre une mobilisation rapide en cas de crise majeure.

Les premiers sapeurs-pompiers militaires furent recrutés parmi les anciens pompiers civils et les soldats expérimentés. Ils bénéficièrent d’un uniforme, d’un encadrement rigoureux et de moyens matériels modernisés pour l’époque.

Tout au long du XIXᵉ siècle, la BSPP se professionnalisa et se modernisa. Les effectifs augmentèrent, l’instruction devint plus rigoureuse et le matériel évolua avec les progrès techniques. Le bataillon s’imposa progressivement comme un modèle d’organisation et de réactivité face aux incendies urbains.

II. L’évolution de la BSPP au cours du XX° siècle

A. L’élargissement des missions au XXᵉ siècle

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Au XXᵉ siècle, les missions de la BSPP s’élargissèrent bien au-delà de la seule lutte contre l’incendie. Les sapeurs-pompiers devinrent progressivement des spécialistes du secours à victimes, intervenant lors d’accidents domestiques, d’accidents de la circulation ou d’événements de masse. Ils développèrent également des compétences en sauvetage-déblaiement, pour secourir les personnes ensevelies sous les décombres après des effondrements ou des catastrophes naturelles. La montée de l’industrialisation et de la technologie entraîna par ailleurs la prise en compte des risques technologiques et chimiques, tels que les fuites de gaz, les incendies d’usines ou les accidents nucléaires, nécessitant des interventions spécialisées et des équipements adaptés.

B. L’impact des guerres et de l’urbanisation
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Les deux guerres mondiales marquèrent un tournant décisif. La BSPP participa à la protection de la population face aux bombardements et aux incendies d’origine militaire, tout en maintenant ses missions classiques dans un contexte de pénurie et de danger permanent. Après 1945, l’urbanisation rapide et l’essor de la région parisienne augmentèrent considérablement le nombre et la complexité des interventions, obligeant le bataillon à moderniser son organisation, son matériel et ses techniques de secours.

C. La BSPP aujourd’hui : un service public moderne et efficace

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Aujourd’hui, la BSPP est l’une des plus grandes et des plus performantes unités de sapeurs-pompiers au monde. Elle assure la protection de Paris et de la petite couronne pour des missions extrêmement variées : incendies, accidents de la circulation, inondations, catastrophes naturelles, attentats ou situations de crise majeure. Grâce à son statut militaire, elle combine discipline, réactivité et rigueur opérationnelle, tandis que son haut niveau de formation et sa capacité d’adaptation aux risques modernes en font un acteur central de la sécurité civile française. Plus de deux siècles d’évolution et d’expérience se retrouvent dans son organisation et dans la qualité de ses interventions, faisant de la BSPP un modèle de service public moderne et efficace.

Conclusion

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La création du Bataillon de Sapeurs-Pompiers de Paris constitue une rupture majeure dans l’histoire de la sécurité urbaine. Pour la première fois, la protection contre l’incendie devient une mission permanente de l’État, structurée, professionnalisée et pensée à l’échelle d’une grande métropole. Ce modèle, fondé sur l’anticipation, l’organisation et la discipline, servira de référence en France et à l’étranger. Les origines de la BSPP ne se résument pas à un décret impérial : elles s’inscrivent dans une longue évolution marquée par les limites du volontariat, les drames urbains et la volonté politique de faire de la sécurité des populations un pilier de l’ordre public moderne.
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L’incendie du Bazar de la Charité et ses conséquences sur la sécurité incendie

 

I. L’incendie du Bazar de la Charité : un drame historique

A. Contexte et déroulement


L’incendie du Bazar de la Charité s’est produit le 4 mai 1897 à Paris lors de cette grande fête caritative organisée dans un bâtiment provisoire en bois. Cet incendie a été déclenché par un projecteur cinématographique utilisant de l’éther pour fonctionner. Les vapeurs inflammables et les matériaux combustibles tels que le bois et les tissus présents dans le bâtiment ont favorisé une propagation extrêmement rapide des flammes. L’évacuation fut gravement entravée par le fait que seules deux sorties étroites étaient disponibles, ce qui provoqua panique et bousculades parmi les personnes présentes.

B. Bilan humain et matériel


Le bilan humain de cette catastrophe fut terrible : plus de cent vingt personnes, principalement des femmes, perdirent la vie, et de nombreux autres visiteurs furent blessés ou piétinés dans la précipitation générale vers les sorties. En quelques minutes, le bâtiment fut entièrement détruit par l’incendie, faisant de cet événement l’un des plus dramatiques de la fin du XIXe siècle à Paris.

II. Causes et facteurs aggravants

A. Causes immédiates

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Les causes immédiates de l’incendie sont liées à la manipulation d’un projecteur cinématographique utilisant de l’éther, un produit hautement inflammable. Le feu, une fois déclenché, s’est propagé très rapidement du fait des matériaux combustibles utilisés pour la construction et la décoration de la structure. De plus, l’absence d’un nombre suffisant de sorties de secours accessibles a empêché une évacuation rapide et organisée des personnes présentes.

B. Facteurs aggravants

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Parmi les facteurs aggravants figurent le caractère temporaire et improvisé du bâtiment, qui n’était soumis à aucune norme stricte de sécurité, et l’effet de panique collective qui rendit encore plus chaotique l’évacuation. L’absence de plan d’évacuation et de mesures de prévention appropriées contribua fortement à la gravité du bilan humain.

III. Conséquences sur la sécurité incendie

A. Conséquences immédiates

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L’incendie du Bazar de la Charité suscita une prise de conscience immédiate de l’importance de la sécurité dans les lieux recevant du public. Il devint évident que des rassemblements humains nombreux nécessitent des mesures spécifiques pour prévenir les risques d’incendie et faciliter l’évacuation en cas de sinistre. Cet événement marqua ainsi le début d’une réflexion approfondie sur la prévention et la gestion du risque incendie dans les manifestations publiques.

B. Évolutions réglementaires

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À plus long terme, ce tragique incendie influença l’évolution des réglementations sur les établissements recevant du public (ERP). Les normes de sécurité commencèrent progressivement à exiger la présence de sorties de secours multiples, suffisamment larges et bien signalées pour permettre une évacuation efficace de tous les occupants. L’utilisation de matériaux moins combustibles dans la construction, ainsi que la mise en place d’installations de détection et d’alarme incendie, devinrent des éléments incontournables pour l’ouverture de lieux publics. Au fil du XXᵉ siècle, ces règles se renforcèrent encore avec l’instauration d’exigences légales précises, de contrôles réguliers et de sanctions pour non‑conformité, montrant combien l’histoire de la sécurité incendie s’est construite à partir de leçons tragiques comme celle du Bazar de la Charité.

Conclusion


Un événement tragique survenu à la fin de l’année 2025 en Suisse rappelle que, malgré les progrès réglementaires réalisés depuis la fin du XIXe siècle, les risques sont toujours présents si la prévention et la vigilance ne sont pas correctement assurées. Dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1ᵉʳ janvier 2026, un incendie s’est déclaré au bar Le Constellation, situé dans la station de ski de Crans‑Montana, dans le canton du Valais. Cette terrible catastrophe a causé la mort d’environ quarante personnes et fait plus de cent blessés alors que des fêtards célébraient le passage à la nouvelle année. Les premières constatations indiquent que le feu aurait pu être déclenché par des étincelles ou des bougies festives sur des bouteilles de champagne qui ont enflammé des matériaux de plafond, tandis que des inspections de sécurité incendie obligatoires n’avaient pas été effectuées depuis plusieurs années.


Ce nouvel incendie met en lumière l’importance cruciale des contrôles périodiques de sécurité, de la conformité aux normes en vigueur, de l’existence de dispositifs d’alarme et de détection efficaces, ainsi que de la formation du personnel aux consignes de sécurité incendie. Il montre que, même aujourd’hui, des manquements à ces règles peuvent entraîner des conséquences dramatiques rappelant douloureusement que la sécurité des personnes reste un enjeu fondamental dans tous les lieux qui accueillent du public.


LIVRE

« L’occupation française de l’Allemagne »

A l’issue de la Première Guerre mondiale, les armées alliées stationnent en Allemagne et la France prend en charge 75% du territoire occupé, essentiellement sur la rive gauche du Rhin. Pendant douze ans, cette Armée française du Rhin va vivre au rythme des provocations du gouvernement de Berlin, des attentats et des sabotages, de l’occupation de la Ruhr, mais aussi des crises gouvernementales en France et des oppositions croissantes avec les Anglo-Saxons. Pourtant, son souvenir semble avoir disparu des mémoires, alors que cette longue opération a engagé plusieurs centaines de milliers de soldats et d’employés civils. Première synthèse d’ensemble de ces événements, ce livre nous rappelle que l’histoire militaire engerbe des considérations politiques, diplomatiques, économiques, sociales et culturelles. Il témoigne aussi du lent déclassement de la France, vainqueur en 1918 mais nation affaiblie et épuisée en 1930. Une page d’histoire essentielle, de la France et de l’Europe, qui replace les questions militaires et de sécurité au cœur du débat politique.

Pour accéder à la présentation du livre, cliquez ICI


VIDEOS

Une histoire du droit international

Titre de la conférence : Une histoire du droit international
Organisme : UMR DICE
Intervenant :
Olivier Corten
Cadre de l’intervention :
Séminaire de l’UMR DICE qui s’appuie sur la bande dessinée publiée en 2022 par Olivier Corten (scénario), Pierre Klein (dessin) et Gérard Bedoret (dessin)
Nature : Conférence
Compte YouTube de UMR DICE 7318
Date de mise en ligne : 27/03/2023
Durée : 00:47:32

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Les possibilités et les limites du droit international en contexte de guerre

Cours-conférence en deux parties dispensé au Collège Belgique à Bruxelles le 27 novembre 2024 par Olivier Corten et Pierre d’Argent dans le cadre du Cycle Le droit international humanitaire à l’épreuve de la guerre.

00:12 Introduction par Françoise Tulkens
02:26 Introduction par Emmanuel Klimis
05:21 Partie 1. La Charte des Nations Unies et la violence armée : l’argument de la légitime défense et ses limites, par Olivier Corten
54:08
Partie 2. Les possibilités et les limites du droit international. Le génocide comme prétexte de guerre devant la Cour internationale de justice, par Pierre d’Argent

Ce cycle de 4 conférences aborde les enjeux concernant le droit international face aux conflits armés contemporains, en étudiant particulièrement les situations actuelles à Gaza et en Ukraine. Comment le droit international peut être utilisé pour prévenir, réguler et sanctionner les violences armées ? Comment gérer les tensions entre le recours à la force et la primauté du droit ? Quels sont les mécanismes de poursuite des crimes internationaux et quelles sont les limites de l’utilisation de la légitime défense ou du prétexte de génocide dans le déclenchement d’un conflit ?

Titre de la conférence : « Les possibilités et les limites du droit international en contexte de guerre »
Organisme : Collège Belgique (à Bruxelles)
Intervenants :
Olivier Corten et Pierre d’Argent
Cadre de l’intervention :
Cycle « Le droit international humanitaire à l’épreuve de la guerre »
Nature : Conférence
Compte YouTube de l’Académie royale de Belgique
Date de mise en ligne : 21/02/2025
Durée : 01:42:16

Pour visionner la conférence, cliquez ICI


HUB MEDIA 360°
D’Espritcors@ire

La version complète du « HUB MEDIA 360° D’Espritcors@ire »
est réservée aux membres d’Espritcors@ire.
Toutefois, vous pouvez dès maintenant profiter de l’intégralité du contenu grâce à notre abonnement annuel de 10€ en contactant secretariat@espricorsaire.fr

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(*) Laure Fanjeau, Responsable recherche / développement et communication digitale. Auditrice « Jeunes de l’IHEDN » et de l’INHESJ, elle est officier de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et de l’Espace. Spécialisée en communication, marketing et publicité, elle a mené des projets civilo-militaires nationaux et européens. Elle a fondé l’agence FANJEAU LAURE (spécialisée en communication et relations publiques) au service quotidien d’associations militaires et civilo-militaires et de l’Esprit de défense.