Violence politique et astre mort du trotskisme
2
Xavier Raufer (*)
Criminologue
L
Xavier Raufer, sans langue de bois, répondait à un journaliste de la revue Front populaire en février 2026. Les propos n’engagent que l’auteur.
La violence politique n’est pas tout à fait une nouveauté. Quelles sont les spécificités de celle que nous observons aujourd’hui ?
Xavier Raufer : jusqu’à ce jour, Macron et les néolibéraux de ses gouvernements respectent un flagrant et absolu deux-poids – deux-mesures. Depuis 2017 et le début de la présidence Macron – comme le fait si bien remarquer Christophe Guilluy – tout ce qui relève de l’expression politique ou sociale d’un enracinement, ou patriotisme, est brutalement et sur le champ sanctionné par des forces de l’ordre, et une justice, asservies ; et les antifa, Black-Blocs ou éco-activistes, laissés libres de commettre toutes les exactions ou attentats qu’ils souhaitent.
De cela, voilà des preuves concrètes :
Rentrée 2025 : la Commission de contrôle des techniques de renseignement informe sur son activité en 2024, ± 99 000 « techniques » et ± 24 400 individus surveillés. Les cibles : terrorisme, crime organisé, violences collectives, ingérences étrangères. Évoquant les individus et groupes « pouvant porter un trouble grave à l’ordre public », type « destruction en groupe d’un bien public ou privé », le président de la CNCTR précise qu’en 2024, on a ciblé 2 528 (2 551 en 2023) de ces anars-antifa ou écolo-radicaux qui, alors, multiplient sabotages et attentats (destruction ET revendication « politique »).
Or malgré ces milliers d’interceptions, pas UNE arrestation ! Pire encore, lors des Jeux Olympiques de Paris, sont sectionnés-incendiés des câbles des lignes TGV envoyant aux conducteurs les données de sécurité (aiguillages, feux rouges, etc.). Janvier 2023 : incendie criminel d’un poste d’aiguillage, 600 câbles détruits à Vaires-sur-Marne ; deux jours de paralysie du trafic de la gare de l’Est à Paris.
Ces sabotages ou attentats adviennent à longueur d’année. Pour tous, la Sous-direction antiterroriste-DGPN est aux abonnés absents. Zéro arrestation ou poursuite, connus des médias.
Maintenant, l’autre extrême : Alcoolique, confus, Christophe B. tue de 12 balles, en mai 2025, un Tunisien de 46 ans, puis cible un Turc et revendique visage découvert ; ce, fin saoul (Picon-bières, sangria & whisky-coca). Le parquet national antiterroriste (PNAT) est illico saisi pour « assassinat et tentative en relation avec une entreprise terroriste ».
Oui, ce type est xénophobe et complotiste-obsédé : 300 fois sur Facebook, il vomit sous son nom ses lubies et délires. Or on mobilise le PNAT pour un poivrot isolé, si criminel soit-il – pas UNE SEULE fois pour des terroristes auteurs « en bande organisée » d’attentats revendiqués sur des infrastructures critiques de la nation ?
Avec ses groupes de supporters “ultra” politisés, d’extrême droite comme d’extrême gauche, Lyon ressemble à bien des égards à un laboratoire à ciel ouvert des radicalités politiques. Qu’apprend-on de ce laboratoire ?
Mais rien bien sûr. Je suis bien placé pour vous dire que vers 1968, les bagarres étaient tout aussi violentes entre jeunes nationalistes et « gauchistes », comme on disait alors ; à l’époque, l’extrême-gauche comptait trois courants distincts : les anarchistes (historiquement les plus anciens), les trotskistes, eux-mêmes divisés dès l’origine (1938, fondation de la « quatrième internationale » par Léon Trotski, exilé à Mexico) en micro-sectes mutuellement hostiles ; enfin, les maoïstes, qui, en un éclair, traversèrent le firmament du militantisme « prolétarien », pour rentrer ensuite dans le giron de la bonne bourgeoisie dont ils provenaient tous.
Aujourd’hui, restent les anars, kaléidoscope d’agitateurs plus ou moins professionnels, adeptes, comme leurs ancêtres « illégalistes » de l’action directe et de la « propagande par le fait » ; et des rejetons des trotskistes, version « lambertiste ».
Je prie le lecteur de m’épargner le récit des péripéties du trotskisme groupusculaire, m’entrainant forcément à pondre un volume de 400 pages – lui-même, privé de tout intérêt. Sur l’aspect répugnant, magouilleur, autodestructeur, radoteur ; on en passe, du trotskisme, je conseille la lecture de l’excellent et révélateur « Parrain rouge – Pierre Lambert, les vies secrètes d’un révolutionnaire » (Plon, 2024). Cas unique du livre d’un journaliste de gauche parlant de gauchistes, et ressentant clairement à leur égard un profond dégoût, devant tant de vilenies, traitrises, mensonges, infiltrations et trahisons, élevés par cette secte à la hauteur d’un art.
Ajoutons que M. Mélenchon est un pur produit lambertiste et que l’appareil central de LFI se réunit à l’adresse historique de la secte, rue du Faubourg Saint-Denis à Paris 10e.
Donc, depuis en gros la Libération, les trotskistes végètent dans une perpétuelle posture autodestructrice, radotant sans fin sur la « croissance des forces productives » ; ou commettant, lors des luttes anticoloniales, d’horribles contresens ; la visionnaire secte lambertiste soutint ainsi bec et ongle les messalistes contre le FLN algérien… Seul succès, l’élaboration de services d’ordre par ces groupuscules ; illico transformés en mercenaires ; ainsi, celui des Lambertistes vassalisés par le candidat Mitterrand en 1980-1981. Pourquoi changer une formule vouée à une scissiparité chronique ? Aujourd’hui, LFI fait de même avec la Jeune Garde ; rien de neuf sous l’astre mort du trotskisme…
Certains commentateurs ont pu pointer les symétries entre la mort de Quentin Deranque et l’affaire Clément Méric, en 2013. Les deux cas sont-ils selon vous comparables ?
Une différence objective existe : la préméditation. Pour Méric, des militants des deux extrêmes se croisent par hasard dans une boutique, s’invectivent et se battent ; Méric meurt. Mais à Lyon, une meute prend la décision de s’agréger ; ensuite – si les mots ont un sens « en bande organisée » – la meute assaille des militants adverses et en lynche un a mort. Là est la différence.
La France insoumise a choisi d’assumer ses liens avec la Jeune garde, qualifié d’allié tandis que son co-fondateur Raphaël Arnault obtenait la députation sous les couleurs insoumises. Au-delà des habituels parallèles historiques, ce genre d’alliances entre partis et milices est-il inédit dans l’histoire récente, en France ou ailleurs ?
J’ai évoqué ce processus plus haut dans cet entretien. Je complète par une réflexion destinée plutôt aux dirigeants et médias de droite. Dix fois, sur divers plateaux et dans autant d’entretiens, j’ai vu des journalistes ou militants s’inquiéter de la menace du conglomérat LFI plus milices adjacentes. Tout autant de fois, je leur ai assuré que ce péril était nul, que l’histoire du trotskisme et de toutes, sans exception, ses tentatives de s’extraire de son état larvaire-groupusculaire par voie syndicale (FO) ou politique (PS, LFI), vouaient l’affaire à l’échec. Car l' »instinct de mort » politique gangrène fatalement toute entité trotskiste dépassant par hasard 1% dans quelque sondage. On y est je pense avec l’affaire Quentin ; il était assuré qu’à un moment, Mélenchon & compagnie rateraient une marche avant d’émerger au premier plan politique, en psition stable : ça vient.
Comment la question de l’activisme antifasciste est-elle perçue par les pouvoirs publics ? Y a-t-il d’après vous une corrélation équilibrée entre sa prise en considération par les forces de police et son impact concret sur la société ?
La police sait fort bien traiter ces problèmes ; notamment la préfecture de police de Paris, qui, depuis le XIXe siècle, infiltre et recrute des indics dans tous ces groupuscules. Le préfet Louis Andrieux (qui fut aussi le père de Louis Aragon) a écrit là-dessus, dans ses « Souvenirs d’un préfet de police » des choses aussi drôles qu’édifiantes…
Dans son rapport de 2025 sur l’état des lieux du terrorisme en Europe, Europol mettait le terrorisme de gauche et anarchiste à la seconde place (derrière le terrorisme djihadiste) en termes de nombre d’attaques. Concrètement, quelle est la crédibilité de cette menace sur le sol français ?
Il tend vers zéro si on laisse les services spécialisés faire le boulot qu’ils accomplissent, je le répète, depuis plus d’un siècle. Travail strictement préventif, d’alerte, de recrutement de sources, de pressions discrètes, etc. Si c’est bien fait, aucun risque ; laissons donc, comme l’écureuil tourne en cage, ces pauvres trotskistes militer dans le vide et coller jusqu’à la consommation des siècles des affiches en l’honneur de bonnes sœurs laïques comme Mme Laguiller et succession ; rien n’est moins dangereux pour les institutions…
Entretien paru dans Front populaire, le 18 février 2026
![]() |
(*) Xavier Raufer, criminologue, est directeur d’études au pôle sécurité-défense du Conservatoire National des Arts et Métiers. Il est Professeur associé à l’institut de recherche sur le terrorisme de l’université Fu Dan à Shanghai, en Chine, et au centre de lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale et la corruption de l’Université Georges Mason (Washington DC). Directeur de collection au CNRS-Éditions, il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à la criminalité et au terrorisme publiés aux Éditions du Cerf. dont « À qui profite le djihad ? » |

RSS - Articles
Laisser un commentaire