L’Europe
pourra-t-elle sauver l’Amérique ?
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Jean-Dominique Giuliani (*)
Président de la Fondation Robert-Schuman
L’Europe face aux Etats-Unis, face au trumpisme. Une réalité qui pose bien des interrogations quant à l’avenir, ne serait-ce qu’en matière de conduite à tenir.
Les Etats-Unis de Donald Trump s’abandonnent en effet dans un mercantilisme quasi-religieux. Ils sont agressifs sur la scène internationale et visent à la domination. Malgré les déclarations de l’actuelle administration, ils bombardent tout autant et partout au gré de leurs intérêts.
En interne, ils renient la pratique de l’équilibre des pouvoirs (checks and balances) qui en avait fait un modèle de démocratie. Leur Congrès et leur Cour suprême sont aux ordres d’un Exécutif erratique qui fraternise avec les pires dictateurs au nom de la virilité de pouvoirs forts qui priment sur les autres.
Ils n’incarnent plus la liberté et le progrès qui ont fait leur succès et ont illuminé le monde. Ils disposent peut-être de la première force militaire mais ils n’attirent plus que par la crainte ce qui est plus grave qu’un simple désamour.
Pourtant existent en leur sein des citoyens qui souhaitent une société démocratique développée, organisée par le droit, digne d’une civilisation avancée qui offre une place centrale à la culture sans laquelle la vie des hommes manquerait du sel indispensable à leur condition. Cette part de l’Amérique peut-elle se réveiller et lui éviter de sombrer dans l’animalité qui ne peut conduire qu’aux conflits les plus dramatiques ?
C’est là que l’Europe lui est indispensable comme elle l’est au monde entier.
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On ne cesse, sous influence, que d’évoquer sa faiblesse alors qu’elle n’est souvent que sagesse.
Ayant fini par apprendre de son histoire – l’une des plus longues de l’espèce humaine – elle s’est résolue à croire aux vertus du droit, aux exigences de l’égalité, aux institutions qui régulent l’appétit des nations, à la rationalité tellement plus humaine que l’irrationnel, à la paix plutôt qu’aux guerres éternelles.
Ne serait-elle pas une bouée de sauvetage, l’allié improbable pour tous ceux qui cherchent à se libérer des dérives nationalistes, des espoirs révisionnistes et des pulsions expansionnistes ?
Si elle accepte d’être fière de ce qu’elle est, de ce qu’elle a accompli et des messages qu’elle porte, par exemple en régulant avant qu’ils ne nous dévorent les extraordinaires progrès de la science, de l’intelligence artificielle à la biologie, elle apparaîtra très vite comme le havre où le genre humain peut s’abriter des maux qu’il a générés.
L’exemple de son bras de fer avec les géants du numérique en est la parfaite illustration. C’est la raison pour laquelle elle ne peut rien leur céder.
Ce XXIe siècle peut ainsi être l’ère de l’Europe, des Européens qui veulent et proposent de vivre libres, respectés et en paix dans une société d’abord organisée autour de la Personne humaine, au contraire des idéologies, de la force brute et de la déraison.
Un exemple pour l’humanité qu’elle peut sauver de ses éternels travers. Et peut-être l’occasion, pour les Américains qui refusent la pente actuelle, de retrouver le lien avec les Européens dont, après tout, ils ne sont qu’une partie des descendants.
Voilà quelques raisons d’espérer…
Le trumpisme, une véritable idéologie
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La nouvelle stratégie de sécurité américaine…
C’est désormais officiel ! La publication de la stratégie américaine de sécurité le 5 décembre confirme ce qui était déjà perceptible : Ce président des Etats-Unis considère l’Europe en déclin et entend, pour en renverser les politiques, promouvoir les oppositions nationalistes dans les Etats membres.
Pour lui l’Union européenne actuelle est l’ennemie des intérêts américains dès lors qu’elle s’accroche aux valeurs universelles et souhaite conquérir son autonomie.
Tout en revendiquant pour seul but de sa politique extérieure le slogan « America first », ce document, truffé de contradictions et d’approximations, au ton stalinien (le nom de Trump y est cité près de trente fois), entend soumettre le monde à une vision mercantiliste. Elle a été officiellement saluée par Moscou, vraisemblablement parce qu’elle se situe aux antipodes de la démocratie, qu’elle entend combattre.
« L’illibéralisme » est bien une idéologie à laquelle adhèrent les mouvements extrémistes européens mais dont le père est à la Maison-Blanche et le profiteur du moment au Kremlin.
L’attrait de l’argent jusqu’à la corruption les réunit. Pour eux les relations internationales se résument au commerce et aux profits, la gouvernance à la kleptocratie de quelques-uns.
Ils méprisent le droit, les règles et donc l’Europe qui en constitue la forme la plus avancée. Ils n’aiment pas les faits et la vérité, développant une réalité alternative et une propagande digne des régimes totalitaires.
Ils croient en la force brute, aux rapports de force et au fait accompli. Ils se persuadent que seul le dialogue entre « grands Etats » peut organiser les relations internationales et qu’il est normal que tribut leur soit payé.
Expansionnistes, l’impérialisme leur est naturel et les rassemble dans un nationalisme révisionniste. Ils revendiquent leur droit de s’agrandir et de dominer.
C’est une véritable idéologie. Elle n’est pas une posture passagère. Elle constitue une attaque en règle contre la démocratie jugée inefficace, inadaptée, inique et élitiste.
La combattre est désormais un devoir et une urgence pour l’Europe. C’est une nécessité vitale en son sein et un impératif à l’extérieur pour le destin du monde.
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(*) Jean-Dominique GIULIANI est Président de la Fondation Robert Schuman, centre de recherche de référence sur l’Union européenne et ses politiques. Conseiller spécial à la commission européenne (2008-2010, il a précédemment été Maître des Requêtes au Conseil d’Etat, directeur du cabinet du Président du Sénat (1992-1988) et directeur à la direction générale du groupe Taylor Nelson Sofres (1998-2001). Il a fondé J-DG.Com International Consultants, qu’il préside. Membre du Conseil de Surveillance d’ARTE France (depuis 2009) et Président de l’ILERI (Institut Libre d’Etude des Relations Internationales) depuis 2019. Vous pouvez suivre Jean-Dominique Giuliani sur son site : https://www.jd-giuliani.eu/ |

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