Covert Actions (*) et cacophonie, loin du droit international
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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
(*Actions clandestines)
Depuis le 3 janvier 2026, les débats se succèdent, les avis contrastés s’amoncellent pour analyser la capture et l’exfiltration de Nicolas Maduro et de son épouse vers les Etats-Unis, au terme d’une opération combinée, dénommée Absolute Resolve, menées avec la participation des forces spéciales américaines et qui, en amont, fut rendue possible par l’implication – classique – de la Central Intelligence Agency. Près de 150 aéronefs engagés, sept Américains blessés et, côté vénézuélien, plusieurs civils et au moins 55 militaires tués : 23 Vénézuéliens et 32 Cubains membres des services de sécurité du président vénézuélien dont la réélection en 2024 a toujours été considérée comme relevant d’une falsification des résultats des urnes.
Donal Trump n’a pas sollicité le Congrès pour mener une telle action d’envergure ? Mais il n’a pas déclaré de guerre au Venezuela. Il a opté malicieusement pour une opération secrète, en corrélation avec le déploiement, depuis plusieurs mois, on le sait, d’une véritable armada dans les Caraïbes, au nom d’une politique sécuritaire destinée à endiguer les exportations clandestines de stupéfiants vers les Etats-Unis. À noter d’ailleurs que cette question est loin d’être récente puisqu’elle avait d’ailleurs motivé, en 2008, la réactivation de la IVème flotte mise en sommeil depuis le début des années 1950… Et déjà, la politique étrangère américaine était préoccupée par le Venezuela, alors sous la direction d’Hugo Chavez, comme par Cuba, engluée dans la sempiternelle politique castriste.
Beaucoup de commentateurs n’ont eu de cesse de dénoncer, cette semaine, une violation du Droit international. Mais, franchement, depuis quand le Droit international n’est-il pas déformé, contracté, détourné, occulté, conspué par divers Etats depuis des décennies, sinon un siècle d’histoire contemporaine ? On pourrait rédiger 30 pages en cumulant les exemples étayés en la matière… et de surcroît, ceux mêmes incriminant des membres du Conseil de sécurité de l’ONU….
N’y a-t-il pas de réelles questions de conflit d’intérêt à dénoncer dans la mesure où les Etats permanents dudit Conseil sont à la fois juges et parties ? Eux-mêmes ne le savent que trop bien.
D’ailleurs, la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est tenue le 6 janvier dernier, ne restera pas dans les annales comme un moment inoubliable… La Chine et la Russie, logiquement, ont dénoncé le jeu de puissance et de domination américaine. Quant aux Européens, ils n’ont fait que rappeler les principes inhérents au Droit international, avec notamment le principe de respect des frontières… C’est d’une banalité synonyme aussi d’impuissance face à ce qui se dessine depuis près de 20 ans avec toujours d’avantage d’aplomb : le retour à des rapports de force de moins en moins feutrée, de la part des Etats-Unis notamment.
Le pragmatisme prime ; la realpolitik s’affiche sans vergogne. En l’occurrence, en cherchant à déstabiliser le Venezuela, l’Etat fédéral des Etats-Unis s’applique à fragiliser l’ancrage de la Chine, qui achetait encore récemment près de 80% des exportations de pétrole vénézuélien, sachant que Pékin aurait prêté plus de 60 milliards de dollars en échange de pétrole à bas prix dans les années 2010
Quant à la Russie, elle voit sa politique de partenariat avec le Venezuela sapée : les accords de stratégiques établis sur dix ans semblent aujourd’hui fragilisés, de même que le rapprochement entre la société vénézuélienne Petroleos et une filiale du groupe russe Roszarubezhneft, pour fixer une politique commerciale commune en matière d’énergie pétrolière, sources de revenus conséquents. Sans compter ses pétroliers arraisonnés ces derniers temps.
L’opération Absolute Resolve a, par ailleurs, une portée médiatique d’opportunité : tout le monde en parle et commente les images diffusées sur les réseaux sociaux. Pendant ce temps, Washington, peut détourner l’attention du plus grand nombre sur le fait que Donal Trump est en difficulté électorale au regard de la situation économique et sociale de son pays qui est loin d’être des plus satisfaisantes. Ainsi, les élections de mi-mandat, qui se tiendront en novembre 2026, ne laissent, pour l’instant, rien présager de rassurant pour le locataire de la Maison blanche. Une semaine avant Noël, les enquêtes d’opinion ne donnaient que 35 % des sondés comme lui étant favorables.
Pour ce 271ème numéro d’Espritsurcouf, les questions et réflexions internationales sont donc à l’honneur.
Ce qui n’empêche pas aussi de laisser le champ au bilan pour l’année 2025. Ainsi, Vincent Gourvil, partage-t-il son regard sur un monde en grand désordre et marqué par un affaiblissement du multilatéralisme : « 2025 ou la symphonie du nouveau monde » (Rubrique HUMEURS).
Le continent africain, en soi, est aussi à l’honneur puisque deux articles de nature géopolitique lui sont consacrés. Le premier, de Nathan Vauthier, dresse un état des lieux de la Somalie qui peine à se soustraire à l’influence des courants et réseaux jihadistes, tout en étant largement occultée par la communauté internationale : « La Somalie face à ses défis » (Rubrique GEOPOLITIQUE).
Le second article, de Moussa Bobbo, nous plonge dans le bassin du Tchad, en proie à la pression rivale de groupes terroristes islamiques : Boko Haram et l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest et la volonté conflictuelle de s’accaparer les ressources naturelles : « Ressources naturelles et économie de guerre : la compétition entre Boko Haram et ISWAP dans le bassin du lac Tchad » (1ère partie) » (Rubrique GEOPOLITIQUE).
Laure Fanjeau, dans sa rubrique, revient à travers son focus sur les origines de la Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), au début du XIXe siècle, et l’effroyable incendie du Bazar de la Charité du 4 mai 1897, qui marqua toute une époque et reste gravé comme l’un des pires sinistres survenus en France.
Vous y trouverez également deux conférences en vidéo consacrées au Droit international. Ainsi, dans la première, Olivier Corten en propose-t-il une approche historique. L’autre conférence, tenue à plusieurs voix, est consacrée aux possibilités et aux limites du droit international en contexte de guerre. (Rubrique ECRAN RADAR).
André Dulou, enfin, nous offre son nouveau SEMAPHORE, avec, pour principal thème, le « Nouvel empire américain ».
Enfin, concernant les nouveautés en librairie, nous soulignons la parution d’un nouvel ouvrage de Rémy Porte, officier et historien qui paracheva sa carrière en tant qu’officier référent histoire pour l’armée de Terre. Cette fois, Rémy Porte nous plonge dans la période de l’entre-deux-guerres au cours de laquelle l’armée française occupa l’espace industriel de l’Allemagne, la Ruhr, sur la rive gauche du Rhin, et la Sarre en particulier. Présence militaire française qui, initialement, fut au cœur des quelques critiques britanniques et internationales, sans compter les visions divergentes entre acteurs militaires et politiques français dans le sillage du Traité de Versailles. Le dispositif français fut, en tout cas, l’objet d’une franche hostilité des populations allemandes ; entre refus des directives de la Haute Commission interalliée des territoires rhénans, grèves, sabotages, camouflages et dissimulation des matériels militaires pour se soustraire à la politique de désarmement et, par conséquent, favoriser un réarmement clandestin diligenté depuis Berlin… Autant de difficultés qu’il fallut relever et gérer. Sans compter l’image désastreuse des troupes coloniales françaises qui furent l’objet d’une propagande à la fois raciste – les Allemandes parlaient alors de « honte noire » – et caricaturale qui devait laisser une certaine empreinte largement exploitée par les nazis, quelques années plus tard… Rémy Porte signe, une fois encore, une étude à la fois fouillée et concise, appuyée par de nombreuses citations et références, qui revient sur une phase cruciale des relations internationales intra-européennes … L’occupation française de l’Allemagne 1918-1930. Editions Mémorabilia, 2025, 191 pages.(Rubrique LIVRES).
Bonne lecture !
En ce début, toute l’Equipe de la rédaction d’Espritsurcouf vous souhaite une Bonne et Heureuse Année, et vous adresse ses meilleurs Vœux.

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(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Il est maître de conférences à l’UCO et rattaché à la filière Science Politique. Il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf. |

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