L’Afrique…
une progression sérieuse ?
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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
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Alors qu’une large partie du monde est focalisée sur la politique internationale de Donald Trump et ses conséquences, le continent africain, qui ne fait pas en soi la une des journaux, en dépit des horreurs qui continuent de frapper le Soudan, semble s’inscrire dans une dynamique économique que n’a pas manqué de souligner la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) pour 2026. Ainsi, fait-elle état d’un taux de croissance de près de 4% en 2026 comme en 2027. Comparativement, il est prévu selon le FMI, un taux de croissance mondial de l’ordre de 2 à 3% pour l’année 2026.
Cette croissance soutenue du continent africain s’explique surtout par une hausse récurrente des investissements, notamment étrangers, qui, on ne le sait, misent sur une main d’œuvre africaine disponible, bon marché, et la profusion de ressources naturelles, notamment énergétiques et minières, à haute valeur ajoutée. L’Afrique orientale, grâce au dynamisme de l’Ethiopie et Kenya, où les investissements chinois sont croissants et conséquents depuis une dizaine d’années, s’affiche ainsi comme la plus favorisée par la croissance avec une moyenne de 5,7% en 2026 et 2027.
Il apparait même que plus d’une dizaine de pays africains devraient atteindre ainsi – voire dépasser – les 6% de croissance cette année, selon The Economist Intelligence Unit qui a publié fin décembre 2025, le rapport Africa outlook 2026 au titre évocateur «Growth and opportunity amid geopolitical shifts ». Parmi les pays les plus en pointe, on trouve donc, outre l’Ethiopie et le Kenya, le Togo et le Niger, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, la Libye et le Mozambique
Quant à l’Afrique australe, elle apparaît toujours comme le parent pauvre du continent, avec une croissance qui avoisine les 2% tant en 2026 qu’en 2027.
Pour autant, si les chiffres de croissance peuvent être jugés porteurs, la réalité socio-économique est bien à relativiser, tant les inégalités sociales demeurent criantes, sachant que 25 des 50 Etats classés comme les plus inégalitaires au monde, sont africains. Et que dire des inégalités de richesses entre hommes et femmes. Les écarts y sont les plus importants au monde. Ainsi, les hommes y possèdent trois fois plus de richesses que les femmes.
Quant à la corruption, elle reste considérable puisque selon la Banque africaine de développement, elle représentait, fin 2024, 140 milliards d’euros.
Pour ce 272ème numéro d’Espritsurcouf, une place conséquente est accordée aux sujets de dimension internationale.
Dans un premier temps, Jean-Dominique Giuliani exprime son optimisme sur les perspectives d’une politique réactive de la part des pays européens face à la dynamique trumpiste qu’il considère comme relevant d’une idéologie particulière : « L’Europe pourra-t-elle sauver l’Amérique ? » (Rubrique HUMEURS – Géopolitique ).
Moussa Bobbo, pour sa part, nous replonge dans le bassin du Tchad, pour la deuxième et dernière partie de son étude consacrée aux conséquences de la rivalité conflictuelle entre les groupes terroristes islamiques et ses conséquences sur les ressources régionales : « Ressources naturelles et économie de guerre dans le bassin du Tchad » (2ème partie) (Rubrique GEOPOLITIQUE).
L’intervention américaine au Venezuela, début janvier, suscite bien des réactions. En l’occurrence, Pascal Drouhaud et David Biroste nous partagent leur analyse et réflexion quant à la prégnance de la géostratégie des Etats-Unis sur un sous-continent qu’ils ont toujours considéré comme leur, dans la continuité d’un des aspects de la doctrine de James Monroe, 5ème président des Etats-Unis et sa doctrine de la chasse gardée : « Le retour en force des États-Unis en Amérique latine et dans les Caraïbes » (1ère partie) (Rubrique GEOPOLITIQUE).
Laure Fanjeau, dans sa rubrique, ECRAN RADAR, fait le point sur les opérations extérieures dans lesquelles l’armée française est déployée, au regard des enjeux stratégiques et sécuritaires qui sont les nôtres dans une conjoncture des plus tumultueuses autant que remplie d’incertitudes. Elle met également en exergue deux liens vers des vidéos qui abordent la question du développement économique du continent africain. L’une, qui relève de l’Institut français des Relations internationales, est intitulée : « Croissance et développement en Afrique : au-delà des clichés ». L’autre renvoie vers la conférence de Carlos Lopes du 6 novembre 2025, qui insiste sur les relations entre l’Europe et l’Afrique : entre réalités et perspectives synonymes de défis : « Négocier sans y croire : les défis des relations Europe-Afrique : Les effets pervers de l’aide au développement ».
André Dulou, enfin, nous offre sa nouvelle REVUE D’ACTUALITE, avec, pour thème principal : « Démocratie mondiale : un échec ? ». Il n’a échappé à personne, en effet, que nous sommes plongés dans une conjoncture de mutation accélérée de l’ordre international, qui oblige à une précipitation pour établir – ou non – de nouveaux choix de positionnements géostratégiques…quitte à voir se dessiner peu à peu des retournements d’alliances ? L’avenir le dira.
Enfin, dans la Rubrique LIVRES, nous mettons à l’honneur le dernier ouvrage de François Cochet, professeur émérite d’histoire contemporaine de l’Université de Lorraine-Metz, fin connaisseur du phénomène guerre et des faits militaires notamment durant la Grande Guerre.
François Cochet propose une biographie à la fois riche et accrocheuse, objective et fine, consacrée au général Georges Catroux (1877-1969). Au gré des pages, on découvre, redécouvre – avec un regard neuf – cet officier d’armée, aujourd’hui largement ignoré. Pourtant, l’homme eut des fonctions majeures et multiples, sans qu’il n’ait semblé se soucier, lui-même, de s’inscrire de manière plus forte au premier plan de la vie militaire et politique.
Cet officier général sut effectivement conjuguer son statut de militaire avec les fonctions de diplomate, dans des situations complexes, au gré d’une carrière qui lui fit traverser plus d’un demi-siècle d’histoire militaire et coloniale.
François Cochet ressuscite toute cette vaste période en offrant aux lecteurs une véritable partition musicale, tant sa rédaction fluide est agréable à lire, riche de références multiples, d’extraits d’archives, de correspondances, habilement intégrés dans le récit, qui donnent à l’ensemble une force immersive qui ne peut que réjouir tant l’approche pluridimensionnelle du général Catroux y est parfaitement maîtrisé et rythmé.
Rien n’est oublié au gré de 13 chapitres à la fois thématiques et chronologiques; depuis sa jeunesse et sa formation de Saint-Cyrien, qui intègre la Légion étrangère, aux diverses missions qui vont finalement sans cesse le conduire entre Maghreb, Indochine et Proche-Orient, des années 1900 aux années 1950.
Son expérience de la Grande Guerre est marquée, on le sait, par une longue période de captivité, après sa blessure reçue en 1914 ; années pendant lesquelles il rencontre Charles de Gaulle, alors jeune capitaine, au Fort IX d’Ingolstadt où ils sont tous deux retenus. L’entre-deux-guerres le voit osciller d’un continent à l’autre. Puis, au début de la Seconde Guerre mondiale, G. Catroux en tant que gouverneur général d’Indochine (juillet 1939-Juillet 1940), face à un Japon exigeant et menaçant, négocie et obtempère pour retarder l’offensive nippone ; sa posture fut vivement critiquée et ne lui fut pas pardonnée. Relevé de ses fonctions, alors qu’il sert sous le régime de Vichy, il profite d’une escale à Singapour pour rejoindre De Gaulle, devenu le chef de la France Libre. Catroux, pourtant plus haut gradé, prêta en quelque sorte allégeance au général de brigade de la France Libre, avec élégance et pudeur, et le servit jusqu’au bout, sans jamais manquer d’exprimer ses désaccords avec Charles de Gaulle.
Après 1945, c’est une toute autre dimension de l’homme qui semble s’imposer ; celle du diplomate, d’abord à Moscou (1945-1948) puis comme conseiller diplomatique auprès du gouvernement français. A partir de 1954, il est Grand Chancelier de la Légion d’Honneur puis, en 1969, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur.
Il achève sa carrière aux multiples missions intercontinentales sans oublier de mettre tout en ordre à la fin de sa vie, via quelques ouvrages dont l’un revenant sur le drame indochinois et le dernier sur le Moyen-Orient, qu’il connaissait si bien.
Vif et attentif à ce qui s’écrivait ou se disait à son propos, conservant la méthode et les réflexes de l’officier de renseignement qu’il fut par ailleurs, lorsqu’il dirigea le 2ème Bureau au Levant (1926), il ne manqua jamais de lancer quelques observations bien senties à l’égard de certaines figures politiques et militaires qu’il croisa et côtoya, ou affronta même intellectuellement au gré de ses années de service.
Un livre à lire absolument pour replonger dans des décennies d’histoire intense.
François Cochet, Le général Catroux. Un militaire bien diplomate. Ed. Pierre de Taillac, en coédition avec les éditions Perrin, 2025, 400 pages.(Rubrique LIVRES).
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Bonne lecture !
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(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Il est maître de conférences à l’UCO et rattaché à la filière Science Politique. Il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf. |

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