Violences politiques :
Mots à maux

Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

 

« Le recours à la violence sans fard, comme moyen de contrainte pour l’extérieur mais aussi pour l’intérieur, est tout simplement constitutif de tout groupement politique » écrivait Max Weber (1864-1920) dans Économie et Société (1925).

Si, dans une certaine mesure, on peut considérer, avec fatalité ou résignation, que la violence est constitutive de tout groupe social, la pertinence de son imprégnation en politique relève d’un débat pluriséculaire qui n’est pas près de s’estomper : cette violence politique est-elle innée chez les êtres humains ? Est-ce, sinon, le résultat d’une dérive des âmes peu à même d’œuvrer en symbiose ?

Tout dépend, en somme, de la capacité des êtres à échanger, à s’accorder autour de programmes suffisamment consensuels pour porter vers le haut, les sociétés dont ils sont eux-mêmes parties prenantes, en ne devant jamais perdre de vue la préciosité du sens commun, à travers des projets qui doivent – et devraient toujours – être collectivement portés.

Vœu pieux ? Utopie ou idéal sans cesse contrarié  ?

Car « c’est là que le bât blesse » : les blocages, sectarismes et égocentrismes dogmatiques, entre unilatéralismes et foire d’empoignes, confortés par des politiques de communication de plus en plus envahissantes, semblent omniprésents et témoignent d’une nouvelle phase d’incapacité collective à tendre vers l’apaisement et le respect mutuel pour des « lendemains qui chantent », pleins d’espoirs, d’embellis et de légèreté.

La violence politique se traduit ainsi d’abord par des mots violents, des invectives lapidaires et incisives, qui manquent d’ailleurs, le plus souvent, de nos jours, de panache. On est loin des formulations flamboyantes assenées à l’Assemblée nationale entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Les mots, en tout cas, ternissent, fâchent ou assassinent…

Et si ce ne sont pas les mots, ce sont les actes de violence physique, véritables maux en politique, qui frappent, hélas, en nombre conséquent…L’actualité des dernières semaines le rappelle, une fois encore.

Pourtant, selon Xavier Crettiez, professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, leur nombre serait en baisse depuis 40 ans. Il recense ainsi 5 500 cas entre 1986 et 2017, contre 2 300 entre 2017 et 2026. Il considère ainsi que la violence politique n’a pas vraiment augmenté par rapport à  ce que l’on peu observer sur une large partie du XXe siècle. (cf émission de France culture, « Les violences politiques augmentent-elles ? » lundi 23 février 2026).

À l’inverse, d’après Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et chercheuse au Centre européen de sociologie et de science politique (CNRS, Paris-I, EHESS), les actes de violence politique ont sensiblement augmenté. Selon l’universitaire, cela est dû à l’éclatement et à la polarisation croissante du paysage idéologique, ainsi qu’à la brutalisation des discours (cf Le Monde, Débats politiques. Isabelle Sommier, sociologue : Propos recueillis par Claire Legros, 19 février 2026. On peut également renvoyer à l’ouvrage qu’elle a co-dirigé : Violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Sciences Po Les Presses, 2021).

Et dans la mesure où les questions sensibles s’amoncellent et qu’il y a urgence à remédier aux problèmes socio-économiques, l’énervement autant qu’une certaine exaspération, face aux obstructions et aux immobilismes, ne font qu’agiter les tensions… et les violences…


Dans ce 275ème numéro bimensuel d’Espritsurcouf, vous trouverez nos rubriques habituelles avec, en premier lieu, le regard de Christian Fremaux sur l’actualité des dernières semaines en matière de violence politique, sur fond de calendrier électoral : « Ne nous trompons pas de scrutin » (Rubrique HUMEURS).

Karine Vuillemin nous dévoile le troisième et dernier volet de son étude sur la jeunesse combattive et idéaliste avec, cette fois, son ancrage en faveur de l’environnement, au cœur d’enjeux vitaux : « Jeunesse : combat pour la Planète » (3ème  partie) (Rubrique SOCIOLOGIE).

Compte tenu de la crise sécuritaire majeure à laquelle est confrontée le Mexique, Pascal Brouhaud revient sur la guerre engagée contre les narcotrafiquants dans ce même pays comme dans une partie du sous-continent américain : « Guerre, narcotrafic et Amérique » (Rubrique SÉCURITÉ).

 

Laure Fanjeau, pour sa part, insiste dans le Focus d’ECRAN RADAR sur la présence de la défense française, question revenue de manière intensive au regard de l’évolution évènementielle de la situation internationale, entre partenariats sécuritaires dans l’espace européen et concrétisation active des accords de Défense au Proche et Moyen-Orient, au profit de plusieurs pétromonarchies.

En outre, puisque nous insistons, dans ce numéro, sur la question de la violence politique, nous vous proposons quelques vidéos. D’abord une émission diffusée sur France 24 sur le thème « La violence politique s’accentue-t-elle en France ? » ; ensuite une émission de France culture autour de la même problématique : « Une augmentation des violences politiques ? » par Xavier Crettiez, professeur de science politique à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye. Enfin, puisque nous traitons aussi du Mexique dans ce 175ème numéro, nous vous renvoyons sur une intervention de Pierre Gaussens, résident de l’IEA de Paris 2024-2025, sociologue et chercheur au Colegio de Mexico, et Hélène Combes, directrice de recherche au CNRS rattachée au Centre de recherches internationales (CERI) Sciences Po Paris sur le thème : « Violences du politique et politiques de la violence au Mexique » cf IEA de Paris (Rubrique ECRAN RADAR).

André Dulou vous propose, quant à lui, son SEMAPHORE, avec, pour focus principal, la question suivante : « Quelles dissuasions ». La question des capacités en matière de Défense nucléaire sont ainsi en effet au cœur des thèmes abordés et évoqués dans cette rubrique.

Pour ce qui est du point Lecture, nous vous proposons l’ouvrage de l’amiral Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine nationale, qui dresse un état des lieux des défis et missions qui incombent à la Marine nationale, entre préservation des eaux souveraines, enjeux sécuritaires et impératifs environnementaux : Nicolas Vaujour, Les guerres des mers. La Marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde. Ed. Tallandier, 2026, 240 pages. 20.90 euros. (Rubrique LIVRES).

 

Bonne lecture !

 

(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Il est maître de conférences à l’UCO et rattaché à la filière Science Politique. Il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf.

Aujourd’hui la presse indépendante souffre, et la multiplicité des canaux d’informations rendent difficile la compréhension des évenements .
Espritsurcouf est indépendant de tout groupe de pressions, Il ne reçoit aucune subvention pour présenter « un autre regard sur le monde » géopolitique et de défense
Si Espritsurcouf retient votre intérêt, sachez que votre soutien est crucial.
Seuls les abonnements et adhésions défiscalisées nous permettent  de couvrir les frais de parution .

Je soutiens Espritcors@ire