Iran …
régime de damnés

Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

 

Avec cette nouvelle vague de répression, dont l’ignominie, par son ampleur, dépasse la précédente – puisque l’on parle désormais de 30 000 à 40 000 Iraniens assassinés – le régime des Mollahs ne cesse de s’engluer dans une politique mortifère.

Qui peut, de manière intègre, minimiser les atrocités, trouver une motivation pour soutenir un régime chiite qui a toujours confondu crédibilité populaire et régime de terreur, fait de coups bas et de déstabilisation régionale ? Si le seul vecteur de sympathie apporté à ce régime – car elle exista à sa création avec des intellectuels comme Jean-Paul Sartre, et perdure via des élus de « La France insoumise » – résidait ou repose toujours sur une obstruction à la politique interventionniste des Etats-Unis dans la Région, ou pour décrier l’Etat d’Israël, autant dire que, là encore, cela relève d’un aveuglement dogmatique et idéologique qui ne peut être que source de stupeur ou de dégoût. Car on a pu encore lire et entendre à maintes reprises, au cours des deux dernières décennies, divers experts, diverses personnalités politiques se positionner de la sorte.

Pour autant, tout le monde peut s’accorder pour déplorer la profonde détresse, il est vrai, dans laquelle est plongé le peuple iranien qui paie le prix fort d’un embargo récurrent, destiné à faire plier un régime corrompu et dont les responsables, loin d’être épanouis dans leur rôle, sont de plus en plus sinistres, visages blafards, fermés et épuisés.

En 2026, partout, la même aspiration : voire disparaître, dans l’absolu, ce régime de damnés, qui étouffe et décime les familles, les fratries, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, désormais (à supprimer). Nous sommes bien loin de cette Perse plurimillénaire, intellectuelle et littéraire, artistique et si remarquable par son raffinement…Autant de vertus et qualités intrinsèques qui demeurent, certes, mais sclérosées sous l’emprise d’une tyrannie.

Qu’il y ait ou non intervention militaire des Etats-Unis, à court ou moyen terme, qu’elle soit conventionnelle ou clandestine, économique ou financière, le régime, en toute logique, est moribond et en sursis. Comment pourrait-il tenir à l’avenir tant il est honni par les citoyens iraniens ?

Par la terreur ? Elle ne durera qu’un temps…

Par la déstabilisation ? L’ayatollah Khamenei peut menacer d’une guerre régionale, le Président Massoud Pezechkian sait pertinemment que la réalité est moins fantasmagorique. Le Hezbollah a largement été affaibli, en raison des pertes subies en Syrie, lors de la guerre civile,  et des actions d’attrition israéliennes répétées depuis octobre 2023. Le régime syrien n’est plus dans un processus d’alliance ou de partenariat avec Téhéran, au point que le régime iranien, selon des sources israéliennes, planifierait l’assassinat du président Al-Charaa, sunnite notoire… Quant à la Chine, en marge des  contrats économiques et sécuritaires signés avec l’Iran depuis plus de 10 ans, on la voit mal entrer en lice…

La marine iranienne peut, certes, perturber les flux maritimes dans le détroit d’Ormuz…Mais quelle capacité opérationnelle peut-elle assurée et soutenir, là aussi, sur le moyen terme, tant le déséquilibre des forces est devenu criant avec les Etats-Unis qui, rappelons-le ont dépêché des forces navales conséquentes, dont l’USS Abraham Lincoln, trois destroyers, USS Frank E. Petersen Jr, USS Spruance et USS Michael Murphy sans compter divers éléments de la VIe flotte.

La République islamique a beau figurer parmi les 20 premières puissances militaires, son budget est établi autour de 15,5 milliards de dollars, contre les 895 milliards de dollars alloués à la Défense étasunienne. L’armée iranienne compte un peu plus d’un demi-million de soldats professionnels et 200 000 membres de composantes diverses (Réserve, milices, Corps des Gardiens de la Révolution islamique, les fameux pasdarans dont la division Al Qods).

Face à cet ensemble, le poids en personnels des armées, aux Etats-Unis, est de l’ordre d’1,3 millions de militaires et quelque 766 000 réservistes.

Quant aux rapport entre les deux pays en matière de véhicules blindés, il est de l’ordre de 1 pour 6. Et que dire du potentiel aérien et naval ? Les Etats-Unis ont plus de 13 000 appareils tandis que l’Iran n’en compte qu’un demi-millier ; et l’on compte quelque 440 bâtiments américains contre 107 navire iraniens.

Evidemment, si un conflit ouvert éclatait à nouveau, les marchés boursiers pourraient surréagir, comme à l’accoutumé, pour gonfler, avec une avidité spéculative, les prix de l’or noir. C’est surtout sur le champ financier et boursier, en somme, que l’on craint les conséquences d’une énième page belliqueuse. Surtout ne pas perturber les marchés outre mesure, au risque de bouleverser les jeux de l’économie mondialiste.

À voir donc ce que vont formuler les géostratèges auprès de l’Exécutif de la Maison blanche quant aux actions à entreprendre… Si tout se réduit à une nouvelle série de négociations autour du nucléaire iranien, autant dire que Téhéran aura encore gagner un peu de temps…Mais jusqu’à quand ?

Ce temps sera assurément exploité par « l’Iran du renouveau », le temps d’établir, depuis l’étranger, une alternance crédible. Toutefois, si les espoirs reposent sur le seul prince Reza Pahlavi, fils aîné de l’ancien Chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980), autant dire que les jeux sont très risqués tant sa crédibilité reste très fragile en Iran même.


Pour ce 273ème numéro d’Espritsurcouf, nous combinons des articles de longueur variable. Vous avez tout le loisir d’y revenir à votre rythme !

Dans un premier temps, Alexandre Mirlicourtois dresse un état de la situation qui prévaut pour l’économie mondiale selon les perspectives qui peuvent être établies pour l’année en cours. Et l’on sait combine les pseudos équilibres sont des plus fragiles : « Une croissance mondiale à risques en 2026 » (rubrique ECONOMIE).

Vous pourrez également découvrir le second volet de l’article que Pascal Drouhaud et David Biroste, consacrent à la géostratégie des Etats-Unis sur le sous-continent américain, avec les conséquences qui se posent aussi de manière transcontinentale : « Les Etats-Unis en Amérique latine. » (2ème partie). (rubrique GEOPOLITIQUE).

Laure Fanjeau, pour a part, propose un focus « L’armée française et son action contre désinformation » sur la désinformation, les méthodes inhérentes et les actions mises en œuvre par l’armée française pour en contenir les effets. Quels acteurs luttent ainsi contre la désinformation ? Pas seulement la Délégation à l’information et à la communication de la Défense (DICoD), contrairement à ce que l’on pourrait penser…

Vous y trouverez également des liens vers deux vidéos portant sur la question iranienne ; à savoir, respectivement, un épisode de géopolitique du Dessous des cartes intitulé « Iran : le régimes des mollahs à bout de souffle ? » et un document de l’INA qui revient sur le déroulement de la révolution de 1979 en Iran, conduisant à la chute du régime du dernier Chah de la dynastie pahlavi : « Iran : comprendre la révolution islamique de 1979 » (Rubrique ECRAN RADAR).

 

André Dulou vous propose un nouveau SEMAPHORE, avec, une question en avant-propos : « Sommes-nous en guerre ? ».

 

Enfin, Karine Vuillemin aborde une question essentielle à savoir la part de la jeunesse qui, dans l’histoire contemporaine, a toujours démontré une certaine capacité à rejeter l’impensable, à résister face à l’oppression. Son étude, d’une densité louable, s’étendra sur trois numéros consécutifs d’Espritsurcouf. : « Jeunesse et résistance face à l’oppression » (1ère partie) (Rubrique HISTOIRE).

Et comme les femmes sont de plus en plus à l’honneur, dans le métier des armes comme en politique, il n’est pas inopportun de rappeler qu’au-delà des images d’Epinal ou des approches caricaturales, les femmes étaient loin d’être en retrait au Moyen-Age à l’instar de ce qui existait dans le monde des Varègues. Les peuples vikings, scandinaves, ont en effet témoigné d’une forte influence des femmes, à divers niveaux de leurs sociétés, y compris dans le métier des armes, et qui contribuèrent à leur christianisation. Thomas Cirotteau, Lucie Malbos, Eric Pincas publient ainsi une enquête qui permet de rétablir certaines vérités grâce à des preuves archéologiques et sources historiques.

Thomas Cirotteau, Lucie Malbos, Eric Pincas, Vikings. Enquête sur les femmes des terres gelées. Ed. Tallandier, 2026, 240 pages/ 20.90 euros.(Rubrique LIVRES).

 

Bonne lecture !


(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Il est maître de conférences à l’UCO et rattaché à la filière Science Politique. Il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’Espritsurcouf.
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