Jeunesse :
Combat pour la Planète
(3ème partie)
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Karine Vuillemin (*)
Vice-Présidente d’honneur de l’Association Française des Docteurs Droit
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Avec ce troisième et dernier volet, l’auteur se penche sur cette jeunesse éprise d’un combat en faveur de la planète, tant bafouée et gravement dégradée, par le bais des questions inhérentes au Climat et à l’eau. Elle dédie l‘ensemble de son étude présentée ainsi au gré de trois de nos numéros ( METTRE LES LIENS ET LES TITRES DES 2 PREMIERS ARTICLES), à Pierre Charrin, décédé le 1er janvier 2026, qui fut longtemps l’un de nos auteurs et membre du comité de rédaction d’Espritsurcouf.
En 2017, une population amérindienne navajo est contrainte de quitter ses terres au profit d’une Enterprise pétrolière américaine (DAPL) qui voulait installer un pipeline et donc polluer l’eau de la région. Des milliers de manifestants, avec en tête les jeunes inquiets pour leur avenir, sont venus occuper les lieux de la réserve Standing Rock pour protester contre l’arrivée de cette société. Face à la puissance de DAPL, les manifestants non violents ont décider pour certains de changer de stratégie et ont incendié une partie du site. A l’époque, une des leaders de l’International Indigenous Youth Council (IIYC), Micaela IronShell-Dominguez, déclarait : « Tous les membres de notre communauté devrait avoir accès à une eau propre et respirer un air non pollué ». Si finalement l’IIYC a perdu sur cette terre, face à DAPL, elle continue néanmoins son combat dans d’autres réserves où l’eau des populations amérindiennes est aussi menacée.
Sans le savoir, la jeunesse mondiale d’aujourd’hui fait sienne la déclaration de Micaela : « Nous ne possédons pas la planète. Nous pensons plutôt que nous appartenons à celle-ci… Au lieu de la détruire, nous devrions la protéger. »
Depuis des années, les jeunes[i] se battent aux quatre coins du monde pour alerter sur la dégradation de la planète avec des eaux, des terres et de l’air pollués. Les répercussions du changement climatique impactent la nature et les êtres humains, non seulement leur santé mais aussi les infrastructures avec par exemple des typhons, des inondations, des incendies… La hausse des températures modifie le niveau des glaciers, des océans et leurs écosystèmes. La jeunesse actuelle, et notamment les jeunes actifs, militent à cette fin et proposent des solutions durables pour améliorer la situation : développement des énergies renouvelables, de l’agriculture « durable », réduction des déchets et des énergies fossiles, recyclage des déchets etc.
Après la Belgique, en février 2019, avec le renfort de l’égérie de ce mouvement, la suédoise, Greta Thunberg alors âgée de 16 ans, les jeunes français ont manifesté dans Paris pour le climat avec comme slogan : « quand je serai grand, je veux être vivant ».
Quid de la jeunesse française en 2026 ? Ce que nous révèlent les enquêtes
Les enquêtes menées en février 2022 et réalisées pour l’Institut Montaigne (Une jeunesse plurielle, Enquête auprès des 18-24 ans, rapport réalisé par Olivier Galland et Marc Lazar) , montrent que les effets de la pandémie de la Covid ont été ressentis très durement : 51% des jeunes interrogés déclarent que la crise sanitaire a eu un impact négatif sur leur moral.
Paradoxalement, à l’époque en Allemagne, on montrait dans les médias des spots célébrant « l’héroïsme des jeunes » qui restaient chez eux pour ne pas contaminer les générations plus fragiles comme celles de leurs grands–parents ou arrières grands-parents. En France, malgré l’absence de tels spots, il était demandé aux jeunes de ne pas fréquenter, et a fortiori, embrasser les séniors. Il en est résulté de tristes conséquences : le creusement d’un faussé plus ou moins important entre générations et la déprime des jeunes à la sortie de la pandémie. Pour les grands, il y avait les visio-apéros et pour les plus jeunes il ne leur restait que les réseaux sociaux pour le meilleur et le pire afin de garder un lien social réel ou supposé.
Sur un autre front, celui du climat, l’enquête internationale réalisée aussi en 2022, cette fois par l’IPSOS pour le compte d’EDF intitulé « Observatoire international climat et politiques publiques » sur les attitudes des jeunes à l’égard du changement climatique et de l’environnement montre que, sur le plan des actions personnelles visant à changer leur mode de vie pour l’adapter à ces conditions nouvelles, les jeunes en font plutôt moins que les autres générations, bien qu’en en même temps, ils semblent plus disposés à manifester et à s’engager[ii].
Ce sont les 25-39 ans qui apparaissent comme les plus soucieux de l’environnement (76 %) selon un sondage[iii].
En novembre 2025, deux interventions, celle du chef d’Etat major suivie de celle du chef de l’Etat ont annoncé que, face aux menaces extérieures de plus en plus prégnantes, il fallait se préparer à défendre notre territoire, sécuriser nos intérêts vitaux, et, si nécessaire, à riposter. La première déclaration interpellait les maires et donc les Français sur l »e possible sang versé des enfants de France ». Le second, dans la foulée, a annoncé la création d’un nouveau service militaire sur la base du volontariat mais qui, si une crise majeure survenait, pourrait devenir obligatoire. Ce nouveau service national proposé aux jeunes Françaises et Français de 18 à 25 ans est effectué sur dix mois. Ces volontaires servent au sein des armées dans des missions utiles à la défense nationale et seulement sur le territoire national. Ils y acquièrent une formation adaptée, des savoir-faire reconnus et l’expérience de la vie militaire, tout en contribuant directement aux besoins opérationnels des forces armées : combats sur champ de bataille, numériques avec le maniement des drones, des brouilleurs, repérages des cibles, détection des attaques en tout genre, etc.
Les conditions matérielles sont cependant moins avantageuses que chez certains de nos voisins où la solde est par exemple deux fois plus élevée en Allemagne qu’en France :
- solde du volontaire d’au moins 800 € brut par mois (hors primes éventuelles), non imposable ;
- carte SNCF « militaire » avec 75 % de réduction sur les lignes nationales ;
- alimentation et hébergement gratuits pendant toute la durée du service.
Il est à noter aussi l’intégration de ce nouveau service national dans Parcoursup. Cette période militaire pourra être considérée comme une année de césure. En conséquence, le jeune homme ou la jeune femme engagé(e) volontaire conservera son vœu d’affectation ou, le cas échéant, pourra candidater à nouveau en profitant de la valorisation de son expérience acquise au sein des armées.
Ce nouveau service militaire volontaire est mis en place cette année 2026. Les premiers candidats ont déjà été recruté par l’Armée. Ce dispositif, vise à renforcer le lien entre la jeunesse et les armées, à développer l’esprit de défense et à offrir une expérience structurante et reconnue pour la suite du parcours étudiant ou professionnel des jeunes volontaires.
Cependant, on peut se demander si une forme de guerre, comme celle de la désinformation, de la manipulation (tags antisémites faussement attribués à certaines communautés pour monter les européens les uns contre les autres, voir même les Français les uns contre les autres), des cyber-attaques, des franchissements illégaux de frontières par des drones (comme en ont connu, par exemple cet automne, la Suède ou la Pologne ou plus récemment encore La France dont des sites stratégiques militaires ont été survolés) ne sont pas déjà une sorte de guerre, à commencer par celle des nerfs.
Il y a aussi la menace nucléaire, non plus stratégique mais tactique qui plane depuis l’Europe centrale. Certes la France a sa force de dissuasion, avec notamment ses SNLE (sous-marins nucléaires lanceur d’engins) qui sillonnent en permanence, dans la plus grande discrétion, les fonds des océans, parés à riposter. Quant à la guerre conventionnelle, ou encore un conflit armé qui ne dit pas son nom, elle pourrait revenir en Europe, par-delà l’Ukraine, ou s’ajouter à d’autres types de combats. L’agression de l’Ukraine par la Russie avec le renfort de Coréens et le soutien discret des Chinois montre que la guerre est aujourd’hui non seulement protéiforme mais aussi de plusieurs dimensions, occupant tout l’espace aérien et numérique, le terrestre, les fleuves, les mers et les océans. Pour sa part, la Russie, considère que son intervention en Ukraine n’est pas illégale ; c’est une opération spéciale visant à redonner la nationalité russe à la population, à la protéger et à étendre son influence sur les anciens satellites soviétiques alors que pour l’historien et le militaire européens, c’est une véritable guerre.
Dans ce contexte, quelle est l’attitude des jeunes français d’aujourd’hui ?
L’annonce du Président de la république le 27 novembre 2025 a sans doute été influencé par l’étude et les sondages menés auprès de jeunes par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) de 2024[iv].
Paradoxalement, le risque de guerre dans les préoccupations des jeunes n’intervient qu’en 6ème position. Toutefois, ils étaient 47% en 2024 à penser possible une guerre sur le sol français dans un futur pas très éloigné.
L’étude révèle également que les jeunes ayant un proche militaire sont plus nombreux à se considérer, à leur tour, comme engagés (63 %, soit +7 points que dans l’ensemble des jeunes interrogés).
Conclusion
Les vieux du XXIè siècles sont les jeunes d’hier, et la jeunesse actuelle sera les adultes et personnes âgées de demain. Face à cette lapalissade, qui pourrait être considéré comme naïve, une vérité se dégage : les aînés ont certes l’expérience, deviennent parfois plus prudents quand la jeunesse, depuis la nuit des temps, est pleine d’énergie, veut vivre pleinement sa liberté, a des ambitions et des aspirations propres, des destins, sinon toute une vie à construire dans un monde libre, en paix, et sans soumission absurde ou dictatorial.
La génération alpha[v], semble un peu trop polluée par les écrans mais rompue à des techniques de communication et de production innovantes via l’Intelligence artificielle (IA), quand la génération Z est décrite par les sociologues comme celle qui regroupe les salariés nés à la fin des années 1990 et représentera 30 % des forces de travail dans le monde d’ici à 2030[vi].
Quant à la jeunesse française, elle est aujourd’hui à la fois plus centrée sur la famille mais aussi plus autonome[vii].
Jusqu’au siècle des Lumières, l’enfant, la jeunesse n’avait pas véritablement d’existence sociale et encore moins de reconnaissance sociale et juridique. Dès lors, la réalisation personnelle a commencé à émerger avec la notion de mérite et en dehors du déterminisme héréditaire : cette jeunesse peut en 2026 se construire par des efforts et des talents personnels. Dans les temps anciens, il y avait le monde de l’enfance, sous autorité patriarcale, et celui des adultes. Puis au XXème siècle, on a eu une phase intermédiaire avec l’adolescence et au XXIè siècle, un nouveau statut des enfants s’est fait progressivement jour avec un stade intermédiaire entre l’enfance et l’adolescence : le monde des pré-adolescents, ce qui correspond aux mineurs scolarisés dans les collèges de la classe de 6è à celle de 3è. De plus, la majorité a été abaissée de 21 à 18 ans en 1974. Quant au droit pénal, avec le code de la justice pénale des mineurs adopté en 2021 pour remplacer une vieille ordonnance de 1945 sur ce sujet, il prend en compte non seulement l’âge du mineur in abstracto mais aussi les différents stades de prise de conscience in concreto des mineurs quant à leurs actes réprimés par la loi.
Si les Résistants d’hier étaient des mineurs légalement parlant, ils endossèrent durant la seconde guerre mondiale une responsabilité d’adulte avec une grand maturité quand certains de nos jeunes majeures d’aujourd’hui sont encore très influençables, maniables, voir manipulables et même fragiles pour certains.
Ce qui est rassurant, c’est que plus de 50% des jeunes d’aujourd’hui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur pays, d’une manière ou d’une autre. Déjà un élan de patriotisme dans ce sens avait été constaté après les terribles attentats de 2015. De nombreux jeunes français avaient intégré la réserve.
Le nouveau service militaire, ouvert depuis le 12 janvier 2026, sur la base du volontariat répond non seulement à un besoin mais est aussi une sorte de réponse aux clubs de jeunesse militaires russes, sans compter l’apprentissage des armes dès le plus jeune âge dans les écoles, comme du temps de l’URSS.
ANNEXES
La Seconde Guerre mondiale enseignée aujourd’hui à nos jeunes révèle à cette génération les actes de citoyens, voire d’héroïsme des jeunes qui les ont précédés, il y a 80 ans. Pour certains, ces comportements sont des guides, pour d’autres, ils n’ont aucun impact sur leur vie actuelle, enfin pour une troisième catégorie, ces événements leur sont, au mieux indifférents, au pire source de légitimation de leur violence, quel que soit le côté étudié : occupants nazis ou résistants.
Maurice Berger, lauréat en 2023 du prix Acropoles décerné par l’ANA SJ décrit très bien les mécanismes qui mènent à des comportements ultra violents de la part de certains jeunes.
Si la résistance non violente est la meilleure arme pour de nombreux jeunes pour faire valoir leur droit ou réclamer la liberté, force est de constater que la violence la plus terrible reste toujours du côté des pouvoirs despotiques. Ces attitudes sont aussi reprises par les jeunes qui défendent aujourd’hui la planète bien que leur manifestation dégénèrent parfois, infiltrée par des Bad blocks[viii].
[i] 7 sur 10 jeunes se déclarent engagés dans cette lutte contre le changement climatique bien que 41% se disent mal informés. Sondage de convergence.org de 2020, plateforme créée en 2008 pour promouvoir les objectifs du développement durable. Il existe aussi le Réseau UNESCO de jeunes pour l’action climatique (YoU-CAN)
[ii] https://www.edf.fr/groupe-edf/observatoire-international-climat-et-opinions-publiques
[iii] Comment la jeunesse pense le monde d’aujourd’hui ? Les résultats de l’enquête « Et maintenant ? » Par Pauline PETIT publié le jeudi 2 décembre 2021 sur le site de Radio France.
[iv] Anne Muxel, Les jeunes et la guerre – Représentations et dispositions à l’engagement, Étude 116, IRSEM , avril 2024. Voir annexe pour les réponses des jeunes sur leur patriotisme.
[v] Les 5 générations, en vie, classifiée par les sociologues
- Génération baby-boomer (naissance entre 1946 et 1964), donc après la 2de guerre mondiale et les privations.
- Génération X (naissance entre 1965 et 1979) initialement baptisée « baby bust » en raison de la baisse du taux de natalité par rapport à la génération précédente. Ils ont connu 2 chocs pétroliers et ont été témoins des premières grandes vagues de chômage.
- Génération Y (naissance entre 1980 et 1994) encore appelée « Millennials ». Cette génération a grandi avec internet et se distingue notamment par son rapport au travail où elle revendique beaucoup d’autonomie. Elle accorde une grande importance à l’éthique dans l’entreprise et l’économie en générale, à la famille, aux loisirs.
- Génération Z (naissance entre 1995 et 2009) Ces Centennials ou digital natives sont les premiers à être véritablement nés avec le numérique. Leur vie est ultra connectée, ils veulent réinventer une manière de vivre pour un monde meilleur de leurs points de vues : climat, peu d’enfant etc.
- Génération Alpha (naissance entre 2010 et 2026), elle sera sans doute la plus instruite, la plus connectée et, globalement, la plus riche de tous les temps d’après le chercheur en sciences sociales Mark McCrindle.
[vi] Evidemment les spécialistes du marketing ont repris ce ciblage et l’appellation de ces 5 générations pour mieux s’adresser à chacune d’elles.
[vii] « Qu’est-ce qu’être jeune aujourd’hui ? « par : Olivier Galland – Sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS – 7 juillet 2023;
Comment définir l’âge de la jeunesse ? https://www.observationsociete.fr/ages/jeunes/a-quel-age-est-on-jeune/#:~:text=La%20jeunesse1%20constitue%20une,%C3%A2ge%20des%2015%2D24%20ans.
[viii] Sébastien Marcel dans un article publié le 01/05/2018 sur le site de la Dépêche et intitulé « Qui sont les Black Blocs qui ont affronté les policiers lors de la manifestation à Paris ? » Les décrivait ainsi : « Capuche noire, écharpe noire, veste et pantalon noirs, baskets noires. Les Black blocs sont la terreur des forces de l’ordre et des organisateurs de manifestations. Cette nébuleuse activiste, sans chef ni lieutenant, perturbe régulièrement les grands rassemblements qui dégénèrent alors en violents affrontements avec les forces de l’ordre.
Hostiles aux institutions et à toute forme d’autorité, les Black blocs ont pour coutume de mener des actions violentes et spontanées, d’abord organisées via internet, les téléphones portables et les réseaux sociaux. Ils agissent presque toujours hors cadre syndical ou politique. Leur conviction est que « le changement ne viendra qu’en renversant la table »
Pour lire la première partie de cet article paru dans le N°273 du 06 février 2026, cliquez ICI et la seconde partie parue dans le N°274 du 20 février 2026 en cliquant ICI
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(*) Karine Vuillemin, Docteur en Droit, Vice Présidente d’honneur de l’AFDD, Secrétaire Générale de la Section Avenirs de Femmes de l’Association Nationale des Auditeurs Sécurité-Justice |

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