Jeunesse et résistance face à l’oppression

(2ème partie)

Karine Vuillemin (*)
Vice-Présidente d’honneur de l’Association Française des Docteurs Droit




Suite de l’étude consacrée à la jeunesse que propose l’auteure. En l’occurrence, elle insiste sur la jeunesse post 1945 avec sa révolution culturelle et existentielle.

.A Pierre Charrin

 

Le contexte après une guerre non vécue par cette jeunesse des années 60-70


Jusque dans les années 1950, les jeunes générations ne sont pas empruntes d’une culture spécifique. A partir de cette date, la jeunesse va s’octroyer un statut avec des comportements, des loisirs, des réflexions et des goûts qui lui sont propres. Ce constat est flagrant non seulement en France mais aussi aux quatre coins du monde.

Après les grandes privations qu’ont connu leurs parents pendant la guerre, ces jeunes grandissent et s’accomplissent dans une économie en croissance. Le plan Marshall a été bénéfique à la France comme sa reconstruction matérielle. Explosent alors la consommation de masse et les guerres de décolonisations.

En France, cette génération est celle dite des « yéyés ». Les jeunes se reconnaissent par leur vêtements (pantalon à patte d’éléphant, fichu sur la tête pour les filles, lunettes noires pour les garçons, blouson de cuir et pour le mode de transport en liberté : le scooter), un langage bien à eux, des relations amoureuses très libres qui laissent entrevoir l’arrivée de la pilule contraceptive et surtout une envie de vivre différemment, plus libre, plus insouciant. La preuve la plus criante de cette transformation est la musique qu’ils écoutent comme le jazz ou sur laquelle ils dansent déhanchés : le rock’n roll avec Elvis Presley, les Beatles, les Rolling Stones etc, le cinéma avec de jeunes héros contemporains interprétés par James Dean, Belmondo, Delon… Mais ils se sentent coincés dans une société patriarcale et étriquée d’un autre âge avec une majorité à 21 ans. De 1954 à 1961 beaucoup de classes d’âge dans leur 20è année partaient pour un service militaire en Algérie pour des « opérations qualifiées alors de de maintien de l’ordre ». De 12 mois, la conscription a pu ensuite aller jusqu’à 30 mois. Au même moment, on assiste dans les Etats-Unis du Sud à des émeutes anti-raciales réprimées très durement.

Ces jeunes des années 1960 commencent à protester, et les filles en premier lieu qui se battent contre les inégalités qui les touchent. Beaucoup d’hommes refusent que leurs épouses travaillent même si les fins de mois sont difficiles à boucler. Ces femmes sont vouées aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, bref à tenir leur foyer et assurer le repos « du guerrier ». Voilà leurs attributions qui font fi de leur consentement (sauf au mariage) et une fois dans ce carcan, elles deviennent dépendantes de leur mari. Leurs droits sont niés pour ne pas dire inexistants. En France, le code civil consacrera le devoir conjugal jusqu‘au début de ce XXIè siècle[i]. Très vite les mouvements féministes se font entendre pour manifester contre ces injustices, revendiquer le droit de travailler, le remboursement de la pilule et le droit à l’IVG et enfin de ne plus être sous le joug d’un mari qui a tous les droits sur elle et la famille. En 1964, un homme résume la situation de la jeunesse, il s’agit de Mick Jagger, le leader des Rolling Stones qui cette annéelà déclare : « Les jeunes cherchent autre chose, d’autres valeurs morales. Car ils savent qu’ils obtiendront tout ce qu’on pensait impossible il y a cinquante ans ».

Les Jeunes filles ne sont pas en reste et s’émancipent également. Sous la présidence du Général de Gaulle, en 1965, la loi autorise enfin les femmes à ouvrir un compte en banque à leur nom. Deux ans plus tard, la loi Neuwirth légalise la contraception et donc la pilule. Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing (VGE), suite au mouvement mondial de 1968, quatre lois vont accélérer le processus de cette libéralisation : 1- la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse portée par Simone Veil (avec la loi du 17 janvier 1975). La femme commence à reprendre la maîtrise de son corps. 2- le divorce par consentement mutuel (avec  la loi du 11 juillet 1975). 3 – La troisième loi dite réforme Haby (aussi du 11 juillet 1975 et du nom du ministre de l’Education nationale de l’époque) instaure la mixité obligatoire sur tous les cycles scolaires de l’enseignement public. Enfin, la liberté de la presse mais surtout des media fait son grand retour avec la fin de l’ORTF, annoncé par la Premier ministre Jacques Chirac et la création de 3 chaînes de télévision dont une privée :TF1.

Dans cette ambiance, la jeune génération qui est plus ou moins la même à travers la majorité des pays de la planète va se révolter au printemps 1968. Tous ces jeunes, notamment sur tout le continent américain du nord au sud, s’auto-proclament responsables et suffisamment matures pour devenir des citoyens à part entière[ii]. En France, ils obtiendront en 1974 leur majorité à 18 ans, qui était une promesse électorale de VGE.

Mai 1968 : la révolution mondiale de la jeunesse et ses revendications


Les lycéens et étudiants ne veulent plus d’un bourrage de crâne avec un enseignement magistral. Ils veulent un enseignement interactif où les échanges et les discussions seraient possibles. Ils veulent vivre et ne plus subir. Ils veulent la libéralisation des mœurs et être considérés comme des citoyens à l’instar de leurs aînés. Cette jeunesse va alors tenter de faire évoluer la société, d’abord par des idées puis par des actes plus ou moins violents. Ils veulent renverser l’ordre établi et les conventions de leurs aînés qu’ils estiment désuets. Dans le même temps, une approche scientifique nouvelle se développe : la sociologie.

Car, il n’y a y pas qu’en France que les jeunes se révoltent, notamment dans le quartier latin de Paris, occupant la Sorbonne, la faculté de Nanterre et bien d’autres lieux aussi en Province. Ce mouvement qui touchent bien d’autres pays est toutefois issue de la jeunesse occidentale et japonaise qui veut briser et s’échapper du vieux cadre sociétal dans lequel ils étouffent alors qu’ils aspirent à plus de liberté mais aussi plus de responsabilités.

Dès janvier 1968 à Madrid, des étudiants espagnoles manifestent contre le dictateur de leur pays : Francisco Franco. Ils seront réprimés et la police s’installe dans les bâtiments de l’université de la capitale.

Puis en mars, c’est le mouvement des jeunes gauchistes japonais de la Zengakuren, qui, armés de bambou, affrontent les policiers anti-émeutes. Ils ont le soutien des paysans expulsés de leur terre pour la construction du futur grand aéroport international de Narita. A la même époque, les étudiants de Varsovie se soulèvent et sont aussi durement réprimés par des milices du régime communiste. Un mois plus tard, la tentative d’assassinat à Berlin de monsieur Rudi DUTSCHKE, un des dirigeants du SDS[iii], une organisation estudiantine, est le catalyseur qui met le feu aux poudres de la jeunesse allemande à travers tous les Landers. Les Etats-Unis connaissent les mêmes soubresauts de la jeunesse, et pas seulement à Colombia, l’université de New York. Ainsi, le campus de l’université de Berkley en Californie est-il le théâtre de violents affrontements entre policiers et étudiants. Ces derniers exigent depuis quatre années « un pouvoir étudiant ». A Chicago, les jeunes opposants à la guerre du Vietnam[iv] manifestent, comme ceux qui descendent dans la rue pour dénoncer l’assassinat du pasteur Matin Luther King Jr.. Tous sont réprimés très violemment par les forces de l’ordre. Depuis les années 60, des manifestations pour les droits civiques des afroaméricains donnent lieu à des violences inouïes de la part des forces de l’ordre[v]. Le pasteur est tué le 4 avril 1968 à Memphis, dans le Tennessee. Il avait 39 ans et militait par la désobéissance civique non violente et ses discours[vi]. Il était l’un des principaux leaders du mouvement américain des droits civiques (droits de l’Homme, encore appelés aujourd’hui droits humains). En décembre 1964, il avait reçu le prix Nobel de la paix pour son combat non violent contre la ségrégation raciale et pour la paix, ce qui faisait de lui le plus jeune lauréat à 35 ans. Suite à son décès, plus de cent villes américaines manifestèrent leur colère. L’émotion devint internationale en passant les frontières. Ainsi le surlendemain de cet acte abject, le 6 avril 1968, une marche en hommage à Martin Luther King était organisée à Amsterdam au Pays Bas.

Quand la jeunesse se soulève contre des dictatures


La jeunesse américaine revendique les mêmes droits civiques pour tous


La jeunesse a joué et joue encore un rôle important aux Etats-Unis tant par des actions publiques éclatantes que par du lobbying au Congrès et au sein des états fédérés. Elle a ainsi contribué à mettre fin sur un plan légal, à la ségrégation dans les Etats du Sud avec l’abrogation des lois « Jim Cros ». Elle combat encore et toujours le racisme et a aussi contribué à l’adoption des droits civiques pour les non blancs, notamment avec le Student Committee (SNCC), une organisation étudiante très bien organisée et non violente pour la défense de leurs droits civiques.

La jeunesse se révolte également en Amérique latine. A la fin de l’été 1968, l’armée mexicaine est sans pitié contre les étudiants révoltés et rassemblés sur la Place des Trois Cultures à Mexico. Les jeunes britanniques aussi se révoltent et occupent notamment la London School of Economics dès octobre. La fin de l’année voit les étudiants italiens manifester haut et fort dans tout le pays.

Le mouvement de la Place Tien’anmen en Chine en 1989


Vingt ans plus tard, à l’autre bout de la planète, dans le plus grand pays du monde non démocratique, des millions d’adolescents et de jeunes étudiants sont descendus dans la rue de plusieurs villes chinoises pour réclamer haut et fort des droits basiques dont ils s’estimaient, à juste titre, privés. Tous ceux qui avaient leur âge ou plus âgés se rappellent la violente répression qui a eu lieu Place Tien’anmen à Pékin, bien que le mouvement « concernât tous les pays. A l’époque, par solidarité, des jeunes du monde entier se sont mobilisés pour exiger aussi des réformes démocratiques et la libéralisation de l’économie chinoise.

Qui ne se souvient pas de cet étudiant[vii] défiant le pouvoir despotique militaire chinois, seul face à un char, qui ne l’a pas écrasé, le 3 juin 1989. Cette image marquera les esprits démocratiques d’un acte de non violence devant une force armée qui allait très vite se déchaîner contre les étudiants[viii]. Ce jour-là, c’en était trop pour le gouvernement qui fit réprimer dans le sang ce soulèvement durant deux jours, avec l’arrivée en masse de soldats armés et de tanks sur cette place aujourd’hui oubliée de beaucoup. A ce jour, on ignore toujours le nombre de morts et de blessés parmi ces jeunes. Est-il besoin de souligner que la Chine n’a jamais reconnu officiellement le terrible massacre de sa jeunesse, l’information sur ce sujet étant encore tabou et donc censurée. Une de ces jeunes manifestantes, Rowena He, bien que redoutant des représailles, continue d’étudier au XXIème siècle ce « mouvement de Tien’anmen ».

La jeunesse et le printemps arabe


Deux décennies plus tard, le monde assiste au Printemps arabe, qui prend sa source en 2009 dans un élan contestataire non violent grâce aux nouvelles technologies.

Dans les pays arabes musulmans, les révoltes n’aboutissent pas à la liberté

Il n’est pas inutile de rappeler le contexte démographique et politique de l’époque. A l’aube du XXI siècles, les pays arabes ont accompli leur transition démographique. Or, les enfants et jeunes adultes occupent une place plus importante dans les familles que par le passé. Cette jeunesse est éduquée, élevée de façon plus égalitaire et à même de remettre en cause l’autorité patriarcale et un système institutionnel inégalitaire, corrompu où le népotisme est la règle. Les 15-30 ans représentent alors environ un tiers de la population totale de cette région du monde.

Cette frange de la population maîtrise parfaitement les réseaux sociaux, qui ont certes des côtés négatifs mais qui ont aussi des aspects très positifs comme ce fut le cas à cette époque. En effet, ces derniers ont permis à la jeunesse, victime du chômage, de faire une révolution coordonnée sans précédent qu’on pourrait qualifier de « Révolution 2.0 » eu égard au rôle déterminant des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter (made in USA). Ce mouvement est parti de Tunisie et s’est propagé à grande vitesse en Égypte, en Libye, en Syrie, au Yémen, y compris au Bahreïn jusqu’à atteindre, dans une moindre mesure, d’autres pays du Moyen-Orient. 

Pourquoi ce soulèvement du printemps arabe de 2009 à 2011 avec un paroxysme en 2020 (par référence au printemps de Prague du temps du rideaux de fer et de l’URSS) ? La jeunesse, comme une bonne partie de la population voyaient leurs droits et les moyens de subsistances de leurs familles se réduire comme une peau de chagrin du fait d’une administration corrompue, à commencer par la police. Tous ces pays étaient, et pour certains sont encore, des dictatures violant les droits humains, utilisant la torture et l’extermination physiques des opposants. Les régimes de la plupart de ces pays arabes sont autoritaires, oligarchiques, bref des dictatures que nul ne qualifie ainsi et souvent héréditaire d’une manière ou d’une autre.

C’est d’ailleurs la mort d’un jeune vendeur tunisien de 26 ans, Mohamed Bouazizi qui s’est immolé par le feu en pleine rue, qui a été le catalyseur de ce soulèvement populaire. Pourquoi ce geste terrible ? Parce que la police venait de lui confisquer sa charrette. C’est le début de la contestation contre le régime de Zine el-Abidine Ben Ali qui va être finalement contraint de quitter le pouvoir. Puis la révolte sort très vite des frontières vers l’Algérie, la Jordanie, le Maroc, etc., avec le même slogan contre le pouvoir autoritaire en place : « Dégage! ».

Si les jeunes sont à l’origine de la révolte qui s’est étendue rapidement, ils furent soutenus par la population de leur pays respectif. Ces manifestations se sont doublées d’une autre source de mécontentement comme la guerre civile en Syrie. Lors de cet événement, des gouvernements et dirigeants sont tombés. Ainsi le Président de l’Egypte, Mohammed Moubarak a-t-il été contraint de démissionner. Ce raïs déchu, a en fait été chassé du pouvoir par les foules de la place Tahrir et lâché par l’armée dont il était issu. Lors de son procès, il a été jugé puis condamné à la prison à vie pour sa responsabilité dans l’assassinat de quelques 850 manifestants lors du soulèvement qui conduisit à sa chute, du 25 janvier au 11 février 2011. Il est mort en 2020 à 91 ans. En Tunisie, les jeunes ont réussi la révolution du Jasmin. Les régimes libyen, syrien, yéménites etc. finiront par tomber des mois, voir des années plus tard du fait de la conjoncture d’autres opérations extérieures à ces mouvements. Quant au Bahreïn, la contestation sera muselée grâce à la solidarité des autres monarchies du Golf arabe persique. A l’exception du Qatar, tous les pays arables ont donc été impactés. D’autres pays non arabes, dirigés par des dictatures ont aussi été touchés, comme en Iran. Force est de constater que ces révolutions n’ont pas rendu la liberté aux peuples, toujours muselés et dans la misère.

La révolution en Iran reste en marche avec à sa tête la jeunesse


En Iran, la résistance populaire face à une dictature théocratique, où le clergé chiite exerce le pouvoir, est portée avant tout par la jeunesse des générations Y et Z qui gardent l’espoir d’une future république laïque et modernisée, libérée de la peine de mort et respectant les libertés et l’égalité homme/femme. En effet, si la République islamique se drape d’éléments démocratiques comme l’élection au suffrage universel du président et des députés au Madjles, en réalité seul le guide de la révolution, depuis 1989 Ali Khamenei, détient l’autorité suprême. Les premiers grands soulèvements du peuple iranien à travers le pays datent de décembre 2017 et novembre 2019[ix]. La répression des manifestants fut sanglante : plus de 1500 morts en 2029. En 2022, les manifestations sont encore réprimées dans le sang avec des milliers de manifestants tués et 335 personnes « exécutées ». Parmi ces martyrs, il y avait beaucoup de jeunes « résistants ». En septembre de cette année-là, Mahsa Amini, jeune Iranienne de 16 ans, est morte pour avoir porté un voile qui ne couvrait pas tous ses cheveux. En effet, après son arrestation, elle fut torturée et mourut de ses blessures. Cette tragédie a déclenché dans le pays une immense émotion avec toute une génération qui manifeste sa colère contre les mollahs. Un an plus tard, le même drame se répète avec la mort d’Armita Geravand, 17 ans d’origine kurde, agressée dans le métro pour le même motif. Le rôle des réseaux sociaux se révèle aussi important dans cette révolte de la jeunesse qui inonde le monde du visage de ces deux jeunes femmes et s’oppose à l’ordre moral imposé par le régime de mollahs. A l’époque, De nombreuse jeunes filles, face à la caméra de leur smartphone, se coupent les cheveux et / ou enlèvent leur voile dehors. En 2024, une étudiante, après avoir ôter son voile, ira jusqu’à se dénuder pour rester pieds nus et en sous-vêtements devant les grilles de son université pour protester contre le port du voile obligatoire pour les jeunes filles et leurs aînées. Arrêtée avec une grande brutalité, elle a été internée dans un hôpital psychiatrique, les autorités considérant que la protestation contre le port du voile est une maladie mentale qui nécessite un « traitement »[x].

Est-il besoin de rappeler que le 18 décembre 2025, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution condamnant les violations graves des droits humains commises par le régime iranien. Dix jours plus tard, des commerçants et étudiants manifestent dans les rues pour des motifs essentiellement économiques. Les commerçants du bazar se sont mis en grève au cœur de Téhéran, en réponse aux fortes fluctuations du taux de change du rial iranien par rapport au dollar américain. Très vite, les manifestations se sont étendues aux régions les plus pauvres du pays, à l’ouest. Comme en 2022, les provinces d’Ilam et de Lorestan ont été parmi les principaux épicentres. Mais cet hiver, ce sont bien les 31 provinces qui se sont soulevées. Or, jamais par le passé, un tel mouvement de mécontentement contre le régime en place n’a été constaté. Si le socle du régime vacille, il reste néanmoins bien amarré à la force grâce au soutien et à la fidélité de l’armée sous contrôle des gardiens de la révolution.

Un homme seul défie la police fin 2025 mais la répression sera sanglante surtout dans la nuit des 8 au 9 janvier 2026. Plus de 3000 mort selon l’Iran, plus de 30 000 selon les ONG – Images diffusées par la chaîne France Info TV.

En fait, la vie devient très très chère et très dure au quotidien avec une inflation de 40 % par an ces dernières années. Les restrictions et pénuries deviennent insupportables pour la population avec le manque d’eau depuis le printemps 2025, même si cela va mieux cet hiver. Dans les quatre premiers jours de 2026, huit manifestants, âgés de 17 à 37 ans, ont été tués. Après 6 jours de manifestations, une cinquantaine de morts est dénombrée mais en réalité beaucoup plus. En effet, le jeudi 8 janvier 2026, les universités sont fermées pour éviter que les étudiants ne les occupent pour protester contre le régime. Internet est coupé. Eduqués mais souffrant, outre des privations, d’un manque de liberté, les étudiants descendent dans la rue auprès des commerçants et d’autres franges de la population pour contester ce régime liberticide et qui les affame du fait d’une mauvaise gouvernance et des sanctions économiques de l’’occident à commencer par les Etats-Unis.

Le monde découvre dès le 11 janvier 2026 au soir des centaines pour ne pas dire des milliers de morts dus à une répression sanglante des gardiens de la révolution, qui restent les nantis du régime. Le régime mate ces manifestations qui sont interdites, surtout contre le régime. Quant au Président iranien, il a présenté ses condoléances aux familles des victimes lors d’une interview télévisée, en invitant les jeunes à ne pas se faire manipuler par les ennemis de la République islamique.

D’un autre côté, les déclarations, du 10 janvier du prince Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran renversé par la Révolution islamique de 1979, exhorte les contestataires « à descendre dans la rue (les 10 et 11) munis de drapeaux, d’image et de symboles nationaux, afin d’occuper l’espace public », et se préparer à conquérir tous les centres des villes. Force est de constater que des villes aux confins du pays jusqu’alors calmes descendent dans les rues manifester contre le régime qui les affame. Pour autant, même si cette personnalité semble apporter une solution pour un régime transitoire avec un plan en 3 points, beaucoup de personnes, plus ou moins âgées, ont toujours en tête l’oppression et la répression terrible de la police politique de son père, un monarque absolu qui avait aussi du sang sur les mains.

Beaucoup craignent le retour d’une dictature monarchique.

La difficulté majeure que rencontrent les manifestants désarmés, hormis la répression sanglante dont ils sont victimes, est le morcellement du pays mais aussi et surtout de la population tant au plan des idées que des motivations contestataires. Il n’y a pas de leader de ce mouvement, et donc pas d’unité ou résistance organisée, même pas à la tête de la jeunesse. Toutes les grandes figures de l’opposition ont soit été exécutées soit sont en prison et souvent torturées régulièrement. 

Les images de la télévision officielle montrent des morts du côté du maintien de l’ordre et des manifestations pro régime derrière les cercueils. Il est impossible de savoir si ces images sont vraies ou fausses ou liées à un autre évènement comme après l’attaque américaine de juin 2025. De son côté, Israël a montré à la télévision un gardien de la révolution avec un canon à eau contre la foule alors que la véritable image est un gardien de la révolution avec un mégaphone. Il n’est pas impossible que des agents du Mossad et/ ou des Etats-Unis se soient infiltrés dans les manifestations tant au niveau des slogans « Mort au Régime » ou « Mort aux dictateurs » que du soutien à un retour possible de Reza Pahlavi, voir pour abattre des policiers ou quelques gardiens de la Révolution.

En effet, après l’appel de Reza Pahlavi, ou pour d’autres raisons évoquées ci-dessus, les Iraniens ont continué à aller manifester en masse, malgré la répression dont ils ne connaissent pas encore l’ampleur et les massacres de la nuit précédente. Car la seule réponse du régime a été un massacre sanglant innommable de centaines pour ne pas dire de milliers de morts, évalué fin janvier à plus de 30 000 victimes décédées, en contant les prisonnier torturé et les blessés dans les hôpitaux, achevés par balle. Les famille doivent payer pour récupérer les corps de leur proche ou les déclarer pour le régime. Plus de 50 000 personnes ont été arrêtée et les arrestations et exécutions dans les hôpitaux continues.  

Nul ne connaît l’issue de ce mouvement, qui semble fin janvier se dégonfler, le régime ayant réussi à contenir ces manifestations par des tires tendus à balles réelles et par la terreur. Des témoins et les réseaux sociaux réactivés depuis le 19 janvier montrent beaucoup de manifestants anti-régime ayant perdu un œil. Il est à souligner que ces iraniens manifestants ne veulent pas tous l’intervention de puissance extérieure, compte tenu des précédents en Irak, en Libye ou encore en Afghanistan qui n’ont pas apporté de changement de régime vers la liberté et la démocratie. De son côté, le Président américain a fait plusieurs déclarations sibyllines, la télévision américaine montrant des bâtiments de l’US Navy en route pour le Golfe persique…

 

Actuellement, les jeunes, dans le monde, ne se battent pas uniquement contre un régime autoritaire, voir dictatorial ou un agresseur de leur pays. Ceux « du monde dit libre » luttent aussi pour leur avenir dans un intérêt plus général pour ne pas dire mondial face au changement climatique.

 

 

Suite et fin dans le N°275, à paraître le 06 mars 2026

Pour lire la première partie de cet article paru dans le N°273 du 06 février 2026, cliquez ICI

 

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[i] « Les femmes dans la société française au 20è siècle », Ed.  Armand Colin 2003. Il faudra attendre la loi du 4 avril 2006 pour que le code pénal reconnaisse le viol entre époux, puis la loi du 9 juillet 2010 pour voir aboli le devoir conjugal au lit et la qualification de viol et donc la condamnation de tout acte de pénétration sexuelle non consenti, quel que soit le lien entre son auteur et la victime. Mais cette notion demeure encore floue pour de nombreuse victimes au sein du couple.

[ii] « Histoire de la société française depuis 1945 », Ed. Armand Colin , 1988.

[iii] SDS pour Sozialistischer Deutscher Studentenbund. Cette« Union socialiste allemande des étudiants » fut créée en 1946 à Hambourg et se voulait un syndicat étudiant indépendant de tout parti, tout en restant proche du Parti Social Démocrate .

[iv] Lors de l’année 1968, 16589 soldats américains sont tués. Depuis le début de la guerre en 1965 35749 soldats américains sont morts au Vietnam.

[v] Malheureusement ces violences raciales demeurent avec des affaires qui ont choqué l’Amérique démocratique et républicaine depuis l’assassinat de Martin Luther King en 1964, à la mort inqualifiable du jeune noir Michal Brown à Ferguson en 2014 par un policier blanc, les émeutes de Minneapolis en 2020 suite à l’assassinat d’une personne de couleur, Geoge Floyd, par un policier blanc qui l’a privé de respiration… et ces drames se produisent encore aujourd’hui.

[vi] « I have a dream » de Martin Luther King, Jr. (28 août 1963), les problèmes systémiques tels que le racisme, la pauvreté et la guerre, que Martin Luther King Jr. appelait « les trois maux » sont toujours omniprésents dans notre société.

Selon Clayborne Carson, historien afro-américain: “Les questions abordées par Martin Luther King Jr., en particulier l’idéal des droits de l’homme et de la justice sociale dans le monde, sont plus pertinentes aujourd’hui qu’à tout autre moment de l’histoire.”

[vii] Cet étudiant inconnu restera pour toujours en occident l’’Homme de Tian’anmen, ou Tank man  en anglais (l’« Homme au char ») ou encore The Unknown Protester (« Le Manifestant inconnu ») qui a filmé en direct et photographié alors qu’il s’efforçait de bloquer symboliquement la progression d’une colonne d’’une vingtaine de chars.

[viii] L’image de la scène est prise par deux des reporteurs étrangers situés sur un balcon de l’hôtel Beijing. L’auteur de la photographie emblématique qui a fait la une de nombreux journaux et magazines à l’époque a été prise par Jeff Winder de l’Associated Press.

[ix] L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) existe depuis 1965 luttant alors contre une dictature monarchique. Elle est en exil en Albanie et ses unités de résistance sont actives et souvent arrêtées.  Car ce sont bien les iraniens vivant dans leur pays qui organisent sur le terrain la résistance avec des activités clandestines menées par beaucoup de jeunes face à un régime opprimant.

[x] En décembre 2023, un rapport publié par Amnesty International dénonçait les violences physiques et sexuelles de la part des forces de sécurité et en particulier des Gardiens de la Révolution contre les personnes arrêtées : coups et viols tant sur des femmes, des hommes que d’enfants sont courants dans les fourgons qui les emmènent en détention pour être torturées et plus tard, possiblement exécutées.


(*) Karine Vuillemin, 
Docteur en Droit, Vice Présidente d’honneur de l’Association Française des Docteurs en Droit, Secrétaire Générale de la Section Avenirs de Femmes de l’Association Nationale des Auditeurs Sécurité-Justice