Jeunesse et résistance face à l’oppression
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Karine Vuillemin (*)
Vice-Présidente d’honneur de l’Association Française des Docteurs Droit
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La jeunesse résistante face à l’oppression
d’hier et d’aujourd’hui
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L’auteur étudie, à travers divers exemples puisés dans l’Histoire plus ou moins récente, comment une certaine jeunesse opte pour la résistance face aux processus d’oppression protéiforme. Elle dédie son étude, publiée sur plusieurs de nos numéros, à Pierre Charrin, décédé le 1er janvier 2026, qui fut longtemps l’un de nos auteurs et membre du comité de rédaction d’Espritsurcouf .
A Pierre Charrin
Introduction
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Lors de la Deuxième Guerre mondiale, de très nombreux enfants et adolescents sont entrés dans la Résistance, entrainés par leurs ainés, leurs parents, des proches qui les associaient à leurs activités, par hasard, par inconscience, par courage et/ou volonté patriotique. Ils rejoignaient la résistance, voir le maquis ou même Londres pour les plus grands.
Comme cela a été démontré dans les colloques passés organisés par la Section Avenirs de Femmes de l’Association Nationale des Auditeurs Sécurité et Justice (l’ANA SJ), commémorant la convention de l’ONU du 9 décembre 1948 sur la prévention et la répression des génocides, la haine porte en elle le pire germe de la violence gratuite et barbare. Pour faire prendre conscience aux jeunes d’aujourd’hui de cette réalité qu’aucun siècle n’a démenti, c’est par l’éducation et des actions de rencontre, d’échange, de dialogue pour découvrir l’autre qu’on pourra, sinon éradiquer, prévenir des atrocités entre êtres humains. La force des témoignages de victimes de violence, pire … de crime de guerre et a fortiori de génocide, le plus innommable des crimes contre l’humanité, est aussi essentiel dans l’éducation des jeunes pour les conduire dans un monde d’adulte plus respectueux l’un de l’autre, en partageant les mêmes valeurs humaines.
Cette éducation doit se faire dès le plus jeune âge et tout au long du parcours scolaire et, le cas échéant, lors d’études supérieures, au sein des familles, dans des clubs de sport, de loisir, de jeux de sociétés etc.
C’est bien cette raison qui a fini par déterminer les rescapés des camps de la mort, de la Shoha, du génocide du Rwanda ou encore des descendants des rescapés du génocide arménien, à aller vers les jeunes pour parler, raconter l’impensable, l’inimaginable, à témoigner mais aussi à questionner ces jeunes. Parmi tous ses témoins, il y a Ginette Kolinka, déportée avec Simone Veil (née Jacob), aujourd’hui centenaire et qui a encore l’énergie d’aller à la rencontre des jeunes pour leur expliquer comment est déclenchée la haine et à quoi elle mène.
La génération de ces rescapées des camps de la mort va bientôt disparaître mais elle aura transmis le relai à des jeunes en espérant qu’ils soient à leur tour une courroie de transmission efficace pour valoriser la tolérance, encourager le dialogue et refuser la violence, la haine, pire, la barbarie.
Aujourd’hui, ces atrocités et les industries de la mort sont enseignées aux élèves en classe de 3ème au collège. Un focus sur la Seconde Guerre mondiale leur est proposé avec d’un côté le monde abject du régime nazi, et, de l’autre, la résistance du plus jeune au plus âgé, ceux-là partageant les valeurs de la république, d’humanité, de fraternité et l’amour de la liberté.
Avant de plonger au cœur du sujet, il convient de rappeler quelques définitions pour éviter tout malentendu.
Violence, haine et paix : quelques définitions en prémices
La violence
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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la violence comme « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ». Cette définition souligne l’aspect intentionnel du concept, qu’elle élargit aux actes qui s’inscrivent dans des relations de pouvoir[i].
La violence est un concept complexe, qui dans son acception générale inclut la violence comportementale mais également la violence structurelle, souvent inconsciente. La violence structurelle découle de structures économiques et sociales injustes et inéquitables, et se manifeste notamment par la pauvreté ou des privations de toutes sortes.
Selon l’Union européenne, il existe différentes façons de classer les formes de violence. L’une de ces classifications englobe les suivantes :
- la violence directe, autrement dit la violence physique ou comportementale, comme la guerre, le harcèlement, la violence domestique, l’exclusion ou encore la torture ;
- la violence structurelle, par exemple la pauvreté et la privation des ressources de base et de l’accès aux droits ; les systèmes oppresseurs qui asservissent, intimident et maltraitent les contestataires comme les pauvres, ceux qui sont privés de pouvoir et marginalisés ;
- la violence culturelle, qui consiste à dévaloriser et à détruire des identités humaines et des modes de vie spécifiques, la violence du sexisme, de l’ethnocentrisme, du racisme et des idéologies coloniales, ainsi que d’autres formes d’exclusion morale qui justifient l’agression, la domination, l’inégalité et l’oppression.
Chaque année, plus de 1,6 million de personnes perdent la vie, victimes de violence. Pour chaque personne décédée des suites de violence, on enregistre de nombreuses autres victimes de blessures, de souffrances physiques, sexuelles ou mentales. Au-delà de l’aspect humain, la violence fait peser une lourde charge sur les économies des pays qui doivent investir dans les soins de santé et des mesures de répression, et compenser leur perte de productivité.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime qu’au moins 740 000 femmes, hommes, jeunes et enfants meurent chaque année de la violence armée ; la plupart des victimes sont en situation de pauvreté. Pourtant, la majorité des homicides par arme n’ont pas pour cadre la guerre.
Le harcèlement, forme de violence interpersonnelle qui touche de plus en plus les jeunes, est un comportement agressif répété dans l’objectif de blesser la personne visée. Il peut prendre la forme d’agression physique, psychologique ou verbale, et intervenir dans toute situation où des personnes sont en relation interpersonnelle ou multi-personnelle, que ce soit à l’école, sur le lieu de travail ou tout autre lieu social. Le harcèlement peut être direct, et opposer des personnes en face-à-face, ou indirect, prendre la forme de rumeurs ou d’atteintes, par le biais d’internet par exemple via notamment les réseaux sociaux.
La guerre et la violence ont inévitablement pour conséquence le déni des droits humains.
La haine
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Lorsque le mot « haine » est utilisé en droit américain et plus particulièrement, dans le district de Columbia (où sont les institutions de l’Etat fédéral, et dans un contexte des « crimes haineux », il ne désigne pas la rage, la colère ou l’aversion générale. Aux Etats-Unis, dans ce contexte, la « haine » désigne un préjugé contre des personnes ou des groupes présentant des caractéristiques spécifiques.
La haine naît souvent de la peur de l’autre par méconnaissance de l’autre et donc d’un préjugé irrationnel. Or, lorsqu’il n’est pas maîtrisé, le préjugé contextuel devient normalisé ou accepté, et peut même dégénérer en violence.
La pyramide de la haine montre comment les préjugés peuvent évoluer des attitudes vers des formes de haine plus graves[i].

Aussi, dans le district de Columbia, la loi de 1989 sur les crimes liés aux préjugés prévoit-elle des sanctions plus sévères chaque fois qu’un crime est motivé par des préjugés ou par la haine.[ii]
La paix
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A l’opposé, il y a le concept de paix qui n’a pas tout à fait la même acception selon les cultures.
Traditionnellement, dans le « monde occidental », la paix est pour beaucoup une condition extérieure, tandis que dans d’autres cultures, la paix est aussi intérieure (c’est à dire la paix dans nos esprits et dans nos cœurs). Dans la tradition maya, par exemple, la paix renvoie au concept de bien-être ; elle est liée à l’idée d’un équilibre parfait entre les différentes sphères de nos vies. Dans ces conditions, la paix est un processus à la fois intérieur et extérieur.
Le concept de sécurité humaine est étroitement lié à ceux de paix et de violence, car il reconnaît la relation entre la violence et les privations de toutes sortes. Il concerne la protection des individus et des communautés non seulement de la menace directe de violences physiques, mais aussi des menaces indirectes qui découlent de la pauvreté et d’autres formes d’inégalités sociales, économiques et politiques, ainsi que des maladies et des catastrophes naturelles.
Malgré une violence urbaine certaine[iii], les jeunes d’aujourd’hui aspirent à partager des valeurs simples de tolérance et de liberté dans un monde en paix. A cet égard, l’enseignement des actions de leurs ainés est une bonne chose. Il est donc important de se pencher à nouveau sur le rôle clé de ces jeunes durant la Seconde Guerre mondiale (I), mais aussi à l’occasion de révolution pour faire avancer des sociétés devenues sclérosées (II) ou pire, dictatoriales (III).
Quel rôle ont joué, en France, les enfants pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Des missions de surveillance aux opérations les plus dangereuses
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Des enfants de tout âge ont participé à l’effort de guerre. Les plus âgés engagés chez les scouts, les éclaireurs, les guides etc. contribuaient notamment aux mesures de prévention des raids aériens. Ils servaient aussi de messagers ou de surveillants d’incendie.
Les enfants scolarisés collectaient du matériel de guerre, des fonds pour l’achat de munitions. Garçons et filles participaient à des quêtes et ventes d’insignes en faveur des œuvres de guerre. Déjà lors de la Grande guerre de 14-18, des mineurs soutenaient les Poilus combattants ou prisonniers par l’envoi de lettres et de colis.
Les filles tricotaient des couvertures pour les troupes, visitaient les blessés dans les hôpitaux, raccommodaient leur linge, pendant que les garçons endossaient le rôle d’estafettes, de messagers etc.
Madame Manon Pignot est une historienne spécialiste de l’enfance en période de guerre au XXe siècle. Elle explique que les enfants n’accomplissaient pas les mêmes actions à 11 ou 12 ans et à 15 ou 16 ans. À l’adolescence, précise-t-elle, nous avons des traces d’engagement très concret, voire risqué, de jeunes Français. Par exemple, des lycéens et des étudiants parisiens ont organisé une grande manifestation, le 11 novembre 1940, qui valut à nombre d’entre eux des peines d’emprisonnement parfois très sévères[iv].
Philippe Pétain, investi à 84 ans des pleins pouvoirs constituants par l’Assemblée nationale, le 10 juillet 1940 à Vichy[v], s’octroie dès le lendemain le titre de « chef de l’État français ». Il conservera cette fonction durant les quatre années de l’occupation de la France par les Nazis. A ce moment-là, presque toutes les familles françaises voyaient d’un bon œil l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain, le héros de la première guerre mondiale. Dans toutes les écoles, les jeunes chantaient le matin « Maréchal nous voilà »[vi]…
Est-il besoin aussi de rappeler que sous l’impulsion de Jean Zay[vii], alors ministre de l’éducation nationale sera exécuté par les Nazis, la scolarisation obligatoire avait été prolongée jusqu’à 14 ans révolus. Nonobstant cette obligation, une fois le certificat d’études en poche, vers 12 ans, de nombreux enfants arrêtaient l’école pour entrer dans la vie active. Malheureusement, l’école fut aussi un enjeu essentiel pour le régime de Vichy. Il ne faut pas oublier que des adolescents âgés de 15 ou 16 ans ont réussi à rejoindre Londres par leurs propres moyens après l’appel du 18 Juin du général de Gaulle, condamné à mort par contumace. Le nombre de ces jeunes était si considérable que furent créés les Cadets de la France libre. Le général de Gaulle demanda aux autorités britanniques et obtint un bâtiment dans la capitale anglaise pour abriter cette jeunesse, engagée avec la volonté de défendre son pays et sa liberté. Beaucoup de jeunes rejoignirent également le maquis pour défendre le pays et échapper au STO (le Service du Travail Obligatoire en Allemagne). Nombre d’entre eux, qui connaissent bien le terrain dans les campagnes, se feront « passeurs » de la ligne de démarcation pour aider les prisonniers de guerre français ou les aviateurs alliés à passer en zone libre ou aider les juifs à se sauver en pays neutre comme vers la Suisse ou le Portugal.
A cette époque, la population urbaine est très légèrement supérieure à la population rurale ; ce qui explique que la plupart des citadins ont encore un lien très fort avec la campagne, dont ils se souviennent d’ailleurs quand ils meurent de faim et qu’il faut solliciter un proche vivant à la campagne afin de se ravitailler.
Le régime de Vichy, interlocuteur puis serviteur des nazis, remplace la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » par un texte intitulé « Les Principes de la Communauté ». Le 12è de ces principes concerne l’école, présentée comme le prolongement de la famille. « Travail, Famille, Patrie » devient alors la devise de l’État français vichyiste sous l’occupation allemande.
A cet égard, bien des instituteurs pratiquèrent une forme de résistance passive mais ferme après la suppression des syndicats par Vichy. Ces enseignants prenaient le temps, tout leur temps, pour expurger leur bibliothèque de manuels scolaires ou de livres condamnés par le régime et voués à la destruction.
Dans l’article de l’hebdomadaire Le Point précité, Manon Pignot décrypte la BD en plusieurs volumes « Les Enfants de la Résistance » destinée à un très large lectorat de jeunes (7-16 ans). Elle y trouve des vertus de ce point de vue pédagogique. La première est la valorisation de l’engagement et de l’action autonome des enfants durant la guerre[viii]. «Cette notion d’engagement existe chez la plupart des enfants, qui s’en saisissent souvent spontanément et qu’il faut cultiver.» La deuxième vertu de cette série d’ouvrages destinée aux jeunes d’aujourd’hui, « c’est de rappeler ce que c’est qu’une guerre véritable, et de mettre des mots justes dessus. La situation que nous vivons, contrairement à ce qui a pu être dit, n’est pas une guerre[ix]. En revanche, elle entraîne une responsabilisation réelle de la jeunesse. Alors qu’on a pu les stigmatiser parfois, je suis, pour ma part, très frappée, et même admirative, de la très grande rigueur dont les enfants et les adolescents témoignent face aux contraintes, nombreuses et exigeantes, qui leur sont imposées aujourd’hui ».
Josette Torrent, avait 93 ans quand elle témoigna de son jeune engagement au micro de Radio France le 15 mai 2023[x]. Elle est entrée en résistance, à 12 ans, dans le sillage de son père, qui lui demande un jour, où il a fait un malaise, de le remplacer pour une mission secrète. » Après cette première mission, une longue série de rendez-vous clandestins suivront.
Quand les Allemands sont arrivés, c’était très difficile, et plus encore quand mon père a été mobilisé. Je pleurais car je ne voulais pas qu’il parte et quand il m’a dit : ‘Je vous aime toutes les trois, ta mère, ta sœur et toi, mais avant vous, il y a la France.’, j’ai toujours gardé ça en moi. Quand j’ai aidé mon père dans la Résistance, c’était pour aider la France[xi]. ». D’autres filles, comme Madeleine Riffaud qui s’est engagée à 16 ans, l’ont fait après avoir été victime d’une humiliation des occupants.
Beaucoup d’adolescents se sont donc engagés spontanément ou ont été recrutés par la résistance, souvent à l’insu de leurs parents[xii]. Les missions pouvaient aller du portage de message et/ou du guet jusqu’à de véritables opérations comme des sabotages, des attentats, l’élimination d’officiers supérieurs allemands, en passant par le repérage des lieux, la diversion, la préparation des vols ou des atterrissages d’avions en liaison avec l’Angleterre. Quelques-uns s’investirent dans la presse clandestine, comme « Défense de la France » tant pour la collecte de papier, la rédaction d’articles, que pour leur impression puis diffusion. Les mêmes ou d’autres collaient des affiches contre la politique abjecte de l’occupant et/ ou distribuaient des tracts pour lutter contre ce dernier.

Certains, tout aussi révoltés contre les privations, la politique antisémite du gouvernement, etc., porteront même des étoiles fantaisistes, comme ces étoiles parodiques avec les mentions « swing 42 » et « Auvergnat » en lieu et place de l’étoile de David avec la mention « Juif » pour tourner en dérision la stigmatisation des juifs. Le danger de cette bravade était réel car, en cas d’arrestation par la police Vichy, ils étaient immédiatement déportés vers les camps français de Drancy et des Tourelles avec l’étiquette « Amis des Juifs ».
La journaliste Johanna Cincinatis[xiii] rappelle que « les femmes travaillaient surtout dans l’ombre, tandis que les hommes étaient au front. Il y a chez ces femmes, ces résistantes, un vrai défaut de légitimité », dit-elle.
Et pour l’historien François Broche[xiv], « Il n’existe pas de typologie de l’engagement dans la Résistance ». Leur jeune âge n’était en rien une excuse ou une circonstance atténuante aux yeux des Allemands. Quand ils étaient pris, ces mineurs (la majorité étant alors à 21 ans) étaient traités comme des adultes : torturés, déportés, exécutés. Et il ajoute « dans ces circonstances extrêmes, ces jeunes résistants font preuve d’une maturité impressionnante et se révèlent prêts à mourir pour leurs convictions ».
D’autres encore ont été des martyrs à l’instar de Guy Môquet. Ce jeune, communiste comme toute sa famille, fût d’abord arrêté sur dénonciation à la gare de l’Est le 13 octobre 1940 en vertu d’un décret–loi du 26 septembre 1939 qui interdit le parti communiste. L’adolescent sera acquitté alors que son patron des jeunesses communistes, René Grandjean qui l’avait mis en cause, est condamné pour distribution de tracts. Mais, sous l’emprise de la loi du 3 septembre 1940 et de la circulaire Peyrouton qui autorise l’internement sur simple décision préfectorale, le jeune homme est conduit au dépôt le jour même de son acquittement puis transféré au camp de Choisel à Châteaubriand où il rencontrera Rino Scolari, plus âgé que lui et qui deviendra un des responsables des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI)[xv] lors de la Libération de Paris. Le jeune Guy, malheureusement, n’aura pas de destin de combattant puisqu’il fera partie des quarante–huit otages, majoritairement communistes, et sera le plus jeune exécuté en représailles de la mort du général von Stülpnagel, chef des forces d’occupation en France. Ce dernier a été abattu par un commando communiste, et ce geste a été qualifié d’attentat terroriste par l’ennemi. Dans une dernière lettre à ses parents, Guy Môquet écrit : « … mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose ».
Jeanne Ruplinger est âgée de 22 ans quand, résistante, elle dirige à Lyon le service des faux papiers et le service social des Forces unies de la jeunesse (FUJ). Elle sera très gravement blessée par une rafale de mitraillette et embarquée par la Gestapo pour être interrogée / torturée. Sur son lit d’hôpital, elle écrira une lettre dans laquelle elle fait part de sa décision suivante : « j’ai pris la ferme décision de reprendre mon activité dès que je pourrais marcher un peu. Même après la libération de Lyon, il y aura encore beaucoup à faire et j’ai à venger (surtout cela) mes amis qu’ils m’ont tués ».
Les organisations de résistance sont encore balbutiantes en 1942. Puis elles se structurent et commencent à se multiplier à partir de 1943 pour se regrouper assez vite au sein des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP). A partir de cette date, leurs actions sont coordonnées par le Conseil national de la Résistance qui a vu le jour le 27 mai 1943.
À partir de l’année 1944, l’occupant nazi mène une stratégie de terreur sur toute la France à l’encontre des résistants, ces « ennemis de la France ». À chaque acte de sabotage organisé par la Résistance, des otages civils sont fusillés en plus grand nombre pour tenter de la dissuader d’agir. Or, c’est précisément le phénomène inverse qui se produit et la presse française commence à saluer l’engagement de la Résistance, et notamment la participation de la jeunesse. En effet, dès février 1944, plusieurs milliers de jeunes résistants rejoignent les Forces françaises de l’intérieur (FFI).
L’Éclaireur de l’Ain publie en octobre 1944, la lettre d’adieux à ses parents d’Henri Fretet, résistant exécuté à l’âge de 16 ans, dans laquelle, refoulant avec héroïsme ses larmes, il écrit: « Je meurs pour ma Patrie, pour une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur. »
Une France libre et des français heureux ; voilà qui va résonner dans la tête de la génération suivante d’après guerre, celle des baby-boomers.
La suite de l’article dans le prochain numéro
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[i] Conseil de l’Europe : Manuel pour la pratique de l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes
https://www.coe.int/fr/web/compass/peace-and-violence
[i]https://oag.dc.gov/the-people-v-hate/what-is-hate#:~:text=Hate%20generally%20starts%20with%20bias,may%20even%20escalate%20into%20violence.
[ii]Loi de 2009 sur la prévention des crimes haineux, 18 USC § 249. La loi Shepard Byrd est la première loi autorisant des poursuites pénales fédérales pour les crimes haineux motivés par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre réelle ou perçue de la victime. « Discours de haine et droit pénal aux États-Unis : de quelques rares limites à la liberté d’expression », RDLF 2024 chron. n°28, article de Sarah-Marie CABON ; Les Lois sur les Crimes de Haine – guide pratique, OSCE / BIDDH.
[iii] Ernestine Ronai, pionnière de la lutte contre les féminicides en France et membre du Conseil de Surveillance de la Fondation des Femmes et Sonia Pinot, cofondatrice d’Elles Imaginent et psychologue clinicienne.
Les étapes qui mènent à ces violences extrêmes sont désormais bien connues :
- Violences psychologiques : humiliations, chantage affectif, menaces, cycles de colères et “lunes de miel”, isolement progressif qui détruisent la confiance en soi.
- Violences sexuelles : contrôle des rapports, viol conjugale, contrôle du contraceptif, de l’IVG et du fait ou non d’avoir enfants ; le partenaire s’approprie la sphère intime.
- Violences économiques : confiscation de l’argent, contrôle des dépenses, crédits imposés, perte totale d’autonomie financière.
- Cyberviolences : surveillance constante, traque GPS, demandes de preuves en direct, dénigrement et chantage en ligne.
[iv] « Les enfants n’étaient pas étrangers à l’action de la Résistance » – ENTRETIEN. Manon Pignot, historienne spécialiste de l’enfance en période de guerre, décrypte le succès de la BD phénomène, « Les Enfants de la Résistance ». Propos recueillis par Romain Brethes pour le Point, publié le 12 mars 2021 sur le site dudit magazine.
[v] Le vote est soumis à l’Assemblée nationale composée de la Chambre des députés et du Sénat, convoquée par le président de la République Albert Lebrun, à la demande du président du Conseil Philippe Pétain, maréchal de France, conformément à la décision prise en conseil des ministres le 4 juillet précédent. Le vote obtenu par 569 voix contre 80 et 20 abstentions valide alors le projet de loi constitutionnelle donnant « tout pouvoir au gouvernement de la République […] de promulguer une nouvelle constitution de l’État français [qui] devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie ».
[vi] Éditorial de Philippe Henriot, La résistance enrôle la jeunesse, 30 mai 1944
[vii] Jean Zay, issu d’une famille juive de Lorraine du côté de son père et protestante de la Beauce du côté de sa mère, est avocat de formation, mais aussi journaliste depuis la grande Guerre. C’est également un homme politique et un homme de lettres né à Orléans le 6 août 1904. Le 8 mai 1932, il est élu député du Loiret. Il sera réélu le 3 mai 1936. Il est membre de plusieurs commissions parlementaires. Il a été ministre de l’Education nationale et des Beaux-arts du 4 juin 1936 au 10 septembre 1939. Il est alors le plus jeune ministre de toute la IIIè république sous le Front populaire dirigé par Léon Blum. Il a complètement réformé l’instruction pour élargir l’horizon intellectuel des enfants aux Beaux–arts et aux sciences. C’est lui qui a introduit dans les programmes la culture, créé l’USEP et rendu le sport obligatoire dans les écoles une fois par semaine. Il est à l’origine des cantines scolaires mais aussi des sorties et classes de découverte. Emprisonné durant la 2ème guerre mondiale, il sera assassiné par la Milice le 20 juin 1944 dans un bois près de Cusset dans l’Allier. La Cour d’appel de Riom a annulé le jugement du 4 octobre 1940 et réhabilité Jean Zay à titre posthume en juillet 1945. Ses cendres ont été transférées au Panthéon le 27 mai 2015.
[viii] Le film 39-45 : la guerre des enfants propose de revivre le quotidien de ceux qui ont eu 10 ans en 1940.
Guide pédagogique « 39-45 la guerre des enfants » de Gwenaëlle Ageorges, © Réseau Canopé, 2018.
[ix] Manon Pignot fait sans doute référence à ce qui se passe avec les narco-trafiquants…
[x] Série « Faire acte de Résistance » Épisode 1/3 : Enfants et résistants, les petites mains de l’armée des ombres. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/enfants-et-resistants-les-petites-mains-de-l-armee-des-ombres-6705523
[xi] Josette Torrent, Johanna Cincinatis et Olivier Montégut, « J’avais 12 ans et j’étais résistante », Harper Collins, 2023
[xii] https://savoirsdhistoire.wordpress.com/2019/01/25/jeunesse-sous-loccupation-2-2-la-resistance-contre-attaque/
[xiii] Journaliste indépendante et co-auteure de « J’avais douze ans j’étais résistante » (HarperCollins – 2023)
[xiv] François Broche, Ils n’avaient pas 20 ans. La révolte des jeunes 1940-1944, Tallandier, 2023
[xv] Les FFI voient le jour avec l’accord du 29 décembre 1943 entre le représentant de l’armée secrète (AS), des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) et le délégué militaire national du Comité Français de la Libération nationale, Louis-Eugène Mangin. Le 1er juin 1944 ce mouvement résistant rassemble tous les groupes militaires combattants de la Résistance intérieure dont les Francs-Tireurs et partisans (FTP) dont l’état-major, basé à Londres, est confié au général Pierre Kœnig – héros de la bataille de Bir Hakeim contre les troupes du général allemand Erwin Rommel, dont le surnom était « le renard du désert»-.
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(*) Karine Vuillemin, Docteur en Droit, Vice Présidente d’honneur de l’AFDD, Secrétaire Générale de la Section Avenirs de Femmes de l’Association Nationale des Auditeurs Sécurité-Justice |

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