LA CHINE LANCE UN DEUXIÈME PORTE-AVIONS MADE IN CHINA !

La Chine a inauguré, le 26 avril dernier son deuxième porte-avions, le premier de conception et de construction nationales, dans un contexte de tensions liées à la Corée du Nord et d’inquiétudes concernant les velléités d’hégémonie de Pékin en mer de Chine méridionaleLe deuxième porte-avions chinois a été officiellement lancé mercredi passé, lors d’une cérémonie à l’occasion de la mise à l’eau du bâtiment, a annoncé l’agence Xinhua.

Le navire est le premier à être entièrement conçu et fabriqué en Chine. Pékin dispose déjà d’un porte-avions, le Liaoning, dont la coque avait été produite dans l’ex-URSS. L’agence de presse officielle n’a pas précisé la date prévue pour la mise en service du bâtiment, produit par les chantiers navals de Dalian, dans le nord-est du pays. Son nom n’a pas non plus été révélé. Sa mise à l’eau survient en plein regain de tension internationale autour de la Corée du Nord et de son programme nucléaire et balistique. Le président américain Donald Trump a envoyé un porte-avions, le Carl Vinson, au large de la péninsule coréenne, afin de faire pression sur le régime de Pyongyang.

Si la Chine dénonce également le programme nucléaire de son voisin, elle a appelé les États-Unis à la retenue dans ce dossier. Pékin tente depuis des années de moderniser ses forces armées, particulièrement sa marine, à l’appui de ses prétentions en mer de Chine méridionale, une zone dont la souveraineté est contestée par plusieurs pays riverains dont le Japon et l’Inde. Cette puissance nucléaire concurrente de la Chine entend aligner, dans les années à venir, pas moins de qutre porte-avions dont le dernier sera nucléaire made in India ! Le Pakistan voisin, vient de mettre lui aussi un porte-avions en chantier, tandis que le Bangladesh achète, actuellement des sous-marins à… la Chine.

La Chine, dont l’économie ralentit va devoir mettre les bouchées doubles pour réduire son retard. Si elle a multiplié par dix son budget de la Défense en quinze ans et compte l’augmenter cette année de 7%, elle demeure avec 145 milliards de dollars en 2016), loin derrière les Etats-Unis (604, 5 milliards de dollars), avec onze porte-avions. Reste que trois bateaux de ce type suffiraient à l’avenir à Pékin pour se mesurer à la marine américaine dans la région, estiment plusieurs experts, les Etats-Unis intervenant sur des fronts plus nombreux.

En définitive, tous ces pays – acteurs essentiels de la globalisation et de la maritimisation de l’économie – ont parfaitement compris que le porte-avions demeure, le bateau de projection de puissance par excellence ! Face à de telles évidences stratégiques que fait la France ? Notre pays se demande encore si elle doit mettre en chantier un deuxième porte-avions.

La possession d’un porte-avions nucléaire représente, au même titre que notre dissuasion nucléaire, un atout stratégique et symbolique déterminant pour tenir notre rang de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies. En quinze ans de service opérationnel, le Charles de Gaulle (CdG) a ainsi parcouru l’équivalent de vingt-trois tours du monde et participé à de nombreuses missions de combat majeures. Ces états de service impressionnants sont appelés à s’étoffer encore largement, le PA devant rester en service au moins jusqu’en 2041.

« On essaie d’agréger la puissance maritime européenne autour de ce symbole qu’est le porte-avions », a aussi expliqué dernièrement le Chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM) aux sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, en commentant différents déploiements du CdG, dont le groupe aéronaval a intégré à plusieurs reprises des frégates belges et britanniques ajoutant que « ce bâtiment est le dernier de ce type en Europe, au moment où la Chine va en construire quatre, l’Inde également ; où les États-Unis en ont onze qu’ils renouvellent ; où les Britanniques en construisent deux ».

L’amiral Bernard Rogel ajoutait : « le savoir-faire de notre groupe aéronaval agit, dans ce contexte, comme un pôle d’attraction des marines occidentales et notamment européennes. Pourquoi les Français baisseraient-ils la garde précisément à cet instant ? Il y a là quelque chose que je ne comprends pas très bien, alors que nous avons réussi à nous maintenir parmi les meilleurs au monde jusque-là ! » Sur le plan stratégique, il ne veut pas que l’on « soit frappé du syndrome du poisson rouge, qui fait un tour de bocal, puis oublie ! ». Et il rappelait que le PA a été régulièrement engagé, notamment quand la France en avait deux, à savoir le Foch et le Clémenceau, au large des Balkans et du Liban.

Comme le souligne le géo-politologue Jean-Sylvestre Mongrenier : « alors que les Etats-Unis redistribuent une partie de leurs moyens navals vers l’Asie-Pacifique, l’enjeu consiste à « partager le fardeau » de la sécurité transatlantique et renforcer la défense de l’Europe. De fait, l’environnement stratégique de l’Europe se durcit. Depuis l’Arctique et la Baltique jusque dans le bassin pontico-méditerranéen (mer Noire et Méditerranée orientale), les forces occidentales sont confrontées à des stratégies anti-accès qui visent à interdire l’ouverture vers ces espaces maritimes. Au plan mondial, les puissances dites « émergentes » accroissent leurs capacités navales et se contestent le principe de liberté des mers, au fondement du mode de vie des « sociétés ouvertes ». Avec quatre porte-avions, l’Europe disposerait en permanence d’un groupe aéronaval. Elle aurait la capacité d’imposer le respect de ses intérêts sur l’océan mondial et pèserait dans les équilibres planétaires ».

Dans le cadre de ces nouvelles cartographies imposées par la mondialisation, le PA « a fait la démonstration que lorsqu’on ne peut pas arriver par les airs ou par la terre, on peut toujours, toujours arriver par la mer. En Afghanistan, c’est le porte-avions français qui est arrivé le premier sur zone ! », plaide le CEMM : « militairement, l’intérêt du porte-avions est évident. Sa possession est une question politique, et pas seulement militaire ». Mais pour être crédible, cet outil de défense global doit assurer – comme c’est le cas pour notre dissuasion nucléaire – une permanence à la mer. La dualité Foch/Clémenceau permettait cette posture : lorsque l’un des deux PA était en révision, l’autre prenait le relais et inversement. Aujourd’hui, avec le seul CdG, explique le nouveau CEMM – l’Amiral Christophe Prazuck – nous voguons sur une seule nageoire : lorsqu’il se trouve en « indisponibilité périodique pour entretien et réparations », comme c’est le cas actuellement – et pour seize mois – le Groupe aéronaval et ses capacités de contrôle aéro-maritime, de frappe aéro-terrestres et de renseignement sont indisponibles.

En effet, malgré ses capacités intrinsèques de projection, le CdG possède d’une disponibilité avoisinant les 60% – soit environ 200 jours de mer par an -, principalement à cause du lourd entretien que nécessitent la propulsion nucléaire et plus largement le niveau technologique d’un tel bâtiment. Les périodes de mer alternent ainsi avec plusieurs phases de maintenance incompressibles (maintenance lourde (ATM), maintenance intermédiaire (IEI) et l’entretien courant, etc.).

Au regard de l’ensemble de ces réalités, le choix de lancer la construction du PA-2 permettrait de pouvoir disposer en permanence d’une capacité souveraine de projection de puissance et de dissuasion, la disponibilité du Groupe aéronaval étant ainsi assurée à 100% ! Ayons bien à l’esprit que la construction du PA-2 devrait prendre environ quinze ans, ce qui signifie qu’il ne rentrerait en service qu’en fin de vie du CdG. Par conséquent – à plus long terme – et si l’on veut tenir les objectifs opérationnels fixés, il faudrait en réalité prévoir la mise en chantier d’un troisième porte-avions. Il faut le faire !

Richard Labévière