ANTOINE SFEIR NOUS A QUITTÉ

SALUT L’ARTISTE !

Par Richard Labévière,
Rédacteur en chef

 

Politologue spécialiste des Proche et Moyen-Orient, Antoine Sfeir nous a quitté à l’âge de 70 ans, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre derniers.

La messe des funérailles s’est tenue samedi, dans une cathédrale Notre Dame du Liban à Paris (rue d’Ulm, derrière le Panthéon) comble, absolument comble.

Sa mort a suscité un grand nombre de réactions dans le monde médiatique et politique. « Il prônait le dialogue des cultures et refusait tous les fanatismes », a notamment souligné Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France, insistant sur la capacité d’Antoine Sfeir à « faire une pédagogie intelligente des complexités de l’islam et du monde arabe ».

Né à Beyrouth en 1948, Antoine Sfeir avait commencé sa carrière comme journaliste au service étranger du quotidien libanais francophone L’Orient-le Jour en 1968. En 1976, alors que commence la guerre du Liban, il est enlevé et torturé une semaine durant par une milice palestinienne. Après avoir quitté le Pays du Cèdre, il poursuit en France de nombreuses collaborations avec des titres de la presse française et publie de nombreux essais destinés au grand public. Cette fonction de « passeur » lui donnent la réputation – non usurpée – de l’un des meilleurs experts de la région. En 2003, il qualifie l’activiste Tariq Ramadan de « spécialiste du double langage », dont l’influence sur la jeunesse serait plus dangereuse que celle des islamistes violents, ce qui lui vaut une plainte en diffamation, avant d’être relaxé. En 2005, il lance, avec Jean-Michel Quillardet, ancien grand maître du Grand Orient de France, l’Observatoire de la laïcité, se voulant « un groupe d’étude et de prospective afin de renforcer le principe de laïcité comme constitutif de la République et de la démocratie ». L’auteur de ces lignes se souvient des réunions de travail des co-auteurs du Dictionnaire mondial de l’islamisme (Editions Plon, 2002) dans les bureaux des Cahiers de l’Orient. Ambiance enfumée et foutraque, pas toujours très efficace pour la rédaction mais toujours traversée d’exceptionnels moments d’humanité grâce à Antoine toujours à l’écoute de l’autre, toujours créatif, incarnation de l’incomparable et si nécessaire baroque libanais. On se souvient aussi de l’une de ses conférences sur la cuisine libanaise au restaurant libanais du bas de la rue de Lourmel…

Antoine, un immense conférencier toujours soucieux, après une longue absence, après le manque d’échanges ou de coups de fils, demandant immanquablement avec sa pudeur à lui : « est-ce que tu m’aimes toujours ? » Oui, Antoine, on t’a tellement aimé. Malgré nos différends éditoriaux – récurrents mais toujours amicaux -, l’amitié a toujours circulé, parce qu’on ne pouvait que t’aimer Antoine.

On t’aime et on t’aimera toujours… 

Antoine Sfeir nous avait donné l’occasion de publier une de ses dernières analyses : « TRUMP ET LE NUCLÉAIRE IRANIEN OU COMMENT SE TIRER UNE BALLE DANS LE PIED » Dans le n°60 du 21 mai 2018 d’ESPRITSURCOUF.fr

 


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