L’ARMÉE ET LES GILETS JAUNES ?


de
Patrick TOUSSAINT (*)
Avocat spécialisé en contrats internationaux

Madame PARLY, Ministre des Armées, le 10 décembre 2018 n’a pas exclu que le budget des armées participe au financement des mesures  envisagées pour calmer la crise des « Gilets jaunes ».

On ne peut que rester sans voix devant une telle attitude qui fait preuve d’une effarante méconnaissance des problèmes militaires et des militaires eux-mêmes.

On sait que Madame PARLY a été nommée Ministre des Armées,  le 21 juin 2017 pour ses compétences financières face à Bercy et qu’elle put faire adopter un budget global de 295 milliards d’euros pour le Plan de Programmation des Armées (LPM) de 2019- 2025.

Ce budget était réclamé par les militaires de tout rang et une partie, minime, devait servir à améliorer les conditions de vie des militaires notamment quant aux logements.

Que l’on s’y trompe pas, cette programmation n’est, en fait, qu’un rattrapage qui va porter nos armées à un stade qui sera celui de la plupart des armées majeures mondiales Etats-Unis, Russie sauf pour la marine, Grande-Bretagne, Allemagne, Chine pour les matériels majeurs mais qui ne permettront pas une indépendance complète.

L’Armée de Terre, en ce qui concerne ses matériels majeurs,  se mettra tout juste au niveau des armées citées qui auront déjà modernisées leurs propres matériels alors que les remplacements se feront nombre pour nombre.

A l’issue de la LPM, l’armée de terre aura de fait, le même volume qu’en 2019, sans avoir pu de surcroît développer les matériels majeurs qui lui permettraient de faire face aux nouvelles menaces en Europe avec la Russie, entre autres, (artillerie, défense anti-aérienne, moyens logistiques).

La Marine aura changé tous ses grands bâtiments mais sera de taille réduite (17 bâtiments de premier rang) sans nouveau porte-avions même mis en fabrication, et ne pourra plus assurer la  totalité de ses missions : sûreté de sous-marins lance-engins qui seront remplacés par des unités modernes nombre pour nombre comme pour les sous-marins nucléaires d’attaque, escorte du porte-avions, contrôle maritime des approche maritimes de la France et de départements et territoires d’outre-mer et de la ZEE afférente, croisières anti-piraterie… pour les principales.

L’Armée de l’Air aura ses avions RAFALE modernisés (standard F4), des avions ravitailleurs ultramodernes, un système satellitaire performant, des moyens de transport inter-théâtre et tactiques performant et en nombre suffisant, des systèmes drones performant, mais ne pourra toujours pas faire des entrées en premier sur un théâtre (capacité SEAD), ni avoir de capacité stratégique de transport et sera donc dépendante des Etats-Unis ou des Russe pour le dernier point.

En conséquence, les principaux moyens de la dissuasion nucléaire seront modernisés.

Enfin, même si des études de recherches sont programmés pour des matériels majeurs : systèmes futurs de combat aériens, chars de combat, drones, certains missiles, rien n’est prévu pour les armements de pointe d’attaque ou de défense dont se dotent ou sont sur le point de se doter les Etats-Unis, les Russes et le Chinois : missiles hyper-véloces ou balistiques, armes laser,  armes électromagnétiques, radars infra rouge de dernière génération chinois ….).

En conséquence, cette LPM aura des effets bénéfiques mais essentiellement de mise à niveau dans ce qui devrait déjà être.

Et l’on ne parlera pas de la mise à niveau, aussi grave de l’immobilier de la défense en tous domaines : casernes, appartements, base aériennes …dont on sait que les financements prévus sont déjà insuffisant.

EN conséquence, cette LPM, même si elle intégralement appliquée, même si elle est, oh ! combien, bienvenue aurait des effets limités mais l’on sait déjà que ce ne sera pas le cas

Le pire est déjà arrivé au moment même où elle commence : en 2019, les armées savent qu’elles ne disposeront pas des financements prévus : la loi de finance pour 2019 a déjà amputé le budget de l’année de 800 millions d’euros au titre des opérations extérieures alors que le Président de la république s’était publiquement engagé à ce que tous les financements prévus dans la Loi de Programmation Militaire soient acquis aux Armées.

Or, on sait que les fameuse OPEX coûteront, bon an, mal an environ 800 millions d’euros par an (l’opération BARKHANE au Sahel à elle seule devra durer encore au moins dix ans selon les prévisions de l’Etat-Major des Armées pour avoir quelque succès).

En conséquence, on sait donc au 1e janvier 2019 que les financements prévus par la LPM seront réduit de 4 milliards d’euros (5×800 M€). La mise à niveau des armées française n’aura pas  donc lieu.

L’armée française devra-t- elle aussi enfiler des gilets jaunes ?

 


(*) Patrick TOUSSAINT  , est avocat spécialisé en Contrats internationaux, Directeur juridique d’espritcors@ire depuis 2012, Membre du comité de rédaction de ESPRITSURCOUF, auditeur de l’IHEDN, Lieutenant- colonel (H) diplômé ORSEM.

Voir aussi sur ce même sujet, l’article du général Claude Ascensi(2s) du N°83 « Comment Bercy manipule les budgets de la Défense »

 

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