SHOAH EN POLOGNE :
LES DERNIERS TÉMOINS

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Malo Bordas et Damien Chatel (*)
Etudiants.
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Dans le cadre de leur Master « Conflictualités et Médiation », quinze étudiants de l’Université Catholique de l’Ouest sont partis, en octobre dernier, en voyage d’étude en Pologne. Parmi eux nos deux auteurs, qui ont retrouvé les traces de la Shoah dans la région de Cracovie. L’occasion de rencontrer les derniers témoins des massacres et de démêler les fils de l’Histoire et de la transmission de mémoire.

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A bien des égards, l’histoire de la Pologne est intimement liée au sort des Juifs. Redevenu indépendant en 1918, le pays abrite dans l’entre-deux guerres l’une des plus importantes communautés juives d’Europe. Ces populations, essentiellement urbaines, disposent du droit de vote et entretiennent des relations quotidiennes avec les polonais de souche. Elles subissent cependant la montée progressive de l’antisémitisme dans les années 1930, sur fond de revendications nationalistes.

Le 1er septembre 1939, la Pologne est victime de l’invasion conjointe de l’Armée rouge et des forces de la Wehrmacht. Le pays capitule après trois semaines d’affrontements et passe sous occupation ennemie. En ville comme dans les campagnes, les populations juives sont rassemblées dans des ghettos, délimités respectivement par des murs ou des panneaux.

La brutalité de l’Histoire

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L’opération Barbarossa, déclenchée en juin 1941, marque une nouvelle étape où le Reich remplace progressivement le contrôle soviétique à l’Est du pays. La liquidation des 600 ghettos polonais débute alors en mars 1942 sous le nom d’Aktion Reinhardt.

Rapidement, les Einsatzgruppen perfectionnent leur processus d’extermination systématique des juifs des campagnes. Le cas du gros village de Miechow, situé dans le district de Cracovie, illustre bien les méthodes employées lors de ce qu’on appelle la Shoah par balles. Près de 3000 juifs y participent à la construction des murs du ghetto, qui les enferment par la suite. Régulièrement, des groupes sont déplacés vers des villes voisines pour y travailler ou être déportés. La mort y frappe régulièrement, par la faim, la maladie, l’épuisement et les fusillades ponctuelles orchestrées par les Allemands et la police polonaise. 

En août 1942, il ne reste plus que 1 400 juifs. Une partie de la communauté est envoyée à Belzec, tandis que le 18 novembre, plus de quatre cents personnes, hommes, femmes et enfants confondus, sont emmenés dans la forêt de Chodów. Là, ils sont déshabillés puis abattus dans une fosse commune, creusée puis rebouchée par des Polonais.

De nombreuses exécutions similaires ont lieu dans l’ensemble du pays ; massacres dont plusieurs enfants sont témoins. Près de 80 ans plus tard, ces mémoires vivantes de la Shoah racontent toujours ces crimes passés.

Des sites de massacres et des fosses dans lesquelles sont ensevelis plusieurs milliers de personnes restent à ce jour encore inconnus à l’est de notre continent. Cet héritage est désormais le nôtre, il nous appartient de continuer à le faire vivre pour ne pas oublier les victimes des

À la rencontre des mémoires vivantes

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Les étudiants angevins ont eu la chance de les entendre. Le but pédagogique du voyage était de former les étudiants aux techniques d’entretiens de témoins. Ils furent encadrés, dans l’apprentissage de cet exercice, par des membres de l’association Yahad In Unum (en hébreu « ensemble en un »). Cette association, fondée par le Père Patrick Desbois en 2004, s’emploie à enquêter sur les différents massacres de masse contemporains (Shoah, guerre civile guatémaltaise, ou exaction de Daesh contre les Yazidis en Irak, etc.). Leur action vise également à créer des ateliers pédagogiques autour de ces massacres pour honorer la maxime : « Enseigner le passé pour changer le présent ».

Les étudiants ont donc pu rencontrer, au cours de leur semaine sur place, plus d’une dizaine de témoins directs ou indirects des violences perpétrées par les Nazis et leurs collaborateurs. Ces témoins étaient principalement des villageois qui, par hasard ou non, se trouvaient sur les lieux des déportations, des massacres ou des pillages.

Stèles commémoratives sur le site du camp de concentration d’Auschwitz.  Photo des auteurs

Ils ont également rencontré plusieurs acteurs qui travaillent sur la mémoire de ces évènements comme Jakub Nowakowski, directeur du Musée Juif de Galicie (musée collectant les « traces de mémoires » de la communauté juive polonaise). Des temps étaient également consacrés pour se rendre sur les lieux présumés de fosses dont les témoins avaient indiqué la position.

Au fil de ces différentes rencontres riches en émotion, les étudiants ont pu prendre la mesure de  l’atrocité de ces évènements, mais plus encore des vifs débats qui traversent la société polonaise. C’est que la population polonaise a beaucoup souffert pendant la Seconde Guerre mondiale, on l’a peut-être oublié. Certaines estimations chiffrent le nombre de victimes à plus de trois millions, soit autant que le nombre de juifs polonais tués. Or certains Polonais pensent que le drame vécu par leur nation est occulté par la mémoire de la Shoah. De plus, la question de la collaboration polonaise pendant la guerre reste sensible.

Pour les témoins, il était souvent difficile de raconter ces évènements qui les ont traumatisés. Il suffit parfois d’un seul mot pour comprendre à quel point certaines parties de notre Histoire peuvent être terrifiantes. Mais ces récits authentiques ne pourront bientôt plus être partagés. Le temps fait son œuvre, les témoins partent, un par un. La force et la portée de leur histoire s’en trouvent alors décuplées.

A une nouvelle génération de reprendre ce flambeau mémoriel. Il est essentiel de préserver ces pans de l’Histoire pour continuer de combattre les actes ou propos négationnistes. Cet héritage est désormais le nôtre.

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(*) Malo  Bordas, après l’obtention d’une licence Information et Communication, a continué ses études dans le domaine des relations internationales, en intégrant le master Conflictualités et Médiation de l’Université Catholique de l’Ouest. Il est également sapeur-pompier volontaire et engagé dans divers projets associatifs  autour de l’audiovisuel et du cinéma
(*) Damien Châtel est titulaire d’une licence d’histoire, mention science politique. Il poursuit actuellement son cursus au sein du Master Conflictualités et Médiation de l’Université Catholique de L’Ouest. Parallèlement, Damien travaille en municipalité ainsi que dans le secteur associatif sur des enjeux de développement durable et de transitions solidaires.

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