Crise du commerce de détail

Alexandre Mirlicourtois,
Directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi canal

La situation économique de la France ne cesse de se dégrader, sans compter l’état catastrophique des finances publiques que le dernier rapport de la Cour des Comptes souligne clairement. Ici, l’auteur insiste sur le commerce de proximité qui se trouve plongé dans un profond désarroi.

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Camaïeu, Kookaï, Gap, André, Pimkie, mais aussi Conforama, Habitat, Courtepaille, les procédures judiciaires se multiplient, les rideaux baissés aussi. Des locaux vides notamment en centre-ville où le taux de vacance commerciale s’élève de nouveau.

Un environnement économique tendu

Ce n’est évidemment pas bon pour la valorisation des fonds de commerce prise entre deux feux. D’abord celui d’un environnement économique tendu. Il faut se placer dans le cadre du pouvoir d’achat des ménages qui subit depuis deux ans les assauts d’une inflation élevée si bien que la consommation en volume a craqué. Les commerçants sont donc confrontés à une baisse de fréquentation de leurs magasins, de leurs ventes, le tout sans réelle possibilité de se rattraper sur les prix, ou pas à proportion de la hausse de leurs coûts.

La pression est mise sur les marges. Témoin de cette détérioration de la capacité des commerces à transformer leur valeur ajoutée en bénéfice, le taux de marge a plié. Replacer cette tendance dans un temps long nuance l’analyse, mais il n’en reste pas moins que c’est un mauvais signal envoyé au marché d’autant plus que l’excédent brut d’exploitation (c’est-à-dire ce qui reste du chiffre d’affaires une fois payé les factures, le personnel, s’être acquitté des impôts et taxes à l’exception de l’IS) diminue aussi en valeur absolue.

  • parce que l’EBE est un élément qui participe à l’élaboration du prix de cession ;
  • parce que fragilisés, nombre de commerçants sont contraints de mettre la clé sous la porte.

Les fonds perdent instantanément de leur valeur et de nombreux locaux se retrouvent sur le marché. D’autant plus que s’ajoute désormais le contrecoup de la fin du « quoi qu’il en coûte » sur la sinistralité des établissements : les défaillances flambent et la purge n’est pas terminée. Bref, un flux massif de surfaces vient alimenter une offre déjà abondante et déséquilibre un peu plus le marché. Car, en face, les repreneurs ne se bousculent pas, les perspectives d’activité sont dégradées et ils doivent composer avec des taux d’intérêt plus élevés.

Cette toile de fond macroscopique vaut d’être précisée. La première précision à apporter est sur le type de sites : les difficultés se concentrent dans les centres-villes. La périphérie est plus épargnée comme les centres commerciaux. Principal facteur discriminant, le prix. Les ménages restent sensibles à l’inflation notamment alimentaire. L’avantage va donc aux grandes enseignes loin des centres bourgs d’autant qu’elles peuvent jouer sur la péréquation des marges. Autrement dit, la marge sur certains produits est augmentée afin de compenser sa réduction sur d’autres, le plus souvent des produits d’appel. Et une fois dans le magasin ou le centre commercial, les achats débordent sur les autres rayons ou les établissements situés à proximité, surtout que les enseignes à prix cassés sont historiquement installées dans ces zones.

La seconde précision est sectorielle. Dépenses facilement arbitrables, présence d’une offre concurrente agressive, voire déloyale, sur le Net, important marché de la seconde main sont les trois principaux éléments expliquant la plus ou moins grande intensité des difficultés des magasins physiques en fonction des secteurs. Il y a longtemps que l’habillement a coché toutes les cases. L’ameublement et par extension l’équipement du logement glisse aussi peu à peu : 9% du marché du meuble est capté par les pure-players du e-business ; 29% du mobilier entrant chez les ménages est désormais d’occasion.

Activité mal orientée, marge comprimée, faible espoir de croissance, offre de locaux à reprendre abondante avec la montée des défaillances, reprise du fond souvent accompagnée d’un changement de destination, la pression est mise sur les prix de cession. Pour le commerce de détail alimentaire spécialisé de centre-ville ou de centre-bourg (boulangerie, boucherie, fromagerie), pour la restauration, la situation se tend aussi. Seule la santé (pharmacie, magasins d’optique, d’appareils auditifs), la beauté (salons de coiffure et autres) sont épargnés. Mais il y a actuellement plus de perdants que de gagnants. Or on touche là un point très sensible pour les commerçants indépendants désirant prendre leur retraite car la vente de leur fonds de commerce participe pleinement à leur niveau de vie futur.

 

Texte publié le le 5 mars 2024 sur Xerfi canal.


(*) Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision du groupe Xerfi depuis 2006, est en charge de la direction économique et quantitative des études sectorielles et responsable des scénarios macro-économiques. Il est également responsable de la lettre de conjoncture Xerfi-Previsis.

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