UN SERVICE NATIONAL UNIVERSEL POUR QUELS ENJEUX ?

 

Général de corps d’armée (2s) Alain Bouquin

 

Avant de se lancer dans un tel chantier, il convient de se poser la question du pourquoi.

En manque de cohésion…

Ce pays souffre d’un manque de cohésion : cohésion nationale, cohésion sociale, vivre ensemble… Une partie de notre jeunesse est en manque de repères et rejette notre modèle de société préférant trop souvent fantasmer sur d’autres pseudos valeurs. L’individualisme, le sexisme, l’accent mis sur les intérêts catégoriels, le communautarisme, dont découlent des tensions sociales, en sont les manifestations les plus visibles. Ce déficit de valeurs partagées est au coeur de la plupart des difficultés auxquelles nous avons eu à faire face ces derniers mois. Et il a naturellement été, de manière implicite ou explicite, au centre des débats qui ont jalonné les récentes échéances électorales.

Dans ce contexte, il est logique de vouloir rechercher des solutions éprouvées ; le service national en fait partie. Il est même, avec le recul, considéré dans l’inconscient collectif comme le symbole le plus manifeste d’une espèce d’âge d’or républicain, d’une époque où tout allait mieux, parce que l’école et l’armée jouaient leur rôle éducatif intégrateur… L’idée de vouloir le remettre en place s’impose donc comme une évidence.

Social par vocation, militaire par nécessité

Il convient de ne pas se tromper sur ce que l’on entend par réactiver le service national. Il ne faut pas oublier que le service d’antan était militaire par vocation (constituer des capacités opérationnelles supplémentaires pour faire face à un conflit majeur) ; il n’avait d’utilité sociale que de manière accessoire.

À l’inverse le SNU que le Président appelle de ses voeux aurait en priorité une vocation de cohésion ; la « militarité » n’en serait que l’instrument. Il s’agirait d’employer au mieux les savoir-faire militaires en matière d’encadrement, de vie en collectivité, d’activités au grand air, de gestion du brassage social et de sens patriotique donné, pour bâtir le cadre adapté au projet.

Aux nostalgiques du service de jadis il convient de le dire clairement : il ne s’agit en aucune manière de faire revivre une structure qui n’a plus de sens, ni d’utilité militaire, à court terme en tout cas. C’est un autre dispositif, avec d’autres objectifs.

Dit autrement, et selon la belle formule empruntée au général Thomann, la logique du service militaire de jadis consistait à mettre la jeunesse au service (armé !) de la Nation ; celle du SNU vise à mettre la Nation au service de la jeunesse pour compléter son éducation.

Attendus et contraintes : quel bénéfice à quel coût ?

Le projet peut-il atteindre les buts que ses concepteurs lui ont fixés ? Il est probable qu’une durée de quelques semaines sera insuffisante pour modifier en profondeur comportements et habitudes, pour insuffler durablement un véritable sentiment d’appartenir à une communauté nationale dont on partage les valeurs. Tout au plus pourra-t-il donner quelques bases et permettre aux jeunes de se poser de bonnes questions sur le sens qu’ils souhaitent donner à leur vie au sein de leur pays.

Quant aux coûts de ce SNU, il convient de finement les anticiper : ressources humaines, fonctionnement, infrastructure… ils sont loin d’être négligeables. Ils ne doivent surtout pas être sous-évalués. Les aspects juridiques méritent également d’être évalués avec une grande attention.

Faible bénéfice à coût important ? La question de la rentabilité du dispositif sera centrale et devra être soigneusement étudiée. Elle nécessitera certainement une phase d’expérimentation.

Des alternatives à ce SNU d’un mois, visant au même objectif, s’appuyant sur des initiatives déjà implémentées, mériteraient aussi d’être examinées avant toute décision de généralisation.

Quel rôle pour les armées ?

Il est évident que les armées ne sauraient refuser leur participation à l’exercice. Il faut le redire : leur savoir-faire est réel. Il se décline en termes d’organisation, de pédagogie, d’encadrement, de conduite des activités…

Mais ce n’est pas qu’une simple question d’aptitude. Quand le pays demande qu’un effort majeur soit consacré à une grande cause nationale, et que cette cause a pour enjeux la cohésion, l’esprit de défense, la résilience, la notion de patrie, alors les armées ne peuvent refuser leur concours. C’est pour elles une affaire de dignité et d’honneur.

Simple participation ou responsabilité effective ? La question n’est pas neutre. Considérant un projet de cette ampleur inédite, les armées semblent taillées et organisées pour prendre à leur charge le leadership. Mais… Un tel enjeu de société ne saurait être de la responsabilité d’un seul ministère : ce serait réducteur ; ce serait en altérer la portée. Il convient que l’ensemble des services de l’État prennent leur part, y compris sans doute les collectivités territoriales.

Le pilotage du SNU doit en effet impérativement matérialiser une vision et une volonté politiques, émanant du plus haut de l’État. La légitimité ne pourra venir que de cet ancrage politique fort, probablement centralisé, et d’une détermination clairement affichée.

Le fardeau doit donc être partagé ; et il doit en particulier être financé « en commun », sur un budget qui ne serait celui d’aucun ministère. Si les armées devaient par malheur pour elles prendre à leur charge « sous enveloppe » tout ou partie du projet, ce serait en distrayant une part importante de leur ressource, et donc forcément au détriment de leur capacité opérationnelle ! En se souvenant que leur mission principale reste la défense du pays et la protection des Français, dans un contexte international particulièrement détérioré. Le SNU ne devra en aucune façon conduire à baisser la garde face aux graves menaces qui affectent notre pays.

Le dossier que le G2S vous propose permet de passer en revue ces questions.

Adversaires et soutiens du SNU vous livrent quelques clés de compréhension de ce dossier brûlant.

 

Cet article fait partie du dossier n°21 réalisé par Le Cercle de réflexions du G2S

«  Le Service National Universel » publié en janvier 2018

Consultable sur : http://www.gx2s.fr/

Ce dossier a été réalisé par le G2S. Association selon la loi de 1901, le G2S est un groupe constitué d’officiers généraux de l’armée de terre qui ont récemment quitté le service actif. Ils se proposent de mettre en commun leur expérience et leur expertise des problématiques de défense, incluant leurs aspects stratégiques et économiques, pour donner leur vision des perspectives d’évolution souhaitables de la défense.

Le G2S est répertorié dans la rubrique THINKTANKS de la « Communauté Défense et Sécurité » d’ESPRITSURCOUF.fr

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