-GÉOPOLITIQUE : relations internationales, zones pays
-DÉFENSE : militaire, sécurité intérieure, terrorisme
-ÉCONOMIE : entreprise, industrie

La revue de presse de Jacques Raimond

La revue de presse « Esprit Surcouf » vous propose une sélection hebdomadaire d’une dizaine d’articles, peu diffusés dans les médias traditionnels, présentés dans trois rubriques : géopolitiques, défenses, économies. La revue de presse y ajoute un tour d’horizon des médias spécialisés, ainsi que les textes officiels parus dans la semaine passée, utiles à consulter et à retenir.

Esprit Surcouf ouvre cette semaine trois focus sur les sujets les plus globaux de l’actualité géopolitique. Tout d’abord, le commentaire de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu, sur la vision radicale du sionisme de Benjamin Nétanyahu vient nous interpeller avec un essai de bilan de la carrière politique de treize années d’exercice du poste de Premier ministre d’Israël ; le numérique entre dans la sphère géopolitique, grâce à la mise en lumière de la cyberdéfense : la vision technique est parfaitement digne de cet intérêt qui confère au cyberespace les caractères effectifs de la géopolitique ; enfin, le Brexit avec un « accord sans accord » devient d’une telle complexité, qu’il en serait presque contraint à une forme d’illégitimité internationale.

Trois informations et sujets de cette semaine nous rappellent que la défense est globale. Si elle s’inscrit dans le cadre d’une défense de l’Europe, elle n’en n’est pas encore européenne, et le Président de la République affirme sa volonté qu’elle le devienne ; le numérique entre également dans l’accomplissement offensif de conflits à venir, et d’une manière toute opérationnelle ; lors du premier comité de politique industrielle, on voit se dessiner la volonté d’intégrer la politique industrielle de défense dans la globalité de celle de l’Etat.

Une réflexion sur l’économie et des actualités qui se complètent viennent former les trois sujets majeurs de cette semaine, en ce qui concerne l’économie. On voit monter la production d’Airbus – avec le programme de l’A 220 – qui n’est pas pour faire plaisir à Boeing, Le continuum de sécurité globale doit devenir une réalité jusque dans l’écosystème, et la Corée du Nord voit arriver 2019, comme une année charnière, en ce qui concerne son économie, en particulier, en ce qui concerne sa défense stratégique.

 

  • GÉOPOLITIQUE :
  1. Benyamin Nétanyahou. Fin ou accomplissement du rêve sioniste ?
  2. La cyberdéfense, Politique de l’espace numérique
  3. Plans d’urgence pour le Brexit : vers un « accord sans accord » ?
  • DÉFENSE :
  1. 20 membres de groupes armés terroristes mis hors de combat au Mali
  2. L’agence de l’innovation de défense lance un défi pour améliorer la sécurité des bases aériennes
  3. Rencontre des ministres (affaires étrangères et défense) Français et Japonais
  • ÉCONOMIE :
  1. Lancement de satellites : le leader, c’est qui ? C’est Arianespace
  2. Annonce des investissements en faveur de l’ONERA – discours de la ministre aux armées
  3. La question de la souveraineté maritime : le cas de Mayotte
  • TOUR D’HORIZON DE MEDIAS SPÉCIALISÉS
  • TEXTES PARUS AU JOURNAL OFFICIEL

 

GÉOPOLITIQUE

 

Esprit Surcouf ouvre cette semaine trois focus sur les sujets les plus globaux de l’actualité géopolitique. Tout d’abord, le commentaire de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu, sur la vision radicale du sionisme de Benjamin Nétanyahu vient nous interpeller avec un essai de bilan de la carrière politique de treize années d’exercice du poste de Premier ministre d’Israël ; le numérique entre dans la sphère géopolitique, grâce à la mise en lumière de la cyberdéfense : la vision technique est parfaitement digne de cet intérêt qui confère au cyberespace les caractères effectifs de la géopolitique ; enfin, le Brexit avec un « accord sans accord » devient d’une telle complexité, qu’il en serait presque contraint à une forme d’illégitimité internationale.

 

1 –  Benyamin Nétanyahou. Fin ou accomplissement du rêve sioniste ? (Orient XXI, Sylvain Cypel)

 « Main basse sur Israël », de Jean-Pierre Filiu · Dans son livre, Jean-Pierre Filiu revient sur l’incroyable carrière de Benyamin Nétanyahou, et l’affirmation hégémonique en Israël d’une version radicale du sionisme, violemment nationaliste et anti-arabe. Mais la rupture avec la période précédente marquée par le pouvoir travailliste est-elle vraiment radicale ? De quoi Nétanyahou est-il le nom ? s’interroge Jean-Pierre Filiu dans son dernier ouvrage : Main basse sur Israël. Nétanyahou et la fin du rêve sioniste. Spécialiste du monde arabe et du djihadisme extrémiste, Filiu présente un bilan de l’ère Nétanyahou à un moment où celui-ci, une fois de plus, se trouve empêtré dans des affaires de corruption et où il vise, en provoquant de nouvelles élections générales en avril 2019, à préserver sa domination sur son parti, le Likoud, et sur la scène politique israélienne. Objectif : esquiver, grâce au soutien populaire, les mises en accusation (pour corruption) qui menacent sa carrière politique. Il n’est pas sûr qu’il y parvienne. La divulgation, à la mi-février, de l’acte d’accusation pourrait lui être fatal. Mais s’il la surmonte et qu’il parvient ensuite à l’emporter — ce que les premiers sondages donnent comme plausible — il deviendra l’homme qui aura gouverné le plus longtemps dans l’histoire d’Israël. On peut donc bien parler d’« ère ». Déjà, d’ici à avril, Nétanyahou aura été premier ministre treize ans et deux mois. Soit, à un trimestre près, aussi longtemps que le fondateur de l’État juif David Ben Gourion. Élu, il le dépassera. Ben Gourion, son lointain prédécesseur, aura incarné le triomphe du sionisme socialiste, une idéologie qui aura dominé le nationalisme juif de sa fondation à la fin du XIXesiècle jusqu’au début des années 1970, en passant par l’établissement de l’État d’Israël en 1948. De même, Nétanyahou entrera dans l’histoire comme celui qui aura incarné la victoire du sionisme dit « révisionniste », une idéologie gorgée d’un ultranationalisme à caractère ethniciste exacerbé. Depuis sa première victoire électorale en 1977, lorsque le Likoud de Menahem Begin l’emporta sur les travaillistes, cette idéologie aura dominé le gouvernement israélien 37 années sur les 41 écoulées depuis.

L’HÉRITIER DE ZEEV JABOTINSKY

Filiu part d’un constat : sur un grand nombre d’aspects, Nétanyahou et ceux qui le suivent — les nationalistes fanatiques, laïques comme religieux, partisans de la colonisation et de l’appropriation ultime de la totalité des Territoires palestiniens occupés — se situent en rupture avec l’idéologie et les comportements du sionisme représenté par Ben Gourion et ses successeurs, jusqu’à Yitzhak Rabin. Il brosse un tableau succinct, mais dense des sources idéologiques du personnage Nétanyahou, surnommé « Bibi ». L’influence des thèses de Vladimir Zeev Jabotinsky, le grand idéologue du sionisme révisionniste, y a une part prépondérante. Ce dernier développait à la fois des idées ultranationalistes ethnicistes et des opinions économiques très antisocialistes. L’autre influence est celle de son père. Admirateur de Benito Mussolini, Bentzion Nétanyahou, historien de renom et polémiste sioniste d’extrême droite fut un moment le secrétaire particulier de Jabotinsky. Il développa des théories où le mépris colonial assumé le disputait au culte de la force. Lorsque le premier ministre Menahem Begin, fils spirituel et successeur politique de Jabotinsky, signa en 1978 l’accord de paix avec Anouar El-Sadate et s’engagea à restaurer le Sinaï aux Égyptiens, Nétanyahou père cria à la trahison. Le 3 avril 2009, Benzion Nétanyahou (décédé en 2017) déclara au journal israélien Maariv : « L’Arabe est un ennemi par essence. Sa personnalité ne lui autorise aucun compromis ni accord. Peu importe la résistance qu’il rencontre, le prix qu’il a à payer, son existence consiste à être perpétuellement en guerre. Aucune paix ne peut surgir d’un accord ». Si « l’Arabe » accepte la paix, ce ne peut être que par fourberie, le temps de retrouver des forces pour reprendre la guerre. Et de poursuivre : « La solution à deux Etats n’existe pas. Ici, nous n’avons pas deux peuples. Nous avons un peuple juif et une population arabe. Il n’y a pas de peuple palestinien. On ne va donc pas créer un État pour une nation imaginaire. Ils s’intitulent eux-mêmes “un peuple” dans l’unique objectif de combattre les juifs ». Mais quelle est alors la solution ? lui demande l’interviewer. « Il n’y en a pas d’autres que la force, l’imposition d’une domination militaire lourde ». Tel père tel fils ? Filiu montre à l’envi que le Benyamin Nétanyahou qui a présidé aux destinées d’Israël est bien celui qui a été éduqué et formé dans cet état d’esprit. Que ce soit dans son rapport aux Palestiniens, Fatah et Hamas confondus, à la Maison Blanche et en particulier à Barack Obama, ou encore à l’Iran, Filiu s’attache à montrer comment, à travers la figure de Nétanyahou, le sionisme révisionniste a fait main basse sur Israël. Il analyse, en particulier, deux thématiques spécifiques : la question du terrorisme et celle de l’antisémitisme. Particulièrement intéressant est le rôle joué par le Jonathan Institute dans la diffusion, par les cercles d’extrême droite israéliens, d’un regard sur le « terrorisme » qui va bientôt connaitre des jours glorieux au plan international. Fondé par la famille Nétanyahou, le Jonathan Institute porte le prénom du frère de Benyamin : Jonathan. Celui-ci, chef d’une unité d’élite israélienne, fut tué lors d’une intervention célèbre contre une prise d’otages menée par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) à Entebbe, en Ouganda, en 1976. Cet institut vise, dès cette époque, à imposer l’idée d’une « guerre contre le terrorisme » comme forme nouvelle du combat pour la sauvegarde de la démocratie.

LA PLACE CENTRALE DU « TERRORISME »

Une première conférence est organisée en 1979 en Israël. Nétanyahou y présente l’Organisaiton de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat comme la matrice du terrorisme dans « le monde entier ». Une seconde aura lieu en 1984 à Washington. Là, tous les débats porteront sur la nécessité d’une stratégie sécuritaire « préventive » et offensive, seule susceptible d’être efficace face à une hydre terroriste sans autre idéologie que la haine de la civilisation occidentale et du juif en particulier, incarnée par Israël. Dans Combattre le terrorisme, publié en 1995, Nétanyahou posera la touche finale : « Il n’y a pas de terrorisme sans l’appui d’États souverains. » Il désigne alors « l’Iran, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan des talibans et l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat » comme la matrice du terrorisme universel. Peu importe que l’association de ces États soit dénuée de sens politique. Six ans plus tard, après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, George Bush cherchera lui aussi les États ayant appuyé Al-Qaida. Il désignera « l’axe du mal » : Iran, Irak, Corée du Nord, sans que ce trio fasse plus de sens. Mais l’idéologie de la « guerre au terrorisme » est entrée dans les esprits. Elle perdure jusqu’à ce jour. La question du rapport de Nétanyahou à l’antisémitisme est visiblement celle qui a donné à l’auteur l’idée de son livre. Filiu reste ahuri devant la thèse — effectivement ahurissante — développée par « Bibi ». En deux mots : le grand théoricien du génocide juif ne fut ni Adolf Hitler ni Alfred Rosenberg1, mais… Mohamed Amin Al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem qui aurait suggéré cette option à Hitler, lequel « à l’époque ne voulait pas exterminer les juifs ». Thèse totalement délirante, que tous les spécialistes ont présentée comme une pure fiction, mais que Nétanyahou a réitérée depuis à diverses occasions. Filiu ne donne pas d’explication précise à cette attitude. On s’autorisera ici à lui en suggérer une, à titre spéculatif, donc sans certitude. En faisant de Hadj Amin Al-Husseini le penseur caché, mais initial du génocide des juifs, Nétanyahou dédouane en quelque sorte ceux qui ont commis réellement ce crime contre l’humanité — les Allemands nazis et leurs acolytes, tous Européens — d’en être les premiers fomentateurs. Non, clame-t-il, le génocide des juifs ne trouve pas sa source en Occident, mais dans l’islam, chez les Arabes. Filiu voit dans cette fake history, cette histoire falsifiée, le moteur de la tendance qui pousse autant Nétanyahou que la frange religieuse ultracolonialiste de l’opinion israélienne à prendre langue et à forger des liens avec les mouvements identitaires, xénophobes et autoritaires qui surgissent, de la Hongrie et la Pologne au Brésil et aux Philippines. Pis, Nétanyahou et les siens n’hésitent pas à s’acoquiner avec des mouvements et des gouvernements parfois ouvertement ou insidieusement antisémites, pourvu qu’ils soutiennent Israël contre « le terrorisme », terme générique pour désigner les Palestiniens. Cette grande alliance des démocraties autoritaires dans laquelle Nétanyahou insère Israël s’accompagne d’une montée de l’intolérance envers les défenseurs de la démocratie à l’intérieur même d’Israël, Filiu liste en partie les éléments constitutifs de cette dérive, dont la poutre maitresse est l’adoption de la loi dite sur « l’Etat-nation du peuple juif ». Elle instaure formellement en Israël la ségrégation ethnique envers les non-juifs, autrement dit les citoyens arabes, comme un élément constitutif des « lois fondamentales » du pays, faisant office de Constitution.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/benyamin-netanyahou-fin-ou-accomplissement-du-reve-sioniste,2856

 

2 – La cyberdéfense, Politique de l’espace numérique ( Diploweb, Florent Parmentier)

Voici un ouvrage qui présente la cyberdéfense sur le plan technique en mettant en lumière des stratégies et des représentations, des interactions d’acteurs, des réalisations et des pratiques.  Présentation de l’ouvrage dirigé par Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet, « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin. En écho au nouveau programme de 1ère spécialité Histoire-Géographie et Géopolitique, cette présentation permet de nourrir le thème 4 et son axe 1 pour l’extension du réseau Internet.

LE PIRE adversaire de la connaissance n’est pas l‘ignorance, mais le fait de croire savoir, disait le physicien Stephen Hawkins. Nous ne saurions mieux dire concernant le cyberespace, qui apparaît bien comme un espace d’expression du pouvoir et de la force, de tension entre différentes identités, mais que l’on pense parfois neutre sur le plan technique. Nous savons qu’il existe, mais on descend rarement à un niveau de détail adéquat pour en comprendre les ramifications.  C’est bien l’objet de cet ouvrage collectif, qui aborde la cyberdéfense sur le plan technique en mettant en lumière des stratégies et des représentations, des interactions d’acteurs, des réalisations et de pratiques, en dehors du déterminisme technologique. Il est intéressant de noter à cet égard qu’il existe plusieurs définitions du cyberespace, dont un certain nombre font l’impasse sur la dimension humaine et politique de celui-ci. Environnement, domaine, milieu ou moyen, chaque acteur produit sa propre définition de ce champ. Le cyberespace ne peut pas être considéré « comme un bloc homogène et uniforme, mais il faut plutôt le voir comme une multitude de cyberespaces : chaque acteur, chaque usager construit son « espace » en fonction de son utilisation, de ses représentations, de ses intérêts » (p.8). Nous ne serons ainsi pas surpris de retrouver des notions de dissuasion et de coercition déjà présentes pendant la Guerre froide.  On a assisté progressivement à une sécuritisation du cyberespace, c’est-à-dire à la prise en compte d’une dimension de sécurité à laquelle on prêtait moins d’importance dans les discours et les pratiques par le passé. La cyberdéfense désigne une certaine conception de l’action sur, dans et à travers les réseaux numériques et les activités qu’ils soutiennent (p.11), ou « l’ensemble des activités conduites afin d’intervenir militairement ou non dans le cyberespace pour garantir l’effectivité de l’action des forces armées, la réalisation de mission confiées et le bon fonctionnement du Ministère » (p.45). Ce champ connaît une autonomisation croissante, même si ses discours et ses représentations technoscientifiques restent liés aux autres champs de la conflictualité. Pour aborder la cyberdéfense le plus largement possible, l’ouvrage se compose de trois grandes parties : l’étude du contexte global de la cyberdéfense, les enjeux du domaine numérique ainsi que l’espace numérique comme domaine opérationnel.

Le cyberespace est un espace géopolitique

A première vue, la dématérialisation engendrée par le numérique contrevient à notre idée classique de géopolitique, classiquement définie comme une rivalité de puissances sur un territoire donné (Yves Lacoste) : si internet est partout, et que les infrastructures sont des artefacts techniques, n’est-ce pas poser la mauvaise question ? On pourrait certes objecter, comme le fait Guillaume Pitron, que le monde numérique qui se dessine est fortement consommateur d’énergie, et participe donc pleinement à des jeux économiques au-delà de ce qui existe en ligne. [1]  Les géographes et géopoliticiens ont abordé le cyberespace sous plusieurs angles, avec un corpus riche de plusieurs approches : la géographie du numérique, les géographies produites par le numérique, et les géographies produites via le numérique. Entre géographie et numérique, les individus, les Etats et la gouvernance mondiale sont les échelles pertinentes. Le cyberespace peut également se diviser en différentes couches, à la manière des géologues : la couche matérielle (les périphériques d’accès et les infrastructures nécessaires), la couche logicielle (les logiciels et protocoles permettant la circulation de grandes quantités de données) et enfin la couche sémantique – ou cognitive (contenu informationnel). Ces différentes couches font l’objet de rapports de force spécifiques, à tel point qu’on peut affirmer que la cyberdéfense n’est pas exempte de facteurs spatiaux particuliers.  Ces rapports de force se manifestent à notamment à l’occasion de crises, opposant dans les représentations courantes les Etats-Unis et les Européens face aux Russes et aux Chinois. Elles jalonnent les dernières années à travers le globe : la cyberattaque de 2007 en Estonie, attaques contre la Géorgie en 2008, le virus Stuxnet contre l’Iran (2010), les révélations d’Edward Snowden de l’été 2013, les élections présidentielles américaines de 2016 et françaises en 2017… La question de la prise de décision sous contrainte reste essentielle en la matière, comme l’illustre le parallèle avec la crise de Cuba. L’absence de régime partagé de régulation de ces enjeux, la force relative des acteurs non-étatiques et l’incitation à l’action offensive. En dehors des crises, la non-neutralité du code ou des flux de données apparaissent également avec une force d’évidence, tout comme l’importance du facteur humain – les biais cognitifs faisant pleinement partie des éléments à considérer dans l’analyse. [2]

Prospective du cyberespace

Par la diversité des approches proposées, de l’étude de la technologie jusqu’aux aspects juridiques et stratégiques, l’ouvrage aborde également la dimension prospective du cyberespace, dans la limite de la difficulté de l’exercice dans un secteur où le rythme de développement est extrêmement rapide. Par ailleurs, trois questions semblent importantes : la souveraineté numérique (avec l’enjeu des clouds souverains), la technologie et la sécurité (le Big data et le renseignement, selon les différentes étapes : l’expression du besoin, la collecte, le traitement et l’exploitation, l’analyse, la diffusion et la sécurité), et la politique internationale. La « course technologique » à l’intelligence artificielle apparaît ainsi parmi les enjeux les plus importants, la Chine ayant élaboré le plan « Ambition 2030 », dont l’objectif annoncé est de viser un leadership mondial à cette date. Les moyens économiques, la collecte des données peu respectueuse des libertés individuelles et la vision font de la Chine un candidat crédible à une place de premier choix. L’un des co-auteurs, Julien Nocetti, l’affirme d’ailleurs très directement : « L’Europe, qui n’a guère mené de réflexion prospective à ce sujet, devra pourtant s’interroger sur les conséquences économiques et stratégiques qu’aura pour elle une IA maîtrisée par le duopole sino-américain » (p.109). Les Etats-Unis suivent évidemment avec une attention toute particulière cette question, à même de redistribuer les cartes au niveau international, et ce d’autant que Washington a considéré depuis le début des années 2010 que le cyberespace constitue le « 5e champ de bataille ». A ces deux puissances s’ajoute la Russie, qui a su développer un discours du cyberespace centré autour de la souveraineté numérique, ce pays apparaissant comme une véritable « exception numérique » (à travers le « Runet ») ; comme le souligne Kevin Limonier : « Grâce à son écosystème spécifique, la Russie a en effet les moyens techniques, politiques et économiques d’apparaître comme une « puissance souveraine » du cyberespace, ce qui n’est d’ailleurs pas sans faire écho à la situation de l’Union européenne que certains qualifient d’ailleurs de véritable « colonie numérique » des Etats-Unis » (p. 124). 

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.diploweb.com/La-cyberdefense-Politique-de-l-espace-numerique.html

 

3 – Plans d’urgence pour le Brexit : vers un « accord sans accord » ? (IRIS, le point de vue de Rémi Bourgeot)

Après le rejet au Parlement britannique de l’accord sur le Brexit passé entre Londres et Bruxelles, Theresa May doit présenter un “plan B” d’ici au 21 janvier. Mais en prévision d’un éventuel Brexit “dur”, le Premier ministre français, Edouard Philippe a lancé un plan d’urgence. De quoi relève-t-il ? Ces plans d’“accord sans accord” pourraient-ils se généraliser pour maintenir les relations avec le Royaume-Uni ? Avec quelles conséquences ? Le point de vue de Rémi Bourgeot, chercheur associé à l’IRIS.

Le Premier ministre français, Edouard Philippe, a annoncé, jeudi 17 janvier, à l’issue d’une réunion à Matignon, son plan d’urgence pour faire face à un Brexit sans accord. Que contient ce plan et quels sont ses objectifs ?

Ce plan prévoit en particulier d’investir dans les infrastructures portuaires et aéroportuaires pour répondre à l’accroissement des procédures douanières qu’impliquerait une sortie sans accord du Royaume-Uni fin mars, tout en prévoyant de ne pratiquer que les contrôles les plus minimaux. La période de transition, qui prévoit une continuation de l’essentiel des conditions actuelles, marquée par une extrême fluidité des échanges, ne peut s’enclencher que dans le cadre d’un accord de sortie. Une sortie sans accord se traduirait par des échanges régis par les règles de l’OMC. Les tarifs extérieurs pratiqués par l’UE dans le cadre du système de l’OMC sont faibles sur la plupart des marchés, et ce serait également le cas de ceux que mettrait en place le Royaume-Uni. L’ordre de grandeur de ces tarifs est inférieur aux variations de change euro/sterling auxquelles sont confrontées les entreprises des deux côtés de la Manche. Cependant, ce cadre reste évidemment bien plus lourd en termes de procédures douanières et réglementaires que les échanges dans le cadre du marché unique. C’est ce qui fait craindre une situation chaotique sur le plan logistique, si près de l’échéance. La sortie sans accord n’est pas nécessairement catastrophique en tant que telle, à condition qu’elle soit mise en place avec une certaine visibilité qui permette une préparation adéquate autant au niveau des entreprises que des États. Or, il est très tard désormais. Au-delà du chaos des négociations entre Londres et l’UE et sur la scène politique à Westminster, l’ensemble des responsables politiques au Royaume-Uni et en Europe s’accordent sur la nécessité de préserver les liens économiques et humains. Le principal ennemi aujourd’hui, commun à toutes les parties prenantes, c’est le temps qui nous sépare du 29 mars. Constatant le caractère particulièrement épineux de la question du « backstop » irlandais (qui prévoit un statut commercial particulier pour l’Irlande du Nord en fonction de l’évolution des négociations sur la future relation avec l’UE), les deux parties auraient pu travailler à un scénario contournant les tabous liés à la conclusion d’un accord général tout en évitant une rupture commerciale. Si proche de l’échéance du 29 mars, le plan du gouvernement Philippe répond ainsi à l’urgence logistique qui risque de paralyser une partie des infrastructures, notamment dans le nord de la France, comme ce serait également le cas en Belgique et aux Pays-Bas, pays par lesquels transite une grande partie des marchandises asiatiques destinées au Royaume-Uni. Le plan d’urgence du gouvernement ne se limite cependant pas aux infrastructures douanières et indique une volonté plus générale de préservation des liens. Il traite aussi de la question des citoyens britanniques résidant en France, qui continueraient à bénéficier de leurs droits sociaux et disposeraient d’une année pour obtenir un titre de séjour, le tout étant conditionné à une certaine réciprocité de la part du gouvernement britannique. Par ailleurs, le plan prévoit que les entreprises britanniques puissent continuer à pratiquer le transport routier en France, mais aussi que le secteur financier britannique puisse en partie continuer à servir le marché français, en particulier en ce qui concerne les contrats d’assurance. Enfin, la coopération en termes d’équipement militaire était également couverte par ce plan d’urgence.

Ce modèle de plan d’urgence pourrait-il devenir la base d’une sorte “d’accord sans accord” généralisé à l’ensemble de l’Union européenne ?

Étant donnée l’expression d’un fond de panique à Londres et de par le continent, on ne peut que constater le souhait unanime de maintenir les relations. Le « backstop irlandais » a été conçu, au cours de ces longues négociations, comme une contrepartie à l’idée d’un cadre commercial éventuel n’incluant rien de ce qui se rapprocherait de l’idée d’union douanière. Cette approche est à la fois de nature politique, avec l’idée de préserver le projet européen en accroissant le coût politique d’une sortie, mais en sous-estimant le rejet massif de la part des députés britanniques, et suit une lecture qui se veut mathématique des différents types de relations commerciales. Les accords commerciaux dans le monde et en Europe suivent en réalité une logique plus complexe, qui inclut d’inévitables contradictions, qu’il s’agisse de la Norvège (qui participe au marché unique sans même être en union douanière avec l’UE, et qui n’a pas pour autant de frontière dure avec la Suède), la Suisse (avec sa multitude d’accords particuliers avec l’UE, dont l’accès des citoyens au marché du travail suisse a été remis en cause ces dernières années), la Turquie (dont les termes de l’union douanière avec l’UE excluent d’importants marchés), le Canada ou l’Ukraine… Les accords commerciaux se rattachent à de larges notions, voire à des idéaux comme le libre-échange. Derrière ces objectifs, un accord commercial, quel que soit le nom qu’on lui donne, reste souvent la somme d’une multitude d’accords sur des marchés très variés. Theresa May a travaillé à la conclusion de ce qu’elle pensait être le meilleur accord de sortie atteignable avec l’UE, comprenant une condition sur l’Irlande du Nord qui est jugée inacceptable à Westminster. Des idées circulent aujourd’hui pour s’orienter vers un cadre encore plus général qui règle à la fois la sortie et la relation future sous la forme d’une union douanière ou du marché unique, voire même un nouveau référendum qui pourrait consacrer l’annulation du Brexit. Il s’agirait naturellement d’une rupture avec l’interprétation du vote du Brexit qu’avait proposée la Première ministre dans les semaines qui avaient suivi le vote. Si l’on se met d’accord sur un ensemble de règles pour maintenir les liens économiques, on se rapproche en réalité d’une forme d’accord, tout en évitant les tabous et des concessions politiques inacceptables de part et d’autre. Un « accord sans accord » aurait un caractère labyrinthique sur le plan politique, mais l’UE n’a plus à démontrer son excellence dans ce domaine. Derrière des artifices potentiellement complexes sur le plan politique, l’important serait avant toute chose que, à l’échelle des entreprises et des individus concernés, la situation reste simple et prévisible.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.iris-france.org/128692-plans-durgence-pour-le-brexit-vers-un-accord-sans-accord/

 

 
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DÉFENSE

 

Trois informations et sujets de cette semaine nous rappellent que la défense est globale. Si elle s’inscrit dans le cadre d’une défense de l’Europe, elle n’en n’est pas encore européenne, et le Président de la République affirme sa volonté qu’elle le devienne ; le numérique entre également dans l’accomplissement offensif de conflits à venir, et d’une manière toute opérationnelle ; lors du premier comité de politique industrielle, on voit se dessiner la volonté d’intégrer la politique industrielle de défense dans la globalité de celle de l’Etat.

 

1 – A Toulouse, Emmanuel Macron rappelle avec force sa volonté de créer une armée européenne (La Tribune, Patrick Merlet)

Avant son discours, Emmanuel Macron est allé à la rencontre des soldats du 1er RTP basée à Cugnaux (Haute-Garonne). (Crédits : Rémi Benoit)Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est rendu sur la base militaire de Francazal à Cugnaux, non loin de Toulouse, jeudi 17 janvier où il a prononcé ses voeux aux forces armées devant plus de 1 600 personnes. Le chef de l’État a profité de l’occasion pour affirmer le maintien des forces françaises à l’étranger. Surtout, à quelques mois des élections européennes, Emmanuel Macron a rappelé sa volonté de mettre en place une armée à dimension européenne, doté d’un budget commun. Pour ses vœux aux forces armées 2019, le président de la République, Emmanuel Macron, a choisi la ville de Toulouse et plus particulièrement la base militaire de Francazal, qui abrite le 1er régiment du train parachutiste (RTP) et ses 800 hommes. Un site très important pour l’armée française car cette base est surtout le Pôle national des opérations aéroportées. Ainsi, avant chaque départ en opération extérieure et notamment à destination de l’Afrique, les moyens humains et matériels sont regroupés dans ces lieux qui ont fait l’objet d’une rénovation et d’un agrandissement récemment. C’est d’ailleurs, selon lui, la raison qui a justifié sa venue à Toulouse. “La première raison d’être des armées, ce sont les opérations (extérieures)”, a lancé Emmanuel Macron au début de son discours devant 1 600 personnes, avant d’affirmer le maintien des forces françaises à l’étranger.

“Nous resterons militairement engagés au Levant au sein de la coalition internationale. (…) Notre objectif politique dans la région c’est bien sûr la stabilité inclusive, qui permettra de faire reculer les terroristes. Stabilité en Irak, stabilité en Syrie où nous continuerons à agir pour qu’une solution politique inclusive soit trouvée et que la réforme constitutionnelle indispensable soit adoptée. (…) Toute précipitation à se retirer serait une erreur”, a tenu à rassurer Emmanuel Macron après le retrait annoncé des forces américaines dans la région.

Alors, à l’occasion de ses voeux, le chef des Armées a fait un retour sur l’année 2018, une année marquée par des décisions importantes pour le ministère des Armées après une analyse du monde actuel. C’est en effet l’été dernier qu’a été promulguée la loi de programmation militaire (LPM) qui prévoit un budget de 295 milliards d’euros au total entre 2019 et 2025, pour atteindre ainsi 2% du PIB du pays en 2025. Par conséquent, le budget du ministère des Armées sera cette année de 35,9 milliards d’euros, ce qui représente une hausse de 1,7 milliards d’euros par rapport à 2018 et ce qui en fait le 2ème budget de l’État derrière celui de l’Éducation nationale.

“Dès mon arrivée, j’ai voulu rompre avec le cycle ancien de la diminution des moyens et des activités de nos armées. Le budget de l’année 2018 a donc été en forte hausse et était plus sincère qu’il ne l’a été par le passé”, estime Emmanuel Macron.

Un discours à forte consonance européenne

Dès son arrivée au pouvoir, il a également fait part de sa volonté de créer une armée européenne, avec un budget commun, lors de son discours à La Sorbonne le 26 septembre 2017. Une ambition qu’il a longuement rappelé et défendu lors de cette cérémonie de voeux aux forces armées à Toulouse, à quelques mois d’élections européennes à l’issue incertaine.

“Ma conviction profonde est qu’une partie de notre capacité propre et une partie de notre autonomie stratégique seront plus fortes encore par et à travers cette coopération européenne. Dans ce monde incertain, la coopération européenne est stratégiquement indispensable, crédible sur le plan opérationnel et elle est économiquement rentable. (…) Cette ambition européenne ce n’est pas de réduire nos propres capacités, la LPM dit tout le contraire”.

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https://toulouse.latribune.fr/politique/2019-01-17/a-toulouse-emmanuel-macron-rappelle-avec-force-sa-volonte-de-creer-une-armee-europeenne-804219.html

 

2 – La France fait de la lutte informatique offensive une « arme de supériorité opérationnelle » ( OPEX 360, Laurent Lagneau)

En décembre 2016, Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, avait dévoilé les grandes lignes d’une stratégie militaire relative au cyberespace. « Pour gagner les nouvelles guerres […] une adaptation de notre outil de défense est indispensable », avait-il alors souligné. Ainsi, trois types de missions furent définies pour les armées dans ce nouveau domaine : le renseignement, la protection/défense [que ce soit en opération extérieure ou sur le territoire national] et la « lutte informatique offensive » [LIO], encore appelée, à l’époque, « riposte/neutralisation ». Cette LIO devait alors permettre « d’agir ou de répliquer contre un ennemi cherchant à nuire à nos intérêts de sécurité et de défense ». Même chose en temps de guerre : « l’arme cyber pourra être la réponse, ou une partie de la réponse, à une agression armée, qu’elle soit de nature cyber ou non », avait dit M. Le Drian. Mais la France en avait-elle alors les moyens? Un an plus tôt, l’ex-ministre de la Défense avait en effet admis que les armées françaises disposaient de « capacités offensives encore limitées ». Mais « la voie est tracée pour leur développement », avait-il immédiatement assuré. Si elle a, dans un premier temps, centré son propos sur l’aspect défensif des opérations dans le cyberespace, la ministre des Armées, Florence Parly, est allée beaucoup plus loin que son prédécesseur lors de la présentation, ce 18 janvier, d’une nouvelle stratégie « cyber » des armées. Ainsi, a-t-elle dit, il « faut éviter de tendre la joue » tout en se préparant « à cette nouvelle guerre » numérique, c’est à dire en s’assurant de disposer « d’une doctrine et de capacités de lutte informatique offensive ». La précédente stratégie prévoyait une riposte en cas d’attaque informatique. Sans surprise, celle présentée par Mme Parly reprend ce principe. « En cas d’attaque cyber contre nos forces, nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit, par les moyens et au moment de notre choix. Nous nous réservons aussi, quel que soit l’assaillant, le droit de neutraliser les effets et les moyens numériques employés », a-t-elle dit. La nouveauté est que, désormais, les forces françaises pourront aussi utiliser leur capacités cybernétiques lors de leurs opérations à des fins offensives. Et cela isolément ou en complément (et appui) des moyens conventionnels, afin d’en démultiplier les effets. En un mot, il s’agit d’en faire une « arme de supériorité opérationnelle. » « Aujourd’hui, la France choisit de se doter pleinement de l’arme cyber pour ses opérations militaires. Nous considérons l’arme cyber comme une arme opérationnelle à part entière. C’est un choix nécessaire, en responsabilité. Nous en ferons un usage proportionné, mais que ceux qui sont tentés de s’attaquer à nos forces armées le sachent : nous n’aurons pas peur de l’utiliser », a prévenu Mme Parly, après avoir souligné que l’usage de telles capacités ne devra se faire dans un cadre strict. « Je veux que cette utilisation des outils cyberoffensifs par nos armées se fasse dans le plus strict respect des normes du droit international public. Notre processus de ciblage numérique est extrêmement strict. Il nous permet de respecter les principes de proportionnalité, de distinction et de nécessité. Dans l’esprit de l’appel de Paris, nous respecterons le droit international, bien sûr, et les cybercombattants bénéficieront des mêmes protections que les militaires en OPEX », a en effet précisé la ministre. « Sur le plan opérationnel, le cyber est une capacité interarmées, sous l’autorité du chef d’état-major des Armées. Il s’agit d’une capacité de niveau stratégique, dans la conception et la manœuvre globale. Il s’agit aussi d’une arme au niveau tactique, dont les effets se combinent déjà sur le terrain à ceux des armes plus traditionnelles », a par ailleurs souligné Mme Parly. Cela suppose de relever au moins quatre défis. Le premier concerne la Direction générale de l’armement [DGA], à qui il reviednra de prendre en compte « cette nouvelle doctrine offensive pour concevoir et développer les armements de demain. » L’acculturation des militaires à ces nouvelles armes est le second. Les ressources humaines en constituent un autre : il faudra trouver les compétences et surtout les conserver. « Nous ne devons nous fermer aucune porte et envisager des filières de formation, d’entraînement et de recrutement tout à fait nouvelles », a estimé, sur ce point, Mme Parly. Enfin, il y a également le défi des coopérations internationales. À ce sujet, le ministère des Armées souligne que, s’agissant du cyberespace, elles ne vont pas de soi car elles s’inscrivent dans une « logique complexe ». « Face à la menace cyber, les disparités de capacités, d’organisation, de doctrines et d’investissements des partenaires constituent une difficulté supplémentaire », souligne-t-il. « Nous devons assumer l’intégration pleine et entière des outils cyber au sein de la palette opérationnelle de nos armées. Leurs effets doivent être connus, leur emploi parfaitement maîtrisé et encadré. Nos adversaires potentiels doivent savoir à quoi s’attendre », a conclu Mme Parly. D’où, d’ailleurs, la raison pour laquelle les grands principes de cette nouvelle stratégie ont été rendus publics….

3 – Premier comité de politique industrielle de défense : Florence Parly réunit les industriels de défense à Paris (défense.gouv.fr, DICOD)

Florence Parly, ministre des Armées, a réuni, le 16 janvier 2019 à l’Hôtel de Brienne le premier comité de politique industrielle de défense. Ce format, inédit, s’inscrit dans la réforme du ministère des armées annoncée par la ministre en juillet dernier, lors du lancement du plan de transformation de la Direction générale de l’armement (DGA) ». Présidé par la ministre et rassemblant les industriels de défense, des responsables de PME et de start-up, ainsi que des représentants de la DGA et de la direction générale des entreprises de Bercy, ce comité vise à fixer le cap de la politique industrielle de défense française. Ce comité, qui au minimum deux fois par an, permettra des échanges libres et directs entre les différents acteurs et d’inscrire la politique industrielle de défense dans la politique industrielle globale de l’Etat. Florence Parly a rappelé que l’industrie de défense avait deux fondements : aider à protéger la France en répondant aux besoins des Armées ; aider à protéger l’emploi avec une activité industrielle toujours plus dense.

La ministre a livré les cinq fondements de sa politique industrielle :

  • Investir dans l’industrie de défense et acheter de nouveaux armements (grâce, notamment, à l’augmentation exceptionnelle des moyens de la défense d’ici 2025, permise par la loi de programmation militaire 2019-2025) ;
  • Soutenir les entreprises de l’industrie de défense à l’export ;
  • Consolider l’industrie de défense au niveau européen autour de projets concrets et de coopérations (les projets de l’avion de combat du futur ou du char de combat du futur en sont des exemples) ;
  • Encourager l’innovation et protéger les PME (mise en place de l’agence pour l’innovation de défense ou du fonds d’investissement Definvest) ;
  • Intervenir dans la vie des entreprises comme régulateur et actionnaire (par exemple par le mécanisme de l’action spécifique, renforcé par la loi PACTE).

La ministre a affirmé que les dispositifs mis en œuvre pour offrir plus de souplesse aux industries de défense et leur permettre d’emporter de nouveaux marchés, ne vont pas sans contrepartie. Elle rappelé la nécessité pour les industriels de respecter les délais et les coûts dans les programmes : l’État est un client exigeant, qui doit payer le prix juste et pouvoir auditer ses coûts. Enfin, la ministre a exhorté les entreprises de la défense à travailler avec le ministère pour attirer les talents et prendre part au combat pour la cybersécurité en adoptant une « hygiène cyber » irréprochable.

 

ÉCONOMIE

 

 Une réflexion sur l’économie et des actualités qui se complètent viennent former les trois sujets majeurs de cette semaine, en ce qui concerne l’économie. On voit monter la production d’Airbus – avec le programme de l’A 220 – qui n’est pas pour faire plaisir à Boeing, Le continuum de sécurité globale doit devenir une réalité jusque dans l’écosystème, et la Corée du Nord voit arriver 2019, comme une année charnière, en ce qui concerne son économie, en particulier, en ce qui concerne sa défense stratégique.

 

1 – La production d’Airbus sur les terres de Boeing va monter en flèche (La Tribune, Fabrice Gliszczinski)

De quoi agacer Boeing. Les enquêtes de Washington sur des soupçons de corruption concernant Airbus ne freinent pas le développement de l’avionneur européen aux États-Unis. Bien au contraire. Décidée en 2012, mise en place en 2016 avec les premières livraisons d’A320 sur son site de Mobile en Alabama, la production d’avions commerciaux en Amérique du Nord s’apprête à monter fortement en puissance.

Investissement de 300 millions de dollars supplémentaires à Mobile

Airbus a, en effet, décidé d’accompagner la prise de contrôle du programme C-Series du Canadien Bombardier (rebaptisé A220 depuis) par la création d’une ligne d’assemblage final à Mobile, sa deuxième donc dans l’Alabama après celle de l’A320. Tom Enders, le président exécutif du groupe Airbus et Guillaume Faury, le président de la branche des avions commerciaux d’Airbus qui lui succédera en mai, ont donné ce jeudi 17 janvier le premier le premier coup de pioche de ce nouveau bâtiment qui va nécessiter un investissement de 300 millions de dollars et l’embauche de 400 personnes supplémentaires. Au total, Mobile comptera 1.100 employés.

Première livraison d’A220 à Mobile mi-2020

La production de l’A220, un appareil d’une capacité de 100 à 150 sièges, débutera au troisième trimestre 2019. Une fois le premier A220 sorti d’usine mi-2020, commencera un “ramp-up” (montée en cadence) progressif visant à porter la production à “4 appareils par mois”au milieu de la prochaine décennie”. Soit le rythme atteint aujourd’hui à Mobile par l’A320, un appareil moyen-courrier d’une capacité de 150 à 200 sièges, la gamme au-dessus de celle de l’A220. Avec cette cadence, l’usine américaine a livré l’an dernier 50 A320, un nombre supérieur aux objectifs, selon Jeff Knittel, le PDG d’Airbus Americas, qui n’a pas précisé néanmoins la prévision initiale. Selon ce dernier, les cadences d’A320 vont encore grimper en 2019 pour atteindre cinq appareils par mois à la fin de l’année, à un moment où Airbus aura déjà franchi quelques mois plus tôt la cadence mensuelle de 60 appareils sur l’ensemble de ses quatre sites d’assemblage final d’A320 (les autres sont Toulouse, Hambourg et Tianjin en Chine). Ce n’est probablement pas fini. Le site de Mobile sera évidemment concerné par toute nouvelle hausse des cadences comme l’envisage Airbus. La direction a maintes fois expliqué sa volonté d’atteindre une cadence mensuelle de 70 A320 au cours de la prochaine décennie si les fournisseurs étaient en mesure de suivre le rythme. L’objectif est réduire l’ampleur du carnet de commandes (près de 7 ans) qui peut dissuader les compagnies aériennes de passer commande. Le site américain peut aller “jusqu’à 8 A320 par mois”, déclaraient les responsables du site fin 2015. En attendant, sur la base des prévisions actuelles, la production globale de Mobile (A320 et A220 compris) s’élèvera déjà à près de 110 appareils à l’horizon 2025 (108 précisément).

Près de 170 A220 livrés à l’horizon mi-2025

Surtout, à cette production américaine, s’ajoutera celle des A220 assemblés au Canada sur le site historique de Bombardier à Mirabel, près de Montréal. Là, Airbus table sur une cadence de 10 appareils par mois à l’horizon 2025, soit 120 A220 par an. En ajoutant les 110 prévus à Mobile (toujours sur la base des prévisions actuelles d’A320), Airbus compte donc livrer près de 230 appareils en Amérique du Nord d’ici à 2025. Un tel niveau pose évidemment la question de la capacité des fournisseurs à suivre le rythme. Et notamment le motoriste Pratt & Whitney, déjà engagé sur le programme A320NEO, Embraer E2, mais aussi sur celui de l’avion régional japonais de Mitsubishi.

Un marché de plus de 5.000 appareils de 100 à 200 sièges aux États-Unis

Ces perspectives de production traduisent non seulement l’ampleur du marché des avions courts et moyens courriers aux États-Unis – estimé par Airbus à près de 5.000 appareils au cours des 20 prochaines années -, mais aussi le potentiel de prises de commandes pour l’avionneur européen outre-Atlantique. En plus du marché du renouvellement des énormes flottes d’avions de plus de 150 sièges des compagnies américaines, l’Amérique du Nord est considérée par Airbus comme le marché le plus prometteur pour l’A220. En 2018 par exemple, 135 prises de commandes d’A220 émanaient toutes de compagnies américaines.

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2 – L’écosystème de la sécurité globale à la Française (Infoguerre, Damien Ridelaire)

“Il n’est plus envisageable d’imaginer l’écosystème de la sécurité comme des mondes parallèles où coexisteraient dispositif régalien, initiatives locales et acteurs privés. Devant le #CDSE, je réaffirme notre ambition de créer un véritable continuum de sécurité dans notre pays”. Les propos du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, le 18 décembre 2018 devant les membres du Club des Directeurs de la Sécurité/Sûreté en Entreprise (CDSE), et les acteurs de la sûreté sont sans équivoque. Pour autant, parle-t-on d’une véritable doctrine française de sécurité globale ? Le continuum de la sécurité représente l’ensemble des actions, missions, dispositifs  qui assurent une coproduction de la sécurité intérieure comme extérieure de la France par des acteurs privés et publics. Nombre de gouvernements, de personnages publics, politiques et d’organisations professionnelles se sont exprimés sur le sujet sans pour autant faire le choix d’une doctrine précise. Il faut remonter en 1995 pour voir apparaître la notion de coproduction dans le  rapport n° 564 du sénateur Paul Masson. Le rapport parlementaire Fauvergue-Thourot rendu en septembre 2018 relance le débat et entraine un sensible changement de point de vue. Ce que le rapport souligne, et qui reste primordial c’est la volonté de l’ensemble des parties prenantes du secteur, de se donner les moyens d’une nouvelle doctrine de sécurité globale. Les propositions sont nombreuses, mais pas anciennes : un transfert de missions non essentielles accompagné d’une structuration plus forte de la formation du secteur privé, un armement par défaut des polices municipales, mise en place de passerelles entre les secteurs. Va-t-on pouvoir enfin se débarrasser des verrous idéologiques qui brident le concept de sécurité à la française ? En effet, telle une boîte de pandore, l’externalisation des secteurs de la sécurité intérieure et la défense est depuis longtemps culturellement controversée. Paradoxe, l’enquête de branche de la sécurité privée humaine de novembre 2018 met en évidence 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016, portant la France au 3e rang européen, où un quart des achats d’heures sont réalisés par les collectivités territoriales et l’état. En France, la sécurité et la défense sont régaliennes, c’est pourquoi il est assez difficile aujourd’hui d’en fédérer les acteurs. L’écosystème de sécurité est composé des agences nationales et forces régaliennes de sécurité et de la défense, des acteurs de la sécurité privée humaine, des sociétés et cabinets d’ingénierie-conseil, de services sûreté d’entreprise, ainsi que les sociétés de cybersécurité. Jusqu’alors, chaque branche privée a évolué, bon gré mal gré, en fonction des opportunités de marché et de standards imposés par une puissance dominante, financière ou politique. Ce sont des effets plutôt chaotiques dont les Entreprises de Sécurité et de Défense (ESSD) françaises ont fait les frais.

Le retour d’expériences des ESSD

L’absence d’une politique globale, associée au défaut de soutien stratégique de l’État français a contribué à l’écroulement de la branche. Cela se matérialise ces 10 dernières années : faillite de Galice Groupe (Affaire TOMI – corruption), l’annonce de la vente de Risk&Co par le fond Latour Capital l’année passée, des résultats financiers difficiles pour Amarante et Geos, leader français. L’évolution des menaces (dématérialisation des cibles, terrorisme low cost…) et le retour d’expériences mondiales ont compté dans l’a priori français du partenariat public privé. Il a permis une consolidation de la vision française de la sécurité régalienne au détriment d’une évolution de la coproduction. Le secteur de la sécurité militaire privée est dominé par les sociétés américaines. Il est vrai qu’outre-Atlantique les sociétés américaines de sécurité et de défense telles que Dyncorp ou encore Ronco et Armor Group dressent un bilan tout à fait différent. En 2005, cette alliance a par exemple remporté, auprès du DoD sans appel d’offres, un contrat de déminage en Irak de 5 millions de dollars. Plus récemment, Dyncorp, signe un contrat de 50 millions de dollars pour la formation de la police irakienne pour le compte du gouvernement américain. La société a su tirer profit d’une conjoncture difficile en diversifiant ses activités. Ce qui lui permet d’assurer au même moment, les contrats de gestion financière de plus de 30 agences gouvernementales dont DEA, FBI, DoD, DoJ. La gouvernance est assurée autour d’actionnaires (James Woolsey, ancien directeur de la CIA) et dirigeants (Herbert S. Winokur Jr., CA Enron) influents. Le soutien de l’administration américaine a renforcé considérablement les Private Military Society (PMS) en leur confiant parfois un rôle plus que stratégique dans la politique extérieure comme intérieure. Elle assure également l’hégémonie des USA au travers des développements cumulés des secteurs technologiques, financiers et informatiques, supportés en back-office par l’extraterritorialité des lois américaines. Dyncorp est un exemple de domination subversive américaine qui, par la maîtrise d’un marché de niche, impose le contrôle des ressources stratégiques d’autres pays. La France ne peut rivaliser sur ce terrain, mais elle doit consentir à réagir pour ne pas se fermer des opportunités sur des marchés extraterritoriaux. Cependant, les détracteurs sont nombreux ce qui explique que l’ensemble des ESSD françaises peine à franchir les 3 millions d’euros annuels de chiffres d’affaires sous un marché a domination américaine. Dernièrement,  elles s’appuient sur des leviers de croissance tels que l’innovation, et la digitalisation. Certaines des entités s’entourent du soutien de sociétés de conseils en stratégie. Anticip, société qui s’est détachée de la maison mère SOFEMA en 2008, en est l’exemple. Basée sur le modèle des PMS anglo-saxonnes il y a encore peu, elle a réalisé un virage stratégique. La société effectue une levée de fonds de 1 million d’euros auprès de la BPI en 2018 pour des projets d’innovation en travel risk management. Ce montant est bien loin des montants de financement anglo-saxons. Mais il reflète un appui structurel de la Banque d’Investissement Publique (BPI) et contribue timidement à matérialiser l’essor d’une doctrine de l’état français. Le rachat par l’ADIT de la société GEOS est un autre exemple. Cet accord va mettre en œuvre une société aux capitaux privés, une offre de service globale (de la sécurité économique à la protection physique des entreprises), réel renouveau du monde de l’ingénierie sûreté et de l’intelligence économique qui, de l’avis des financiers comme des experts, promet d’être un fleuron européen. Un vecteur d’influence au moins à la hauteur des superstructures américaines. L’intérêt de telles structures repose sur le fait qu’elles offrent des prestations qui balayent le spectre des besoins des entreprises : de l’anticipation des menaces, en passant par la stratégie d’évolution jusqu’à la protection opérationnelle. Car si nous sommes sûrs que les menaces futures cristallisent autour de l’information, de ses infrastructures et des réseaux, finalement leur expression matérielle sera encore territoriale. C’est en cela que le smart power et l’éthique de l’écosystème français sont un atout concurrentiel dans ce marché mondial.

Une transformation organisationnelle des services sûreté des entreprises

Des menaces plus complexes, des contextes exigeants ont transformé la fonction sûreté en entreprise. Les attentats de 2015 et 2016 ont amorcé un changement dans la stratégie de détection et d’anticipation de la menace.  Elle redonne au renseignement sa place stratégique et modifie la doctrine d’intervention des forces interventions. L’évolution concerne également la fonction sûreté en entreprise. Elle se structure et s’adapte au regard de la coproduction et du continuum de la sécurité en s’intéressant à des profils spécialisés en investigation, intelligence économique, gestion de crise, sûreté à l’internationale. L’étude menée par PricewaterhouseCoopers (PwC) sur la fonction démontre que les services modifient leur organisation par l’intégration de compétences en analyse de données, en intelligence économique, en cybersécurité, et gestion de crise. Elle s’organise également par la constitution de diverses lignes de défense, adaptant son organisation à celle d’une stratégie militaire. L’étude met en avant aussi le rapprochement de l’intelligence économique avec les services qui traite du risque sécuritaire et place au centre de ses préoccupations le monde informationnel. Finalement plus agile aux regards des enjeux, la transformation des services de sûreté internes reflète l’idée de sécurité globale. Et force est de constater que cette structuration fait, des organisations professionnelles telles le CDSE, des vecteurs d’influence qui participe à faire bouger les lignes. Un renouveau profitable, car elle donne un essor économique et élévation de la notoriété des entreprises françaises.

La cybersécurité, vecteur dynamique et soutien essentiel

En 2018, le risque cyber était classé parmi les plus grandes inquiétudes des dirigeants comme des états. L’organisation de la filière malveillante a accéléré le rapprochement de la cybersécurité et du RSSI dans les directions sûreté à défaut de la DSI (17% d’entre elles, source PwC)). La cybersécurité a très vite été identifiée comme faisant partie du cercle de la sécurité globale. Elle a bénéficié du retour d’expérience de la branche sécurité privée humaine. L’État a en effet adopté une position plus stratégique que celle du Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS). Point de taxe aux entreprises à l’horizon pour l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), la mise en place d’une gouvernance claire et assumée participe à rejoindre ce continuum de sécurité. Doté d’un rôle d’accompagnement et d’audit en rapport à la prise de conscience du risque cyber, l’ANSSI jouit d’une notoriété et d’une acceptation nettement supérieure au CNAPS. Son positionnement repose sur l’accompagnement avant le contrôle et la répression. Indéniablement, cela contribue à un partenariat public privé acceptable et accepté. Néanmoins, la cybersécurité a dû évoluer elle aussi. La nouvelle méthode EBIOS RM en est un exemple. Une association est à l’origine de cette méthode. Elle assure l’influence du secteur et représente les acteurs publics et privés de la branche cyber risk(CGI,Orange, CNIL…). Elle permet au secteur d’asseoir sa position au sein de la table ronde du risk management par une adoption des normes.

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https://infoguerre.fr/2019/01/lecosysteme-de-securite-globale-a-francaise-connaitra-t-nouvel-essor-2019/

 

3 – La Corée du Nord en 2019, l’économie ou le nucléaire ? (Institut Montaigne, Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie)

2019 sera-t-elle l’année de la sortie de l’impasse sur la péninsule coréenne, et à quel prix ? Vus de Pyongyang, les termes de l’équation sont assez simples. Le régime de sanctions auquel la Corée du Nord est soumise ne lui laisse que d’infimes marges de manœuvre pour reconstruire son économie. Le développement économique est pourtant la priorité affichée par Kim Jong Un depuis l’adoption de la “nouvelle ligne stratégique” lors du plenum du Comité Central du Parti des Travailleurs d’avril 2018. Le terme signale la rupture avec la ligne précédente du byungjin, qui plaçait sur un même plan armement nucléaire et développement économique. Or, la “nouvelle ligne stratégique” est vouée à l’échec sans allègement des sanctions. Aucun pays n’est prêt à les violer de manière frontale et systématique, même si des écarts, parfois sérieux, sont fréquemment constatés. Seule l’adoption d’une résolution spécifique du Conseil de Sécurité de l’ONU peut permettre à la Corée du Nord d’initier une vraie politique de développement, ce qui n’a aucune chance de se produire sans concession suffisante de sa part sur son programme nucléaire et balistique. Tout est donc une question de seuil, et deux lignes s’affrontent sur la méthode pour le définir. La Corée du Nord défend des actions “simultanées” et “graduelles”, ou à chaque concession répondrait une concession réciproque.C’est l’extension de la logique du “double gel”, d’abord proposé par les Nord-Coréens, puis défendue avec succès par les Chinois et les Russes – interruption des essais balistiques et nucléaires en échange du gel des exercices militaires conjoints Etats-Unis/Corée du Sud. Cette double suspension a mis fin à l’escalade qui, au deuxième semestre 2017, semblait mener de manière irrémédiable à une frappe punitive américaine, malgré les risques d’embrasement de la péninsule. L’alternative, c’est l’établissement par la Corée du Nord d’une liste crédible de ses activités proliférantes, et une garantie que le pays acceptera des mesures de vérification aux normes internationales pour accompagner leur démantèlement. Si l’on connaît sa production de plutonium à Yongbyon, son enrichissement d’uranium est souterrain, et nul ne sait de combien de centrifugeuses elle dispose. Or la production de matière fissile n’est qu’un aspect du programme, qui comprend de nombreuses autres facilités scientifiques, industrielles et militaires disséminées sur l’ensemble du territoire. Tous les techniciens du désarmement le répètent, il n’y aura pas de dénucléarisation complète et irréversible sans inventaire préalable de ce qu’il faut démanteler. Six mois après le premier sommet Kim-Trump, à Singapour, la Corée du Nord tente de persuader les Américains d’accepter sa méthode. Après le sommet, elle a démantelé des facilités d’assemblage de moteurs de missiles balistiques à Sohae, sans obtenir de récompense en retour. Elle propose aujourd’hui un démantèlement du site de Yongbyon, au risque de réveiller les souvenirs douloureux de la séquence de 2007-2008 pour les négociateurs des pourparlers à six. Après un accord conclu en février 2007, la Corée du Nord avait fermé le site et détruit sa tour de refroidissement, avant que les négociations ne déraillent en raison d’un désaccord sur les procédures de vérification et sur la demande américaine d’une déclaration complète. Les Etats-Unis souhaiteront-ils rejouer la partie de Yongbyon ? Par la voie d’un communiqué officiel, la Corée du Nord a prévenu en novembre dernier qu’elle “ne bougerait pas d’un millimètre, quel qu’en soit le coût”, en l’absence de mesures réciproques de la part des Etats-Unis. Le problème insoluble de la “nouvelle ligne stratégique” est que la Corée du Nord ne dispose aujourd’hui que de deux options pour respirer économiquement : le tourisme et les violations de sanctions. Le nombre de touristes chinois augmente, et la liaison Air China Pékin-Pyongyang a été rétablie juste avant le sommet de Singapour. La Corée du Sud se dit prête à travailler à la réouverture du complexe touristique du Mont Kumgang, symbole des années de “Sunshine policy” de Kim Dae-jung mais aussi de la brutalité du régime, puisque c’est après qu’une touriste sud-coréenne y fut abattue par un militaire du Nord que Séoul renonça au projet. Elle continue dans le même temps ses violations du régime de sanctions. Plusieurs rapports suggèrent que la Chine ferme les yeux sur des exportations de charbon nord-coréen via Dandong et sur des ventes de pétrole en mer à des bateaux nord-coréens photographiées par les Japonais. Mais dans l’ensemble, même si l’on y ajoute les exemptions humanitaires aménagées par l’ONU, ces échanges ne font que maintenir la Corée du Nord sous perfusion et ne sauraient suffire à une vraie politique de développement. En ce début d’année, la Chine et la Corée du Sud défendent chacune à leur manière la méthode des mesures simultanées et réciproques. A Pékin cette semaine pour sa quatrième rencontre avec Xi Jinping en moins de dix mois, une fréquence supérieure aux sommets Trump-Xi, Kim Jong Un a obtenu le soutien de Xi Jinping à sa “nouvelle ligne stratégique”, et l’expression du souhait que les Etats-Unis et la Corée du Nord se “rencontrent à mi-chemin”. De même, lors de sa conférence de presse de rentrée, le Président sud-coréen Moon Jae-in a déclaré que “pour résoudre rapidement la question des sanctions, Pyongyang a besoin de mesures de dénucléarisation drastiques et substantielles. (…) Si Pyongyang adopte de telles actions, des mesures correspondantes devraient être élaborées pour encourager et accélérer la dénucléarisation du Nord”. Avec de telles postures, les deux pays qui joueraient un rôle majeur dans l’économie nord-coréenne en cas d’assouplissement des sanctions éloignent la perspective d’une déclaration complète, par la Corée du Nord, de ses activités de prolifération

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.institutmontaigne.org/blog/la-coree-du-nord-en-2019-leconomie-ou-le-nucleaire

 

TOUR D’HORIZON DE MEDIAS SPÉCIALISÉS

 

Esprit Surcouf vous offre un tour d’horizon des titres de fond propres à susciter la réflexion de défense et de sécurité.

 

L’éclairant calvaire de Frédéric Pierucci, lampiste et appât de l’affaire Alstom (L’usine nouvelle, Anne-Sophie Bellaiche)
https://www.usinenouvelle.com/editorial/le-calvaire-de-frederic-pierucci-lampiste-et-appat-de-l-affaire-alstom.N793624

Brexit : le gouvernement annonce 50 millions pour les ports  (Le Marin, attention : article abonnés)
https://www.lemarin.fr/secteurs-activites/shipping/33308-brexit-le-gouvernement-annonce-50-millions-pour-les-ports

À quoi sert l’œcuménisme quand les Églises se déchirent en interne ? (La Croix, Claire Lesegretain)
https://www.la-croix.com/Religion/A-quoi-sert-loecumenisme-quand-Eglises-dechirent-interne-2019-01-18-1200996254?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20190119&utm_campaign=newsletter__crx_rel_edito&utm_term=438&PMID=6c08cd8ea06e2b5c32632de12ce819f6

Oui, les troupes américaines doivent quitter la Syrie ! (Orient XXI, Robert Malley, John Finer)
https://orientxxi.info/magazine/oui-les-troupes-americaines-doivent-quitter-la-syrie,2858

Brexit: Theresa May, la dame de plomb (Causeur, Henri Temple)
https://www.causeur.fr/brexit-theresa-may-europe-barnier-158317

L’Allemagne réfléchit à exclure Huawei des réseaux 5G  (La Tribune,  Pierre Manière  )
https://www.latribune.fr/technos-medias/telecoms/l-allemagne-reflechit-a-exclure-huawei-des-reseaux-5g-804214.html

La piraterie en mer a progressé en 2018 (Le Figaro, Emma Savreux)
http://www.lefigaro.fr/international/2019/01/17/01003-20190117ARTFIG00194-la-piraterie-en-mer-a-progresse-en-2018.php

Syrie: des civils tués lors de frappes de la coalition antijihadiste dans l’est (RFI)
http://www.rfi.fr/moyen-orient/20190119-syrie-coalition-frappes-deir-ezzor-morts-civils

Avec l’évolution, deviendrons-nous immunisés contre les maladies ? (Slate)
http://www.slate.fr/story/172395/evolution-humaine-immunises-maladies

 

 

PARUS AU JOURNAL OFFICIEL 

 

Textes à ne pas négliger pour comprendre l’actualité de défense et de sécurité.

 

Décret n° 2019-23 du 14 janvier 2019 instituant une mission d’organisation et de coordination du grand débat national
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=85729220457E6A678CA4670C90BACF6D.tplgfr29s_1?cidTexte=JORFTEXT000038002225&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038002220

Arrêté du 4 janvier 2019 modifiant l’arrêté du 15 février 2007 relatif aux formations d’ingénieurs par les voies de l’apprentissage et de la formation professionnelle continue à l’Ecole nationale supérieure des ingénieurs des études et techniques d’armement
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=85729220457E6A678CA4670C90BACF6D.tplgfr29s_1?cidTexte=JORFTEXT000038006817&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038006780

Arrêté du 8 janvier 2019 portant création des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de base de défense
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=85729220457E6A678CA4670C90BACF6D.tplgfr29s_1?cidTexte=JORFTEXT000038006833&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038006780

Arrêté du 15 janvier 2019 portant ouverture de crédits de fonds de concours
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=85729220457E6A678CA4670C90BACF6D.tplgfr29s_1?cidTexte=JORFTEXT000038015496&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038015307

Arrêté du 15 janvier 2019 portant ouverture de crédits d’attributions de produits
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=85729220457E6A678CA4670C90BACF6D.tplgfr29s_1?cidTexte=JORFTEXT000038015502&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038015307

Arrêté du 14 janvier 2019 relatif à la liste des organismes pouvant recevoir les informations contenues dans le fichier des véhicules terrestres à moteur assurés
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=85729220457E6A678CA4670C90BACF6D.tplgfr29s_1?cidTexte=JORFTEXT000038028472&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038028320

 

 

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