-GÉOPOLITIQUE : relations internationales, zones pays
-DÉFENSE : militaire, sécurité intérieure, terrorisme
-ÉCONOMIE : entreprise, industrie

La revue de presse de Jacques Raimond

La revue de presse « ESPRIT SURCOUF.fr » vous propose une sélection hebdomadaire d’une dizaine d’articles, peu diffusés dans les médias traditionnels, présentés dans trois rubriques : géopolitiques, défenses, économies. La revue de presse y ajoute un tour d’horizon des médias spécialisés, ainsi que les textes officiels parus dans la semaine passée, utiles à consulter et à retenir.

ESPRIT SURCOUF.fr propose trois thèmes de réflexion et d’actualité, dans le domaine toujours perturbé de la géopolitique. La conférence de Munich sur la sécurité consacre l’émergence de crises graves contre lesquelles l’enjeu européen peut remettre en cause l’ordre mondial ; par ailleurs, la politique actuelle des Etats-Unis réduit l’influence du géant mondial, alors que le développement technologique amène les pays arabes à se conformer, sur le plan financier et stratégique à des postures plus transparentes, et donc à exposer leurs intérêts de manière explicite.

Notre défense laisse apparaître des enjeux considérables, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Sans prendre parti ou à partie les objectifs que la Nation s’est fixée, on constate que les moyens sont bien à prendre en considération, dans ce que l’on nomme l’anticipation, et qui revêt les aspects aussi divers que le renseignement, la santé et la planification des conditions d’engagement.

A travers trois articles de fond, ESPRIT SURCOUF.fr donne à ses lecteurs un aspect souvent méconnu des conditions économiques et financières de la géostratégie de notre temps. Tout d’abord, l’interrogation sur la sécurité alimentaire, en provenance de l’espace maritime interpelle la planète, grâce à l’espérance de suffisance qu’il sous-tend ; La théorie monétaire moderne bouscule les données traditionnelles des finances, aux Etats-Unis, et l’Afrique se déchire sur fond de conflits commerciaux de grande ampleur.

 

  • GÉOPOLITIQUE :
  1. Qui, sinon nous ? Pour une alliance pour le multilatéralisme
  2. Etats-Unis, politique identitaire et affaires étrangères dans l’administration Trump
  3. Géopolitique et Bitcoin : la technologie blockchain dans le monde arabe
  • DÉFENSE :
  1. Mali : Des frappes aériennes françaises ont mis hors de combat « plusieurs » jihadistes à Dialoubé
  2. Le Service de santé des armées a besoin de recruter rapidement une centaine de médecins contractuels
  3. Et ça va continuer comme ça ?
  • ÉCONOMIE :
  1. Le maritime : maillon essentiel de la sécurité alimentaire
  2. La théorie monétaire moderne (TMM), un problème qui va venir…des Etats-Unis
  3. Evolution des antagonismes commerciaux en Afrique
  • TOUR D’HORIZON DE MEDIAS SPÉCIALISÉS
  • TEXTES PARUS AU JOURNAL OFFICIEL

 

de Jacques Raimond

 

GÉOPOLITIQUE

 

ESPRIT SURCOUF.fr propose trois thèmes de réflexion et d’actualité, dans le domaine toujours perturbé de la géopolitique. La conférence de Munich sur la sécurité consacre l’émergence de crises graves contre lesquelles l’enjeu européen peut remettre en cause l’ordre mondial ; par ailleurs, la politique actuelle des Etats-Unis réduit l’influence du géant mondial, alors que le développement technologique amène les pays arabes à se conformer, sur le plan financier et stratégique à des postures plus transparentes, et donc à exposer leurs intérêts de manière explicite.

 

1- Qui, sinon nous ? Pour une alliance pour le multilatéralisme (Süddeutsche Zeitung, traductions)

Traduction de la tribune conjointe du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et de son homologue allemand, parue dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung à l’occasion de la conférence de Munich sur la sécurité.

Le système multilatéral tel qu’il a été conçu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale traverse ce qui est sans doute l’une des crises les plus graves de son existence. L’idée qu’un système international fondé sur des règles est le meilleur garant de notre sécurité et de notre prospérité n’est plus évidente pour tous. La confiance dans la coopération internationale, la recherche de solutions communes, des institutions solides et efficaces, tout cela s’érode aujourd’hui et menace de nous ramener à un « monde d’hier ». Cette année encore, lors de la 55ème Conférence de Munich sur la sécurité, la situation critique dans laquelle se trouve le multilatéralisme dominera les discussions. L’ordre international est soumis à des pressions massives. Certains acteurs misent de manière accrue sur la politique de puissance, minent l’idée d’un ordre fondé sur des règles pour pouvoir faire jouer la loi du plus fort à leur profit. Dans le même temps, dans de nombreuses sociétés, y compris du monde occidental, des critiques se font jour quant à l’apparente inefficacité de la coopération internationale. De plus en plus de voix s’élèvent selon lesquelles il conviendrait de rejeter la coopération multilatérale au motif qu’elle serait trop coûteuse et de faire comme si les problèmes mondiaux tels que le changement climatique, les migrations et la cybersécurité pouvaient être traités à l’intérieur des frontières nationales. La concurrence entre grandes puissances et la montée des nationalismes entraînent un éclatement accru de l’ordre mondial sur les plans politique, économique et sociétal. Afin de contrer cette tendance, les États partageant les mêmes vues doivent entreprendre des actions communes et renforcer leur engagement en faveur du multilatéralisme. La France et l’Allemagne entendent être pionnières en la matière. De concert avec nos partenaires européens, nous misons sur la coopération multilatérale et sur un ordre mondial fondé sur des règles. Nous sommes convaincus qu’un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme, une alliance pour le multilatéralisme, est plus que jamais nécessaire pour stabiliser l’ordre mondial fondé sur des règles, en préserver les principes et l’adapter à de nouveaux défis si nécessaire. C’est pourquoi nous voulons, avec des partenaires du monde entier, constituer un réseau d’acteurs partageant les mêmes vues et guidés par le même souci de concilier leurs intérêts nationaux et la défense des biens communs de l’humanité.  Nous devons protéger les normes, accords et institutions internationaux lorsqu’ils sont soumis à des pressions, que leur existence ou leur financement est menacé. Sont notamment concernés le droit international, ainsi que les droits de l’Homme et le droit humanitaire international, qui subissent chaque jour des violations dans le monde entier, exacerbant les conflits à l’intérieur des États et entre États. Cela implique que nous nous engagions en faveur d’un commerce libre et équitable et que nous mettions tout en œuvre pour préserver les avancées diplomatiques significatives telles que l’accord sur le nucléaire iranien, les accords sur la lutte contre le changement climatique ou les régimes de contrôle des armements. Nous devons également faire preuve d’un engagement et d’une détermination accrus là où une régulation politique est nécessaire et où les défis nouveaux exigent une réponse commune. Cela vaut en particulier pour les crises régionales et les nouveaux mécanismes de coopération en matière de sécurité. À l’ère du numérique, nous nous engageons pour une régulation appropriée qui concilie respect de la vie privée, préoccupations liées à la sécurité et défense des libertés individuelles. Et nous entendons formuler des réponses multilatérales efficaces aux cyberattaques et aux manipulations malveillantes de l’information. Sans aucun doute, le système multilatéral actuel n’est pas parfait. Il n’est pas toujours en mesure de trouver les réponses adaptées aux innombrables défis à relever. Ceux qui, comme nous, défendent le multilatéralisme doivent également veiller à ce que celui-ci soit plus efficace, plus représentatif et plus réactif. L’ordre politique et économique mondial doit devenir plus inclusif et plus efficace afin d’apporter aux citoyennes et citoyens du monde entier des résultats plus tangibles. Les défis sont gigantesques. Il n’y a pas une solution unique. Au contraire, il importe de constituer des réseaux flexibles d’États engagés qui, grâce à une géométrie variable et à la diversité des participants, produiront le maximum d’effets. Des coalitions d’États partageant les mêmes vues devraient se former en fonction des thématiques afin d’obtenir des résultats politiques concrets. La participation à ce réseau pour le multilatéralisme n’est pas exclusive mais elle vise à contribuer de façon engagée et durable aux objectifs de l’Alliance pour le multilatéralisme. La France et l’Allemagne sont prêtes, de concert avec d’autres partenaires partageant leurs vues, à jouer le rôle de moteur et de pivot pour ce réseau. Au cours des deux prochaines années, Paris et Berlin utiliseront la présence de l’Allemagne au Conseil de sécurité comme membre élu en 2019 et 2020 comme une occasion de travailler ensemble au renforcement du multilatéralisme, en particulier à l’occasion de nos présidences successives du Conseil de sécurité des Nations Unies à New York en mars et avril prochains. À cet égard, nos partenaires européens et les institutions européennes jouent un rôle clé. L’Union européenne est une pièce maîtresse du système multilatéral. Le compromis et la recherche du juste équilibre entre positions diverses sont inscrits au plus profond de son ADN. Nous, Européens, sommes donc un partenaire fiable pour ceux qui entendent préserver un ordre fondé sur des règles et qui sont disposés pour cela à endosser davantage de responsabilité. Nous constatons partout dans le monde une forte volonté d’œuvrer en ce sens. Il est grand temps de resserrer nos liens et de bâtir un réseau solide et engagé permettant de préserver la diplomatie multilatérale des fausses promesses d’une action purement nationale, ainsi que d’une politique de puissance débridée.

Qui le fera, sinon nous ? Et quand, si ce n’est maintenant ?

 

2- Etats-Unis, politique identitaire et affaires étrangères dans l’administration Trump ( Diploweb, Medhi Lazar)

Mehdi Lazar est Inspecteur de l’Education nationale, actuellement en poste aux Etats-Unis. Géographe, chercheur associé au laboratoire Géographie-Cités, il est également membre du cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO). Docteur en géographie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et diplômé d’études approfondies en géopolitique de l’Institut Français de Géopolitique, il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages traitant de l’internationalisation de l’éducation et de la géopolitique du monde arabe.

Alors que l’administration Trump entame sa troisième année au pouvoir, la doctrine “trumpienne” se matérialise plus clairement. Mehdi Lazar en présente brillamment les conséquences pour la politique étrangère américaine et pour les équilibres géopolitiques mondiaux, à la fois à court et long terme. Les risques encourus sont considérables, notamment au Moyen-Orient où le retrait américain, le peu de considération pour certains alliés ainsi que les prises de positions du président ont considérablement affaibli l’influence américaine et augmenté l’instabilité régionale.

SOUVENT présentée comme imprévisible, la politique étrangère de Donald Trump semble difficile à décoder alors que la confusion paraît l’emporter sur la cohérence d’ensemble au plus haut sommet de l’Etat américain. Les actions les plus controversées du président Trump – telles que se retirer de l’accord de Paris, du traité sur le nucléaire iranien [1] ou encore de Syrie et d’Afghanistan – sont cependant conformes à la vision du monde qu’il a publiquement défendue depuis les années 1980. La doctrine du président américain, “America First” est à ce titre articulée autour d’idées assez stables et se centre autour de la défense de la souveraineté nationale et du rejet du multilatéralisme. Plus précisément, le quarante-cinquième président des Etats-Unis a fait preuve depuis 2017 d’une constante attirance pour les gouvernements autoritaires et préfère une approche transactionnelle des alliances. Il a également montré une prédilection pour le hard power (au détriment du soft power), pour l’unilatéralisme (aux dépens de l’ordre international libéral que les États-Unis ont créé et maintiennent depuis près de huit décennies) [2], pour une définition étroite des intérêts américains, pour une approche mercantiliste de la politique économique internationale, et finalement, pour un certain mépris général des droits de l’homme [3]. Le changement d’approche des relations internationales prôné par le président Trump marque une rupture assez visible non seulement sur la forme mais aussi largement sur le fond. Dans des États-Unis balancés entre un éternel débat entre réalisme et idéalisme, il peut se lire comme le grand retour d’idées du XIXe siècle que l’on peut regrouper sous une bannière “jacksonienne”. Paradoxalement cependant, alors que la politique étrangère américaine est souvent tributaire de la politique intérieure [4], dans le cas du président Trump ce sont précisément ses positions en matière de politique étrangère qui lui ont, entre autre, permis d’arriver à la Maison Blanche. Porté par la montée en puissance d’un mouvement populiste, confiant dans ses intuitions, le président Trump n’a cependant pas pu mettre en oeuvre sa vision géopolitique durant les deux premières années de son mandat. Alors que l’administration Trump entame sa troisième année au pouvoir, la doctrine “trumpienne” se matérialise plus clairement, notamment maintenant que le président a plus de latitude pour imposer ses vues à son administration. En fait, l’imprévisibilité des positions de l’administration du président des Etats-Unis ne vient pas que du président lui-même mais également des tensions existantes à la fois entre le président et ses conseillers, mais aussi entre le président et les cadres de la sécurité nationale. Et si la politique étrangère américaine est marquée en 2017 et 2018 par une certaine continuité, c’est avant tout en raison des résistances internes au sein de l’establishment et des administrations. Ceci a déjà des conséquences fortes pour la politique étrangère américaine et pour les équilibres géopolitiques mondiaux, à la fois à court et long terme. Les risques encourus sont également considérables, notamment au Moyen-Orient où le retrait américain, le peu de considération accordé à certains alliés ainsi que les prises de positions du président ont considérablement affaibli l’influence américaine et augmenté l’instabilité régionale.

La nouvelle politique identitaire de Donald Trump

Les postures en matière de politique étrangère du président Trump, vues comme superficielles par l’establishment américain pendant la campagne présidentielle de 2016, sont en fait établies depuis des décennies. Bien que simplistes et empreintes de démagogie, elles ont malgré tout permis à Donald Trump de séduire une partie de l’électorat et d’arriver au pouvoir lors de son impressionnante victoire contre Hillary Clinton le 8 novembre 2016. En cela, Donald Trump a bien montré comment, aux Etats-Unis, certains groupes négligés et sous-représentés (notamment la classe ouvrière blanche confrontée aux inégalités croissantes) pouvaient se mobiliser pour un candidat auxquels ils croyaient, appuyés en cela par des groupes d’intérêt bien organisés [5]. Cette mobilisation populiste est cependant essentiellement ancrée dans le phénomène de montée en puissance d’une politique identitaire [6]. Ce mouvement résulte d’une importance croissante des intérêts identitaires en plus des préoccupations économiques ou idéologiques. Pour illustrer cette thèse, Francis Fukuyama avance que dans de nombreuses démocraties, la gauche se concentre désormais sur la promotion des intérêts d’une grande variété de groupes (tels que les minorités ethniques, les immigrés et les réfugiés, les femmes et les personnes LGBT) tandis que la droite a redéfini sa mission autour de la protection de l’identité nationale traditionnelle (souvent explicitement liée à « la race », à l’appartenance ethnique ou à la religion). C’est par ailleurs un phénomène assez largement identifiable dans d’autres démocraties occidentales. Lors de la victoire électorale de Donald Trump aux présidentielles américaines de 2016, la solidité du vote blanc en sa faveur a ainsi été confirmée. Le président a également bénéficié du plus important vote de personnes n’ayant pas de diplôme universitaire depuis 1980. Par ailleurs, l’écart entre les sexes en matière de vote fut l’un des plus importants dans les sondages depuis 1972 [7]. L’arrivée à la Maison Blanche d’un président se légitimant du peuple et accédant au pouvoir contre l’élite du parti républicain peut donc s’expliquer par sa capacité à élaborer un discours audible pour des groupes identitaires forts (notamment les hommes peu diplômés des classes populaires et de la classe moyenne blanche) déclassés, lassés des guerres moyenne-orientales et inquiets des retombées de la globalisation. La défense des intérêts commerciaux américains, l’hostilité à l’immigration et la négation du changement climatique ont été à ce titre des thèmes de campagne particulièrement efficaces.

Le retour du nationalisme populiste jacksonien

La vision comptable, agressive et isolationniste des relations internationales de Donald Trump a ainsi séduit de nombreux déçus de la globalisation. Elle se cristallise dans une doctrine de politique étrangère “jacksonienne” (W. R. Mead parle à ce propos de “nationalisme populiste jacksonien” [8]) selon laquelle les Etats-Unis sont l’État-nation du peuple américain dont la principale activité est interne et non une entité politique ayant une mission universelle.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.diploweb.com/Etats-Unis-Politique-identitaire-et-affaires-etrangeres-dans-l-administration-Trump.html

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3 – Géopolitique et Bitcoin : la technologie blockchain dans le monde arabe (1/2 et 2/2) (IRIS, romain Alby, doctorant à l’institut français de géopolitique)

Durant la crise financière mondiale de 2007-2008, une personne ou un groupe de personnes se présentant sous le nom de Satoshi Nakamoto diffuse sur internet le 31 octobre 2008 un document technique présentant le concept d’une nouvelle technologie portant le nom de blockchain. Quelques mois plus tard, le 3 janvier 2009, la devise virtuelle Bitcoin est créée sur la première blockchain, donnant ainsi vie au concept présenté quelques mois auparavant. Presque dix ans plus tard, la flambée des cours du Bitcoin et de la grande majorité des autres cryptomonnaies durant les mois de décembre 2017 et janvier 2018 a accentué une vague d’enthousiasme internationale autour de la technologie blockchain qui sous-tend la quasi-totalité de ces cryptomonnaies. Malgré l’effondrement des cours durant le reste de l’année 2018, une bonne partie des investisseurs préservent leur optimisme à l’égard du marché des cryptomonnaies. Ces derniers sont également dithyrambiques sur la technologie de la blockchain qui est perçue comme révolutionnaire à tout égard. L’émergence de cette nouvelle technologie s’accompagne, néanmoins, d’une multitude de représentations erronées tendant à fondre différents débats dans un ensemble très abstrait et difficile d’accès pour les néophytes. Ainsi, disons-le tout d’abord et sans détour, l’avenir de la technologie blockchain semble radieux au regard de la multiplication des applications concrètes de la technologie (que nous verrons par la suite) et du fort investissement de firmes technologiques majeures sur tous les continents. Concernant les cryptomonnaies le débat est tout autre et il mérite d’être détaché du débat initial sur l’utilité de la technologie blockchain. En effet, la multiplication incontrôlée de projets de cryptomonnaies en 2017[1] s’est incontestablement accompagnée de campagnes de levée de fonds (ICO) mensongères ou de surévaluation avec des investissements indécents de plusieurs centaines de millions de dollars sur des projets parfois très peu fiables technologiquement et ne comptant parfois qu’un ou deux salariés à temps plein. Ces inquiétudes ont offert des arguments supplémentaires aux analystes critiques des cryptomonnaies qui les voient comme des investissements à haut risque s’inscrivant dans une bulle spéculative pouvant à tout moment éclater. Ces arguments, considérés comme anxiogènes, sont rejetés en bloc par la communauté des investisseurs en cryptomonnaies, qui arguent à raison que de nombreux projets sont le fruit d’un véritable travail de développement technologique. Une fois cette distinction faite entre les cryptomonnaies et la blockchain, il est dès lors possible de pousser plus loin l’analyse de la technologie blockchain. Parmi les différentes publications (francophones, anglophones et arabophones) ayant couvert l’émergence de cette technologie, il est possible de distinguer deux grandes thématiques traitées dans les articles : 1/ des articles techniques qui expliquent le fonctionnement de la technologie blockchain 2/ des articles dédiés aux investissements et à l’évolution des cours dans le secteur des cryptomonnaies. Dans cet ensemble dominé par ces deux blocs, bien peu d’articles s’intéressent à l’adoption de cette technologie dans la zone Afrique du Nord / Moyen-Orient et à ses différents cas d’usage. Afin d’offrir toutes les clés de lecture nécessaires à la compréhension de cette technologie, dite révolutionnaire, et de ces différents cas d’usage, il convient tout d’abord de relever les fondamentaux technologiques de la blockchain tout en démêlant le lien entre celle-ci et la prolifération de plusieurs milliers de cryptomonnaies sur internet. Par la suite, il conviendra de mener un état des lieux du clivage des acteurs étatiques dans le monde arabe, avec d’un côté des acteurs se présentant comme de fervents défenseurs de la technologie blockchain et des cryptomonnaies, tandis que d’autres s’opposent farouchement aux cryptomonnaies tout en regardant avec méfiance la technologie blockchain. Malgré les divergences, l’analyse des différents cas d’usage de la technologie blockchain montre tous les bénéfices que les États arabes pourraient tirer des nouvelles méthodes innovantes développées au sein de ce nouvel écosystème.

Brève introduction à la blockchain

La blockchain est une technologie qui permet de stocker et de transmettre des données numériques d’un point A à un point B de manière transparente et sécurisée sans avoir recours à un tiers de confiance. L’ensemble de ces transactions sont contenues dans un registre infalsifiable et mis à jour en temps réel par un ensemble d’utilisateurs, ce qui permet au réseau d’être totalement décentralisé. Les transactions sont inscrites dans le registre après validation, par blocs de données pour constituer une chaîne inaltérable de blocs. Cette chaîne, ne pouvant être modifiée, permet de consulter, de façon totalement transparente, la totalité des échanges effectués entre les différents utilisateurs depuis le bloc original du registre. Pour faire simple, l’image la plus représentative est celle d’un ensemble de voisins qui détiennent au sein de leur domicile une copie de vos transactions sans le savoir. En cas de doute sur une transaction, il est possible de vérifier si vos voisins ont les mêmes informations que vous. Cette communauté, répartie sur internet, rend cette technologie quasiment impossible à pirater puisqu’il faudrait modifier chacune des copies présentes partout sur le réseau au même moment sous peine d’être détecté.

Retrouvez l’intégralité des deux articles avec ces liens :
http://www.iris-france.org/130564-geopolitique-et-bitcoin-la-technologie-blockchain-dans-le-monde-arabe-1-2/
http://www.iris-france.org/130702-geopolitique-et-bitcoin-la-technologie-blockchain-dans-le-monde-arabe-2-2/

 

 
Le site IRIS est répertorié 
dans la rubrique THINKTANKS de la "Communauté Défense et Sécurité" d'ESPRITSURCOUF.fr

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DÉFENSE

 

Notre défense laisse apparaître des enjeux considérables, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Sans prendre parti ou à partie les objectifs que la Nation s’est fixée, on constate que les moyens sont bien à prendre en considération, dans ce que l’on nomme l’anticipation, et qui revêt les aspects aussi divers que le renseignement, la santé et la planification des conditions d’engagement.

 

1 – Mali : Des frappes aériennes françaises ont mis hors de combat « plusieurs » jihadistes à Dialoubé (OPEX 360, Laurent Lagneau)

Début janvier, la force française Barkhane a démantelé un camp d’entraînement utilisé par un groupe jihadiste [la katiba de Serma], situé près de la frontière avec le Burkina Faso. Les renseignements recueillis à cette occasion permirent ensuite de planifier une autre opération dans la région de Dialoubé, située au sud-ouest de Tombouctou. Ainsi, quelques jours plus tard, un raid aérien effectué par des Mirage 2000 et un avion de patrouille maritime Atlantique 2 [ATL], avec l’appui d’un drone MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] MQ-9 Reaper, mit hors de combat une quinzaine de jihadistes qui, en relation avec la katiba de Serma, s’apprêtaient à attaquer une « emprise institutionnelle symbolique. » Visiblement, ce groupe armé terroriste a de la ressource. En effet, selon le dernier compte-rendu des opérations publié par l’État-major des armées [EMA], de nouvelles frappes aériennes ont été réalisées par la force Barkhane dans cette même région de Dialoubé. Ce raid a été décidé après qu’un groupe armé a été repéré lors d’une mission de reconnaissance aérienne, probablement assurée par un drone MQ-9 Reaper [l’EMA n’a donné aucun détail à ce sujet, ndlr]. Deux patrouilles de Mirage 2000 ont alors décollé de la base aérienne 101 de Niamey, ce 13 février, pour neutraliser ce groupe jihadiste, lequel est sans doute à l’origine de l’attaque commise contre un convoi de la gendarmerie malienne, entre Mopti et Dialoubé. Ce dernier a en effet été la cible, la veille, d’une attaque à l’engin explosif improvisée, suivie de tirs nourris. « Le bilan est de trois morts », du côté des gendarmes, a précisé une source militaire malienne à l’AFP. Quoi qu’il en soit, les frappes effectuées par les Mirage 2000, « en coordination avec les forces armées maliennes » [FAMa] ont permis de mettre « hors de combat plusieurs terroristes », a indiqué l’État-major, qui souligne que cela allait réduire « le niveau de menace dans cette région peu accessible du delta intérieur du Niger. Mais pour le moment, ce bilan n’est encore que provisoire puisqu’il est encore « en phase de consolidation ». En outre, un MQ-9 Reaper a appuyé, comme il est d’usage, les Mirage 2000 lors de cette mission de frappe. Pour rappel, il est prévu que ces appareils soient armés, ce qui permettra de « réduire la boucle » entre la détection de la menace et la frappe visant à l’éliminer. Les premiers drones MALE doté de cette capacité devraient être livrés d’ici la fin de cette année.

 

2- Le Service de santé des armées a besoin de recruter rapidement une centaine de médecins contractuels (OPEX 360, Laurent Lagneau)

Jusqu’en 2018, le Service de santé des armées [SSA] devait se résoudre à faire autant, si n’est plus, avec moins de personnels, ces effectifs ayant été diminué de 8% lors de l’exécution de la Loi de programmation militaire [LPM] 2014-19. Évidemment, au regard de l’activité intense des forces françaises durant cette période, le SSA a dépassé son contrat opérationnel, ce qui s’est traduit par un sur-engagement sur les théâtres extérieurs. « Les personnels projetés effectuent 200 % du contrat opérationnel » du service, rappelait récemment un rapport parlementaire. Et ce dernier d’ajouter : « La surprojection des mêmes personnels finit par les pousser à quitter le service. Leur fidélisation est un défi difficile à relever dans de telles conditions, et alors que la concurrence de la fonction publique hospitalière sur certaines spécialités est réelle. » Et pour cause : il manque au SSA environ une centaine de médecins généralistes et de spécialistes. La LPM 2019-25 désormais entrée en vigueur tente de remédier à cette situation dans la mesure où elle prévoit de stabiliser, dans un premier temps, les effectifs du SSA jusqu’en 2023 pour ensuite les augmenter « modérément ». « Cette nouvelle trajectoire positive se traduira par la mise en oeuvre du nouveau modèle hospitalier militaire, la poursuite de la remontée en puissance de la médecine des forces et la préparation de l’avenir avec la mise en formation de 15 élèves praticiens et 10 élèves infirmiers supplémentaires pour 2019 », expliquait le rapport parlementaire déjà cité. Lors d’une audition au Sénat, la directrice du SSA, Mme le médecin général des armées Maryline Gygax Généro, est revenue sur ces enjeux, après avoir indiqué que, en 2018, son service avait projeté sur un théâtre extérieur « 1.846 militaires dont 433 médecins, parmi lesquels 312 médecins généralistes, 77 chirurgiens, 37 anesthésistes réanimateurs et 7 psychiatres » et que chaque jour, « près de 2.000 personnels […] sont de garde, d’astreinte, d’alerte ou engagés en opérations. « Alors que jusqu’en 2018 le SSA avait une déflation à réaliser, il nous faut désormais développer et mettre en oeuvre une chaîne de recrutement en capacité d’être efficace quasi immédiatement, ce qui n’est pas un mince défi dans l’environnement très concurrentiel de la santé publique », a ensuite fait observer le MGA Gygax Généro. « L’objectif est bien de redonner au SSA sa capacité de régénération et d’offrir à notre personnel les meilleures conditions d’exercice », a-t-elle continué. Et il est « urgent de remettre nos effectifs à flot », a-telle encore insisté. Pour cela, il n’y a pas 36 solutions. Évidemment, la première idée qui vient à l’esprit consisterait à ouvrir les vannes du recrutement d’élèves des Écoles de santé militaire, d’autant plus que ces dernières sont attractive, avec 13 à 19 candidats pour une place. Seulement, la formation d’un médecin s’étale sur plusieurs années. Et le SSA n’a pas le temps d’attendre. D’où l’idée de faire appel à des médecins sous contrat, dont la part dans les effectifs du SSA devrait être portée à 20 d’ici 2030, afin de « recapitaliser rapidement la médecine des forces ainsi que les spécialités hospitalières en déficit critique », a expliqué le MGA Gygax Généro. Un exemple : en 2018, 33 chirurgiens othopédiques sur une quarantaine ont été déployés sur un théâtre extérieur. « Nous avons 760 médecins généralistes ; il nous en faudrait une centaine de plus. Nous en avons besoin immédiatement. Le volant de renforcement du nombre de places mises au concours d’entrée dans les écoles de santé militaires de Lyon prévu par la LPM, avec une augmentation à 115 postes initiaux au lieu de 100, ne produira ses effets que dans neuf ans pour les médecins généralistes et douze ans pour les spécialistes. D’où la nécessité de recruter des contractuels », a fait valoir MGA Gygax Généro. « La concrétisation des effets extrêmement positifs de stabilisation des effectifs globaux du SSA apportés par la LPM pour 2019-2025, passe ainsi par notre capacité à recruter une centaine de médecins généralistes contractuels et une vingtaine de chirurgiens orthopédiques », a précisé la directrice du SSA. En outre, a-t-elle relevé, cette politique a un autre intérêt : celui de contribuer à la « résilience de la Nation » car « ces médecins qui ont vocation à réintégrer le service public de santé au terme de leur contrat y apporteront les compétences qu’ils auront acquises au sein du SSA en matière de prise en charge de blessés de guerre et d’afflux de victimes. »

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.opex360.com/2019/02/16/le-service-de-sante-des-armees-a-besoin-de-recruter-rapidement-une-centaine-de-medecins-contractuels/

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3-  Et ça va continuer comme ça ? (Valeurs actuelles, édito de la rédaction, François d’Orival)

L’affaire est exemplaire. Elle signe, parmi d’autres, l’actuel et dangereux climat de dégradation de l’autorité publique. Le 9 février, treizième samedi de la « mobilisation » des « gilets jaunes », la police a laissé un casseur professionnel dévaster les rues de trois arrondissements de Paris durant quatre heures, sans réagir. L’individu a été repéré, vers 14 heures, par son accoutrement caractéristique, tenue noire, masque, lunettes de protection, sac à dos, marteau en main. Du boulevard Saint-Michel à la tour Eiffel, il va se livrer au saccage et à la destruction de matériels et de vitrines, à l’incendie de voitures – y compris un véhicule de police et deux autres de l’opération Sentinelle (dont les militaires ont ordre de se tenir éloignés après les avoir vidés, pour n’avoir aucun contact avec les manifestants ou les mouvements de police). Pendant ces quatre heures, il a pu agir en toute liberté. Il a seulement été filmé à distance par des policiers « cinéastes ». Pour quelle raison ces policiers n’interviennent-ils pas ? Ils l’écrivent dans leur rapport : pour cause de « présence hostile de très nombreux manifestants » autour de l’individu, parce que celui-ci se fond « dans la masse des cortèges », et qu’ils (les policiers) renoncent à agir pour ne pas « aggraver l’émeute » … Le casseur finit sa course sauvage du côté de l’avenue George-V, après avoir traversé la Seine : peu avant 18 heures, une équipe d’intervention l’immobilise, le menotte et l’emmène. L’homme a 25 ans, s’appelle Thomas P., et, comme d’habitude, il est bien connu des services de renseignements et des juges d’instruction. Cette histoire se retrouve dès le lendemain à la rédaction du Parisien , qui la publie le 11 février. Si les policiers l’ont remise au journal, c’est évidemment pour parution, avec verbatim du procès-verbal dressé par eux, heure par heure. Mais que voulaient-ils montrer ? Qu’un seul émeutier noyé dans un cortège suffit à faire autant de dégâts que des centaines de manifestants décidés ? Pas seulement. Ce qu’ils ont voulu dire, c’est ceci : voilà ce que l’on nous fait faire. Et ils le disent, la colère au ventre : on filme, parce qu’on ne peut rien faire d’autre, faute d’instructions ou de capacités d’action. On filme, parce que le juge réclame une procédure et des preuves, sans quoi il remettra l’émeutier dans la rue ; mais quand on filme, c’est aussi la preuve de l’impuissance. Celle de l’État qui ne sait plus comment « arrêter ça ». On attend le quatorzième samedi de la « mobilisation ». Vendredi soir, le ministre de l’Intérieur pourra répéter la mise en garde qu’il a faite le vendredi précédent : « Tout ça s’apparente à un rituel. Nos forces sont mobilisées pour empêcher les violences, protéger les manifestants, pour qu’il n’y ait ni casse ni blessés. » Et ainsi de suite. On est dans le dérisoire. Le mouvement des « gilets jaunes » s’est laissé infiltrer. Tactiquement par les ultra-radicaux professionnels (qui s’étaient entraînés à Notre-Dame-des-Landes) et idéologiquement par le vocabulaire et les arguments de l’extrême gauche. Du mouvement d’origine ne subsistent que les drapeaux tricolores. Les slogans de la lutte des classes finissent toujours en haine de classe. On incendie la maison de campagne du président de l’Assemblée nationale comme on mettait le feu aux châteaux ; on intimide les élus ; et puis le climat de haine ramassé dans les poubelles des « réseaux sociaux» sous la protection de l’anonymat se met à charrier les actes odieux de l’antisémitisme et des profanations d’églises. On ne pourra pas continuer, au motif qu’il y a un « grand débat national » jusqu’au 15 mars, à filmer l’incendie qui se propage, de samedi en samedi, cependant que le président de la République, son Premier ministre et ses ministres occupent la semaine à faire campagne comme si de rien n’était.

 

ÉCONOMIE

 

A travers trois articles de fond, ESPRIT SURCOUF.fr donne à ses lecteurs un aspect souvent méconnu des conditions économiques et financières de la géostratégie de notre temps. Tout d’abord, l’interrogation sur la sécurité alimentaire, en provenance de l’espace maritime interpelle la planète, grâce à l’espérance de suffisance qu’il sous-tend ; La théorie monétaire moderne bouscule les données traditionnelles des finances, aux Etats-Unis, et l’Afrique se déchire sur fond de conflits commerciaux de grande ampleur.

 

1- Le maritime : maillon essentiel de la sécurité alimentaire (Brèves marine N° 220)

Le cours de la mondialisation n’a pas oublié l’agriculture qui s’est, comme tant d’autres secteurs, internationalisée, maritimisée. Sébastien Abis, Directeur du Club DEMETER et chercheur associé à l’IRIS, nous éclaire sur ces nouveaux enjeux.

BM : AU FORUM DE L’UNESCO SUR LES ROUTES DE LA SOIE, LE 10 JANVIER 2019, L’AMBASSADEUR DE CHINE A POINTÉ, PARMI LES SECTEURS CLEFS, L’AGRICULTURE ET L’ALIMENTATION : EN QUOI EST-CE IMPORTANT POUR PÉKIN ?

Sébastien Abis : Dans le domaine agricole, la Chine produit à peu près de tout, s’impose même comme un exportateur de certaines denrées, mais est importatrice nette depuis plus de dix ans. Cette situation est liée à trois éléments. Sur certains segments – le lait par exemple –, elle n’est pas en capacité de fournir à une population exigeante la qualité attendue. Sur d’autres en revanche, elle ne produit pas ou en quantité insuffisante : elle importe ainsi du maïs, de l’orge, du soja – 70 % du soja importé dans le monde arrive en Chine (100 Mt par an désormais !) – et quantité d’autres produits de base, mais avec des lignes rouges, dans une stratégie très pensée. Si Pékin a choisi de s’en remettre à l’importation pour le soja, l’orge ou encore le maïs, il tient ainsi, sur le riz et le blé, à être en capacité de couvrir l’intégralité ou presque de ses besoins. Sécuriser ses approvisionnements devient un enjeu de plus en plus crucial. D’où la dimension également alimentaire des Routes de la soie : investir dans des outils logistiques aux quatre coins du monde qui permettront de ramener ce qui est indispensable. S’y ajoutent bien entendu l’achat ou la location de terres à l’étranger, la maîtrise des intrants comme les semences, etc.

LE LIEN TERRE-MER EST DONC INDISSOCIABLE DANS LE DOMAINE AGRICOLE ?

Dans l’alimentation, le maritime a toujours été l’élément qui apporte la facilité, l’échange, la sécurité, l’innovation. Mais aujourd’hui, avec l’internationalisation de l’agriculture, il est devenu plus crucial encore. La France, par exemple, pourtant pays agricole par excellence, importe des tonnes de marchandises. Sa sécurité alimentaire passe aussi par ces flux venant des espaces maritimes et des ressources venant de la mer, car les produits de la pêche et de l’aquaculture sont très présents sur les tables des consommateurs. En France comme ailleurs, les seuls produits de la terre ne suffisent pas à contenter les appétits alimentaires ! Dans l’Hexagone, nous ne disposons pas de tout ce qui nous est nécessaire tout le temps, mais nous avons la chance de pouvoir compter sur un système logistique, industriel, une organisation politique et de Défense qui font que cela fonctionne. C’est moins évident dans d’autres pays et cela s’ajoute bien souvent à une pression démographique forte : en Égypte par exemple, il s’agit de nourrir deux millions de personnes en plus par an. Cette question démographique est essentielle et explique que la problématique alimentaire s’impose comme l’impératif absolu des pouvoirs publics, nécessitant des importations massives, et par conséquent une sécurité des flux maritimes, notamment dans les passages clefs du commerce que sont Suez, Les Dardanelles/Bosphore, Malacca ou le golfe d’Aden.

À VOUS LIRE, ON A LE SENTIMENT QUE CERTAINS ÉTATS ONT PARFAITEMENT SAISI CET ENJEU DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE, À L’IMAGE DE LA RUSSIE…

Oui, et cela s’est joué au moment de la crise ukrainienne. Face aux sanctions de l’Union européenne et des États-Unis, Moscou décrète un embargo sur leurs fournitures agricoles et alimentaires. La Russie vise ainsi un double but : fragiliser les économies américaine et européenne, tout en favorisant le développement du secteur agricole russe. Au bilan, les Européens ont perdu un marché et gagné un concurrent, tandis que les Américains ont perdu leur place de premier exportateur mondial de blé au profit des Russes. En développant ce secteur, Moscou s’est attaché à consolider sa sécurité alimentaire tout en se dotant d’instruments d’influence à l’international. Nourrir des territoires est toujours profitable : comme source de devises, outil de coopération et arme géopolitique.

À L’INVERSE, LA CRISE UKRAINIENNE A SOULIGNÉ QUE CET ENJEU GÉOPOLITIQUE, STRATÉGIQUE DE L’AGRICULTURE ÉTAIT UN VOLET UN PEU OUBLIÉ EN EUROPE…

Oui, mais cela s’explique : en Europe, nous vivons dans un certain confort alimentaire. La question de la quantité ne se posant plus pour l’alimentation, la qualité est devenue primordiale. Au point même de penser que « c’était mieux avant », ce qui est une aberration scientifique, nutritionnelle et sanitaire. Il faut ajouter aussi une progressive déconnexion des Français avec l’agriculture, et plus globalement avec les mondes ruraux. Aujourd’hui, de moins en moins de nos compatriotes ont, par exemple, des parents ou grands-parents vivant en milieu rural, et une grande partie de la France urbaine ne voit les campagnes qu’à travers le hublot d’un TGV ou d’un avion. Cette déconnexion explique beaucoup d’incompréhensions et pousse parfois à oublier que l’agriculture est au cœur de notre alimentation, de nos vies.

CE QUI DEMEURE EN REVANCHE, C’EST LA CUISINE, ÉTERNELLE PASSION FRANÇAISE ! QUELLE EST L’ASSIETTE TYPE D’UN FRANÇAIS AUJOURD’HUI ? DE QUOI EST-ELLE COMPOSÉE ? 

Le point principal à avoir en tête est que nous disposons de l’assiette la plus sûre de toute l’Histoire. Elle est aussi de plus en plus diversifiée, ce qui, là encore, est totalement inédit. Notre pays est en capacité aujourd’hui de proposer une nourriture pour tous les goûts, tous les âges, tenant compte de toutes les allergies, de toutes les tendances, de toutes les modes. Quand vous vous rendez chez un grand distributeur français, au rayon alimentaire, vous avez du choix, beaucoup de choix même. Cela tient à une mondialisation des goûts, mais aussi des attentes : le consommateur français entend pouvoir manger bio le midi et junk food le soir, très local et très global. Il veut en réalité pouvoir manger de tout, tout le temps et à tous les moments de la journée… Et sans forcément payer plus cher cette nourriture ! Quand celle-ci était parfois rare et généralement peu diversifiée par le passé, l’alimentation en France aujourd’hui est riche, variée et nous pouvons choisir ce que nous voulons consommer. Sur le temps de l’Histoire, c’est un luxe !

 

2- La théorie monétaire moderne (TMM), un problème qui va venir…des Etats-Unis ( Economie matin, Charles Sannat)

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Retenez bien ce concept de théorie monétaire moderne, ou TMM pour les intimes, car cette nouvelle théorie économique, portée par une « jeune » représentante américaine du 14e district de New York Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), véritable espoir du parti démocrate pour les années à venir, déchaîne les passions outre-Atlantique.

Alors, c’est quoi la TMM ?

On pourrait la résumer ainsi : « La monnaie est une fonction sociale, et non pas une contingence à la rareté intrinsèque, contrairement ce qui raconte les théories monétarisme. » « À ce titre, son usage doit concourir avant tout au bien public, et non pas être surdéterminé entièrement par les règles du secteur privé, et ce, d’autant plus lorsque ce dernier a si évidemment failli au rôle que la théorie dominante lui attribue. » Autre élément avancé dans la théorie monétaire moderne : tout État qui imprime sa propre monnaie ne peut, par définition, jamais faire faillite. Pour le grand site d’informations économiques et financières mondial Bloomberg, la « théorie monétaire moderne » est une blague qui n’est pas drôle. « Oui, un gouvernement qui émet sa propre monnaie peut payer ses factures. Mais s’endetter sans raison urgente, c’est de la folie. » C’est fondamentalement vrai, et c’est l’immense différence entre les pays de la zone euro et les pays comme l’Angleterre ou les États-Unis et le Japon qui disposent de leur propre banque centrale. Si la BCE ne monétise pas et n’imprime pas pour chaque pays européen, alors, les pays européens feront faillite. Pas les autres. Pas ceux qui impriment leur monnaie. Ils déclencheront de l’inflation, de l’hyperinflation, mais ils ne feront pas faillite !

La théorie monétaire « moderne » est aussi vieille que le monde !

En réalité, et de vous à moi, il n’y a rien de moderne dans cette théorie ! Dire que l’on peut dépenser 100 fois plus que l’on ne crée de richesses parce que l’on peut imprimer autant de monnaie que l’on veut est d’une ânerie insondable. Pas parce que c’est bête, mais tout simplement parce que l’histoire économique de l’humanité nous enseigne sans trop de doute que l’on peut imprimer de la monnaie à volonté… mais que cela ne crée par de richesses à volonté ! Les mécanismes de création de richesses ne fonctionnent pas simultanément à la création monétaire. D’ailleurs, il est possible de créer de la richesse sans monnaie ! La monnaie est un instrument de stockage de valeur, la monnaie n’est pas la richesse. Déjà, les empereurs romains faisaient de l’impression monétaire avec leurs pièces d’or. Comment ? Simple ! Ils mettaient de moins en moins d’or dans chaque pièce et en « frappaient » de plus en plus pour la même quantité d’or globale. Évidemment, les peuples n’étaient pas totalement stupides, bien qu’un poil barbares, à l’époque ! Du coup, ils réclamaient plus de pièces romaines pour le même sanglier. Demandez à Astérix et Obélix, ils vous confirmeront cela.

Pourtant, la TMM va être vraisemblablement appliquée… Parce qu’il n’y aura pas le choix !

Car elle est la suite logique des taux bas et des quantitatives easing, elle préfigure la réponse politique de l’establishment américain qui sera apportée lors de la prochaine crise ! N’imaginez pas qu’il y ait tant de différence que cela entre Alexandria Ocasio-Cortez, la jeune démocrate qui tentera peut-être de battre Trump lors des prochaines élections ou les suivantes, et Trump lui-même. Que dit Trump à la FED ? Ne montez pas les taux.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.economiematin.fr/news-theorie-monetaire-moderne-tmm-probleme-venir-etats-unis

3- Evolution des antagonismes commerciaux en Afrique (Infoguerre, Abdeladim Abderrahmane) 

Il n’y a pas si longtemps, le message était clair : l’Afrique, en général, bénéficierait d’une croissance soutenue, sa population jeune garantirait un avenir radieux, la technologie lui permettrait de surmonter facilement les obstacles du développement, ses terres arables largement incultes nourriraient le monde de demain et une classe moyenne prospère était en cours d’installation. Pour beaucoup, la croissance était si évidente que la nouvelle voie de l’Afrique, subsaharienne en particulier, ne pouvait plus être qualifiée de « développement » mais plutôt d ‘« émergence». Il semblait tout naturel que cette partie de l’Afrique attire inévitablement les investisseurs et l’émergence. Tant de gens avaient prédit qu’ils se réaliseraient; a new threshold in the global economy would be crossed and the last big market would be open for business. un nouveau seuil dans l’économie mondiale serait franchi et le dernier grand marché serait ouvert aux entreprises. Compte tenu de l’évolution récente de l’économie mondiale, en particulier de la politique « America First » de l’administration Trump et du gouvernement Trump, il est utile d’évaluer comment les trois plus grands partenaires commerciaux de l’Afrique – la Chine, l’Union Européenne et les États-Unis – sont susceptibles d’avoir une incidence sur la région.

 L’implantation chinoise par l’Initiative Ceintures et Routes

L’histoire de la Chine en Afrique est peut-être de plus en plus familière, mais sa complexité ne saurait être exagérée.  Alors que la croissance intérieure de la Chine commençait à s’accélérer à la fin du siècle dernier, la demande de ressources naturelles et la création d’emplois ont obligé la Chine à rechercher des marchés à l’étranger.  L’Afrique était un partenaire volontaire, en raison de son abondance de produits de base et de son besoin de développement d’infrastructures. Selon le projet AidData, le rôle de la Chine sur le continent africain a été défini par le financement de plus de 3 000 projets d’infrastructure, en grande partie critiques.  La Chine a consenti plus de 86 milliards de dollars de prêts commerciaux aux gouvernements africains et à des entités appartenant à l’État entre 2000 et 2014, soit une moyenne d’environ 6 milliards de dollars par an.  En 2015, lors du sixième Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), le Président Xi Jinping a promis 60 milliards de dollars de prêts commerciaux à la région, ce qui porterait les prêts à au moins 20 milliards de dollars par an si cette promesse était remplie. En conséquence, selon Foresight Africa 2018 , la Chine est devenue le principal créancier de la région, représentant 14% du stock total de la dette de l’Afrique subsaharienne .  Au Kenya, par exemple, le volume des prêts chinois au gouvernement est six fois plus important que celui de la France, le deuxième créancier du pays. Alors que le niveau d’investissement direct étranger (IDE) de la Chine est relativement faible, représentant un peu plus de 5% du total des entrées d’IED dans la région en 2015, le commerce bilatéral a été multiplié par 40 au cours des 20 dernières années et dépasse maintenant 200 milliards de dollars.  Plus récemment, l’investissement privé chinois s’est accru de manière concomitante avec un engagement continu, mais plus limité, de l’État.  Une étude menée en 2017 par McKinsey indique qu’il existe aujourd’hui plus de 10 000 entreprises sous contrôle chinois en Afrique, dont environ un tiers dans le secteur manufacturier.  L’universitaire français Tierry Pairault souligne notamment que la très grande majorité de ces entreprises sont des très petites entreprises. McKinsey rapporte également que les investissements chinois en Afrique contribuent de plus en plus à la création d’emplois, au développement des compétences et au transfert de nouvelles technologies, pratiques plus généralement associées aux normes commerciales occidentales. Alors que la Chine s’emploie à mettre en œuvre l’Initiative Ceintures et Routes, le plus vaste programme de travaux publics jamais réalisé, la question des emprunts commerciaux de la Chine et de la dette contractée par la suite par les gouvernements africains va probablement augmenter en tant que préoccupation de politique publique. Il est possible de limiter les conséquences négatives de ces prêts: la Chine devrait envisager de passer à un modèle de financement mixte, reposant sur des sources de financement occidentales et chinoises, pour soutenir les projets d’infrastructure dont l’Afrique a tant besoin.  En outre, l’Afrique gagnerait à ce que la Chine ouvre plus activement ses offres à la concurrence internationale, au lieu de lier les prêts commerciaux à l’utilisation exclusive d’entreprises et de matériaux chinois dans des conditions souvent opaques.  Une plus grande partie des subventions, par opposition à une dépendance singulière sur des prêts commerciaux, même à des taux concessionnels, serait dans l’intérêt de l’Afrique.

 L’Union européenne essaie d’exploiter les avantages historiques

Le lancement du partenariat stratégique Afrique-UE et le premier sommet jamais organisé entre les 27 membres de l’Union Européenne et les 54 pays africains en 2007 semblent s’être effondrés dans les relations entre les deux régions.  En effet, au cours de la dernière décennie, l’UE a travaillé avec beaucoup de succès à la transition vers un modèle de partenariat basé sur un commerce réciproque.  Le cinquième sommet UE-Afrique s’est tenu à Abidjan en 2017 dans un contexte dans lequel le commerce bilatéral dépasse 300 milliards de dollars.  En association avec le sommet, l’UE s’est engagée à mobiliser plus de 54 milliards de dollars d’investissements «durables» en Afrique d’ici 2020.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://infoguerre.fr/2019/02/evolution-antagonismes-commerciaux-afrique/

 

TOUR D’HORIZON DE MEDIAS SPÉCIALISÉS 

ESPRIT SURCOUF.fr vous offre un tour d’horizon des titres de fond propres à susciter la réflexion de défense et de sécurité.

 

Airbus arrête les frais avec l’A380 : les raisons d’un tragique destin ( la Tribune, Fabrice Glisczynski)
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/airbus-arrete-les-frais-avec-l-a380-les-raisons-d-un-tragique-destin-807317.html

Tribune A380, A400M, ces programmes qui ont “pourri” jusqu’au bout la présidence de Tom Enders (La Tribune, Michel Cabirol)
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/a380-a400m-ces-programmes-qui-ont-pourri-jusqu-au-bout-la-presidence-de-tom-enders-807355.html

Ariane 6 : le patron d’Arianespace répond aux attaques de la Cour des comptes (Le Point)
https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/ariane-6-le-patron-d-arianespace-repond-aux-attaques-de-la-cour-des-comptes-14-02-2019-2293403_47.php

Présidence égyptienne de l’Union africaine : une opportunité réciproque ? (Institut Montaigne)
https://www.institutmontaigne.org/blog/presidence-egyptienne-de-lunion-africaine-une-opportunite-reciproque

Lorient. Naval Group lance la réalisation des quatre patrouilleurs (Ouest France)
https://www.ouest-france.fr/bretagne/lorient-56100/naval-group-lance-la-realisation-des-4-patrouilleurs-6223828

AccueilAnalyses Iran : des commémorations teintées d’incertitudes

Iran : des commémorations teintées d’incertitudes ( IRIS,  Le point de vue de Thierry Coville)
http://www.iris-france.org/130560-iran-des-commemorations-teintees-dincertitudes/

Au Yémen, les liaisons dangereuses entre la coalition et el-Qaëda (L’Orient le Jour, Julie Kebbi)
https://www.lorientlejour.com/article/1157582/les-liaisons-dangereuses-entre-la-coalition-et-el-qaeda.html

 

PARUS AU JOURNAL OFFICIEL 

Textes à ne pas négliger pour comprendre l’actualité de défense et de sécurité.

 

Décret n° 2019-94 du 12 février 2019 portant création d’un service à compétence nationale dénommé « direction nationale garde-côtes des douanes » 
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=40FB7AD594A84C7FEE83EA33C60BC7E1.tplgfr44s_1?cidTexte=JORFTEXT000038124687&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038124466

Ordonnance n° 2019-96 du 13 février 2019 relative à la préparation au retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne en matière de sécurité ferroviaire dans le tunnel sous la Manche 
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=40FB7AD594A84C7FEE83EA33C60BC7E1.tplgfr44s_1?cidTexte=JORFTEXT000038124933&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038124466

Arrêté du 12 février 2019 modifiant l’arrêté du 7 avril 2011 relatif au respect de l’anonymat de certains fonctionnaires de police et militaires de la gendarmerie nationale 
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=40FB7AD594A84C7FEE83EA33C60BC7E1.tplgfr44s_1?cidTexte=JORFTEXT000038129983&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038129652

Arrêté du 6 février 2019 relatif à la mise en service et à l’exploitation des aides radio à la navigation 
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=40FB7AD594A84C7FEE83EA33C60BC7E1.tplgfr44s_1?cidTexte=JORFTEXT000038130045&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038129652

Décret du 14 février 2019 portant nomination et promotion dans la réserve opérationnelle 
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=40FB7AD594A84C7FEE83EA33C60BC7E1.tplgfr44s_1?cidTexte=JORFTEXT000038133907&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000038133556

 

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