– ACTUALITÉS INTERNATIONALES
LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE
– INDUSTRIE ET ÉCONOMIE
– GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ 

Jacques Raimond

  • ACTUALITÉS INTERNATIONALES :
  1. 02/18 Actualité internationale – synthèse de l’actualité internationale de février 2018
  2. Chine : Xi Jinping Président à vie, le triomphe posthume de Mao
  3. Comment l’Inde et le Pakistan profitent de la crise
  • LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE :
  1. Général Bosser : « l’armée ne peut calquer l’intégralité de son mode de fonctionnement sur celui du monde de l’entreprise »
  2. Les ambiguïtés du service national universel
  3. Lancement d’un nouveau programme d’avions de renseignement
  • INDUSTRIE ET ÉCONOMIE :
  1. Les risques de la relance de l’endettement en Afrique
  2. Taxes sur l’acier et l’aluminium : Donald Trump accusé de défendre son économie – le mondialisme agonise bruyamment
  3. « La compétitivité du transport aérien français est un enjeu majeur » (Elisabeth Borne)
  • GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ :
  1. Penser la guerre économique
  2. « N’ayez pas peur de la Chine »
  3. Cybersécurité : forte résistance au changement en France

 

 

ACTUALITÉS INTERNATIONALES

 

1 – 02/18 Actualité internationale – synthèse de l’actualité internationale de février 2018 (diploweb, Axelle Degans)

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de Les 50 cartes à connaître, Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Du nouveau dans les pays émergents…

En Afrique du Sud, le très décrié Jacob Zuma a laissé courant février 2018 le fauteuil de président de la République d’Afrique du Sud à Cyril Ramaphosa, un proche de Nelson Mandela dont on fête justement le centenaire. Le nouveau président a annoncé une « aube nouvelle » alors que le ciel sud-africain est jusque là obscurci par une corruption structurelle qui discrédite le pouvoir politique. Les attentes sont fortes dans ce pays qui ne veut pas renoncer à ses rêves d’émergence contredits par la récession économique et les tensions sociales.  Au Brésil, l’ex-président Lula, condamné dans des affaires de corruption, s’est vu retirer en février 2018 son passeport pour éviter une sortie du Brésil. Michel Temer a décidé d’utiliser l’armée pour combattre le banditisme dans l’État de Rio. La République populaire de Chine avait déjà inscrit la pensée de Xi Jinping dans la constitution. Elle va franchir une nouvelle étape en donnant au leader chinois un statut au moins équivalent à ceux de Mao et de Deng Xiapoping. Il devrait pouvoir exercer davantage que les deux mandats théoriquement possibles. Il s’agit d’une révolution institutionnelle pour ce pays qui accueillera les prochains Jeux olympiques d’hiver dans quatre ans, après ceux d’été en 2008.

De la violence…

En février 2018, la capitale afghane – Kaboul – a de nouveau été l’épicentre d’un tragique attentat, cette fois-ci avec une ambulance piégée qui a causé la mort d’au moins une centaine de personnes et blessé plus du double. Les talibans, divisés en factions rivales, prennent une fois de plus la population civile en otage pour prendre le leadership. Une autre attaque a visé une académie militaire à Kaboul. Les autorités afghanes affirment détenir des preuves que ces attentats ont été préparés depuis le sol pakistanais. L’EI revendique un nouvel attentat à Aden qui a fait une dizaine de victimes.  Le Mali demeure en février 2018 une terre de violence. Les attentats sont réguliers visant les troupes maliennes, mais aussi les forces françaises engagées dans la mission Barkhane. Ainsi, deux soldats- du 1er régiment des Spahis de Valence – ont été tués par un engin explosif qui s’est déclenché au passage de leur véhicule blindé. Vingt soldats français sont morts au Sahel depuis août 2014.

… et des inquiétudes

En Colombie, les pourparlers de paix avec les guérilleros de l’ELN sont gelés. Cette dernière menace de paralyser le pays par une « grève armée ». Caracas annonce en février 2018 que des élections présidentielles se tiendront le 22 avril 2018, mais les conditions sont telles au Venezuela que plusieurs États dont la Colombie ont déjà déclaré qu’ils ne tiendront pas compte des résultats. Les principaux opposants (Henrique Capriles et Leopoldo Lopez) sont privés de leurs droits civiques ce qui devrait permettre à Nicolas Maduro d’être réélu malgré une côte d’impopularité qui culmine à 70%… Il bénéficie d’un solide soutien de l’armée vénézuélienne. Les Maldives, archipel au sud de l’Inde et au cœur de l’océan Indien, sombrent peu à peu dans le chaos politique. L’état d’urgence a été proclamé en février 2018 après que le gouvernement ait emprisonné neuf opposants et fait arrêter deux juges contre l’avis de la Cour suprême. L’opposition au président Abdullah Yameen appelle à une intervention internationale pour le destituer, l’accusant de complaisance envers Pékin dont l’implantation n’a jamais été aussi forte dans cette région, pourtant davantage sous influence indienne. Certains craignent que la Chine utilise l’archipel pour y créer une base militaire navale, comme ce qui a déjà été fait en mer de Chine méridionale. Cet archipel est au cœur d’un « grand jeu » entre les géants asiatiques.

En Orient la situation reste très compliquée

Au Yémen, la guerre continue à déchirer le pays. Les séparatistes, soutenus par les Émirats arabes unis (EAU), ont pris le siège du gouvernement à Aden.  En Syrie, en février 2018, la guerre civile est loin d’être terminée. L’EI ne tient qu’une petite partie du territoire syrien, mais désormais les combats continuent dans la partie septentrionale du pays entre l’armée turque et les forces kurdes syriennes (YPG) qui ont été jusque là à la pointe de la lutte contre EI, et soutenues à ce titre par Washington, membre de l’OTAN comme la Turquie. D’un autre côté, Israël craint le renforcement de la présence iranienne en Syrie, qui appuie le régime de Bachar el-Assad comme le Hezbollah libanais.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.diploweb.com/02-18-Actualite-internationale.html

 

2 –   Chine : Xi Jinping Président à vie, le triomphe posthume de Mao (Causeur, Emmanuel Dubois de Prisque, chercheur associé à l’Institut Thomas Moore)

La Chine ne cherche plus à plaire à l’Occident

 Une réforme constitutionnelle devrait lever la limite de deux mandats consécutifs à la tête de la République populaire de Chine. Le président Xi Jinping peut devenir le nouveau Mao. Il y a quelques mois, à l’issue d’un XIXème congrès éclatant, il s’agissait d’une méchante rumeur qui courait la presse étrangère et qu’il fallait écarter d’un revers de main. L’héritage de Deng Xiaoping était solide : non content d’avoir ouvert l’économie chinoise aux investisseurs étrangers, il avait facilité la transition au sommet du pouvoir, en inscrivant dans la constitution la limite de deux mandats pour le président et vice-président de la République populaire de Chine. Le pouvoir personnel de Mao, le culte de la personnalité sur lequel il se fondait et les dizaines de millions de morts qu’il causa tissaient la trame d’un cauchemar ancien que les institutions actuelles avaient vocation à exorciser. La Chine puissance responsable, montrerait l’exemple d’un pouvoir exécutif apaisé et sûr de sa force, formant un vif et heureux contraste avec le chaos trumpien. Celui qui l’incarne, Xi Jinping, ne chercherait jamais à devenir un nouveau Mao et ceux qui parlaient de lui comme d’un nouvel empereur n’utilisaient qu’une métaphore creuse, sans lien avec la réalité de la Chine contemporaine.

Xi Jinping, la « renaissance » de la nation chinoise

Un journal local, dés le mois de novembre, peu après le congrès, avait osé qualifier Xi de « grand dirigeant », un titre que seul Mao s’était vu attribuer depuis la création de la « Nouvelle Chine », en 1949. Mais l’article avait rapidement disparu des écrans, grâce à la célérité d’un système de censure d’une efficacité sans équivalent dans l’histoire humaine. Cependant, dés la fin du mois de janvier 2018, Xi Jinping était officiellement qualifié de « dirigeant du peuple », marquant ainsi un lien direct, non-institutionnel, entre Xi et le peuple chinois. Aucune opposition ne s’est ouvertement manifestée dans le Parti, malgré les inquiétudes exprimées mezzo voce par ceux qui en Chine se souviennent des horreurs des années Mao. Ce ballon d’essai confirmait l’emprise de Xi sur le Parti : aucune voix discordante n’osait s’exprimer. Il était alors possible de passer à l’étape suivante : le comité central du Parti vient d’annoncer qu’il propose, dans le cadre d’une réforme constitutionnelle à venir, de lever la limite de deux mandats consécutifs à la tête de la République populaire de Chine, ouvrant ainsi la voie à un pouvoir à vie de Xi Jinping. Xi Jinping est devenu l’incarnation du projet de « renaissance » de la nation chinoise (ou de la « race » comme le voudrait une traduction plus exacte). Sa taille, son allure, la confiance en soi qu’il dégage, sa « vertu » (confondue en Chine avec le charisme) plaisent semble-t-il aux Chinois – même si personne n’ose le leur demander – qui y voient une image fidèle de la toute nouvelle puissance acquise par la Chine.

La Chine ne veut pas devenir un pays occidental 

Les limites données au pouvoir personnel en Chine l’avaient été alors que la Chine s’ouvrait à l’étranger. Dans les années 1980, les débats étaient vifs au sein du pouvoir, et jusque dans une société civile naissante, sur l’évolution que devait prendre la Chine. Pouvait-on envisager que le Parti s’attelle à la « cinquième modernisation », la démocratisation du régime, alors même que plusieurs pays en Asie orientale étaient touchés par une vague d’ouverture politique ?

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien : 
https://www.causeur.fr/chine-xi-jinping-mao-president-149776

 

3 – Qatar. Comment l’Inde et le Pakistan profitent de la crise (Orient XXI, Quentin Müller)

L’épreuve de force provoquée par l’Arabie saoudite et ses alliés contre le Qatar et l’embargo qui lui a été imposé ont permis à Doha de construire de nouveaux rapports économiques et de renforcer des liens déjà existants avec des partenaires historiques. C’est notamment le cas avec l’Inde et le Pakistan, qui ont augmenté leurs exportations vers Doha tout en restant politiquement neutres. Said Badchah ordonne à son fils d’apporter du thé et des sucreries venues du Pakistan. L’homme porte la barbe longue et la tenue tradionnelle de son pays, un chalouar kamiz blanc. Une montre en or suggère l’opulence du businessman pakistanais d’une cinquantaine d’années. Ce matin, il reçoit dans ses bureaux basés dans le centre-ouest de Doha deux confrères pakistanais, eux aussi importateurs de fruits et légumes. L’un vient de Mascate et l’autre directement du Pakistan. Peu après le blocus du 5 juin dernier, le gouvernement qatari a simplifié les conditions d’entrée des citoyens pakistanais. Plus besoin desponsor ni de formalités compliquées préalables, un visa est délivré directement à l’aéroport de Doha. Derrière ses petites lunettes rectangulaires et sa longue barbe, Khaled Mahmoud avoue que c’est ce qui l’a poussé à venir faire du business au Qatar. « Je suis arrivé hier. Je fais surtout dans l’importation de mangues pakistanaises », indique-t-il. Said Badchah affirme que depuis le blocus et la nouvelle mesure, il reçoit chaque jour, pour parler affaires, « entre cinq et six » entrepreneurs venus de son pays d’origine ou de l’Inde. Il importe chaque semaine des milliers de tonnes de légumes et de fruits et dit vendre aux grandes surfaces Carrefour ou Lulu (NDLR. Chaîne d’hypermarchés émirienne) pour 600 000 rials qataris soit 132 000 euros par jour.

À LA RECHERCHE D’AUTRES PARTENAIRES COMMERCIAUX

Cependant, depuis la crise, l’homme d’affaires pakistanais a bouleversé son business après la fermeture des frontières terrestres avec l’Arabie saoudite et la suppression du relais que constituait le port émirati de Jebel Ali. Ses clients, autrefois majoritairement saoudiens, jordaniens, égyptiens ou libanais ne peuvent plus poursuivre leurs importations, en raison de la conjoncture politique ou de la fermeture de Saloua, l’unique frontière terrestre. Sous l’œil attentif de ses deux invités, il se remémore avec précision ce fameux jour : « J’avais deux camions qui venaient de Jordanie, deux qui venaient de Dubai et deux d’Arabie saoudite. Ils ont été bloqués le matin à la frontière de Saloua. Les chauffeurs ont attendu quatre jours. Le cinquième, ils sont repartis. J’ai perdu 70 000 dollars [57 000 euros] en une journée. » En Arabie saoudite, Badchah possède également une entreprise d’emballage qui emploie 20 personnes. C’est là que les fruits et légumes qu’il importait du royaume étaient emballés avant d’arriver dans ses hangars à Doha. « Il n’y a plus rien là-bas. J’ai perdu 115 000 dollars [94 000 euros] en tout ». Aujourd’hui, le businessman installé au Qatar depuis 45 ans a trouvé d’autres pays producteurs. « J’ai renforcé et augmenté mes importations d’Inde et du Pakistan. Et je me suis aussi tourné vers la Turquie et l’Iran ». Le défi est important. En quelques jours, il faut tisser de nouveaux liens avec des partenaires de confiance pour renflouer rapidement les stocks.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://orientxxi.info/magazine/qatar-pendant-la-crise-les-affaires-continuent,229

 

LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE

 

1 –  Général Bosser : « l’armée ne peut calquer l’intégralité de son mode de fonctionnement sur celui du monde de l’entreprise » (OPEX 360, Laurent Lagneau)

Au cours de ces dernières années, la tentation d’appliquer aux militaires les recettes du monde de l’entreprise a été dans l’air du temps. Ainsi, lors des réformes conduites entre 2008 et 2013, il était question de « rééquilibrer le rapport ‘front office’ et ‘back office’ », d’externalisations ou encore de « coeur de métier » (une notion d’économie d’entreprise qui impacte notamment la maîtrise des coûts et des processus). Cette approche a conduit à remettre en cause le principe « un chef, une mission, des moyens », jusqu’alors fondamental au sein des armées, avec la création des bases de défense. Et le résultat n’a pas été heureux. Loin de là. Dans une tribune publié par le Figaro (édition du 1er mars), le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Jean-Pierre Bosser, a remis les pendules à l’heure en rappelant la « singularité du métier de soldat ». Ainsi, l’une des dimensions de la spécificité militaire est « organique », c’est à dire quelle « vise à faire de l’armée une organisation uniforme, hiérarchique et diversifiée, capable d’opérer de façon autonome dans un contexte de crise grave, voire de chaos total. » Aussi, pour le général Bosser, il est « donc illusoire de vouloir définir pour les militaires un ‘cœur de métier’ » car « pour conserver une capacité d’agir lorsque plus rien ne fonctionne, le soldat-cuisinier sachant fournir du pain est aussi important que le soldat-fantassin qui sécurise une rue. » Et d’ajouter : « C’est également la raison pour laquelle l’armée ne peut calquer l’intégralité de son mode de fonctionnement sur celui du monde de l’entreprise. La rationalité managériale n’y remplacera jamais le culte de la mission et l’exercice du commandement. » Par ailleurs, le général Bosser a aussi rappelé qu’une autre des dimensions de cette spécificité a trait à « l’état militaire », c’est à dire à « l’ensemble des règles qui structurent et régissent la vie des militaires ». Avec un régime juridique « clairement distinct des autres travailleurs » et des obligations et autres sujétions « exceptionnelles », comme la disponibilité (à servir à tout moment et en tout lieu), la discipline et l’esprit de sacrifice, la Nation « doit pouvoir conserver la libre disposition de la force armée, sans préavis ni limite de durée, n’importe où, et pour tous types de missions. » C’est pourquoi, a ajouté le CEMAT, les « opérations n’obéissent à aucune règle de limitation du temps de travail » et que « la mort au combat n’est pas un accident professionnel. »

 

2 –  Les ambiguïtés du service national universel ( Institut Montaigne, interview de Nicolas Baverez)

Le projet de création d’un service national universel ne cesse d’évoluer depuis qu’Emmanuel Macron en a fait l’une de ses promesses de campagne. Les membres du gouvernement eux-mêmes peinent à s’aligner sur une même définition du service national. Un rapport élaboré par la commission de la défense de l’Assemblée nationale sur le sujet a été présenté le 14 février dernier, et tente de remettre un peu de clarté dans le débat. Nicolas Baverez, économiste et avocat, président du groupe de travail de l’Institut Montaigne Refonder la sécurité nationale, nous livre sa vision de ce projet.

Comment expliquez-vous les difficultés actuelles d’Emmanuel Macron dans sa volonté de réintroduire un service national universel ?

Les difficultés que rencontre Emmanuel Macron, tout comme la multiplication des prises de position divergentes au sein du gouvernement s’expliquent par le grand écart entre l’ambition du projet – qui relève des réformes majeures du quinquennat – et l’absence de toute réflexion ou étude sérieuses le concernant. Ce vide entretient la confusion qui s’est instaurée sur les objectifs, les principes et les modalités de ce service national.

Le doute naît de la multiplication des ambiguïtés.

  • Ambiguïté sur les fins : restauration d’une forme de service militaire ou engagement citoyen destiné à ressouder la cohésion d’une nation fracturée ?
  • Ambiguïté sur le caractère obligatoire ou volontaire.
  • Ambiguïté sur la durée, initialement fixée à un mois mais étendue de 3 à 6 mois par le président de la République le 1er février 2018.
  • Ambiguïté sur l’âge des jeunes concernés, à l’origine de 18 à 21 ans puis ramené entre 16 et 18 ans.
  • Ambiguïté aussi et surtout sur les moyens humains et financiers. L’encadrement d’une classe d’âge de 600 000 à 800 000 jeunes suppose de mobiliser au minimum 15 à 20 000 personnes. Quelles que soient les options retenues, un service national obligatoire requiert un budget minimal d’investissement de l’ordre de 5 milliards d’euros et un budget annuel de fonctionnement de 2,5 à 3,5 milliards d’euros. Or la dépense (56 % du PIB) et la dette publiques (98 % du PIB) restent hors de tout contrôle, tandis que l’effort financier pour la défense comme pour l’ensemble des fonctions régaliennes de l’Etat demeure notoirement insuffisant.

Il est donc indispensable de clarifier les objectifs, les modes d’organisation, l’encadrement et le financement du projet de service national universel.

Le rapport parlementaire présenté le 14 février dernier propose un parcours de citoyenneté en trois étapes. Que pensez-vous d’un tel scénario ?

Le rapport élaboré par la commission de la défense de l’Assemblée nationale exclut à juste titre le rétablissement du service militaire et la remise en cause du choix d’une armée professionnelle, beaucoup plus adaptée aux menaces auxquelles la France doit faire face comme à la spécialisation croissante des métiers des armes. Il écarte également trois scénarios consistant à allonger la journée défense et citoyenneté, à prévoir un service d’un mois en plusieurs périodes ou à créer un service obligatoire continu d’un ou plusieurs mois, dont l’utilité reste douteuse, la conformité à la Constitution problématique et les coûts dirimants.

La commission de la défense préconise dès lors un parcours citoyen qui s’organiserait en trois temps :

  • l’apprentissage de la citoyenneté entre 11 et 16 ans, accompagné par la mise en place d’un programme national de cadets ;
  • une semaine de défense et de citoyenneté en internat à 16 ans, sanctionnée par la délivrance d’un passeport ;
  • la montée en puissance de tous les dispositifs d’engagement entre 16 et 25 ans sur la base du volontariat.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.institutmontaigne.org/blog/les-ambiguites-du-projet-de-service-national-universel-interview-de-nicolas-baverez

 

3 – Lancement d’un nouveau programme d’avions de renseignement (Dicod, communiqué de presse)

Florence Parly, ministre des Armées, a réuni le 28 février un Comité ministériel d’investissement à l’issue duquel elle a lancé l’élaboration du programme d’avions de renseignement stratégique « Capacité universelle de guerre électronique » (CUGE). Ce nouveau programme sera doté d’un capteur inédit pour les Armées françaises, permettant simultanément les interceptions des émissions radio et radar. Résultat de près de 10 années d’études sur des technologies de pointe, ce nouveau capteur développé par Thales sera intégré sur un avion Falcon construit par Dassault Aviation. Dotés d’un système de mission ambitieux, innovant et complet, trois avions de renseignement stratégique CUGE, au lieu de deux prévus initialement, remplaceront à partir de 2025 les deux Transall C-160 Gabriel actuellement en service, ainsi que l’a décidé la ministre des Armées lors des travaux de préparation de la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025. Ils viendront renforcer les capacités du renseignement d’origine électromagnétique et contribueront à l’effort particulier sur la fonction « connaissance et anticipation » des Armées françaises. Gage de l’autonomie de décision de la France et de sa supériorité en opération, le renforcement des capacités de renseignement – qui sera porté par la LPM 2019-2025 – est l’une des priorités de la stratégie de défense définie par le Président de la République. Pour que la France reste un acteur crédible, elle doit avoir un modèle d’armée complet et équilibré, capable de remplir ses missions à travers une double ambition : Ce qui est indispensable aujourd’hui : redonner dès à présent aux armées, et en priorité aux femmes et aux hommes qui les font vivre et agir, les moyens de remplir durablement leurs missions. Ce qui est nécessaire demain : préparer l’avenir de la défense de la France à l’horizon 2030 et contribuer à construire l’Europe de la défense. Le lancement du programme « CUGE » s’inscrit dans cette nécessité.

 

INDUSTRIE ET ÉCONOMIE 

 

1 – Les risques de la relance de l’endettement en Afrique (IRIS, Pierre Jacquemot)

 
Pour l’année 2018, la Banque africaine de développement prédit une croissance de 1,9 % en Afrique australe et de 2,2 % en Afrique centrale, tandis qu’elle serait de 3,4 % en Afrique de l’Ouest et du Nord. En Afrique de l’Est, là où la dynamique est la plus forte, la croissance serait de 5,7 %, soit plus que les autres régions du monde mis à part l’Asie. Cet optimisme relatif affiché pour nombre de pays est cependant modéré par les institutions financières internationales qui estiment que la situation financière s’est dégradée pour nombre de pays, singulièrement depuis 3 ans, et qu’elle mettra du temps à se redresser. Les niveaux d’endettement externe comme interne augmentent au point de fragiliser les équilibres macroéconomiques et de menacer les perspectives de croissance à moyen terme. Et cette dette se focalise sur un prêteur principal : la Chine.

Le stress de l’endettement

En janvier 2017, le Mozambique, le premier, s’est déclaré en défaut de paiement. Le gouvernement a été contraint de dévoiler l’existence d’une dette occultée de 1,8 milliard d’euros, souscrite par les entreprises publiques. En août 2017, ce fut le Congo dont la dette a été réévaluée à 120 % du PIB (contre 77 %) par le FMI, après de semblables dissimulations. La situation n’est guère meilleure au Nigeria où 60 % des recettes de l’État vont au paiement du service de la dette, pénalisant les investissements publics et générant d’importants arriérés intérieurs. Le secteur bancaire compte un volume croissant de créances improductives. Au Ghana, le gouvernement du président Nana Akufo-Addo, installé en janvier 2017, doit assumer la dette laissée par son prédécesseur, soit environ 80 % du PIB. Pour restructurer le passif certains des projets énergétiques conclus antérieurement ont été renégociés. L’Angola, deuxième économie pétrolière au sud du Sahara, est également vulnérable, avec une dette publique élevée, de forts besoins de financement et des recettes d’exportations en forte baisse depuis 2014. Ces pays, auxquels il faut ajouter la Zambie, pourraient rencontrer dans les prochains mois de grandes difficultés à rembourser leurs dettes externes contractées auprès des marchés. Selon l’agence de notation Moody’s, le risque de stress financier va s’accroître avec le « pic de maturité » de la dette internationale au début de la prochaine décennie, les emprunts extérieurs devant être remboursés.

La Chine, premier créancier

L’Empire du Milieu est aujourd’hui le principal créancier de nombreux États africains. Près de 70 % de la dette publique bilatérale camerounaise est détenue par Pékin. Même situation au Kenya où, en 2016, la Banque mondiale a pointé du doigt l’appétit du pays pour les prêts chinois. Entre 2010 et 2014, ils ont augmenté de 54 %, selon Business Daily. Pour couvrir des besoins en matières premières, mais également pour élargir la gamme de ses partenariats économiques et commerciaux, la Chine a intensifié ses relations avec l’Afrique. Dans le même élan, le pays est devenu le plus important contributeur bilatéral au financement du développement du continent, en développant une offre de financement taillée sur mesure pour le continent. La China Exim Bank, a ainsi mis en œuvre une approche baptisée « financement angolais ». Elle repose sur un accord conclu avec un gouvernement africain pour un programme d’infrastructures financé sur des prêts chinois et réalisé principalement par des firmes chinoises. Un tel accord donne le plus souvent, en contrepartie du prêt, à une compagnie nationale chinoise la possibilité d’investir comme opérateur dans l’exploitation de ressources pétrolières, gazières, minières ou agroalimentaires.

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http://www.iris-france.org/108264-les-risques-de-la-relance-de-lendettement-en-afrique/

 

2 – Taxes sur l’acier et l’aluminium : Donald Trump accusé de défendre son économie – le mondialisme agonise bruyamment (Causeur, Henri Temple)

Après les panneaux solaires et les lave-linge, le président américain Donald Trump a annoncé de nouvelles mesures protectionnistes sur l’acier et l’aluminium. Les partisans du mondialisme indigné sont furieux.

Le président Trump fait ce qu’il avait annoncé et qui l’avait porté à la présidence des Etats-Unis : il défend les intérêts de son pays. Après avoir taxé en douane les panneaux solaires chinois et les lave-linge coréens, il vient de faire de même pour l’acier (25%) et l’aluminium (10%) importés. Le Monde fait état des cris d’orfraies (« inacceptable », « mesures injustes ») qui s’élèvent de Chine, de Bruxelles et d’ailleurs. Le président américain (toujours porté par la majorité de son opinion) a estimé lui qu’il défendait son industrie « décimée par des décennies de commerce inéquitable ».

« Des mesures qui violent les règles de l’OMC »

L’inénarrable Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, a réagi dans un communiqué : « Au lieu d’apporter une solution, cette décision ne peut qu’aggraver les choses… Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que notre industrie est frappée par des mesures injustes ». Et la Commission l’a annoncé : « l’UE entamera le plus tôt possible des consultations sur le règlement des différends avec les États-Unis à Genève » auprès de l’OMC. Cela peut durer 10 ans… Quant à Emmanuel Macron qui pré-célébrait déjà sa visite aux Etats-Unis le mois prochain, il ne dit mot, piégé qu’il est. Les Allemands eux (toujours en gouvernement de transition), soulignent la menace sur leur emploi (turc essentiellement), et l’industrie (Stahl) dénonce « des mesures qui violent les règles de l’OMC »; mais les plus vives réactions viennent du Canada, premier fournisseur d’acier et d’aluminium des États-Unis. La réaction la plus intéressante est celle de la Chine populaire qui demande aux Américains – et cela ne manque pas de sel – de « respecter les règles du commerce multilatéral » (ministère chinois des Affaires étrangères). Inutile de faire l’historique ironique du GATT et de l’OMC qui ont été imposés au monde par les Etats-Unis, vainqueurs et dominants de 1945 à 1990, qui espéraient alors que le mondialisme leur donnerait une suprématie encore plus écrasante. Les résultats du mondialisme, notamment pour les nations d’Europe et la France, sont mauvais. La situation économique actuelle est le produit des aberrations juridiques, monétaires, financières, économiques et morales que l’on a laissé se développer dans le cadre ultra libéral du globalisme.

Quand la loi n’est pas juste…

Ce sont désormais deux conceptions du droit et deux conceptions de l’économie qui s’affrontent ainsi et il est clair que celle qui reposait sur le mensonge, l’ignorance et la cupidité  est en train de voler en éclats. En droit, on croit lire une opposition entre l’argument d’iniquité et celui du respect scrupuleux de la règle. On balaiera vivement cette fausse opposition : personne n’a voté ni pour l’OMC ni pour les accords transatlantiques, ni pour l’accord commercial avec le Canada ou le Brésil. C’est donc illégitime et cela peut être aboli comme le fait le président Trump, qui a d’ailleurs consulté la Commission du Commerce international où siègent démocrates et républicains. En la matière, non seulement la concurrence n’est pas loyale mais, quand bien même elle le serait, c’est un droit absolu pour un pays de protéger ce que List appelle en économie ses « forces productives ». Le droit oppose, depuis 2000 ans, le jus et la lex : il existe donc, dans la réflexion des juristes, des lois injustes et le devoir de les refuser.

Défendre son économie n’est pas une « facétie »

En économie, la théorie de David Ricardo (lui-même spéculateur international) des « avantages comparatifs » date de 1817 mais demeure le credo de l’OMC… Maurice Allais – notre prix Nobel d’économie – a démontré l’inanité de cette théorie, comme il a aussi démontré les ravages amoraux de l’émission monétaire par les banques commerciales (sur laquelle la Suisse vote le 10 juin).

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.causeur.fr/donald-trump-taxes-acier-aluminium-149823

 

3 – « La compétitivité du transport aérien français est un enjeu majeur » (Elisabeth Borne) ( La Tribune, Fabrice Gliszinczynski)

Diplômée des Ponts et Chaussées et de Polytechnique, Élisabeth Borne a travaillé aux cabinets des ministères de l’Éducation nationale et de l’Écologie, ainsi qu’auprès de Lionel Jospin à Matignon. Elle a aussi été directrice générale de l’urbanisme à la mairie de Paris, préfète de Poitou-Charentes, directrice de la stratégie de la Sncf. Elle était Pdg de la RATP depuis 2015. (Crédits : Reuters)La ministre des Transports est sur tous les fronts. Elle va mener au printemps la concertation pour la réforme de la SNCF, mais aussi, du 20 mars jusqu’en septembre, les Assises de l’aérien. Dans les deux cas, l’objectif est de renforcer la compétitivité et la « performance » des entreprises de transport. Face à la demande des compagnies aériennes d’un allègement des charges sociales, elle se dit prête à ouvrir le débat sur les taxes et redevances du secteur. Les Assises traiteront aussi d’aménagement du territoire et de la concurrence avec les compagnies étrangères.

LA TRIBUNE – Avec la réforme de la SNCF que vous préparez, vous attendez-vous à un conflit dur ?

ÉLISABETH BORNE  Ce n’est pas dans cet esprit-là que nous abordons le dossier. Le rapport Spinetta a permis de partager le fait que le statu quo est impossible à la SNCF et qu’il y a urgence à agir car la qualité de service n’est pas au niveau attendu par les Français, parce que les coûts et la dette ne cessent d’augmenter, alors que les contribuables n’ont jamais consacré autant d’argent au secteur public ferroviaire. Ce n’est pas une remise en cause des salariés de la SNCF, dont je connais l’engagement dans leur mission publique. Mais nous sommes dans une forme d’impasse et de paradoxe dont il faut sortir. C’est le sens de la réforme que nous engageons : avoir un meilleur service public ferroviaire au meilleur coût pour les usagers et les contribuables.

Vous avez annoncé l’an dernier la tenue d’Assises du transport aérien en 2018. Le dossier ferroviaire retarde-t-il ce projet ?

Non, pas du tout ! Nous allons lancer les Assises le 20 mars, avec des débats qui se tiendront jusqu’au mois de septembre, autour de cinq groupes de travail thématiques. Le slogan que nous avons retenu pour ces Assises s’intitule : “Objectif Performance”. Il vise à aborder les questions de la performance dans ses différents champs : la performance économique, la performance environnementale, la performance au service des territoires, la performance sociale, et la performance de l’innovation au service du passager.  De la même façon que nous avons une approche globale pour les transports terrestres au travers des Assises nationales de la mobilité, et pour le transport maritime avec le Comité interministériel de la mer, il est important de mener sous différents angles, avec tous les acteurs du secteur, une réflexion sur le transport aérien français, afin de préparer une stratégie nationale du transport aérien. C’est le sens de ces Assises qui, je le sais, sont très attendues par les professionnels de ce secteur. Pour que les citoyens puissent aussi contribuer à la réflexion, un site Internet sera ouvert au public.

-Pourquoi organiser de telles Assises ? Quel est l’objectif ?

Même s’il est mal connu du grand public, le transport aérien est un secteur très important pour notre économie, notre commerce extérieur, mais aussi pour le désenclavement des territoires et la continuité territoriale. Sans compter la construction aéronautique, ce secteur pèse 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires et représente 100.000 emplois. Dans ce contexte, le fait que les compagnies aériennes françaises ne captent que 10% de la croissance du trafic aérien français, comme ce fut le cas en 2017, nous interroge forcément. Le groupe de travail sur la performance économique [qui sera coprésidé par Anne-Laure Cattelot, députée (LRM) du Nord, et Vincent Capo-Canellas, sénateur (Union centriste) de la Seine-Saint-Denis et ancien maire du Bourget, ndlr], va examiner les enjeux de compétitivité du transport aérien. Lorsque l’on voit que nos compagnies captent une part aussi faible de la croissance du trafic aérien français, il y a un enjeu majeur dans ce domaine. Mais la notion de performance est plus large que celle de la compétitivité. Elle concerne aussi les enjeux environnementaux, car le transport aérien est un secteur souvent critiqué sur ce point et il est important de faire connaître ses progrès, ses engagements pour l’amélioration de la performance environnementale. Elle concerne également les questions d’aménagement du territoire, dans la capacité qu’ont aussi nos grandes régions à être reliées à l’espace européen. C’est pour cela que j’ai souhaité avoir une approche globale pour ces Assises.

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https://www.latribune.fr/economie/france/elisabeth-borne-ce-que-nous-pouvons-faire-pour-l-attractivite-de-l-aerien-francais-770299.html

 

GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE
ET DE SÉCURITÉ

 

1 – Penser la guerre économique (journal de l’économie, Hubert de Langle)

Avec la sortie simultanée de trois ouvrages sur la guerre économique, nous assistons à l’émergence d’une véritable école de pensée dont l’un des initiateurs est Christian Harbulot. Une simple observation des ravages qu’occasionne une guerre qui ne dit pas son nom, mais dans laquelle nous (sur)vivons, impliquait en effet que la France se dote d’un corps de doctrine de guerre économique. Christian Harbulot nous l’offre avec son “Art de la guerre économique” où il retrace le cheminement de la guerre économique sur les trente dernières années. Nicolas Moinet, avec “Les sentiers de la guerre économique (l’école des nouveaux espions)” tire des enseignements de nombreux cas vécus ou observés et propose des pistes de réflexion sur l’économie et l’éthique des affaires dans un contexte de guerre économique. Enfin, Olivier de Maison Rouge, avec “Penser la guerre économique” nous offre un corpus de leçons stratégiques, tant économiques que juridiques ou militaires. Il répond ici à nos questions.

Le JDE : Vous avez tenté par cet ouvrage de théoriser la guerre économique. Vous pensez donc qu’elle relève d’un concept ?

O de MR : Il est a priori difficile d’en cerner toutes les composantes, ce d’autant que l’expression même de guerre économique ne fait pas l’unanimité, notamment chez les tenants du libre-échangisme qui réfutent tout interventionnisme étatique.  Davantage qu’une théorie globale formant un prêt-à-penser dont notre époque se satisfait trop facilement, j’ai entrepris de procéder de manière empirique et donc pragmatique pour en tirer les principales lignes de conflits et les ressorts d’un affrontement économique globalisé.

Pour revenir à l’expression de guerre économique, vous pensez qu’il faut bien admettre que celle-ci trouve à s’imposer ?

En effet, d’aucuns pensent – mais peut-être infléchiront-ils leur perception après avoir lu mon ouvrage – que les lois économiques demeurent celles d’Adam Smith et la « main invisible » régulant le commerce, sans intervention de l’Etat. La concurrence économique serait donc exclusivement des luttes entre entreprises pour des parts de marché. Autrement dit, une simple compétition industrielle et commerciale.  Mais cette approche ne résiste pas à l’examen des faits, notamment pour un juriste comme moi.  Si l’on ne peut – et pour cause car il demeure précisément à géométrie variable – parler de droit de la guerre économique, il faut bien reconnaître que les états sont à la manœuvre, édictant des règles juridiques, fiscales, douanières, environnementales, … qui favorisent les entreprises de ces états. En ce sens, les réglementations que j’évoque constituent des armes de cette guerre économique, dont les états sont des acteurs patents. De fait, la guerre, à la différence des guérillas, reste l’affaire des états.

Pouvez-vous développer le caractère juridique de la guerre économique ?

Dans mon ouvrage, précisément, je retrace sur les deux derniers siècles les différentes natures des guerres que l’Europe a connues. Et si j’en conclus – provisoirement – que notre continent n’a plus connu de guerre régulière, à tout le moins armée, depuis 1945, peut-être faut-il s’interroger sur le visage même de la guerre.  C’est en ce sens que je développe l’idée d’une guerre économique qui se substitue, dans un cadre géostratégique particulier, à la guerre plus conventionnelle.

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https://www.journaldeleconomie.fr/PENSER-LA-GUERRE-ECONOMIQUE_a5705.html

 

2 – « N’ayez pas peur de la Chine » (Le nouvel économiste, Philippe Barret)

Il n’y a rien dans le patriotisme des Chinois qui ressemble au nationalisme et au désir d’imposer aux autres nations sa volonté

Comme la corruption, le sentiment national n’est pas une spécificité chinoise. Beaucoup de nations éprouvent et manifestent un fort sentiment national. En dehors de la Grande-Bretagne, en Europe, ce sentiment s’est souvent estompé. Mais aux États- Unis, en Russie, au Japon et dans beaucoup de pays émergents, le sentiment national est puissant. En Chine, il est encore, si l’on peut dire, plus puissant. On prétend assez souvent que les Chinois sont nationalistes. Il y a bien un nationalisme chinois, au sens où le mot s’entendait sous la Révolution française : c’était alors le patriotisme. Mais il n’y a rien qui ressemble au nationalisme tel que nous l’entendons aujourd’hui : le combat contre les autres nations, la volonté de leur imposer le pouvoir et l’autorité de sa propre nation. Il n’y a que l’attachement indéfectible des Chinois à leur nation, à tout ce qui fait leur nation : leur histoire, leur culture, leur langue. Depuis la fondation de la République chinoise en 1911, les dirigeants du pays, à commencer par Sun Yatsen, se sont toujours réclamés du nationalisme. Pour désigner ce que les Occidentaux appellent aujourd’hui « nationalisme », les Chinois utilisent d’ailleurs un autre mot : « doctrine du peuple pur ».

“On prétend assez souvent que les Chinois sont nationalistes. Il y a bien un nationalisme chinois, au sens où le mot s’entendait sous la Révolution française : c’était alors le patriotisme”

Il y a beaucoup plus de Chinois qui connaissent la France et la civilisation occidentale, que de Français et d’Occidentaux qui connaissent la civilisation chinoise. À Shenzhen, on peut visiter un parc d’attractions, dit « Fenêtre sur le monde », où sont représentés, dans des dimensions sensiblement réduites, la tour Eiffel, l’Arc de triomphe, la place Saint-Marc de Venise, le Parlement de Londres, et bien d’autres lieux et monuments du monde occidental. À Lanzhou, la capitale du Gansu, dans le nord-ouest de la Chine, ville industrielle de taille moyenne sur la route de la soie, dont les autorités veulent faire un centre d’attraction touristique, on a récemment édifié une reproduction du Sphinx et une autre du Parthénon. À Xi’an, devant la bibliothèque de l’université, on peut voir une statue de Nüwa à côté d’une statue d’Athéna. Dans la mythologie chinoise, Nüwa est une déesse qui a donné aux hommes le pouvoir de procréer. Elle est devenue la patronne des mariages, une déesse de la fécondité, comme l’est Athéna. En France, tout le monde connaît Athéna, mais personne ne connaît Nüwa. En Chine, tout le monde connaît Nüwa et les étudiants qui fréquentent à la bibliothèque universitaire de Xi’an connaissent aussi Athéna. À Harbin, le maire a donné à son parc d’attractions autour du thème de la mer le nom de « Royaume marin de Poséidon ». De façon générale, l’image du monde étranger, occidental, en Chine, est plutôt favorable. Le seul pays (quelquefois) critiqué, ce sont les États-Unis, à l’occasion d’interventions considérées comme agressives, dans l’affaire du bateau Galaxie, en 1993, par exemple, dans laquelle la Chine était accusée de livrer des armes chimiques à l’Iran – ce qui s’est révélé faux – ou lorsque l’armée américaine a bombardé l’ambassade chinoise à Belgrade, en 1999 – aucun Chinois n’a alors cru à la thèse de la bavure par laquelle s’est défendu le gouvernement américain. De fait, on a appris, par la suite, qu’il ne s’agissait nullement d’un accident, mais d’une attaque délibérée, les Américains ayant voulu soit supprimer un émetteur serbe abrité par l’ambassade de Chine, soit tuer Slobodan Milosevic, qui se serait réfugié dans la même ambassade. Pour le reste, l’Occident est très attirant pour les Chinois, au point que des fabricants de montres chinois s’abstiennent d’utiliser tout caractère chinois sur le cadran des montres, pour faire croire qu’elles sont d’origine occidentale – et ainsi mieux les vendre. Rien n’est plus apprécié, en Chine, que d’offrir à ses amis du vin de Champagne ou de Bordeaux, de conduire une automobile allemande ou de porter un sac de luxe français. Quand on se trouve dans un centre commercial d’une ville quelconque, la plupart des enseignes des magasins, non pas seulement celles des marques étrangères les plus connues, mais beaucoup d’enseignes de magasins vendant des produits chinois, portent des noms anglais ou français, écrits avec notre alphabet. Beaucoup de marques ont été créées, sur le modèle de marques étrangères, avec un nom légèrement déformé : Chinel et Cheanil (Chanel), Diora (Dior), Guccio (Gucci), Dalci et Gabbino (Dolce et Gabbana), Longchrôme (Lancôme), etc. C’est évidemment l’occasion de fabriquer et vendre à bon marché des produits plus ou moins imités des marques originales

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https://www.lenouveleconomiste.fr/nayez-pas-peur-de-la-chine-62695/

 

3 –  Cybersécurité : forte résistance au changement en France (Silicon, Ariane Beky)

Six organisations sur dix en France changent rarement de stratégie de sécurité de manière significative, même après une cyberattaque, selon un rapport de CyberArk. En matière de politique de cybersécurité, la résistance au changement des entreprises est forte, même après une attaque informatique. C’est le principal enseignement du rapport de l’éditeur de logiciels CyberArk sur les menaces avancées.  Ce rapport (Global Advanced Threat Landscape Report 2018) est basé sur une enquête internationale menée par le cabinet Vanson Bourne. 1300 responsables de la sécurité informatique, décideurs métiers et développeurs ont été interrogés. Globalement, 46 % des organisations concernées modifient rarement leur stratégie de sécurité de manière significative, même après avoir été la cible d’une cyberattaque. En France, ce taux est bien plus élevé : 61 %. Par ailleurs, 46 % des répondants (57 % en France) jugent que leur organisation n’est pas en mesure d’empêcher chaque tentative d’intrusion dans les réseaux internes.  De plus, 50 % des professionnels interrogés (57 % en France toujours) pensent que les données ou informations personnelles identifiables de leurs clients peuvent être menacées. Et ce car les contrôles de sécurité n’excèdent pas les bases légales requises. Il reste à savoir si l’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD), en mai 2018, changera la donne…  Autre constat préoccupant : 36 % des répondants (53 % en France) indiquent que les identifiants administrateurs sont enregistrés dans des documents Word ou Excel sur les ordinateurs de l’entreprise.

Comptes à privilèges

Une majorité pense qu’une meilleure protection des comptes à privilèges (le coeur de métier de CyberArk) sur site, dans le cloud et sur terminaux est nécessaire. Toutefois, les décideurs IT et métiers interrogés sont encore peu nombreux à l’activer, selon le rapport.  Or, les répondants en France citent les attaques ciblées par hameçonnage (53 %), les comptes à privilèges non sécurisés (49 %) et les menaces internes (44 %) parmi les plus grandes menaces de sécurité auxquelles leurs organisations sont confrontées. Les données non sécurisées stockées dans le cloud (31 %), les ransomwares et d’autres logiciels malveillants (28 %) arrivent ensuite.  Pour CyberArk, une approche passive de la sécurité crée un cyber-risque « majeur » alors que les menaces se multiplient. Selon l’éditeur basé à Petah Tikva (Israël) et Newton (Etats-Unis), sortir de l’inertie dans ce domaine est une nécessité. Elle implique que les dirigeants diffusent une véritable culture de la sécurité informatique au sein de leur organisation