TRUMP

MAIN MISE SUR L’ITALIE ?

Par Patrick TOUSSAINT
Avocat spécialisé dans l’international

Il y a quelque temps, alors que la nouvelle équipe au pouvoir en Italie refusait déjà de respecter les critères financiers européens, laissant ainsi prévoir de sérieuses difficultés avec l’exécutif européen, Monsieur Trump disait qu’il était prêt à racheter la dette de l’Italie.

Son entourage faisait tout de suite savoir que, compte tenu de l’énormité de cette dette – 2.300 Milliards d’euros fin mars 2018 soit 132 % du PIB -, ce n’était qu’une boutade.

Et pourtant !

L’opération ne serait pas si mauvaise selon la vision des objectifs « America first » de la politique étrangère de Monsieur Trump avec, en plus, la réalisation d’un de ses rêves : la perspective de l’éclatement de l’Union européenne.

Peut-on imaginer l’intérêt pour les USA de contrôler toute les institutions européennes de l’intérieur, d’avoir accès à tous les financements, à toutes les politiques, à tous les dirigeants de l’intérieur ?

Il est évident – pour certain grands pays du moins, que l’Union Européenne ne pourrait accepter une telle prise d’otage mais quelles seraient les solutions : exclure l’Italie, une des premières nations fondatrices de l’Europe – Traité de Rome mars 1957- créer un régime spécial qui serait contraire à la doctrine européenne actuelle ?

LA FIN D’UN MODÈLE ÉCONOMIQUE ET SCIENTIFIQUE

Ce qui parait le plus vraisemblable serait l’éclatement de l’Europe ce qui serait bien évidemment l’intérêt pour l’industrie américaine mais aussi de la Russie, de la Chine et de la Grande-Bretagne aussi –de quelle clairvoyance serait- elle créditée ! – : pouvoir intervenir au niveau de chaque pays et non plus à l’Union européenne, quel délice !

Il y aurait encore pire : cela permettrait aux Etats Unis de mettre la main sur les données scientifiques, l’état de celles-ci, que ce soit en matière aéronautique – Airbus -, en matière spatiale, l’Agence Spatiale Européenne, des programmes de satellites, le système Galileo, recherches en matière aéronautique, en matière électronique où l’Italie est en pointe… ce qui serait un désastre d’autant plus grand  que faire sortir une Italie vassalisée des grands programmes européens donneraient lieu à de multiples procès sur le plan international.

Ce serait non seulement le pillage des données techniques et scientifiques des autres pays de l’Union européenne mais aussi la fin des grands programmes de recherche européens qui ne peuvent être réalisés que par des financements de fonds européens sauf à remplacer les fonds italiens par des fonds américains ou par des fonds soi-disant italiens.

 Les grandes industries américaines, en s’appropriant l’industrie italienne qu’elle soit civile ou militaire, dans les domaines de l’automobile, de l’électronique, de la mode en particulier pourraient rationaliser les productions à l’échelon mondial,  répartir les sites de production et  concurrencer les industries européennes de l’intérieur de l’Europe elle-même.

Les moyens de transports internationaux : Alitalia, les trains, les droits de pêche, de cabotages etc…permettrait aux industries américaines concernées de concurrencer leurs homologues de l’intérieur de l’Europe également.

Sur le plan civil ou sur le plan des industries duales, l’Italie est intéressante : il lui manque des financements et des modèles ou des aides à la gestion mais ce sont des spécialités américaines.

Ce serait une catastrophe dont on voit mal comment les autres pays européens pourraient s’en remettre et un cauchemar à l’échelon mondial.

LA FIN DE LA DOMINATION EUROPÉENNE EN MÉDITERRANÉE

Les Etats Unis ont déjà bien compris l’intérêt de la position géographique de l’Italie puisqu’ils ont déjà installé un commandement de forces interalliés de l’OTAN à Naples, qu’ils ont déjà la libre disposition, hors OTAN de deux aérodromes en Italie centrale et se sont fait concéder  récemment une base à Signorella et qu’ils ont renforcé les troupes de l’armée de terre US en Italie.

Ils savent, de plus, que non seulement, l’Italie est déjà un bon élève des opérations de l’OTAN mais participe  aussi aux opérations extérieures américaines mais qu’elle a  aussi des liens très privilégiés avec l’industrie aéronautique des Etats-Unis : l’Italie a commandé des avions F 35 pour lesquels elle a obtenue qu’une usine de fabrication soit installée sur son territoire – il n’y en a, à ce jour, que deux hors USA.

Cette mainmise sur l’ Italie ne nécessiterait pas un investissement trop  important du point de vue militaire car l’Italie a sa propre base industrielle de défense qui lui a permis de doter son armée de terre des matériels relativement récent et qu’elle met à jour, de chars de bataille, de blindés chenillés d’accompagnement, de blindés à roues canons et transports d’infanterie, d’artillerie, de missiles sol-air, de missiles anti chars ainsi que tous les matériels nécessaires en petit calibres, électronique de défense car l’Italie essaye par tous moyens d’être indépendante ou se fournir aux USA. Cette industrie est exportatrice.

La marine italienne est en plein renouvellement avec un  porte aéronefs – d’où l’intérêt des F 35, deux frégates antiaériennes –  développées avec la France : programme Horizon français – mais avec des radars semble-t-il plus performant qui ont fait dire aux américains que ce frégates étaient très proches des Arleigh Burke avec système AEGIS – dix frégates anti-sous-marines de type FREMM, toutes commandées, en fabrication, en service, un projet de développement de 10 frégates plus légères, de 3 bâtiments de soutien dont la France a aussi retenu les plans.

Cette flotte moderne pourrait permettre aux Etats Unis de ne pas avoir trop de bateaux à envoyer en Méditerrané pour renforcer la flotte italienne – porte-avions, engins de débarquement, sous-marins nucléaires entre autres – avec de solides bases maritimes et une industrie navale performante en prime.

En qui concerne les aéronefs :

. Pour les avions, l’Italie a une industrie qui lui a permis de fabriquer des avions à réaction d’école, d’attaque légère, de transport léger qui a été acheté par les Etats- Unis, elle a encore des Tornado et des Eurofighter, avions européens mais a pris un grand tournant en s’équipant de F 35 et prévoit de participer au développement d’un nouvel avion avec la Grande-Bretagne – « programme Tempest »

. Pour les hélicoptères, elle a une industrie très en pointe avec des matériels ultramodernes dans à peu près toutes les gammes de l’hélicoptère d’attaque à l’hélicoptère de transport léger et moyen qui s’exporte très bien à l’international.

En ce qui concerne les personnels, l’Italie dispose de militaires de très bon niveau bien formés, bien encadrés, ayant l’habitude d’agir en coalition et de se projeter, ce qui est un atout considérable.

Enfin, il faut aussi mentionner l’intérêt de la position et de l’influence de l’Italie sur le plan international,  laissant ainsi plus de souplesse à la politique étrangère américaine.

AU FINAL : LE CINQUANTE ET UNIEME ETAT DES ETATS UNIS ?

On le voit, on a oublié que Monsieur Trump, même s’il n’est pas parti de zéro, est quand même un homme d’affaires avisé et il a flairé là une bonne affaire.

Est-elle chère ? Oui, sans doute, si les Etats Unis avaient à payer « cash » les 2.300 Milliards d’euros mais on peut peut-être raisonner autrement :

 Est-ce un réel handicap d’avoir une telle dette publique quand on est garanti par un pays comme les Etats Unis dont on sait qu’ils fonctionnent eux aussi avec une dette publique colossale ?

Les banques américaines, si actives et si imaginatives, ne pourraient- elles pas trouver les formules financières permettant la réalisation d’un tel « hold up » ?

Par ailleurs, la perspective d’une telle éventualité serait sûrement saisie par l’équipe dirigeante italienne actuelle, dont l’attachement à l’Europe ne parait pas évident sauf pour les financements, ne serait-ce que pour faire monter les enchères sur le plan de l’Union Européenne.

Monsieur Trump pourrait ainsi bien conforter sa réputation d’homme d’affaires avisé sur le plan international.

 


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