PRÉSIDENTIELLE : LE SILENCE DE LA MER…

Retrouvé dans nos archives, un article publié par Le Télégramme de Brest – le 4 avril 2012 – sous le titre original : Elections présidentielles, le silence de la mer…Cinq ans après, ce papier peut être ressorti sans y changer une virgule : la France se targue toujours de posséder le deuxième espace maritime du monde, mais n’a toujours pas de stratégie maritime, encore moins de stratégie navale !

Deux candidats sur onze seulement – Jean-Luc Mélenchon et Jean Lassalle – ont intégré le dossier à leur programme. La question du deuxième porte-avions a été abordée pendant vingt-deux secondes (montre en main) lors du débat de la Primaire du Parti socialiste… Quelle tristesse de voir ainsi la France tourner – encore – le dos à la mer et aux océans, qui constituent pourtant l’une de ses perspectives de développement durable les plus prometteuses. Comme l’affirme la Marine nationale – Notre défense commence au large ! Ouvrons donc les fenêtre pour essayer de regarder loin, le plus loin possible… Sans changer une virgule, disions-nous, espritsurcouf vous propose cette petite échappée, petite contribution pour une campagne qui tourne décidément trop en rond.

 

La rédaction      

 

« Alors que la campagne présidentielle se poursuit, Richard Labévière, consultant international, s’interroge sur la question maritime et sur la place qu’occupe celle-ci dans le débat. Eléments de réflexion.   

« Dominée par des tactiques immédiates de communication, notre campagne pour l’élection présidentielle cède aux incohérences d’un inventaire à la Prévert – viande halal, abrogation des accords de Schengen ou plus ou moins de surface constructible … – en délaissant les enjeux de fond, sinon un grand dessein. Les états-majors politiques et les instituts de sondage portent la responsabilité d’une campagne anecdotique, frivole et inintéressante. A cet égard, il est symptomatique que se multiplient des groupes anonymes de hauts fonctionnaires et de citoyens pour s’inquiéter qu’on ne parle pas suffisamment de la France dans le monde, de sa Défense, de sa conception de la mondialisation et des enjeux globaux.

 

2e rang mondial pour son seul territoire marin

Outre des visites éclair Outre-mer et quelques allusions marginales, le silence de la mer est assourdissant, alors que la plupart des dossiers économiques, énergétiques, stratégiques et culturels devraient ramener à cet enjeu majeur. Si la France représente 675.000 km2, c’est aussi une puissance de 11,7 millions de km2 si l’on additionne la surface terrestre et notre domaine maritime (comprenant les eaux territoriales, les eaux intérieures et la zone contiguë ainsi que les 200 milles, soit 370 km de Zone économique exclusive (ZEE). En superficie cumulée, cette réalité place notre pays au 6e rang après la Russie, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada et le Brésil et au 2e rang mondial pour son seul territoire marin.

Dans les raisonnements terrestres, la mer c’est surtout l’Hôtel de la plage, une bourriche d’huîtres et la criée de Rungis.

 

La mer, notre horizon indépassable

Trois facteurs globaux font de la mer notre horizon indépassable : le réchauffement climatique, l’épuisement des énergies fossiles et la piraterie. Les catastrophes naturelles et technologiques (Fukushima, Xynthia, etc.) s’achèvent toujours en crise majeures de sécurité civile avec un recours aux sapeurs-pompiers.

La crise des transports aériens et routiers entraîne, d’ores et déjà, une hyper-maritimisation des économies. Ces deux évolutions qui voient une augmentation exponentielle des flux maritimes de biens et de populations provoquent un accroissement proportionnel de délinquances et de pirateries, phénomène qui n’en est qu’à ses débuts…

Axe majeur de croissance

 

Parallèlement, la mer recèle nombre de solutions aux enjeux globaux. Qu’il s’agisse des énergies du futur (hydroliennes, vagues et marées), de l’alimentation, de débouchés pharmaceutiques nouveaux ou encore de la question de l’eau potable des prochaines décennies, notre avenir passe immanquablement par la mer. Bref, elle pourrait constituer un axe majeur de croissance à condition bien-sûr que le prochain locataire de l’Elysée le veuille.

Cette volonté devra prioritairement s’attaquer à l’actuel éclatement des problématiques maritimes : la pêche à l’Agriculture ; la mer à l’Ecologie; les ports partagés entre l’Etat, les Grands Ports, les régions et les départements; les chantiers navals écartelés entre différents ministères…

Création d’un grand ministère de la mer et des littoraux

Il conviendrait d’abord de redéfinir une politique maritime intégrée renforçant l’action de l’Etat par la création d’un grand ministère de la mer et des littoraux. Conjointement, cette approche ne pourra pas faire l’économie d’un renforcement conséquent de notre Marine nationale. Plus les missions de l’Etat en mer se multiplient, plus s’affirment leurs dimensions stratégiques, plus ses moyens budgétaires et opérationnels sont amputés. Notre flotte est vieillissante. Ni la modernisation des équipements, ni même leur maintien à un niveau opérationnel minimum ne sont aujourd’hui assurés.

Maintenir le budget de la Marine nationale

Des quatre budgets des armées – dont la gendarmerie qu’il faut impérativement maintenir dans le cadre de notre défense -, celui de la Marine nationale est le plus mal traité. Au-delà de l’actualisation du Livre Blanc sur la défense et la sécurité, la prochaine loi de programmation militaire devra impérativement être corrigée au profit de la puissance maritime au risque de ne plus disposer d’une Marine nationale efficiente. Ces différents dossiers présentent un caractère d’urgence et de priorité nationale. Parlons mer, enfin ! »

Richard Labévière
10 avril 2017