MOZAMBIQUE :
DÉVELOPPEMENT ET ENVIRONNEMENT

Damien Châtel (*)
Etudiant
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La province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique, est le théâtre d’une insurrection menée depuis 2017 par le groupe Jihadiste Ansar-al-Sunnah. La situation sécuritaire s’y est tellement dégradée que le gouvernement a appelé à l’aide l’Union Européenne. Le 12 juillet, le Conseil de l’UE a validé l’envoi d’une mission militaire, afin de former les forces armées locales. C’est l’occasion pour l’auteur de nous présenter le Mozambique, pays peu connu, sous un angle inattendu : c’est un Etat aux prises avec de sérieux problèmes d’environnement.
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ans la nuit du 14 au 15 mars 2019, le cyclone Idai a frappé les côtes du Mozambique et marqué durablement les esprits. Les riverains ont assisté, impuissants, à la destruction presque totale de la ville portuaire de Beira, forte de 500 000 habitants. Des inondations provoquées par les fortes pluies ont ravagé également le Malawi et le Zimbabwe. On a comptabilisé au lendemain du sinistre près de 1200 morts dans les trois pays, tandis que 110 000 foyers ont été entièrement détruits.

Plus largement, cette catastrophe souligne les difficultés de développement du Mozambique dans un contexte de changement climatique.

La ville de Beira après le passage du cyclone Idai. Photo DR

Pauvreté sur fond de catastrophes naturelles

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Avec un score de 0,456, le Mozambique occupe, en 2019, la 181ème place du classement des pays selon leur Indice de Développement Humain. Plusieurs éléments expliquent ce retard. La colonisation portugaise, établie du XVIème siècle jusqu’à l’indépendance en 1975, privilégie l’exploitation des ressources et de la main-d’œuvre mozambicaine au détriment de la construction d’infrastructures. Le retrait des Portugais provoque une guerre civile entre le mouvement indépendantiste communiste, le Frelimo, qui obtient le pouvoirau détriment de la Renamo, mouvement de résistance nationaliste. Ce conflit, combiné à l’échec de l’orientation collectiviste de l’économie du jeune Etat,  empêche le Mozambique de s’attaquer au problème de la pauvreté.

Le tournant libéral de la fin des années 1980 fait du pays un partenaire-clé des bailleurs internationaux, bien que l’on observe un renforcement de la corruption. Malgré les apports financiers de la communauté internationale, le sort des populations reste contrasté. Pire, une véritable dépendance à l’aide extérieure s’institutionnalise, 46% du budget national provient de l’étranger en 2010, tandis que le contexte climatique fait obstacle au développement. En effet, une grande partie des Mozambicains dépend quotidiennement des fruits de l’agriculture pluviale pour survivre

Si les agriculteurs du pays se sont traditionnellement adaptés au climat tropical, le changement climatique rend difficile l’anticipation du calendrier des pluies. Initialement concentrées sur une saison qui couvre les mois de novembre à février, elles deviennent depuis plusieurs décennies instables et entrainent sécheresses et inondations. Chaque occurrence de ces aléas provoque une perte partielle ou totale des récoltes, ce qui plonge les populations dans une situation de vulnérabilité permanente. S’éloigner des terres fluviales vers les hauteurs permet certes de limiter le risque d’inondation, mais exacerbe dans le même temps l’impact des sécheresses. De plus, le modèle agricole mozambicain est également largement dépendant de la présence de forêts.

Croissance démographique et disparition des forêts

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Une grande majorité des machambas, champs cultivés, est représentative du modèle d’agriculture sur abattis-brûlis. L’absence d’intrants ou de mécanisation fait de ce mode de production extensif le système le plus logique du point de vue des rendements. Il s’agit pour les agriculteurs mozambicains de défricher une nouvelle parcelle pour en bruler les débris végétaux dont les cendres fertilisent alors les sols. Cependant, avec une croissance démographique de l’ordre de 2,8% par an en moyenne depuis le début du siècle, la pression exercée sur les forêts augmente drastiquement.

L’accélération de la déforestation dépasse les capacités de régénération naturelle des forêts de type miombo qui prédominent dans le pays, et l’on constate un recul du couvert forestier. Celui-ci s’explique également par l’accroissement de la consommation de charbon de bois, source d’énergie particulièrement plébiscitée par les foyers urbains. Là encore, le solde naturel positif mozambicain, de l’ordre de 600 000 âmes par an, joue un rôle fondamental. Au total, c’est près de 0,58% des forêts mozambicaines qui disparaissent chaque année.

Dernière cause et non des moindres, l’exploitation et l’exportation de bois exotique. Massivement illégale, la filière fournit essentiellement la Chine, qui investit en retour dans ce secteur d’activité au Mozambique.
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L’avancée de la déforestation au Mozambique.

Des ambitions énergétiques

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La préservation des ressources ligneuses passe par le développement de sources d’énergies alternatives. Dans le même temps, ces énergies renouvelables doivent combler le retard du pays : seul un cinquième de la population est connecté au réseau électrique. Cela masque une profonde inégalité entre les espaces ruraux, où moins de 6% des foyers sont électrifiés, et les zones urbaines, où les taux d’accès ont augmenté à 54,5%.

Le pays dispose néanmoins d’un fort potentiel en matière d’énergie solaire ou hydroélectrique. En 2015, sur l’électricité disponible pour la consommation des ménages, 77% provenaient de sources renouvelables – essentiellement de l’hydroélectricité – et 33% de sources à forte teneur en carbone.

La découverte à partir de 2010 d’immenses poches de gaz naturel au large de la province de Cabo Delgado, dont le volume est estimé à plus de 5 000 milliards de mètres cubes,  marque un tournant pour le pays. Désormais, le Mozambique bénéficie du lancement de vastes projets d’exploitation basés sur plus de 60 milliards de dollars d’investissement, un record dans le domaine. Une nouvelle fois, la Chine est partie prenante de l’opération au travers de son groupe pétrolier, la China National Petroleum Corporation (CNPC).

Les défis

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Pourtant, ces programmes ne sont pas exempts de conséquences environnementales ou sociales. L’insurrection islamiste menée par le groupe Al-Shaba trouve un terreau favorable avec les problèmes sociaux, religieux et politiques. La situation, déjà crisogène, est cristallisée par le renforcement des inégalités et les violations des droits de l’homme imputables aux mégaprojets gaziers. Plus récemment,l’attaque de la ville de Palma le 24 mars dernier, et les opérations qui ont suivi, ont mis sur les routes près de 800 000 réfugiés. Face à la brusque dégradation de la situation, Total, qui dispose de près d’un quart des parts du marché, a suspendu l’ensemble de ses actions et rapatrié son personnel.

Tels sont les enjeux qui prévalent désormais au sein de « l’eldorado gazier », comme on se plait à appeler le Mozambique. Derrière une vitrine en apparence reluisante se cachent de nombreux obstacles sociaux, économiques et environnementaux au sein de ce pays d’Afrique australe.
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(*) Damien Châtel est titulaire d’une licence d’histoire, mention science politique, obtenue à l’Institut Catholique de Rennes. Il poursuit actuellement son cursus au sein du Master Conflictualités et Médiation de l’Université Catholique de L’Ouest. Son mémoire de recherche porte sur « la vulnérabilité climatique du Mozambique, entre obstacle au développement et facteur de dépendance internationale ».

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