SUÈDE ET FINLANDE
UN ENGAGEMENT EUROPÉEN CONFIRMÉ

 

RAPPORT D’ÉTONNEMENT

Par Hélène Mazeran,
Vice-Présidente de l’AA-IHEDN,
Présidente de la Commission des Voyages d’études

Trois ans après un voyage d’études dans les pays baltes, une délégation d’auditeurs de l’AA-IHEDN s’est rendue en Suède et en Finlande du 1er au 9 mai 2018[1]. Ce déplacement a été l’occasion de percevoir les défis auxquels Suède et Finlande sont confrontés en matière de sécurité et de défense, du fait de leur position géostratégique sensible sur les bords de la Baltique, aux côtés d’un « grand voisin » cherchant à affirmer sa présence et son autorité sur la scène internationale.

Les deux pays, en conservant officiellement leur « étiquette » de pays « non-alignés » se sont tous deux considérablement rapprochés de l’Ouest en s’intégrant de plus en plus dans le système de sécurité européen depuis leur adhésion à l’UE en 1995. Se sont ajoutés des liens de plus en plus étroits avec les Etats-Unis, l’OTAN et de nombreux Etats européens et des accords bilatéraux Suède-Finlande.

Au cours des rencontres et entretiens, ont pu être remarquées quelques-unes des caractéristiques de ces deux pays : des spécificités liées à l’Histoire notamment, mais aussi un point de vue commun quant à la perception de la menace russe[2]. Cependant la Suède et la Finlande, l’une et l’autre fières de leur pratique de la démocratie et du consensus qui unit dirigeants et membres de la société, se placent avec les autres pays nordiques en tête des pays où l’on vit heureux[3].

 

* La Suède 

Du fait de son caractère nordique, excentré, et de son appartenance scandinave, du fait aussi de la réserve, du « quant à soi », dont font preuve ses habitants qui contrastent avec une Europe où trouve à s’exprimer haut et fort toute une latinité, elle apparaît comme

  • un pays calme, maîtrisé, soucieux du respect des lois et des autres,
  • un pays que l’on dit fait d’individualités, peu spontanées, raisonnables, disciplinées et où on se sent en toute sécurité,
  • un pays de liberté, tant pour les affaires qu’au plan personnel, où règnent la paix sociale et le consensus.
  • un pays qui commence à ressentir plus sensiblement les effets d’une immigration (notamment dans les banlieues), qui a donné lieu dans un premier temps à une politique généreuse, mais qui trouve aujourd’hui ses limites,
  • un pays multilingue enfin, plongé dans des situations qu’il a subies et qu’il ne commémore pas, qui a cependant délibérément choisi la continuité de la royauté, et le maintien de sa monnaie, la couronne.

 

* La Finlande 

Les analogies avec la Suède sous la domination de laquelle la Finlande s’est trouvée pendant près de sept siècles sont perceptibles, mais nous ne sommes pas en « Scandinavie » et l’influence des Lapons semble plus marquée. Autant, et peut-être plus encore que les Suédois, les Finlandais sont réservés, respectueux de l’environnement et des règles.

– C’est une république à régime semi présidentiel qui, après la chute du mur de Berlin, a rapidement demandé son adhésion à l’Union européenne, et se comporte depuis lors en « bon élève » sans opt out,

– Comme la Suède, elle n’est pas membre de l’OTAN : elle a jusqu’à présent choisi de s’abstenir de toute alliance militaire, tout en développant une étroite coopération avec l’OTAN et en se réservant la possibilité de demander son adhésion.

– Cela ne l’empêche pas d’entretenir avec son grand voisin russe, dans un rôle de médiation reconnu, un dialogue constant. La Finlande se considère comme une « île cernée », avec 1.340 km de frontière commune avec la Russie. Elle n’a pas abandonné ses abris nucléaires, et consacre 1,4 % de son PIB à la défense.

– Elle entretient des relations ambigües avec la Suède, qui avait choisi de se rapprocher de la Norvège. Cependant le 10 juillet dernier a été signé un Pacte de coopération en matière de défense « en temps de paix comme en temps de guerre ». C’est le premier pacte de ce genre signé entre deux pays non membres de l’OTAN.

* Les relations bilatérales avec la France

Ce bref voyage a en outre été l’occasion pour la délégation de mesurer

  • non pas tant le prestige dont y jouit la France sur le plan historique pour avoir donné à ces deux pays un roi : Bernadotte en effet y devenait en 1818 Charles XIV Jean. Aujourd’hui presque « oublié », il a cependant profondément inspiré la politique de neutralité qui se traduit de façon différenciée pour l’un et l’autre,
  • mais bien plutôt le vif regain d’intérêt consécutif à l’élection en 2017en France d’un Président jeune, inattendu, et en apparence très déterminé dans son approche, « l’IEI »[4], d’une Europe de demain, reposant sur « une culture commune », dont ils ont bien l’intention d’être parties prenantes. Pragmatiques, nos interlocuteurs regardent, écoutent et ont donc cherché à obtenir des éclaircissements, autant qu’ils se sont, de bonne grâce, livrés à nos questions.

Avec la Suède, la France partage une vision commune de l’ordre international fondé sur le multilatéralisme, le respect du droit et de la démocratie, et des positons identiques notamment sur le processus de paix au Moyen-Orient et sur la gestion des crises en Afrique (traditionnellement engagée dans les opérations de maintien de la paix, la Suède apporte son concours à la MINUSMA avec 250 hommes).

Les visites récentes en Finlande de Mme Florence Parly, Ministre des Armées, puis du Président Macron ont encore renforcé les relations avec la France. Lors de sa visite le 26 août, Mme Parly a évoqué « une coopération opérationnelle en matière militaire pour renforcer la sécurité dans la Mer Baltique … avec un allié clé ». Le Président Macron et le Président finlandais Niimistö ont signé une déclaration commune sur la Défense européenne le 30 août.

[1] Un compte-rendu du voyage peut être consulté sur le site de l’AA. Le rapport a fait l’objet d’une diffusion restreinte. Voir aussi l’article paru sur le site de la Revue de l’Association Nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire.

[2] Ce thème fera l’objet d’un prochain article.

[3] Cf World Happiness report. J. Hellewell, R. Laspard et J. Sachs. ONU. 2018.

[4] Initiative Européenne d’Intervention (IEI), mentionnée par le Président E. Macron dans son discours sur le futur de l’Europe à La Sorbonne en septembre 2017. « Visant à développer une culture stratégique partagée … au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. »

 
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