– GÉOPOLITIQUES : relations internationales, zones géographiques …
– DÉFENSES : militaire, sécurité intérieure, terrorisme …
– ÉCONOMIES : entreprise, industrie, technologie ….

Par Jacques Raimond

  • GÉOPOLITIQUES :
  1. Les sept armes imparables qui permettent aux Etats-Unis de dominer le monde
  2. Pourquoi le Bassin Pacifique est-il un centre du nouvel « ordre » mondial ?
  3. Ce que la Russie a gagné de son intervention militaire en Syrie
  • DÉFENSES :
  1. « Nos chers espions en Afrique » – 3 questions à Thomas Hofning et Antoine Glaser
  2. Dissuasion : Depuis 1972, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français ont effectué plus de 500 patrouilles
  3. Des signatures d’entreprises en faveur de la réserve
  • ÉCONOMIES :
  1. Les 5 dates clés pour comprendre la polémique autour de la vente des Rafale de Dassault en Inde
  2. Les modes managériales existent-elles vraiment ?
  3. L’Offensive de l’ONG Foowatch contre une douzaine de grandes marques de l’industrie alimentaire
  • TOUR D’HORIZON DE MEDIAS SPÉCIALISÉS

 

 

GÉOPOLITIQUES

 

1.  Les sept armes imparables qui permettent aux Etats-Unis de dominer le monde (La Tribune, Michel Cabirol)


Les Etats-Unis, l’hyperpuissance à qui rien ne résiste ou presque. Avec Donald Trump, Washington assume aujourd’hui complètement ce rôle de gendarme du monde. L’actuel président américain ne fait pourtant qu’utiliser un arsenal judiciaire mis en place depuis longtemps par ses prédécesseurs comme les lois Helms-Burton et d’Amato adoptées en 1996. Elles pénalisaient les transactions commerciales réalisées respectivement avec Cuba, la Libye et l’Iran. Les précédents présidents américains n’ont jamais hésité eux non plus à se servir de cet arsenal. En conséquence, entre 2009 et 2016, les banques européennes ont par exemple versé environ 16 milliards de dollars de pénalités infligées pour violations des sanctions internationales américaines et/ou de la législation anti-blanchiment aux administrations américaines, dont  8,97 milliards pour BNP Paribas. Ces sanctions entraînent “aussi, inévitablement, des interrogations sur un possible ciblage des entreprises européennes et sur la loyauté de certaines pratiques des administrations américaines”, avaient d’ailleurs estimé en février 2016 les auteurs d’un rapport sur l’extraterritorialité de la législation américaine, les députés Pierre Lellouche et Karine Berger.

Souveraineté, Donald Trump réveille un peu l’Europe

Pour autant, Donald Trump va sans aucun complexe un cran plus loin. Le retrait unilatéral des États-Unis le 8 mai dernier de l’accord nucléaire avec l’Iran conclu en 2015 et la remise en application concomitante des sanctions américaines ont fragilisé, voire annihilé la mise en œuvre d’un accord politique pourtant jugé capital dans la lutte contre la prolifération nucléaire et pour la stabilité régionale. Cette décision entraîne un retrait massif des entreprises européennes des échanges avec l’Iran par crainte des sanctions extraterritoriales des États-Unis. Washington a également amplifié les sanctions contre la Russie de Poutine et a en outre lancé une guerre commerciale contre la Chine. C’est beaucoup. A tel point que les États-Unis pratiquent sans complexe une politique juridique extérieure… Car au-delà des sanctions économiques et financières que les Etats-Unis infligent aux entreprises non américaines, Washington met en péril la qualité des relations transatlantiques et affecte surtout l’autonomie des décisions économiques des autres pays et leur souveraineté diplomatique. D’ailleurs on voit naître des alliances assez inimaginables il y a peu de temps encore : l’Union européenne s’allie à la Chine et la Russie pour contrer les Etats-Unis sur le dossier iranien. En France, le Sénat plaide pour la mise en place de plateformes financières spécifiques et pour un rôle accru de l’euro afin de contrer les sanctions extraterritoriales américaines. Ainsi, une plateforme comme celle dont l’Union européenne vient d’annoncer la création avec l’Iran permettra ainsi à ce pays de continuer à exporter du pétrole et à acheter des biens à l’étranger sans échanges financiers. “Ce n’est pas une banque mais un dispositif sur lequel on enregistrerait des + et des -“, a expliqué mercredi le sénateur Philippe Bonnecarrère, en saluant son côté à la fois “rustique et robuste”. “Quand l’Iran vendrait du pétrole en Chine ou en Inde, des + viendraient s’aligner sur cette plateforme au prorata des ventes”, a précisé le sénateur centriste du Tarn (Union centriste), auteur d’un rapport de la Commission des Affaires européennes du Sénat, intitulé “L’extraterritorialité des sanctions américaines : quelles réponses de l’Union européenne ?”.

    1/ L’arme de l’extraterritorialité

La domination des Etats-Unis sur le reste du monde tient à ce que certaines lois américaines s’appliquent à des personnes physiques ou morales de pays tiers en raison de liens parfois ténus avec les Etats-Unis (un paiement en dollars par exemple). C’est l’arme imparable des Etats-Unis pour sanctionner les personnes et les entreprises non américaines. Les lois s’appliquent notamment à toutes les sociétés présentes sur les marchés financiers réglementés américains. Ces lois concernent essentiellement trois domaines : les sanctions internationales imposées, y compris de façon unilatérale, par les Etats-Unis ; la corruption d’agents publics à l’étranger ; et, enfin, l’application de la fiscalité personnelle américaine aux citoyens américains non résidents. Pour Donald Trump, l’application d’une politique extraterritoriale agressive est semble-t-il sa doctrine.

    2/ L’arme des sanctions économiques

Hier, Cuba, la Libye, le Soudan, aujourd’hui, l’Iran à nouveau, la Russie. Les États-Unis mettent en œuvre des sanctions économiques et embargos au cas par cas. Ainsi, le Congrès américain a voté la loi CAATSA (Counter America’s Adversaries Through Sanctions Act ou en français “Contrer les ennemis des Etats-Unis par le biais des sanctions”) pour sanctionner la Russie. Cette loi impose des sanctions économiques contre toute entité ou pays, qui conclut des contrats d’armement avec des entreprises russes. Les Etats-Unis ont également rétabli en mai un embargo contre l’Iran et demandent au reste du monde de le respecter sous peine d’imposer des pénalités financières aux entreprises américaines et étrangères qui y contreviendraient. Donald Trump a appelé fin septembre tous les pays de la planète à isoler le régime iranien, dénonçant la “dictature corrompue” au pouvoir selon lui à Téhéran.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.latribune.fr/economie/international/les-sept-armes-imparables-qui-permettent-aux-etats-unis-de-dominer-le-monde-789141.html

 

2.  Pourquoi le Bassin Pacifique est-il un centre du nouvel « ordre » mondial ? (Diploweb, Daniel Haber, Jean-Louis Guibert, Pierre Verluise)

 

Daniel Haber est Professeur et Consultant International, spécialisé dans les économies d’Asie. Il a vécu et travaille aux Etats-Unis et en Asie. Jean-Louis Guibert, diplômé de l’ENA, est né et a passé la guerre en Indochine, notamment sous l’occupation japonaise. Il a fondé l’Institut du Pacifique. Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, a notamment dirigé “Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Asie”, éd. Diploweb.com via Amazon

Par quel enchaînement le Bassin Pacifique est-il progressivement devenu le centre du nouvel ordre mondial ? D’Obama à Trump, quid du “pivot” américain sur le Pacifique ? Comment fonctionnent les organisations régionales au sein de la zone Bassin Pacifique ? L’UE peut-elle résister au processus de marginalisation qui semble à l’oeuvre ? Voici les questions posées à Jean-Louis Guibert, Daniel Haber qui viennent de publier « Le Bassin Pacifique. Centre du nouvel ordre mondial », Paris, éd. L’Harmattan, 2018.  Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com

  1. Verluise (P. V) : Par quel enchaînement le Bassin Pacifique est-il progressivement devenu le centre du nouvel “ordre” mondial ? 

Daniel Haber (D. H. ) et Jean-Louis Guibert (J-L G.) : C’est toute la première partie du livre qui répond à cette question. Elle décrit, et nous pensons que cela n’avait jamais été tenté auparavant, le processus historique qui a amené les pays riverains de l’océan Pacifique à se tourner progressivement vers les autres pays du Bassin. Ces raisons furent essentiellement économiques mais elles furent renforcées par une volonté politique qui prit en compte les tendances lourdes de la géographie, de la démographie et de l’économie.  Le moteur principal a été les Etats-Unis qui sont passés rapidement d’une position défensive (« L’Amérique aux Américains ») à une posture dynamique marquée par la Conquête de l’Ouest. Arrivés sur la côte Pacifique, les Etats-Unis entreprennent d’y développer le commerce vers l’autre rive et rencontrent des pays asiatiques fermés au monde. Ils ont été précédés par les nations européennes, Portugais, Espagnols, Hollandais et, surtout, par les Anglais qui, voulant payer leurs achats en opium, ont forcé les portes de la Chine. Le Japon, observant ces événements, préfère pratiquer un « judo géopolitique » en signant les traités que les forces navales américaines, déjà puissamment présentes dans le Pacifique, lui imposent. Il sauve ainsi son indépendance et décide de désormais « regarder à l’Est », vers les Etats-Unis, et de répondre stratégiquement à l’ « agresseur » en le dépassant économiquement (ce qu’il arrivera, presque, à faire vers la fin des années 1980).  La Chine s’entête, refuse de céder aux « barbares » et se trouve mise sous la coupe réglée des Occidentaux, puis du Japon. Mais dès qu’elle retrouve son indépendance, en 1949, et, surtout, après le revirement spectaculaire du modèle économique chinois par Deng Xiaoping, un degré de prospérité suffisant, dans les années 2000, lui permet de s’engager dans une politique de présence active dans le Pacifique, où se trouvent ses principaux marchés (les Etats-Unis et le Japon) et investisseurs. La Russie de Vladimir Poutine (2000 – ), allégée, bien malgré elle, de ses dépendances européennes, retrouve des politiques anciennes de développement de ses régions orientales, là où se trouvent ses principales richesses naturelles, son espace vital et des zones de pêche abondantes. L’entente avec la Chine consolide sa mainmise sur la Sibérie et lui ouvre les portes du commerce de la vaste région du Bassin Pacifique.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.diploweb.com/Pourquoi-le-Bassin-Pacifique-est-il-un-centre-du-nouvel-ordre-mondial.html

 
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3.  Ce que la Russie a gagné de son intervention militaire en Syrie (Orient XXI, Igor Delanoë)


Voici trois ans que la Russie s’est engagée dans le conflit syrien aux côtés de Damas et de Téhéran. Au cours de cette période, son activité opérationnelle a varié sensiblement au gré des objectifs qu’elle s’est fixés sur le champ de bataille. Aujourd’hui, si la crise est loin d’être réglée, Moscou peut néanmoins déjà revendiquer un certain nombre de succès.

Tout d’abord, la Russie s’est livrée à une démonstration crédible de sa capacité à projeter un corps expéditionnaire de taille modeste au-delà de l’ex-espace postsoviétique, là où personne ne l’attendait. Par ailleurs, le champ de bataille syrien a offert à l’armée russe des conditions opérationnelles réelles, non seulement pour tester du matériel neuf en vue de leur versement à l’arsenal russe ou de leur vente à l’export, mais aussi et surtout, il a généré une formidable prise d’expérience pour les différents personnels qui ont été déployés. Enfin, en vue de l’entrée dans la phase de stabilisation du pays que Moscou appelle de ses vœux, la Russie mise sur les liens établis ces derniers mois avec les différents chefs de localités rebelles avec qui il a fallu négocier, qui une reddition, qui des échanges de prisonniers, afin d’apparaître comme un interlocuteur crédible, à défaut d’être légitime aux yeux de certains acteurs locaux. La consolidation du régime syrien devrait rester l’axe de travail des Russes au cours des prochains mois. À ce titre, Moscou compte sur l’intégration au sein de l’armée syrienne des unités paramilitaires qu’elle a équipées et formées afin d’en faire le futur fer-de-lance de cette dernière. L’expérience et la combativité acquises par les forces loyalistes lors de ces années de guerre, sous les auspices du commandement russe et avec du matériel provenant de Russie, pourraient procurer à Moscou des retombées en termes d’image et d’influence qui dépassent le cadre syrien.

UN DÉLUGE DE FEU

Un des outils auquel l’armée russe aura eu recours massivement est celui de la puissance de feu délivrée par les airs, depuis la mer ou à partir des pièces d’artillerie déployées en Syrie même. Depuis le 30 septembre 2015, les forces aériennes russes ont ainsi mené près de 39 000 sorties1. Très intensives lors des premiers mois de l’engagement militaire, ces frappes ont ensuite diminué, la situation sur le terrain ayant été renversée de manière déterminante en faveur des forces loyalistes. Au cours de la phase dite active de l’opération qui a suivi directement l’entrée en action de la Russie et duré jusque début 2016, les appareils russes effectuaient jusqu’à 100 sorties par jour, soit une moyenne de 3 à 4 sorties par aéronef. Un maximum de 139 sorties a été atteint le 20 novembre 2015. Sur mer, le détachement naval russe a pris part aux opérations en apportant la puissance de feu de ses missiles de croisière Kalibr dont une centaine ont été tirés à ce jour, depuis la mer Caspienne et la Méditerranée orientale. Les systèmes d’artilleries déployés sur terre sont venus compléter le dispositif tandis que les spécialistes russes réparaient ou remettaient en état de marche plus de 4 700 unités de blindés (tanks, BMP, transports légers…) pour l’armée syrienne  Le déluge de feu a constitué une arme redoutable à plus d’un titre. Les premiers mois d’intervention ont servi à démontrer la détermination de Moscou à recourir aux frappes massives, souvent peu précises et parfois indiscriminées, envers et contre toute critique et indignation internationale. Cette première phase s’est avérée déterminante dans la mesure où elle crée un précédent qui perdure, tout autant qu’elle a permis de jauger la palette de moyens auxquels Moscou se laisse le choix de recourir. La présence de moyens rapidement mobilisables et capables de délivrer cette puissance de feu en un laps de temps relativement court à partir de la base aérienne de Hmeimim fait planer une menace permanente sur les ennemis des forces russes et loyalistes. Le choix délibéré de ne pas recourir à la puissance de feu revêt quant à lui une dimension de dissuasion conventionnelle qui inhibe les options de l’adversaire. Le choix d’y recourir, mais de manière graduée et pendant une période limitée permet d’envoyer un message d’avertissement. Pris en étau entre, d’une part, les flottements de leurs sponsors occidentaux, arabes du Golfe et turcs avec qui Moscou a maintenu le dialogue au plan diplomatique, et d’autre part le risque que représentait le déluge de feu russe, les ennemis désignés n’ont eu guère d’autre choix que de négocier leur reddition, jeter les armes ou passer au service des forces loyalistes. L’effet psychologique laissé par la bataille d’Alep-Est a joué un rôle déterminant dans la mesure où les autres poches encerclées plus tard ailleurs en Syrie savaient à quoi ne pas s’attendre (une assistance extérieure de nature à remettre en question la détermination et la supériorité russe sur le champ de bataille) et connaissaient les risques (déluge de feu). Les opérations à Deraa cet été ont confirmé le succès de cette mécanique : les groupes rebelles ont été pratiquement « retournés » les uns après les autres, sans vraiment livrer bataille.

LA PROJECTION DE LA GUERRE LITTORALE

Le rôle joué par le détachement naval russe en Méditerranée est essentiel. Il constitue l’unique axe logistique de ravitaillement entre la Russie et la Syrie sur lequel Moscou peut compter de manière autonome. La liberté de circulation sur la route maritime qui relie les ports syriens de Tartous et Lattaquié aux ports russes de la mer Noire est garantie tant que la Convention de Montreux (1936)2 est appliquée par la Turquie dans ses détroits (Bosphore et Dardanelles) et que l’OTAN ne prétend pas entraver cette liberté de navigation, ce dont elle aurait pleinement les moyens. L’autre axe logistique est celui de la voie des airs, à travers les ciels iranien et irakien, tandis que la Turquie autorise régulièrement aussi le transit de vols militaires russes au-dessus de son territoire. Toutefois, dans les deux cas, Moscou a par le passé fait les frais de fermetures d’espace aérien de longue durée (Turquie) ou des difficultés temporaires (avec l’Iran, août 2016). Fin août 2018, un Tu-154M de l’armée de l’air russe n’a pas été autorisé à pénétrer dans l’espace aérien irakien et a dû rebrousser chemin vers l’Iran avant de finalement pouvoir repartir pour sa destination en Syrie. Outre ce rôle logistique clef, la marine de guerre s’est par ailleurs livrée à une démonstration de projection de guerre littorale dans un espace maritime moyennement éloigné des eaux russes. Les unités équipées de missiles de croisière Kalibr déployées au sein de son escadron méditerranéen — frégates, corvettes lance-missiles et sous-marins classiques d’attaque — sont, pour l’essentiel, des bâtiments récents conçus pour opérer idéalement le long ou à proximité des côtes. Sous la couverture de puissants systèmes de défense antisurface (batteries côtières Bastion) et antiaériens (S-400) basés à terre en Syrie, ils forment un outil crédible pour entraver la liberté de manœuvre des flottes et de l’aviation de l’OTAN en créant un rideau défensif au large des côtes syriennes.

TENSIONS AVEC ISRAËL

Cette approche russe dite du « caillou dans la chaussure » vis-à-vis de l’OTAN a fonctionné jusqu’à présent. La Russie sait pertinemment ne pouvoir s’opposer frontalement à un groupe aéronaval américain, mais elle sait aussi que la mise en œuvre d’une approche de dénis d’accès et d’interdiction de zone oblige ses adversaires de l’OTAN et les Israéliens à maintenir le contact avec les forces russes afin d’éviter un accident.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://orientxxi.info/magazine/ce-que-la-russie-a-gagne-de-son-intervention-militaire-en-syrie,2660

 

DÉFENSES

 

1. « Nos chers espions en Afrique » – 3 questions à Thomas Hofning et Antoine Glaser ( IRIS,  le point de vue de Pascal Boniface)


Antoine Glaser
 est journaliste et spécialiste de l’AfriqueThomas Hofnung est journaliste à The Conversation-France et spécialiste de l’Afrique et des questions de défenseIls répondent à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage « Nos chers espions en Afrique », aux éditions Fayard.

Les services français, autrefois inégalés en Afrique, ont-ils désormais affaire à une rude concurrence ?

L’époque où ils détenaient une sorte de monopole, sinon une forme de suprématie, dans ce que l’on a appelé le “pré carré” francophone, autrement dit les anciennes colonies françaises, est bien révolue. L’Afrique s’est mondialisée depuis la fin de la fin de la guerre froide, et dans leurs anciennes chasses gardées, les services hexagonaux doivent compter avec des concurrents de plus en plus actifs sur le continent. Les Britanniques, Histoire oblige, ont toujours été dans le paysage. Les Américains, qui sont de plus en plus présents militairement, quoi que de manière discrète, ont également besoin de renforcer leurs services de renseignement. Jusqu’à récemment, les Chinois s’occupaient avant tout de conquérir des parts de marché, en jouant sur la carte de la neutralité politique. Mais lors de la chute de Robert Mugabe au Zimbabwe, on a bien vu qu’ils faisaient de la politique, donc du renseignement. D’ailleurs, comme nous le racontons dans le livre, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) veille à ce que ses alliés sur le continent n’achètent pas du matériel d’écoute chinois, qui – outre l’aspect business – permettrait à Pékin d’être directement renseignée à la source… On assiste aussi, notamment en Centrafrique, au grand retour des Russes qui, comme chacun sait, disposent de services de renseignement très performants, et très entreprenants. Et puis n’oublions pas les Israéliens, qui détiennent quelques places fortes en Afrique, en particulier au Cameroun, où certains de leurs ex-officiers encadrent la garde présidentielle. La coopération est si forte que les officiers supérieurs locaux ont appris l’hébreu pour mieux communiquer !

Existe-t-il toujours une rivalité néfaste entre les services, notamment en ce qui concerne le partage d’informations ?

Cette rivalité est inscrite dans la nature même des services de renseignement. Leur raison d’être, c’est d’obtenir et de garder pour soi des informations que les autres n’ont pas, y compris leurs collègues sur le territoire national. En France, les missions de renseignement sont principalement réparties entre la DGSE (service extérieur), la DGSI (ex-DST, renseignement intérieur) et la DRM (la Direction du renseignement militaire). Ces trois services sont censés coopérer, notamment dans la lutte contre la menace djihadiste. Les attentats perpétrés sur le sol national, depuis début 2015, ont ainsi conduit les autorités à accélérer dans ce domaine, en obligeant les uns et les autres à se parler davantage. Mais, dans les faits, chacun reste très jaloux de ses prérogatives et partage au compte-gouttes ses renseignements. Ainsi dans le Sahel, la DRM a demandé à prendre le lead du recueil de renseignements dans la lutte contre les groupes armés djihadistes. La DGSE devait, en quelque sorte, se mettre à son service

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.iris-france.org/120282-nos-chers-espions-en-afrique-3-questions-a-thomas-hofnung-et-antoine-glaser/

 
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2.  Dissuasion : Depuis 1972, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français ont effectué plus de 500 patrouilles (OPEX 360, Laurent Lagneau)

 

En mars 1963, le gouvernement du général de Gaulle commanda le « Redoutable », le premier des six sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] devant permettre à la Marine nationale de mettre en oeuvre la dissuasion nucléaire françaises aux côtés des Forces aériennes stratégiques [FAS]. Deux ans plus tard, les travaux pour construire la base sous-marine de l’Île-Longue, en Bretagne, furent décidés (ce qui donnera le plus grand chantier d’Europe, à l’époque). La construction du SNLE « Le Redoutable » prit environ huit ans. Après avoir été livré à la Marine nationale, il effectué un premier tir en plongée d’un missile stratégique M1E. Une fois admis en service, ce bâtiment, alors doté de 16 missiles mer-sol balistiques et mis en oeuvre par un équipage de 135 marins, partit pour sa première patrouille, prévue pour durer 55 jours. C’était le 28 janvier 1972. Plus de 46 ans après, la Force océanique stratégique (FOST) vient de célébrer la 500e patrouille de dissuasion de son histoire, ce qui représente 37.250 jours sous la mer. C’est le SNLE « Le Terrible » qui a franchi ce seuil symbolique, célébré ce 11 octobre par Florence Parly, la ministre des Armées. « Aujourd’hui, c’est la souveraineté de la France que nous célébrons. C’est notre indépendance, c’est notre autonomie. C’est notre capacité à parler, à être écouté et à agir. Depuis 1972, ce sont 500 patrouilles de SNLE. 500 patrouilles qui ont porté sous les mers le gage de notre souveraineté. 500 patrouilles, comme autant de rappel que la voix de la France compte dans le concert des Nations et que nos intérêts vitaux sont bien gardés. 500 patrouilles comme autant de défis techniques, scientifiques, militaires et humains relevés », a commenté Mme Parly. Au passage, la ministre a réaffirmé la pertinence de disposer d’une dissuasion à la fois océanique, avec les SNLE/M51, et aéroportée, avec les Rafale B/ASMP (ce qui a parfois été contesté, à des fins « d’économies », par des responsables politiques peu inspirés ou peu au fait de ces questions – voire les deux). « Nos deux composantes océanique et aéroportée, comptent l’une sur l’autre. Elles forment cet ensemble cohérent, complémentaire. Elles assurent que nous pourrons agir partout, vite et en permanence. Elles sont les deux piliers solides et nécessaires à la crédibilité et l’efficacité de notre dissuasion. Elles garantissent que les décisions du Président de la République seront parfaitement exécutées, quelles que soient les circonstances », a ainsi rappelé Mme Parly. « Maintenir 46 années de présence ininterrompue illustre l’excellence de la dissuasion française. Cette permanence est en effet rendue possible grâce à la mobilisation des équipages de SNLE, des structures de soutien de la force océanique stratégique (FOST) et des industriels qui contribuent à la mise en œuvre et à la maintenance des sous-marins et de leurs armements », a, de son côté, fait valoir la Marine nationale. Après la modernisation des SNLE de la classe « Le Triomphant » [il a fallu adapter les trois premiers de la série au missile M-51, ndlr], la Loi de programmation militaire 2019-25 prévoit le lancement de la réalisation du programme de SNLE de 3e génération [SNLE 3G]. Pour le moment, peu de détails ont été diffusés au sujet des nouveaux sous-marins, si ce n’est qu’ils devraient avoir un tonnage équivalent à ceux qu’ils remplaceront « Le dimensionnement a été fait sous contrainte de coût avec un tonnage équivalent au prédécesseur, compatible des installations à terre et du [missile] M51, tout en améliorant la discrétion acoustique, la furtivité », avait ainsi expliqué François Geleznikoff, le directeur des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), lors d’une audition parlementaire.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
http://www.opex360.com/2018/10/11/dissuasion-depuis-1972-les-sous-marins-nucleaires-lanceurs-dengins-francais-ont-effectue-plus-de-500-patrouilles/


3
.  Des signatures d’entreprises en faveur de la réserve (Défense, DICoD)


Vendredi 12 octobre 2018, à l’hôtel de Brienne, Florence Parly, ministre des Armées, a présidé une cérémonie de signature de conventions de soutien à la politique de réserve. L’occasion également de remettre le prix entreprise Garde nationale 2018. Trois nouvelles entreprises ont signé une convention avec le ministère des Armées : HSBC, Microsoft France et Options Télécom. Représentées respectivement par Jean Bernardeau (directeur général), Caroline Bloch (DRH) et Pierre-Antoine Kern (président), elles s’engagent à octroyer à ses salariés « réservistes opérationnels » des dispositions facilitant l’accomplissement de leurs périodes de réserve au-delà des obligations légales. Au total, ce sont 510 conventions signées à ce jour. Des actions qui contribuent indéniablement à la montée en puissance de l’emploi de la réserve opérationnelle. Le ministère des Armées compte plus de 36 000 réservistes dont 3 500 employés quotidiennement, des chiffres flirtant avec les objectifs fixés dans la loi de programmation militaire (LPM 2019-2025) à savoir 40 000 réservistes dont 4 000 employés chaque jour.

Le groupe Casino et la commune de Lit-et-Mixe récompensés

Florence Parly a ensuite remis le prix de la Garde nationale au groupe Casino ainsi qu’à la commune de Lit-et-Mixe (Landes) pour leur investissement et leur engagement en faveur de la réserve opérationnelle au cours de l’année 2017. Un prix qui traduit la volonté du ministère des Armées d’encourager les entreprises partenaires de la Défense. Institué en 2011, ce prix comporte deux catégories :

  • Les entreprises, organismes ou établissements de moins de 1 000 salariés
  • Les entreprises, organismes ou établissements de 1 001 salariés au minimum

La réserve en chiffres :

·         Un budget d’environ 200 M€ par an

·         Plus de 36 000 réservistes opérationnels

·         Une augmentation de 32% de réservistes depuis 2015

·         36,8% des réservistes ont moins de 30 ans

 

ÉCONOMIES 

 

1.  Les 5 dates clés pour comprendre la polémique autour de la vente des Rafale de Dassault en Inde (L’usine nouvelle, Olivier James)


La polémique ne cesse d’enfler autour du contrat de vente de 36 Rafale à l’Inde. Alors qu’elle s’est transformée en affaire politique en Inde, elle ternit l’image de l’avionneur et pourrait compromettre de futurs contrats.

Un appel d’offres annulé, une instrumentalisation politique en Inde, une bourde impromptue de François Hollande, des “offset” qui sèment le doute… Ces derniers mois, la vente par Dassault Aviation des 36 Rafale à l’Inde a pris la tournure d’une affaire politico-industrielle de grande ampleur. Elle agite tout le milieu politique indien et pourrait mettre à mal les ambitions de l’industriel dans ce pays. Cinq dates pour comprendre comment on en est arrivé là.

23 septembre 2016 : Dassault signe un contrat pour 36 Rafale

Ce jour-là, Dassault Aviation signe un contrat pour la vente de 36 Rafale à l’Inde, représentant un marché d’environ 8 milliards d’euros. Le deuxième succès du Rafale à l’export, après l’Egypte, était pourtant bien mal engagé. Certes, en 2007, l’appel d’offres lancé par l’Inde concernait au total 126 appareils. Mais il prévoyait que Dassault vende directement 18 appareils puis que les 108 restants soient assemblés sur le sol indien. Remporté en 2012 par Dassault, l’appel d’offres fait long feu en raison d’un écosystème indien aéronautique insuffisant. Et se transforme en 2015, à l’occasion de la venue du Premier ministre indien Narendra Modi à Paris en avril, en un contrat de “seulement” 36 Rafale. L’Armée de l’Air indienne, qui opère une flotte vieillissante composée notamment d’appareils russes d’ancienne génération, a un besoin urgent de nouveaux appareils. Mais avec le contrat signé en 2016, il s’agit bien de l’achat d’appareils assemblés par Dassault sur son site historique français de Mérignac (Gironde). Les premières livraisons sont prévues pour fin 2019 et sont étalées sur trois ans environ. “Make in India” oblige, le français se voit imposer des “offset”, des investissements compensatoires. Bien connu dans l’industrie, et dans l’aéronautique en particulier, ils consistent pour celui qui remporte un contrat à investir – en production, en formation… – un pourcentage de la valeur de ce contrat dans le pays qui achète. Dans le cadre du contrat Rafale avec l’Inde, Dassault Aviation s’est engagé à réaliser des offset à hauteur de 50 % de la valeur du marché. En octobre 2016, l’industriel annonce s’associer avec l’entreprise indienne Reliance, un conglomérat dirigé par l’homme d’affaire Anil Ambani.

10 février 2017 : Dassault crée une société commune avec Reliance

Dans le cadre de la réalisation d’une partie de ces offset, Dassault Aviation créé une société commune avec son nouveau partenaire indien Reliance : Dassault Reliance Aerospace Ltd (DRAL), le 10 février 2017. Dassault y investit pour sa part 100 millions d’euros. Les deux industriels visent notamment à construire une usine commune, à Nagpur. La première pierre est posée le 27 octobre 2017. Le site produira d’abord des pièces pour le Falcon 2000 puis pour le Rafale. Si le Français jouit d’une réputation mondiale dans l’aéronautique, le groupe Reliance n’a en revanche pas d’expérience en la matière. C’est le choix de ce partenaire industriel indien, détenu par le milliardaire Anil Ambani, qui va peu à peu générer en Inde la suspicion. L’Inde ne possède-t-elle pas un constructeur aéronautique maison, Hindustan Aeronautics (HAL) ? A la fin de l’année 2017, l’opposition s’enflamme. Rahul Gandhi, le président du Parti du Congrès, fait naître la polémique : Reliance aurait bénéficié du contrat en raison de sa proximité entre son patron et Narendra Modi, le chef du gouvernement indien. Cette accusation de favoritisme en faveur de Reliance va peu à peu se transformer en “affaire Rafale“. Elle fait régulièrement la Une des journaux et alimente le gros des débats politiques en vue des élections générales, prévues en 2019.

21 septembre 2018 : François Hollande ravive la polémique

L’opposition indienne n’en attendait pas tant. Dans une interview accordée à Mediapar, le vendredi 21 septembre, l’ancien président de la République François Hollande apporte de l’eau au moulin à Rahul Gandhi. François Hollande affirme que la France n’avait “pas eu le choix” du partenaire indien du constructeur Dassault. Et d’ajouter : “C‘est le gouvernement indien qui a proposé ce groupe de services et Dassault qui a négocié avec [le magnat Anil] Ambani“. Des propos qui s’expliquent, toujours selon Mediapart, par la volonté de l’ancien président de se dédouaner : Reliance a participé au financement du film “Tout là-haut“, dans lequel joue sa compagne Julie Gayet. La sortie de François Hollande n’agite pas que les politiques indiens. “Je trouve que cette petite phrase prononcée à l’étranger, s’agissant de relations internationales importantes entre la France et l’Inde, ne rend service à personne et ne rend surtout pas service à la France“, avait réagi sur Radio J le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne, cité par l’AFP. Il n’aura d’ailleurs pas fallu beaucoup de temps pour que François Hollande effectue un rétropédalage. “Dassault s’est retrouvé avec Reliance sans que le gouvernement français ait été consulté (…), dira-t-il un peu plus tard. Ce sont des partenaires qui se sont choisis eux-mêmes.

11 octobre 2018 : Dassault monte au front pour se défendre

Face à la polémique croissante, et suite à la sortie de François Hollande et à la (très) mauvaise tournure que prend l’affaire, Dassault, pourtant habitué à observer la plus grande discrétion, sort du bois. L’industriel publie le 11 octobre 2018 un communiqué de presse, précisant de nouveau les contours du contrat passé avec l’Inde. “Pour réaliser une partie de ces offsets, Dassault Aviation a décidé de créer une joint-venture avec le groupe Reliance qu’il a librement choisi“, précise l’avionneur. Qui en profite pour souligner la multiplication de partenariats passés avec d’autres industriels indiens, tels que BTSL, DEFSYS, Kinetic, Mahindra, Maini, SAMTEL…

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.usinenouvelle.com/article/les-5-dates-cles-pour-comprendre-la-polemique-autour-de-la-vente-des-rafale-de-dassault-en-inde.N754854

 

2.  Les modes managériales existent-elles vraiment ? (The conversation, Romain Zerbib et  Ludovic Taphamel)


Le titre de cet article peut naturellement surprendre tant il existe de travaux scientifiques ayant déjà démontré, preuves à l’appui, l’existence de tels phénomènes. Pourtant, il semblerait que, dans les organisations, les modes ne s’incarnent pas exactement telles qu’elles peuvent être décrites au sein de la littérature… Faisons un test. Prenez quelques instants et parcourez la page d’accueil de votre compte LinkedIn. Que voyez-vous ? Des entreprises adeptes du bonheur au travail, pleines de baby-foot, où les salariés pratiquent la méditation de pleine conscience après s’être réunis autour de leurs smoothies préférés pour un brainstorming. Maintenant, éteignez votre PC et posez les yeux sur votre environnement de travail… Constatez-vous une différence ?Les travaux de Christophe Midler et Eric Abramhamson, notamment, ont admirablement bien décrit le cycle de vie d’une mode et les ressorts de sa diffusion. Si le phénomène semble cohérent et harmonieux à l’échelle du marché, il apparaît plus nuancé dès lors qu
e la mode en question franchit le seuil de l’entreprise (Røvik, 2011). Nous tenterons au travers de cet article de comprendre les motifs d’un tel décalage et de déterminer si il est de nature, ou non, à remettre en cause l’impact réel des modes managériales sur les entreprises. Selon nous, cet écart entre théorie et pratique est le produit d’au moins trois motifs majeurs. Le premier est relatif aux méthodologies employées par les chercheurs pour identifier un phénomène de mode. Le deuxième fait écho au volume d’entreprises qui adoptent le champ lexical de la mode, mais pas son contenu. Et le troisième relève du pouvoir d’interprétation de chaque entreprise vis-à-vis de la mode en vigueur.

Un problème de méthodologie

Pour identifier les modes, les chercheurs relient en général une pratique de management à un ensemble de mots-clefs significatifs (« bonheur au travail », « chief happiness officer », etc.). Ils mesurent l’occurrence de ces termes dans les médias, les discours managériaux, les restitutions de réunions ou encore les prestations de conseil pour en déduire l’existence, ou non, d’un éventuel phénomène de mode. On estime que l’on « tient » une mode dès lors que la récurrence des mots-clefs esquisse une courbe gaussienne synonyme d’une ascension rapide du concept, suivie à relativement court terme d’une chute soudaine. Oui, mais voilà, le propre d’une mode réside aussi dans le fait qu’elle est instrumentalisée. La sémantique qui accompagne toute mode est en effet régulièrement employée par de nombreuses parties prenantes externes (consultants, journalistes, enseignants, etc.) en vue de renforcer leur légitimité et leur attractivité, sans que cela ne soit automatiquement suivi de faits. Il est ainsi envisageable que les Unes de revues professionnelles, par exemple, évoquent le sujet du bonheur au travail sans qu’il soit tangiblement effectif au sein des organisations. De même, il serait vain de s’en remettre au magazine Vogue pour sonder la mode en cours à Paris : sans doute existe-t-il un gap entre les modèles figurant sur les pages glacées et la réalité… (Clark, 2004).

Les modes managériales : discours internes ou réalités ?

Notre deuxième raison de douter découle d’un ensemble d’études qui mettent en avant la propension de certaines organisations à adopter, en interne, un ensemble de mots-clés à la mode, sans pour autant ajuster leurs pratiques quotidiennes. Benders et van Bijsterveld (2002) distinguent à cet égard l’adoption dite « rhétorique », qui renvoie aux entreprises qui se contentent d’employer uniquement le vocable de la mode, de l’adoption dite « substantielle », qui génère une véritable modification des pratiques internes. Nicolai et Dautwiz (2010) ont démontré que des entreprises pouvaient ainsi faire le choix d’opter pour un discours à la mode sans expliquer à leurs collaborateurs de quoi il s’agissait concrètement. Les deux auteurs ont analysé le cas d’une entreprise allemande se disant fortement orientée core competences (Trad. : « cœur de compétence ») et ont démontré qu’il ne s’agissait que d’un vernis rhétorique. En effet, lorsque Nicolai et Dautwiz ont interrogé une quarantaine de managers de l’entreprise, les verbatim ont mis à jour pas moins de 112 core competences différentes, ce qui démontre l’absence totale de consensus sur un aspect qui figurait pourtant au cœur du discours de l’entreprise. Résultat étonnant dans la mesure où les compétences clés d’une entreprise sont par nature rares et peu nombreuses… Ces travaux démontrent à quel point une mode peut se propager au sein d’une entreprise en modifiant uniquement les discours des acteurs sans pour autant faire l’objet d’une adoption réelle.

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://theconversation.com/les-modes-manageriales-existent-elles-vraiment-104749

 

3.  L’Offensive de l’ONG Foowatch contre une douzaine de grandes marques de l’industrie alimentaire (Infoguerre)


En septembre 2018, l’ONG Foodwatch dénonce la présence de résidus issus d’animaux dans certains produits alimentaires et attaque une douzaine de grandes marques. L’affaire connait très rapidement une exposition médiatique qui oblige les marques à réagir.

 Foodwatch, une ONG militante écologiste

L’ONG Foodwatch milite pour le droit des consommateurs de se voir proposer des aliments de qualité, sans risques pour la santé et comportant un étiquetage fiable et transparent. Selon Eclopedia, qui se déclare être une source d’information sur les grands acteurs de l’écologisme militant et sans complaisance car indépendant des ONG écologistes, Foodwatch est une organisation politique dans la mouvance écologiste. Fondée d’abord en Allemagne en 2002, puis aux Pays-Bas en 2009 et en France en 2013, Foodwatch est une initiative de Thilo Bode, ancien directeur général de Greenpeace Allemagne (1989-1995) et de Greenpeace International (1995-2001). Coté financement, l’orientation idéologique se précise également puisque Foodwatch Allemagne qui supporte le financement Foodwatch France a reçu d’importantes subventions notamment du milliardaire Rolf Gerling, administrateur d’un institut de recherche sur l’agriculture biologique ainsi que de Nikolai Fuchs, coordinateur européen de Demeter International, la marque agricole d’inspiration anthroposophe. En septembre 2014, Foodwatch France lançait ses premières campagnes de pétitions sur les ruses légales utilisées par notamment la Marque Repère (E. Leclerc), Maggi (Nestlé), Lustucru (Panzani), Vrai (Triballat Noyal) et recueillait alors près de 150 000 signataires. La campagne fut efficace et obtint l’arrêt de la commercialisation de certains produits et la modification des emballages pour d’autres.

 Le mode opératoire utilisé

La stratégie de Foodwatch consiste à cibler les produits de grande consommation et à dénoncer les étiquetages abusifs. Le mercredi 19 septembre 2018 l’ONG publie un communiqué intitulé «Insectes, porc et bœuf cachés dans nos aliments : Foodwatch épingle 12 aliments peu ragoûtants ». Des marques de grandes renommées telles que Nestlé, Orangina, Yoplait ou Haribo sont violemment attaquées. Plusieurs produits alimentaires sont cités, c’est le cas par exemple des yaourts Panier Yoplait 0% qui contiennent de gélatine d’origine bovine ou encore de l’Orangina rouge qui contient des carmins (un colorant issu de la cochenille). Ensuite, c’est une campagne médiatique efficace qui orchestre la résonnance de l’opération. La presse écrite régionale, nationale, quotidienne et hebdomadaire reprend l’information dès le lendemain avec des titres ravageurs qui reprennent pêle-mêle les effets de langage du communiqué de Foodwatch. Le journal Sud-Ouest et Le Point du 20 septembre 2018 titraient par exemple « des résidus issus d’animaux ou d’insectes dans des aliments». Ce même jour, les chaines de télévisions relaient l’information à des heures de grandes écoutes notamment au journal de 20H00. Les chaines France 2, TF1 et BFM organisent des micros-trottoirs interpellant dans la rue des passants qui découvrent l’existence de cette affaire et lui donnent alors un caractère de scandale alimentaire. Mégane Ghorbani, responsable de campagnes chez Foodwatch, est interviewée à la fois par voie de presse et est invitée sur les plateaux de télévisions pour dénoncer les pratiques des industrielles. Les effets de langage sont dûment choisis pour marquer les esprits du grand public comme par exemple des expressions « Toutes sortes de bestioles se cachent dans nos aliments et boissons sans que nous le sachions … des dérivés d’animaux dans des produits de pâtisserie. » L’ONG Foodwatch souhaite, par cette étude et sa couverture médiatique, attirer sur son site internet un maximum de trafic et obtenir la signature de la pétition par le plus grand nombre.

 La réaction des sociétés attaquées

L’ONG a écrit aux industriels cités dans son étude pour leur demander des précisions sur la nature des ingrédients utilisés ainsi que la clarté des informations mentionnées sur les emballages. Tous se défendent de pratique illégale et la plupart indique clairement sur l’emballage la présence de produits d’origine animale. La marque Yoplait a fait l’objet d’une détermination toute particulière de la part de FOODWATCH. Dans son courrier de réponse, le groupe General Mills, propriétaire de la marque, a précisé que ses yaourts contenaient une très faible teneur en gélatine d’origine bovine et a également annoncé la mise en place en 2019 d’une nouvelle recette sans résidus d’origine animale. 

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://infoguerre.fr/2018/10/loffensive-de-long-foodwatch-contre-douzaine-de-grandes-marques-de-lindustrie-agroalimentaire/

 

TOUR D’HORIZON DE MEDIAS SPÉCIALISÉS 

 

USMCA : la victoire de Trump par KO sur le Mexique et le Canada qui devrait alerter les Européens sur ce qu’il les attend en matière de négociations commerciales (Atlantico, Jean-Marc Sylvestre )
http://www.atlantico.fr/decryptage/usmca-victoire-trump-ko-mexique-canada-europeens-attend-negociations-commerciales-aude-kersulec-jean-marc-sylvestre-3524745.html

Nouvelle saisie de cocaïne au Havre (Le marin, Frédérick Auvray)
http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/shipping/32594-nouvelle-saisie-de-cocaine-au-havre 

Un coordinateur national nommé pour préparer les ports au Brexit ( Le marin, Frédérick Auvray)
http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/shipping/32591-un-coordinateur-national-nomme-pour-preparer-les-ports-au-brexit

Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Union européenne. À l’heure du Brexit (Diploweb, Pierre Verluise)
https://www.diploweb.com/Histoire-Geographie-et-Geopolitique-de-l-Union-europeenne-A-l-heure-du-Brexit.html

La Nouvelle loi israélienne sur l’ Etat-Nation a-t-elle légalisé l’apartheid ? (Orient XXI, Dominique Vidal)
https://orientxxi.info/va-comprendre/la-nouvelle-loi-israelienne-sur-l-etat-nation-a-t-elle-legalise-l-apartheid,2678

Israël : questions sur les nouvelles routes de la soie
https://www.ttu.fr/israel-questions-sur-les-nouvelles-routes-de-la-soie/

Le printemps de Prague par des photographes tchèques (Slate)
http://www.slate.fr/grand-format/printemps-prague-1968-167723

 

Paru au journal officiel :

Arrêté du 1er octobre 2018 modifiant l’arrêté du 20 décembre 2012 relatif à la détermination et au contrôle de l’aptitude médicale à servir du personnel militaire 
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=DB5E7C238B23B5B0130BCAFF8A551FE2.tplgfr42s_2?cidTexte=JORFTEXT000037476975&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id&idJO=JORFCONT000037476689


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