LA NATURE,
UNE PUISSANCE QUI S’IGNORE

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l
 Jamel Metmati (*)
Ingénieur
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Les systèmes naturels fonctionnent comme une entité géopolitique qui s’affranchit des règles artificielles humaines. L’exemple de la crise sanitaire du coronavirus démontre qu’en dépit de scénarios stratégiques et opérationnels pour maintenir un niveau de sécurité au sein de services essentiels, d’autres facteurs de puissance transcendent la réalité géopolitique des Nations.

Le fonctionnement industriel s’appuie sur des économies en réseau où le flux des services et des marchandises se construit sur une chaîne de valeurs où tous les produits sont interreliés. Tout relève des coûts et des capacités de production. Cette logique s’applique également à la circulation des individus comme aux rapports que ces derniers entretiennent avec leur environnement. C’est donc un système géopolitique original que possède la nature, et qui se confronte à la description du risque biologique décrit dans la loi de programmation militaire 2019-2025.

Le système naturel : une entité géopolitique


Le système naturel est un sous-système biologique regroupant humains-animaux-végétaux-bactéries, fonctionnant au sein d’un écosystème caractéristique d’une planète tellurique. Ce sous-système est dominé par l’humain. Mais au sein de ce groupe humain existe une compétition dans laquelle individualités ou collectivités prennent le pas sur d’autres. Cette compétition se mesure principalement par des niveaux de richesse et de développement, que des règles juridiques tentent d’équilibrer.

La principale caractéristique d’un système biologique se trouve dans l’équilibre que chaque entité exerce sur l’autre. La disparition de l’une peut entraîner la suppression ou la prolifération de l’autre. Le confinement d’une partie de la population mondiale provoque un retour d’animaux sur les territoires tenus par l’humain. On trouve des chèvres sauvages en centre-ville au pays de Galles, on observe des centaines de singes en quête de nourriture dans une ville en Thaïlande.

Le monde naturel est rempli de tricheries et de tromperies où les organismes déploient des stratégies pour se protéger, pour se nourrir, pour se reproduire. Dans l’équilibre humain-animaux-végétaux-bactéries, la place prise par l’humain est singulière. En effet, l’humain utilise son environnement animal et végétal pour répondre à ses besoins. De sorte que, continuant à évoluer au sein de son écosystème planétaire, il en exploite les facteurs de fonctionnement pour satisfaire ses ambitions politiques, ses exigences économiques et ses objectifs militaires.

Tous les organismes déploient des stratégies pour se protéger, se nourrir, se reproduire.
Photo Pixabay

Le risque biologique remis à l’actualité des pays touchés par le Covid-19 montre les effets indirects de cette exploitation de l’environnement. Au point que pour trouver un vaccin au Covid-19, on étudie des anticorps présents chez les camélidés.

La nature : démonstration de puissance


Autrement dit, la capacité à utiliser son environnement sans connaissance de ses propriétés enclenche, ipso facto, des processus biologiques uniques pour lesquelles se produisent des mouvements géopolitiques. Ces derniers sont observables au sein même de la nature par des comportements géopolitiques singuliers comme les virus.

La nature est une force géopolitique disposant d’une puissance. Pour le moment, elle est capable de perturber le fonctionnement des pays dans leurs dimensions politiques, économiques, et militaires.  Les économies les plus puissantes subissent les effets du comportement d’un virus avec une posture guerrière adoptée par les pays concernés.

Ce comportement produit des réactions géopolitiques. Et il provoque les mêmes caractéristiques qu’une agression armée : stress post-traumatique au sein des populations, capacité de résilience, action destructive d’une entité biologique contre une autre. Comme pour le porte-avions Charles Gaulle qui a été rendu indisponible par le Covid-19, 10% de l’équipage du porte-avion Théodore Roosevelt a été testé positif au coronavirus. Et 3696 membres d’équipage ont été transférés dans des hôtels ou des casernes de l’ile de Guam.

Des dispositifs de confinement se sont généralisés dans la moitié des pays du monde. Et les autorités gouvernementales ont adopté un niveau 4 de confinement sur une échelle de 1 à 4. Ce cas extrême se définit par la capacité infectieuse d’un agent pathogène pouvant entraîner des maladies graves, souvent mortelles, pour lesquelles aucun traitement ou vaccin n’est disponible.

La nature impose aux entités politiques la mise en place de contre-mesures pour limiter son effet offensif et défensif. Dès lors, elle dispose de ses propres facteurs de puissance.

Contre-mesures face aux effets offensifs de la nature : l’hôpital militaire de campagne déployé à Mulhouse.
Photo Minarm.

Les comportements d’un virus  


Le modèle de puissance de la nature s’inspire du fonctionnement des technologies numériques. Ainsi, l’informatique de l’intelligence artificielle a pris la biologie comme exemple dans ses mécanismes de fonctionnement. Dès la naissance de l’informatique, certains étaient conscients de la nécessité de rester le plus proche possible des systèmes neuronaux biologiques. Norbert Wiener ou Von Neumann s’avançaient à faire des comparaisons entre les composantes d’une machine et les neurones du cerveau.

Dès lors, les comportements des virus informatiques adoptent les mêmes comportements que les virus pandémiques ou saisonniers. Le Covid-19 se transmet d’individus à individus comme les virus se propagent et se répliquent de machines à machines, en détruisant des données ou, pire, des systèmes informatiques complets. Une différence toutefois, le Covid-19 combine une forme originale de transmission en y incluant les propriétés chimiques des cellules : une clé qui se connecte à un récepteur, libération d’un acide nucléique dans le récepteur-cible qui permet le transport du message génétique du virus et sa synthèse avec d’autres protéines, réplication du virus vers d’autres cellules.

La compréhension de ces phénomènes ne dépend que des connaissances acquises avec l’évolution par les humains-animaux-végétaux-bactéries. L’extraction du monde naturel ouvre également l’ouverture vers des voies possibles de survie à d’autres organismes. Le Covid-19 a su s’adapter à différents environnements sur des longues distances en touchant des populations différentes. De ce fait, il agit avec des stratégies d’attaques et de défenses pour assurer sa survie. Il provoque les mêmes réflexes de survie chez les populations humaines et donne une dimension géopolitique assez nouvelle aux relations internationales.

Le niveau de puissance de la nature se révèle dans les comportements engendrés au sein des populations. Le choix d’une terminologie guerrière place la lutte contre un virus à hauteur d’une guerre où les moyens d’actions cherchent à s’adapter à l’agression mortelle. A la lumière de ce contexte, les mouvements et les réactions des populations adoptent les mêmes formes qu’un affrontement entre groupes humains.

La peur comme moteur


Le volume de décès enregistré a produit de la peur au sein des populations. De sorte que, face à l’attaque subie, la sidération induite produit de la désinformation sous la forme de fausses nouvelles : suspicion des origines du virus d’un laboratoire chinois P4 à Wuhan ou d’un centre américain de recherche médicale à Fort Detrick, utilisation de la 5G comme propagateur du virus…

La mortalité provoquée par le virus a engendré la peur.
Dessin DR

La peur génère un déplacement de population avec des réflexes de fuites. Depuis le 17 mars 2020, les données de l’opérateur Orange montre des déplacements de population sur le territoire : 1,4 million de personnes ont quitté leur département de passage pour retrouver leur département de résidence. Entre 620 000 et 810 000 personnes ont quitté la France métropolitaine. Enfin, à Paris, le nombre de résidents a baissé de quelques 600 000 personnes.

La peur crée des stratégies de résilience s’appuyant sur des missions de protection, ou des solidarités, formelles ou non-formelles, basées sur la coopération. Depuis, le 25 mars, l’opération résilience mobilise des militaires pour lutter contre le virus. Elle a pour vocation d’aider la population et d’appuyer les services publics face à la pandémie en assurant par exemple la protection de lieux sensibles dans lesquels sont stockées du matériel médical.

La peur aura comme effet, conjugué au confinement, de produire du stress post-traumatique chez les populations qui n’ont pas connu d’autres épidémies. Le département de médecine psychologique du King’s College à Londres a examiné les données de 24 études réalisées lors des épisodes du SRAS (2003), du H1N1 (2009), du MERS (2012) et d’Ebola (2014). Elles montrent qu’un stress post-traumatique naît d’un manque perçu dans les informations fournies sur la gravité de la pandémie.

La nature, qui se rappelle comme un acteur de la géopolitique mondiale, oblige les Nations à se confronter à elle Dès lors, le risque naturel devient également un risque géopolitique pour la continuité du fonctionnement vital des Nations. Si cet effet est connu avec les pandémies ou les épidémies déjà vécues dans l’histoire, la crise du Covid-19 démontre que les mécanismes des forces physiques qui décrivent la réalité perçue par les sociétés humaines restent un facteur de progrès. Autrement dit, seules des stratégies d’intelligences collectives novatrices pourront résoudre les effets, engendrés par la géopolitique de la nature, sur les facteurs d’équilibre qui maintiennent le fonctionnement des Nations.

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(*) Jamel Metmati, auditeur de l’IHEDN, est ingénieur cyber-sécurité au sein de l’Institut des Mines Telecom Paris Tech. Il est membre de la « Science and Information organization », de la « Neuroscience of Consciousness » et de la « Oxford Academic ». Il traite des méthodes d’ingénierie numériques appliquées au contexte politique, économique et social, dont les principaux thèmes apparaissent dans son ouvrage « la force numérique » aux éditions Harmattan.

Bonne lecture et rendez-vous le 13 juillet 2020
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