COUP D’ETAT EN BIRMANIE :
LES FEMMES MENACÉES


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Markus Barnevik Olsson (*)
Étudiant suédois de l’Université de Lund
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Version française et version anglaise disponible
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En Birmanie, les militaires ont repris le pouvoir par la force en février dernier. Sans se laisser décourager par les massacres de manifestants, les femmes sont à l’avant-garde des protestations contre la junte. Dans les rues de Yangon, nous dit l’auteur, la lutte pour la démocratie se poursuit.

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u cours des 50 dernières années, l’armée a été l’autorité influente en Birmanie, pays également connu sous le nom de Myanmar. En dépit du développement démocratique enregistré dans la dernière décennie, l’armée est restée au pouvoir. Ses valeurs patriarcales et conservatrices empêchent les femmes d’atteindre des échelons trop élevés dans la société. La constitution de 2008 a même établi que les femmes ne sont pas aptes à certains postes dans la société. Dans l’indice des inégalités entre les sexes, indice calculé par le Programme des Nation Unies pour le Développement, la Birmanie occupe la 118e place sur 162, juste devant le Venezuela

Le cas Aung Suu Kyi

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Bien que très défavorisée en tant que femme pour accéder au pouvoir, Aung San Suu Kyi a atteint la position la plus élevée que la démocratie nouvellement établie en Birmanie a pu offrir. Avec un prix Nobel de la paix et un soutien total du monde démocratique, la junte militaire a été forcée de concéder au moins une partie du pouvoir législatif à Suu Kyi après sa victoire électorale écrasante en 2015

Les partis politiques non militaires sont aujourd’hui les seuls lieux de pouvoir où les femmes birmanes ont la possibilité d’avoir une représentation fiable. Pourtant, les partis n’ont pas fait grand-chose pour encourager la participation politique des femmes.

Le soutien international d’Aung San Suu Kyi a récemment diminué depuis qu’elle a en partie pris le parti de l’armée dans la persécution des Rohingyas. Photo : Htoo Tay Zar

Suu Kyi est actuellement assignée à résidence, pour la troisième fois depuis 1989, à la suite du coup d’État militaire de février. Depuis lors, la Birmanie a connu de nombreuses manifestations, avec des femmes en première ligne. Alors que le nombre de morts, à la mi-avril, grimpe à plus de 700, les manifestations ne semblent pas ralentir.

Le poids des femmes

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Ce sont les femmes qui ont le plus à perdre dans ce nouvel épisode militant-conservateur. On ne les fera pas taire facilement. Les secteurs du travail et les syndicats à prédominance féminine se démarquent de la foule lorsqu’ils se rassemblent par centaines de milliers. Enseignement, sante, textile, jeunes et vieux, jeunes et vieilles, font entendre leur voix dans les rues de Yangon et de Mandalay.

Instruites, les femmes birmanes sont essentielles à l’économie, dans une bien plus grande mesure désormais que lors des précédentes décennies. Les femmes savent ce qui est en jeu pour elles et pour les générations futures.

Le jeu des militaires

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En 2015, l’armée a donc consenti à un processus de démocratisation progressive. Mais cette démocratisation menant aux succès électoraux de ses adversaires et mettant donc en péril son pouvoir à long terme, elle vient d’interrompre ce processus, par le coup d’Etat du général Min Aung Hlaing.

Les atrocités perpétrées contre la minorité musulmane Rohingya ont en outre révélé les risques auxquels les minorités sont confrontées sous ce régime militaire. Et le fait que les femmes soient considérées par la junte comme une minorité dans la société junte alimente encore plus leur engagement en faveur des droits de l’homme et de la démocratie.

Le Général Min Aung Hlaing, dictateur de facto de la Birmanie. Photo: Mil.ru.

Cependant, les vies relativement libres dont les gens ont profité au cours des dernières années ont laissé des traces. La pauvreté a chuté de façon drastique. Une modernisation de l’économie s’est traduite par une croissance économique rapide. Près de 20 millions de personnes ont accès à Internet. La censure des médias a été abolie. Le nombre de femmes et de filles scolarisées a tellement augmenté que les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses que les hommes à tous les niveaux d’enseignement en Birmanie.

Le peuple birman, en particulier les femmes, font clairement savoir au monde que le mouvement pour la démocratie se poursuit sans relâche. Les sanctions des États-Unis et de l’Union Européenne ne font qu’accroître la dépendance de l’armée birmane vis-à-vis de la Chine. Des mesures plus sérieuses et plus efficaces de la communauté internationale sont nécessaires.

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(*) Markus Barnevik Olsson est étudiant en Sciences politique et Affaires internationales à l’Université de Lund en Suède, Journaliste en ligne pour The Perspective, le magazine de l’Association des affaires étrangères de l’Université (www.theperspective.se), il est également correspondant britannique pour le Forum suédois du développement (Föreningen för Utvecklingsfrågor), qui se concentre sur la politique étrangère et le changement climatique.

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