Le général Brémond. 
Brillant. Bienveillant. Brimé

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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf

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Le début du XXe siècle a concilié histoire militaire et histoire coloniale. Un livre vient éclairer le parcours riche d’un officier, le général Edouard Brémond (1868-1948), qui a traversé cette période avec la réputation d’un chef exemplaire, au caractère bien trempé, n’hésitant pas exprimer ce qu’il pensait…Ce qui lui valut bien des tracas, mais n’entache pas la portée de son action.

Rémy Porte, lieutenant-colonel et historien, est spécialiste des conflits du XIXe siècle comme de la Première Guerre mondiale, et créateur du blog Guerres et conflits-XIXe-XXIe. Son dernier livre, Edouard Brémond, l’anti Lawrence d’Arabie, nous plonge dans une époque tumultueuse qui a conduit le général Brémond à intervenir sur divers territoires du Maghreb au Proche-Orient.

Déterminé et de sang-froid

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Brémond, Saint-Cyrien de formation (promotion « du Grand Triomphe » – 1890), diplômé de l’Ecole Supérieur de Guerre, prend part, en début de carrière, à diverses opérations qui furent toujours délicates, voire difficiles. Le combat ne le rebute pas, au contraire. Il a le sens de la manœuvre, une nature propice au commandement, avec un sang-froid inné. Fait relativement peu coutumier à l’époque, il est sensible au sort de ses hommes, notamment musulmans, et se positionne, en vain, pour que leur avancement soit amélioré…

Rémy Porte relate ainsi les expériences de Brémond à Madagascar et en Afrique du Nord. Affecté au 1er régiment de tirailleurs algériens, il participe à de nombreuses opérations de combat, avant de rejoindre le front occidental entre août 1914 et août 1916, d’où il revient blessé. Il se voit ensuite confier une mission au Hedjaz (août 1916-décembre 1917) avant de servir en Arménie et en Cilicie (1919-1920).

Une insistance est mise sur la mission militaire française en Égypte et au Hedjaz, face aux Turcs. Rémy Porte  relate les antagonismes avec les Britanniques et fait découvrir le contraste entre le colonel Brémond et le colonel Thomas Edward Lawrence, alias Lawrence d’Arabie. Les deux hommes sont en effet aux antipodes : Brémond est austère, Lawrence est extraverti. Brémond ne pardonna jamais à Lawrence d’avoir omis le rôle des Français à ses côtés, dans la guérilla engagée contre les Turcs en s’appuyant sur les tribus bédouines.

La Cilicie abandonnée

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En Cilicie, après le retrait britannique et la prise en main française, fin 1919, Brémond, dans le contexte de disparition de l’empire ottoman, doit gérer des populations arméniennes réfugiées, des heurts intercommunautaires, en Cilicie comme en Syrie du Nord, et sans que les dissensions avec les Britanniques ne se tarissent. Il se trouve alors dans une situation conflictuelle, face aux kémalistes.

Conjointement, Brémond parvient à établir une politique de développement économique, notamment avec l’influence de son épouse, et à parvenir à de belles réussites économiques, socio-éducatives et sanitaires, au profit des diverses communautés (arménienne, chaldéenne, assyrienne) chrétiennes et musulmanes …

 

La Cilicie a connu des modifications de frontières permanentes au cours des siècles. Photo  Infocatho.

Mais la situation en Cilicie continue de se dégrader. Dans les premiers mois de 1920, sur fond de massacres, les Français sont harcelés et sans moyens. Paris décide de lâcher la Cilicie et de préserver son influence en Syrie.

 

Brémond condamne le processus de cessez-le-feu puis de négociations avec les kémalistes. Il reproche même au général Gouraud, Haut-Commissaire, une politique d’abdication. Ce désaccord met fin à leurs liens amicaux. Dès lors, l’animosité mutuelle ne fait que s’accentuer avec les années. Elle engendre bien des soucis pour Brémond quant à son avancement et à son affectation de retour en France ; entre diffamation et critiques assassines par le jeu de la presse parisienne. Cela le renvoie aussi aux situations pénibles qu’il connut ponctuellement au début de sa carrière, lorsque certains de ses supérieurs, de manière injuste, perturbaient son avancement et laissaient dans son dossier des observations lapidaires.

Tenter de recouvrir son honneur

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De retour en France, il aspire à repartir en Orient dès que possible. Mais il ne reçoit qu’une affectation à Compiègne, à la tête du 54ème Régiment d’infanterie ; ce qui le conduit ainsi à être chef de corps pour la seconde fois, situation ubuesque. On lui reconnait toutefois  une exemplarité totale dans ses responsabilités.

Il faut l’intervention du maréchal Philippe Pétain, alors vice-président du Conseil supérieur de la guerre, pour qu’une enquête soit diligentée et mette un terme à la campagne de discrédit mensonger que subit Brémond. Finalement, en 1923, il est reconnu apte pour devenir général de brigade. Mais l’Orient n’est toujours pas pour lui. On lui confie le commandement du 2ème groupe de subdivision à Toulouse. Hormis le fait qu’il s’occupe de sa femme malade, qui meurt en 1927, il s’implique pour améliorer le sort des Arméniens en exil et se manifeste par de nombreux écrits et des conférences où il témoigne de ses connaissances profondes et reconnues des questions musulmanes.

Lemme Edit, 2022, 252 pages.
Cet ouvrage est présenté dans le n°194

Jusqu’à la fin de ses jours, il tente de retrouver pleinement son honneur. Il parvient toutefois à devenir membre de l’Académie des sciences coloniales grâce à l’appui du maréchal Pétain, à la fin des années 1930. Mais jamais il ne devint général de division. Pour autant, les relations vraies avec ses subordonnés font qu’il tissera avec eux des relations fortes qui se poursuivront par des échanges épistolaires jusqu’à la fin de sa vie.

En utilisant intelligemment et pédagogiquement les archives, par le biais de citations judicieusement choisies, Rémy Porte donne un relief conséquent à chacune des phases majeures de la vie de Brémond. Il sait les insérer dans le contexte politico-militaire du moment. La plume est alerte, le propos précis, allant à l’essentiel, l’ouvrage parvient ainsi à reconstituer des épisodes en les ciselant de manière efficace.

 

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(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Conférencier et chargé de cours dans l’Enseignement Supérieur, il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Il intervient aussi dans les sociétés et les structures publiques en matière d’analyses géopolitiques et géoéconomies. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’ESPRITSURCOUF.
Son dernier ouvrage « Géopolitique de l’eau : l’or Bleu » est présenté dans le numéro 152 d’ESPRITSURCOUF du 30 novembre 2020


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