RENSEIGNEMENT ET TERRORISME,
UN DISPOSITIF GLOBALEMENT SATISFAISANT. 

 

Jean-François Clair

Ancien directeur adjoint de la DST

Plusieurs suggestions ont été faites au candidat Emmanuel Macron avant les élections présidentielles qui visaient à placer auprès de lui une task- force destinée à prendre la main sur la Lutte contre le terrorisme « afin de pouvoir agir à tous moments » et dotée pour cela de plus d’une centaine de personnes.

Les auteurs des suggestions, la plupart sans expérience réelle, tout au moins récente, prétendaient que les services en charge n’étaient pas « au top » et que surtout, la coordination ne marchait toujours pas, alors que les autorités  et la communauté du renseignement ont su tirer des leçons de chaque expérience et que le dispositif désormais doté de moyens  accrus en ressources humaines et techniques ainsi qu’ en moyens légaux adaptés pour faire des recherches  plus approfondies notamment offensives, nous paraît  satisfaisant.

La mise sur pied d’une structure telle que le suggéraient certains risquait d’aboutir à une « usine à gaz ». Sans aller jusque-là, rappelons-nous la fameuse cellule créée en 1982. Une semaine après attentat de la rue des rosiers (6 morts, 22 blessés) le président de la République François Mitterrand annonce, lors d’une déclaration télévisée, la création d’une cellule antiterroriste basée à l’Élysée. Le 17 août : décret créant la cellule de coordination, d’information et d’action contre le terrorisme. La direction est confiée à Paul Barril et Christian Prouteau, qui appartiennent au GIGN. Ces officiers étaient, ils l’ont démontré, excellents dans leur domaine mais n’avaient aucune expérience en matière de Renseignement. Cette décision démontrait le manque de confiance de la classe politique envers les services de renseignement. Les politiques ont besoin d’annoncer des résultats immédiats sous la pression de l‘opinion publique ; C’est cette même attitude qu’on rencontrera de nouveau en 1986. (NDLR : Entre février 1985 et septembre 1986, pas moins de treize attaques terroristes secouent la France. Le dernier d’entre eux se déroule rue de Rennes à Paris. Au total, ces attentats coûteront la vie à 13 morts et feront près de 300 blessés). Il faudra plusieurs mois avant de solutionner ces attentats qui se sont déroulés dans les lieux publics. Quand on connaît bien le travail des services de renseignement on sait que la solution des affaires demande souvent beaucoup de temps. De plus la cellule de l’Élysée échouera et abusera gravement de son pouvoir (affaires des écoutes téléphoniques).

Le futur président, Emmanuel Macron, après avoir consulté les chefs de service et les ministres sortants décida finalement d’appliquer à la lutte contre le Terrorisme ce qui avait déjà été fait pour le renseignement.

Un centre national de lutte contre le Terrorisme (CNCT) a été créé par un décret du 14 Juin 2017 basé à l’Élysée il est totalement intégré à la Coordination Nationale du Renseignement et de la Lutte contre le Terrorisme (CNRLT) dirigée par le Préfet Pierre de Bousquet, ancien directeur de l’ex DST (Direction de la Sécurité du Territoire) dont l’adjoint est Jérôme Leonnet jusque-là chef du service de Renseignement Territorial (SCRT) et, lui aussi, ancien de l’ex DST.

Il y a lieu par ailleurs de préciser que cette structure fait partie d’un tout : la CNRLT.

Le CNCT est une unité à effectif limité composée en majorité de personnels issus des grands services de Renseignement. En fait partie également un représentant de la magistrature. Compte tenu de l’état de la menace et au fait que le riposte est essentiellement judiciaire la présence d’un représentant à ce niveau était souhaitable.

Chargé d’une mission d’information du Président, le CNCT a la responsabilité de l’analyse de la menace et de la stratégie de lutte contre le terrorisme et il propose les orientations ainsi que les priorités d’action coordonnées que le Président fixe aux services de renseignement.

 Il est habituel de critiquer l’adoption « continuelle » de nouveaux textes dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

A cela il faut répondre par la nécessité de s’adapter aux techniques et procédés utilisés par les terroristes dans un pays démocratique. La loi de juillet 2015 qui permet aux services d’employer des méthodes intrusives est assortie de moyens de contrôle très stricts. De même la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme adoptée le 30 octobre 2017 est destinée à donner des moyens aux administrations concernés pour faire face après la fin de l’état d’urgence, dans un souci des respects des garanties inhérentes à un état démocratique.

Il est facile de critiquer systématiquement les services après chaque attentat, comme après celui qui vient d’être perpétré vendredi près de Carcassonne et qui en l’état actuel de l’enquête est le fait d’un homme seul. Le fait qu’il faisait l’objet d’une fiche S, ne saurait signifier qu’il aurait dû être sous surveillance permanente, alors qu’ils sont des milliers dans ce cas.

La sécurité absolue ne peut pas exister avec ce type de modus operandi et l’opinion publique n’est pas assez informée du grand nombre d’attentats évités.

 

En réalité devant une menace qui va durer et dont il est toujours aussi difficile de détecter les manifestations concrètes, il faut assurer une résilience qui ne s’émousse pas et ce n’est pas facile.

 

 

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