Présidence de l’Union :
un moment français

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Vincent Gourvil (*)
Docteur en Sciences Politiques
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Pendant le premier semestre 2022, la France a présidé l’Union Européenne, avant de passer le relais à la République tchèque. Qu’en est-il du bilan de cette présidence semestrielle ? L’auteur, qui a par le passé sévèrement étrillé dans nos colonnes la diplomatie du président Macron, lui décerne cette fois un satisfecit.
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Un minimum de recul s’impose alors que ce premier semestre 2022 a été fortement bousculé par la guerre en Ukraine. On pourrait résumer objectivement les résultats de cette présidence française par l’adage « à quelque chose, malheur est bon ». De réelles avancées, parfois inespérées, ont été obtenues par le volontarisme présidentiel dans de multiples domaines. Reste à savoir si les paroles fortes seront suivies d’actes concrets, si la dynamique imprimée à la machine par Emmanuel Macron ne s’essoufflera pas durant le second semestre de cette année. Si le succès est indéniable à court terme, il n’en demeure pas moins fragile à long terme.

Un indéniable succès à court terme

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Placée sous le triptyque « relance, puissance, appartenance », l’on doit reconnaître que cette présidence française de l’Union européenne a été réussie. L’impression générale qui prévaut largement est celle de l’importance du travail accompli en dépit du retour du tragique dans l’Histoire et d’un conflit de haute intensité au cœur de l’Europe.

En effet, longue est la liste des sujets sur lesquels Emmanuel Macron a fait bouger les lignes en dépit de la nécessaire réorientation des priorités en raison de la guerre en Ukraine, qui a débuté le 24 février 2022, soit au premier tiers de sa présidence. Reconnaissons au chef de l’État une habilité rare à se mouvoir, à se frayer un chemin dans les pires situations ! Citons à son actif les nombreux résultats obtenus.

Dans le domaine institutionnel : octroi du statut de candidat à la Moldavie et à l’Ukraine, lancement de la conférence sur l’avenir de l’Europe. Dans le domaine coercitif : adoption de six trains de sanctions fortes contre la Russie, en dépit des doutes sur leur efficacité,  et en dépit des réserves initiales de certains partenaires comme l’Allemagne. Dans le domaine social : directive sur les salaires minimaux. Dans le domaine de la transition énergétique : réduction des émissions de carbone, adoption du plan climat. Dans le domaine de la régulation du numérique : régulation des plateformes. Dans le domaine de la gestion des frontières : adaptation du fonctionnement de l’espace Schengen, règles sur l’asile et l’immigration. Dans le domaine humanitaire : réaction rapide pour l’accueil de millions de réfugiés ukrainiens. 

Et surtout dans le domaine de la sécurité et de la défense : soutien militaire sans précédent à Kiev par un système inédit de cofinancement européen, adoption de la « boussole stratégique », élément majeur de l’ambition française de développer l’autonomie stratégique et les capacités de l’Union européenne, ainsi qu’une culture stratégique commune, relance des investissements dans l’industrie de défense, réorientation de l’Union européenne face à la guerre à travers le renforcement des capacités de défense, la réduction de la dépendance énergétique et la construction d’une base économique plus solide.

Sans oublier le texte sur la représentation des femmes dans les conseils d’administration. Nul n’aurait parié, le 1er janvier 2022, sur un tel bilan aussi ambitieux. Mais, le plus difficile est devant nous.

Avant d’être livré aux Ukrainiens, le canon français Caesar doit être testé, lors de « tirs de recette » : faute d’installations suffisantes en France, il faut aller le faire en Suède… Cela illustre la redécouverte assez brutale par les militaires, industriels et politiques français des  contraintes d’une « économie de guerre ». Karine Jadot, opexnews. Photo Minarm.

Un succès fragile à long terme

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L’aventure européenne doit s’apprécier sur le moyen et le long terme. L’expérience passée enseigne la prudence, le diable étant dans les détails. Souvent, les succès médiatiques ne tiennent pas leurs promesses.

De multiples raisons l’expliquent : existence de divergences de vues entre les Vingt-Sept sur des sujets importants (défense, énergie, immigration…), obtention de consensus a minima ou ambigus, primat de la défense de l’intérêt national avivé par la pandémie, étalement de la mise en œuvre de projets sur plusieurs présidences, conséquences du « Brexit » sur le fonctionnement de la machine bruxelloise, poids excessif de l’inertie exacerbé par le défaut d’anticipation des crises, fragilisation du président de la République après son quasi-revers aux dernières élections législatives.

Seul le temps permettra d’apprécier la réalité des avancées obtenues sous la pression française. Et cela alors que plusieurs crises (économique, financière, sociale, énergétique, alimentaire, migratoire…) se profilent à l’horizon. Dès lors une question importante est posée : contribueront-elles à affaiblir l’Union ou bien à la renforcer ? Nul ne semble en mesure de se lancer dans le jeu des pronostics.

Le revers de la médaille ne doit pas être passé sous silence. La guerre en Ukraine a remis en selle une OTAN jugée en « état de mort cérébrale » par Emmanuel Macron en novembre 2019,  mettant ainsi en exergue le manque d’autonomie de l’Union dans le domaine de la défense. Si complémentarité entre les deux institutions il y a, autonomie des Vingt-Sept, il n’y a pas.

Il est vrai que la majorité de nos partenaires se satisfont pleinement de cette situation. L’idée d’autonomie stratégique chère à Emmanuel Macron n’a pas prise. Si l’on ajoute la décision allemande de fournir un effort sans précédent pour mettre à niveau son armée en achetant des matériels américains, il y a matière à interrogation. Le projet de « communauté politique européenne » du président de la République a été fraichement accueilli. L’accord sur une imposition minimale de 15% des grands groupes se heurte toujours au veto hongrois. Une hirondelle ne fait pas le printemps.

Point mineur, la langue française fut le parent pauvre de cette présidence de l’Union européenne marquée par une grève qualifiée « d’historique » du corps diplomatique.

Un moment

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La crise échappe bien souvent à la prévision. Au début de l’année 2022, Emmanuel Macron déclarait qu’il voulait présider « un moment utile pour l’Europe ». Le moins que l’on soit autorisé à dire est que son pari est réussi. Et cela d’autant plus si l’on met en rapport son bilan avec celui des présidences passées. La Conférence des chefs d’État et de gouvernement Versailles (10-11 mars 2022) restera dans les esprits comme le moment de la Présidence de l’Union où l’ambition française de modeler l’Union européenne sur le long terme a été la plus évidente et la plus bousculée par le choc de la guerre. Une dynamique a été mise sur les rails. Formons le vœu que le train continuera sur sa lancée à grande vitesse ! En dernière analyse, cette exceptionnelle présidence semestrielle de l’Union européenne (la dernière remonte à 2008) restera dans les annales bruxelloises comme un moment français.

 

Source photo bandeau :  Photo Jacques Witt.

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(*) Vincent Gourvil est le pseudonyme d’un haut fonctionnaire, par ailleurs Docteur en sciences politiques. Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur.

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