SE MÉFIER
DES SONDAGES POLITIQUES

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René Occhiminuti (*)
Directeur de la publication;

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Alors qu’approche l’échéance électorale, les médias rivalisent d’ardeur pour nous communiquer la cote des candidats, et nous subissons chaque jour une avalanche de sondages. Faut-il leur faire confiance, ou faut-il s’en méfier ?

C’est la question que l’on peut se poser après la lecture de l’ouvrage d’Alexandre Dézé, « 10 Leçons sur les sondages politiques », paru récemment aux éditions De Boeck. Ce livre propose une exploration didactique et en même temps critique de la manière dont sont produites et utilisées les enquêtes politiques réalisés par les instituts en France.

Ce qui est tout d’abord notable, c’est leur omniprésence. Pour la campagne présentielle de 2017, 560 sondages avaient été publiés. Pour celle de 1965, 14. En 50 ans, le nombre de sondages publiés pour l’élection reine du système politique français a donc été multiplié par 40. Mais c’est sans compter sur les 1000 sondages d’opinion publiés chaque année – soit environ 20% de la production totale annuelle estimée, le reste des sondages commandités par des acteurs publics ou privés demeurant confidentiels. Avec les États-Unis, la France est ainsi l’un des pays où l’on produit et consomme le plus de sondages au monde.

Jamais les enquêtes n’ont occupé une telle place dans la vie politique. Et pourtant, jamais les instituts ne se sont autant trompés. Nous avons évidemment tous en tête le cas des élections présidentielles françaises de 1995 et 2002, ou encore le Brexit et l’élection de Donald Trump en 2016. Mais les erreurs des instituts sont en réalité bien plus nombreuses et bien plus fréquentes. Et c’est le mérite de ce livre que de les recenser et de les mettre au jour. En France, toutes consultations électorales confondues, les prévisions des instituts à quelques jours des échéances s’avèrent ainsi incorrectes dans le cas d’une élection sur deux. Et plus on s’éloigne du scrutin, plus elles sont erronées. Prenons le cas de l’élection présidentielle. À trois mois du scrutin, les estimations des instituts ne sont correctes que dans un cas sur trois, et à six mois du scrutin, que dans un cas sur huit. Depuis 1995, et à un an du scrutin, aucun institut n’a réussi à prédire correctement les résultats…

Comment expliquer ces erreurs à répétition ? L’ouvrage se fait ici particulièrement éclairant et réussit à mettre au niveau du grand public des aspects qui sont souvent présentés comme compliqués par les sondeurs, comme les questions ayant trait à l’échantillonnage ou les redressements des résultats bruts. Prenons l’exemple des échantillons : ils sont présentés par les instituts comme étant « représentatifs ». C’est même un objectif que leur assigne la loi française. Pourtant, on comprend qu’il est permis de douter de cette représentativité, et ce pour au moins cinq raisons.

La première, parce qu’ils sont constitués principalement à partir de panels d’internautes volontaires, ce qui est déjà en soi une contradiction avec le principe même de l’échantillonnage sondagier. La deuxième, parce qu’ils excluent toutes les personnes qui n’utilisent pas Internet ou ne savent pas comment l’utiliser (soit près de 14 millions de personnes en France). La troisième, parce que les échantillons regroupent des individus « intéressés », qui acceptent de répondre aux enquêtes en échange de l’obtention de gratifications. On parle ainsi de « répondants professionnels », dont on peut penser qu’ils participent aux sondages non pas tellement pour donner leur opinion que pour cumuler des points monnayables, ce qui pose la question de la sincérité de leurs réponses.

La quatrième, parce que certains sondés n’osent pas avouer certaines pratiques ou certaines orientations politiques. On constate ainsi le plus souvent que l’abstentionnisme et le vote pour l’extrême droite sont sous-déclarés dans les enquêtes, tandis que le vote pour la gauche et le centre est sur-déclaré. Interviennent ici des biais de censure et d’auto-sélection, qui excluent toute une partie de la population des sondages. La cinquième, parce que les effectifs sur lesquels se fondent les estimations sont en général assez faibles. Concernant les enquêtes d’intentions de vote, la plupart des instituts ne retiennent au sein de leur échantillon que les personnes qui sont inscrites sur les listes électorales, déclarent être certaines d’aller voter et expriment une opinion. De la sorte, les effectifs pris en compte peuvent être réduits jusqu’à un tiers de la taille de l’échantillon initial, rendant de fait discutables les résultats qui vont être publiés.

La question de la représentativité n’est qu’un aspect parmi d’autres qui sont abordés dans ce livre. On lira par exemple avec attention les chapitres sur l’influence des questions sur les modalités de réponse ou encore celui sur la construction sondagière de la réalité politique du Rassemblement national. Dans tous les cas, et comme l’indique l’auteur en conclusion, cet ouvrage change résolument notre point de vue sur les sondages politiques.

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(*) René Occhiminuti a d’abord mené une carrière dans les ressources humaines puis une carrière commerciale dans des entreprises françaises et internationales. Il a participé au développement d’un cabinet conseil en recrutement de dirigeants, avant de créer OMR Conseil, spécialisé dans l’optimisation des ressources managériales.
Auditeur de la 42 ème session de l’IHEDN, il a été Président de l’Union des Associations IHEDN, Directeur de la Revue DEFENSE de 2003 à 2009. Il est membre fondateur et Secrétaire Général d’espritcors@ire (Observatoire de la défense et de la sécurité) et Directeur de la publication ESPRITSURCOUF.

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