Affairisme, clientélisme, corruption :
la Nouvelle Trinité …

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Pascal Le Pautremat
Rédacteur en chef d’ESPRITSURCOUF

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Il y a eu le secrétaire général de l’Élysée, Alexandre Kohler, qui a été mis en examen pour « prise illégale d’intérêts » dans une affaire concernant la compagnie de fret maritime italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC), dont les fondateurs et directeurs sont des cousins de sa mère. Et puis il y a eu, en septembre dernier, les accusations de conflit d’intérêts, avec cette fois l’industrie du pétrole, de la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Il y a eu ensuite, début novembre, une histoire de fraude fiscale, dénoncée par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique à l’encontre de la Ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales Caroline Cayeux, qui a finalement démissionné.

C’est au tour des institutions de l’Union européenne d’être éclaboussées par des affaires de corruption. Cette fois, la vice-présidente grecque du Parlement européen, Eva Kaili, est impliquée, ainsi que plusieurs membres de sa famille et son compagnon, Francesco Giorgi, assistant parlementaire. D’autres personnalités politiques sont visées, dont Pier-Antonio Panzeri, ancien eurodéputé social-démocrate italien, président de l’ONG Fight Impunity. Et l’enquête est loin d’être close. On sait très bien que ce genre d’affaires concerne généralement des dizaines de personnes.

Tous les partis politiques sont incriminés, ce qui démontre combien le lobbying, étonnamment accepté et légitimé, conduit bien à des affaires de clientélisme et de corruption…Et c’est bien ce type d’influence perpétrée par divers groupes de pression, relevant tant des multinationales que des Etats, qui constitue, en soi, un grave dysfonctionnement de la vie institutionnelle en général.

Lorsque les journalistes d’investigation découvrent ce type d’affaire, une partie du monde politique crie au scandale et joue la carte de la surprise générale. Ursula van der Leyen la première. La présidente de la commission européenne a tout de même lancé cette évidence : « Ces allégations sont extrêmement préoccupantes. C’est une question de confiance dans les personnes au cœur de nos institutions. Cette confiance suppose des standards élevés d’indépendance et d’intégrité ». Ce qui ne manque d’ailleurs pas de cynisme.

Soit on nous prend pour des individus d’une ignorance ou d’une naïveté abyssale, soit les personnalités de premier plan sont loin d’être à la hauteur des impératifs de moralisation de la vie politique, qui est un chantier bien connu, depuis des siècles, mais réclamé avec force par moult citoyens…à travers le monde entier.

Christian Chesnot et Georges Malbrunot, journalistes d’investigation, avaient publié, au milieu des années 2010, quelques livres détonants sur ces questions, et notamment sur les relations franco-qataries, en particulier sous Nicolas Sarkozy et François Hollande :  Nos très chers émirs sont-ils vraiment nos amis ?  (Éditions Michel Lafon, 2016). Pour autant, la sphère politique française est bien peu loquace sur le sujet. Le problème reste entier en 2022…

Tout cela ne fait que jeter un peu plus le discrédit sur la gestion des affaires publiques. Ces affaires de corruption et de clientélisme à répétition viennent sceller la fracture entre les citoyens et leurs représentants, dont la probité est de plus en plus remise en cause, sans distinction aucune et donc avec des risques de généralisation catastrophique.

Assurément, des cercles de privilégiés entretiennent la culture de l’entre soi et multiplient les entorses impardonnables aux principes éthiques et moraux. Éthique et responsabilité sociale des entreprises sont pourtant enseignées dans les Écoles de commerce, dans les filières de sciences politiques. Mais ces approches essentielles de la vie viennent se fracasser sur le mode de fonctionnement des multinationales ou de certaines arcanes politiques. Le recours au « greenwashing », au « soft power », à la duplicité et à une communication frénétique semblent se substituer, plus ou moins, à des politiques intelligentes et constructives qui font largement défaut. C’est une réalité particulièrement conjoncturelle qui ne fait que bouleverser encore un peu plus, chaque jour, notre Monde entré dans une profonde souffrance plurisectorielle.

Ces scandales, et une de leurs conséquences inattendue, n’ont fait qu’accentuer les critiques de Christian Frémaux, qui ,sur ces questions de justice à deux vitesses…ou à géométrie variable, dénonce une sorte de privatisation de la justice : « Justice privée ou privation de justice ? »  (rubrique Humeurs).

Mais nous vous proposons bien d’autres sujets dans notre nouveau numéro, à commencer par la deuxième partie de l’étude que consacre Martine Cuttier « aux femmes dans les armées » (rubrique Défense).

Suite aux élections américaines du mid-term, Jean-Claude Beaujour dresse un bilan de cet évènement clé du mandat présidentiel : « Les élections américaines de mi-mandat. Bilan et analyse » (rubrique Géopolitique). Sur un tout autre point, la France est confrontée à la récurrence du crime organisé qui ne cesse de s’amplifier. Jean Cazeres, fin connaisseur de la réalité judiciaire, dresse un bilan peu rassurant quant à la dynamique de l’État pour endiguer ce fléau « Chronique d’une impasse annoncée », (rubrique Sécurité).

Nous portons aussi un regard sur « la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) au temps de la guerre froide ». Le témoignage de Jean-François Clair met en exergue cette question d’histoire sur laquelle « la grande muette » communique pour la première fois. L’ouvrage sur ce sujet est présenté dans la rubrique Livre.
Dans la rubrique Vidéothèque, découvrez le rôle méconnu mais indispensable de la « Géographie dans les opérations militaires »

Enfin, nous retrouverons la revue d’actualité d’André Dulou. Il attire notre attention sur la « haute intensité », la souveraineté numérique et attire l’attention sur divers articles de la quinzaine, classés en vertu des thèmes Géopolitique, Économie, Défense et Sécurité. Il offre aussi une page d’histoire sur une opération audacieuse de la Seconde Guerre  mondiale, quelques textes parus au JO et des articles en langues étrangères.

 

Bonne lecture.

 

(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Conférencier et chargé de cours dans l’Enseignement Supérieur, il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Il intervient aussi dans les sociétés et les structures publiques en matière d’analyses géopolitiques et géo-économies. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’ESPRITSURCOUF.
Son dernier ouvrage « Géopolitique de l’eau : L’or Bleu” est présenté dans le numéro 152 d’ESPRITSURCOUF du 30 novembre 2020

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