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« Matériels de Défense »
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Comment résoudre aujourd’hui les questions liées à l’engagement de matériels face à des agressions qui marquent le retour de la haute intensité ? Nous pourrions faire comme la Russie, et avoir recours à des matériels anciens, qui, rénovés ou remis en état de fonctionner sur le champ de bataille pourraient jouer un rôle de premier plan face à une quelconque agression de ce type. Or, comme le développe les acteurs et les constructeurs, cette manière d’opérer conduit évidemment à restaurer des technologies dont l’industrie doit reprendre en main les différents éléments.

La Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD)  désigne l’ensemble des industries nationales d’un pays prenant part aux activités de défense ; elle est aussi appelée « industrie de défense »  ou « industrie de souveraineté »

Certes, ce monde est complexe et, pour employer une expression à la mode, « pluriel ». On emploie bien des seniors : pourquoi les matériels « seniors » ne reprendraient-ils pas du service ? C’est également sans compter sur le développement exponentiel des menaces Cyber, auxquelles ont répondu des avancées technologiques innovantes, de pointe, mais parfois fragiles sur le terrain.

La valeur et la vertu de l’industrie d’armement compte aujourd’hui grâce à la Fondation pour la Recherche Stratégique une réflexion de haute tenue, dont les lecteurs trouveront ci-après un compte-rendu détaillé.

Bonne lecture !

André DULOU

 

« Les rencontres Défense et industrie » de la FRS, Fondation pour la Recherche Stratégique
Le mardi 31 mai 2022 de 14h à 18h à la Maison de la Chimie à Paris

Compte rendu établi par Tom Dash étudiant en relations internationales à l’ILERI Paris

Après le mot d’introduction de X. Pasco, directeur de la FRS s’est tenue la première table ronde sur le thème des « capacités et technologies ». Le panel était constitué de Philippe Gros (maitre de recherches à la FRS), du Colonel Arnaud Goujon (chef du bureau Plans, État-major de l’armée de Terre), Marc Chassilan (ingénieur, consultant international défense et sécurité) et de Nicolas Petel (architecte système, direction Future Systems / Battlefield & Air Dominance, MBDA). La modération était assurée par Isabelle Facon, directrice adjointe recherche à la FRS.

 

L’intervention de Philippe Gros portait sur les enseignements des conflits récents et de la guerre en Ukraine sur le combat aéroterrestre. Rappelant tout d’abord qu’à travers l’Histoire nombre de guerres sont le fruit d’erreur de calcul, de sous-estimation de l’adversaire et de ses moyens il a insisté sur le fait que les leçons à tirer du conflit ukrainien étaient pour le moment prématurées. Il estime, en termes de capacités matérielles et humaines, que les forces russes ont été très lourdement affectées par le conflit. Tenus de sécuriser leurs lignes de communication dans le Donbass, cela expliquerait les mouvements de troupes opérés en ce sens.

 

L’intervention du Colonel Goujon, intitulée « Stratégie capacitaire de l’armée de Terre » a dans un premier temps permis de rappeler les cycles de développement de 15 à 20 ans pour le matériel de l’armée française à travers le programme Scorpion débuté en 1999 avant d’introduire le programme Titan. Ce projet visera, face à un adversaire étatique, à « assurer la cohérence d’ensemble des forces aéroterrestres, intégrer des capacités nouvelles, revoir les frontières entre fonctions opérationnelles, rendre la connectivité plus agile et résiliente et enfin à garantir l’interopérabilité avec les autres milieux et alliés ». Par ailleurs, le Colonel a également soulevé la question du coût de ces programmes en lien avec les réductions des budgets de défense sur les trente dernières années, le rôle de l’industrie dans le contexte actuel et les besoins de l’armée compte tenu de la prochaine Loi de programmation militaire (LPM).

 

M. Chassillan au cours de son intervention « Quels véhicules de mêlée pour la haute intensité ? » a en premier lieu soulevé quelques invariants (un temps de production croissant à l’instar du poids des chars, la négligence du facteur terrain, l’attrition massive des forces et la sous-évaluation des consommations). Rappelant que 75% des pertes de blindés étaient dues à l’artillerie avant les IED et les attaques par le toit (drone suicide, missile) il convient de mettre en place des contre-mesures. Parmi celles-ci citons les charrues de chenilles, les techniques de brouillage ou de contre-mesures électro-magnétiques, et la capacité à abattre un drone avant que celui-ci ne détruise le char. Sur le plan énergétique il préconise compte tenu des techniques actuelles et des contraintes en opération de continuer à produire des blindés diesel « le char électrique n’est pas faisable ». Il recommande de miser sur la manœuvrabilité -parfois par la rusticité pour des questions de fiabilité- et pour cela de réduire la masse et l’inflation des silhouettes, de réhabiliter la chenille et de reprendre la production de châssis VBCI. Il propose d’intégrer le successeur du VBCI dans le MGCS comme « plus petite plateforme capable d’intégrer [le canon] ASCALON afin de tirer de plus loin et plus loin » pour « être sûr de détruire ».

Enfin, M. Chassillan expose ses recommandations quant à l’offre de la BITD. Partant du constat que la France n’aurait pu fournir les équipements ayant permis la victoire de l’Azerbaïdjan face à l’Arménie (LRM, SRBM, guerre électronique, drone de combat, munitions intelligentes, défense sol-air mobile, chars) il convient de reconstituer des stocks de matériels majeurs retirés du service pour équiper une ou deux brigades et de profiter du programme XLR pour déstocker une cinquantaine de Leclerc et les remettre en état.

M. Petel qui fut le dernier intervenant de cette première table ronde est quant à lui intervenu à propos de la lutte anti-drone (LAD). Après l’exposé de son propos liminaire relatif à la prolifération des petits drones du fait de la percée de la miniaturisation dans le monde civil permettant de vendre celles-ci à un coût abordable M. Petel présenta les différentes menaces (drones d’observation pour la conduite des tirs, la surveillance, la propagande ; les drones armés et drones suicide ; les drones coordonnés avec allocation de fonctions différentes ; les essaims). Face à cette situation différents défis demeurent. En matière d’évolutions technologiques et opératoires tout d’abord, de réponse multi-capteurs contre la faible signature des drones, de moyens de poursuite et d’interception ensuite et enfin en matière de capacité d’identification des acteurs amis et neutres. Il existe à ces défis quelques solutions. M. Petel cite notamment les systèmes SATCP (Mistral) contre le haut du spectre de la menace des drones et les lasers, micro-ondes haute intensité et drones intercepteurs pour le bas du spectre.

L’intervenant conclut sur les questions d’intégration fonctionnelle et les solutions du groupe MBDA. Il évoque successivement l’intégration avec le contrôle aérien et le secteur civil et la capacité à ajouter de nouveaux capteurs et effecteurs tout au long du cycle de vie du drone ainsi qu’à mesurer leur efficacité.


La seconde table ronde, intitulée « Industrie & Marchés » fut modérée par Hélène Masson (maître de recherche à la FRS). Étaient invités Alexandre Lahousse (Chef de service des affaires industrielles et de l’intelligence économique à la DGA), Anne Fort (chef d’unité Defence Industry and Market Policy, DG Defence Industries & Space à la Commission européenne) et Kévin Martin (chargé de recherche à la FRS).

La présentation de M. Lahousse s’est articulée autour de quatre points. Tout d’abord, l’écosystème structuré de la BITD (4000 PME et 9 maîtres d’œuvre industriels Airbus, Aquus, Dassault, MBDA, Naval Group, Nexter, Thales, Safran, Ariane group) pour 200 000 emplois industriels sur le territoire, 28 Mds€ de chiffre d’affaires et 7,5 Mds€ d’exportations par an. Une BITD pour répondre aux besoins des Armées en toutes circonstances en dégageant les axes suivants : Innover pour conserver une supériorité technologique ; Maitrise des processus, compétences et technologies ; Assurer la résilience de la chaîne de production mais aussi de sous-traitance ; Attirer et conserver les compétences et les talents ; s’adapter aux exigences économiques de la compétition internationale ; Exporter et s’appuyer sur un marché dual ; participer à la compétitivité de la BITD européenne (BITDE). Il propose ensuite une évolution vers une « BITD de combat ». Dans cette optique il est suggéré d’évoluer vers des cadences de production plus élevées, des capacités de productions accrues par la LPM, une croissance du potentiel de production et enfin l’identification des capacités industrielles mobilisables. La dernière question soulevée par M. Lahousse portait sur le renforcement de la résilience de nos approvisionnements. Dans cette optique deux objectifs sont définis. Le premier est d’assurer la disponibilité des ressources nécessaires matières premières et composants (avec la problématique de la préemption des États les produisant) ressources humaines et financements privés (posant une problématique de taxonomie). Le second, enfin, est de réduire nos dépendances par la recherche d’alternatives d’usage et d’approvisionnement, la mise en place de doubles sources et l’investissement dans les technologies d’avenir.

 

Mme Fort lors de son intervention au cours de cette deuxième table ronde des Rencontres de la FRS a principalement traité des modes de prise de décision dans les différents organes de l’Union européenne impliqués dans les questions européennes de défense. Rappelant le principe de la prise de décision à l’unanimité entre les chefs d’États et de gouvernements présents au Conseil européen ainsi que le mécanisme de codécision entre le parlement européen (PUE) et le Conseil de l’Union européenne (distinct du conseil européen, rassemblant les ministres des États membres concernés par, en l’occurrence, les sujets de défense et habilités par leurs gouvernements respectifs à engager leur État), Mme Fort en est ensuite venue à l’enveloppe de 500 millions d’euros destinée à encourager les partenariats au sein de la BITDE. Cette enveloppe, faisant suite aux annonces du commissaire T. Breton du 30 juin 2021 sur le lancement du fonds européen de défense (European Defence Fund), permettra non pas de financer les programmes des États mais d’encourager la coopération industrielle entre les États membres au sein de la Base industrielle et technologique de défense européenne.

 

Le dernier intervenant de cette seconde table ronde, M. Martin, a présenté la montée en puissance comparée des offres sud-coréennes et turques sur le marché européen avant la conclusion par le président du GICAT (Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres). Tout d’abord, ces deux États comptent aujourd’hui parmi les principaux exportateurs en parts d’exportations de défense (Corée du Sud 9e et Turquie 13e). En ce qui concerne la Corée du Sud, de 2008 à 2018 sa stratégie est qualifiée de « niche opportuniste » ciblant les émergents puis l’Europe notamment avec son obusier automoteur K-9. Depuis 2015 l’État sud-coréen consolide sa position sur le marché international notamment par la création de l’agence d’acquisition et de promotion de l’industrie de défense et de multiples réformes couplées à des partenariats intergouvernementaux en prenant en compte dès la conception des armes leur exportabilité. Le groupe Hanwha entre en 2019, par un contrat avec l’Australie, dans une logique d’internationalisation. La Turquie a considérablement évolué entre 1990 et les années 2020 en termes d’offre mais ses exportations sont à relativiser malgré ses 499 millions de dollars d’export d’armement terrestre pour 2020, derrière l’aéronautique civil (657M$) et devant l’aéronautique militaire (407M$). 91% de ses exportations d’armement terrestre ont ainsi sur cette période été réalisées hors de l’UE et des Etats-Unis. Ainsi, ces deux États peuvent aujourd’hui capitaliser sur leur diversification. La Corée du Sud bénéficie de ses succès en Europe, la Turquie quant à elle demeure dans sa sphère d’influence historique ainsi qu’en Asie du Sud-est. Toutefois ces deux pays pâtissent encore d’un manque de capacité à concevoir des sous-systèmes aux normes et standards internationaux et l’internationalisation de leurs industries de défense afin de répondre aux exigences offsets des nouveaux clients reste à développer.

 

Les rencontres Défense et Industrie 2022 autour de l’armement terrestre ont ainsi permis d’apporter un regard actuel sur des questions géostratégiques d’ampleur à propos de la guerre en Ukraine comme du projet de défense européenne mais ont aussi permis de rappeler la situation actuelle et les besoins de l’armée française. Alors que les besoins de l’armée française évoluent, en accord avec de nouvelles LPM rompant avec celles des années précédentes et le contexte international, l’expertise en matière de capacités et de technologies de défense se fait plus prégnante encore au même titre que la sécurisation des supply chain et la prise en compte de la nouvelle situation internationale se dessinant actuellement en Europe.

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