LA CHINE
N’EST PAS UNE MENACE

de Patrick Toussaint (*)
Avocat spécialisé en contrats internationaux

 

Quelques commentaires sur une conférence très suivie.

L’IHEDN s’enorgueillit d’accueillir des gens de haute volée sur des points d’actualité en particulier aux Lundis de l’IH. Ainsi l’intervention de Monsieur Bertrand Badie sur le thème : « La désoccidentalisation du monde » dont  ESPRITSURCOUF.fr a publié dans son n° 101 du 1er avril.

 

Lorateur fut brillant traçant un tableau de l’évolution du monde occidental sur plusieurs siècles, sur ce que fut la colonisation, la décolonisation, disant sur ce point que l’occident est malade de sa décolonisation ratée », ce qui est très bien vue.

Cela aurait été jusqu’au bout passionnant si le conférencier n’avait voulu aller jusqu’au monde actuel et à la Chine.

Ce fut alors un plaidoyer sur l’action de la Chine qui n’a « aucune intention d’hégémonisme mondial », d’ailleurs, aucun n’a réussi une hégémonie dans l’histoire du monde.

Pour la Chine, « l’économie est le chemin de la domination et la Chine ne veut pas faire partie des dominants ». Elle veut juste être un Etat fort sur le plan régional avec « un tropisme panasiatique ».

La Chine veut juste pouvoir se servir quand elle a besoin là où elle est mais sans vouloir être hégémonique car « le pouvoir de se servir quand on veut n’implique pas d’être le maitre ».

On appréciera le sophisme ! Mais il faut se dire que ce genre de raisonnement distillé avec art par un homme intelligent et avec un tel talent est dangereux sur des esprits moins informés.

Je ne sais si Monsieur Charles Saint-Prot, Directeur de l’Observatoire d’études géopolitique a suivi la conférence mais le lendemain 6 mars, il écrit sur le site « Theatrum Belli » un article sur « la menace chinoise » dont les maîtres mots sont « la Chine achète, la Chine occupe, la Chine menace ». très bien documentés.

Je voudrai juste rappeler une expérience vécue par un de mes amis en Afrique, au Zaïre.

Au temps du Maréchal Mobutu, les chinois sont venus le voir et lui ont demandé ce qui pourrait lui faire plaisir et celui-ci répondit que la consommation de légumes lui serait très agréable.

Les Chinois se virent attribuer un espace choisi sur analyse du sol comme propre à cet usage et cultivèrent pendant un certain les légumes propres à satisfaire le Maréchal Mobutu puis après un certain temps, ils partirent.

Quand ils revinrent quelque temps plus tard, ce fut pour acheter un certain nombre de terrains qu’ils mirent en culture pour des produits agricoles chinois et l’on vit prospérer des cultivateurs chinois sur les terrains achetés par des chinois qui s’étendirent, de plus en plus de chinois venant cultiver les terrains achetés, des entreprise chinoises venant s’installer pour des besoins chinois puis  des restaurants chinois s’ouvrirent : une colonie chinoise prospéra et continue à prospérer, exportant, en Chine les produits de la terre et chassant les produits occidentaux par des produits chinois importés et fabriqués à bas coût.

Quand une enquête fut diligentée pour savoir pourquoi tels terrains étaient achetés et pas d’autres, on s’aperçut que parmi les cultivateurs de légumes chinois destinés à faire plaisir au Maréchal Mobutu, s’étaient glissés des ingénieurs agronomes chinois qui avaient expertisé toutes les terres qui sont achetés ou qui seront achetées.

Quels bénéfices le peuple zaïrois peut- il tirer de l’exploitation de terres cultivés par des chinois pour des chinois, dont la production est exportée gratuitement par des entreprise chinoises vers la Chine et dont les besoins des travailleurs chinois sont couverts par des entreprise chinoises implantées au Zaïre, lesdits travailleurs vivants, par ailleurs, en vase clos. ?

 Ce simple exemple montre plus un instinct de prédation se moquant du contexte local et des conséquences économiques de la prédation.

Il suffit de voir les désastres économiques et écologiques provoqués par l’exploitation des mines, terres rares, bois, champs de pétrole et autres sites qu’achètent les chinois pour leurs seuls propres besoins sans s’occuper des autochtones et de leurs besoins.

Monsieur Badie concédait prudemment que la Chine était peut-être un peu agressive dans son environnement immédiat : je pense que les Thibétains, les Ouighours apprécieront, de même que les Vietnamiens dont on ne comprend pas pourquoi la Chine les a attaqués, il y a maintenant quelques années. Ce fut sans doute parce que la doctrine actuelle n’était pas encore au point.

C’est d’ailleurs, tout juste si Monsieur Badie n’ajoutait pas qu’au fond, c’était un peu normal !

La Chine n’a aucune velléité agressive quand elle occupe, crée, fortifie des bases de missiles terre-mer et sol-air, courtes et longues portées et annexe ainsi des terres et îlots (les Paracels et les Spratleys) disputées par le Vietnam, les Philippines, l’Indonésie, Brunei …, enfin par tous ses plus proches voisins, au motif que ces terres et ilots sont inclus dans sa zone économique exclusive.

 De la sorte, de plus, elle prétend contrôler, et, bien sûr, interdire tout passage maritime hors de son contrôle dans la mer de Chine méridionale par où transite 60 % du trafic maritime international dans une mer dont la Cour Internationale de La Haye, compétente en la matière et saisie par elle, lui en a refusé la propriété.

Cela se passe dans son environnement proche, il faut être indulgent, les occidentaux ont tellement martyrisé la Chine dans le passé et sont tellement jaloux de sa réussite qu’il faut bien qu’elle se défende.

Au vrai, Monsieur Badie n’a pas dit cela mais la Chine n’arrête pas de le dire et on le sent tellement en phase.

Et pourtant, Monsieur Xi Jinping dit que la Chine doit être la première puissance mondiale en 2049, pas seulement économique selon le théoricien Monsieur Liu Mingfu qui déclare « lorsque l’armée chinoise sera devenue la plus puissante, le monde tremblera » (entretien à la revue Politique internationale hiver 2018-2019 cité par Mr Saint-Prot).

Taïwan sait à quoi s’en tenir qui voit toutes ses relations internationales coupées par des menaces d’interventions musclées de la Chine qui ne se cache pas de vouloir intervenir par la force sur l’île au nom d’une appartenance séculaire au continent – l’île fut cependant hollandaise et japonaise dans le passé.

 Non, la Chine n’est pas hégémonique, même quand Monsieur Badie répond à la question posée en privé par l’auteur sur ce qui se passera lorsqu’une population n’aura plus accès à ses propres ressources pillées par la Chine en disant « qu’il ne fait pas l’histoire ».

La dangerosité de telles positions est accrue par l’intelligence que l’orateur a déployée dans son tableau évolutif conduisant à la désoccidentalisation du monde pour aboutir à des propos contestables car trop intimement liés à la propagande chinoise.


(*) Patrick TOUSSAINT

Avocat spécialisé en fiscalité, droit des sociétés et contrats sur le plan national et international. Auditeur de l’IHEDN, Lieutenant-colonel (H) diplômé ORSEM.

Directeur juridique d’espritcors@ire depuis 2012, Conseiller « international » et membre du comité de rédaction de ESPRITSURCOUF,

Vous pouvez compléter votre information en consultant le dossier thématique qu’ espritcors@ire a réalisé à partir des articles récemment publiés dans ESPRITSURCOUF.fr : « Xi Jinping à la conquête du monde »

Pour aider le jeunes corsaires et développer ESPRITSURCOUF.fr
Votre contribution est indispensable en 2019 :
DONS pour réduire votre IFI
Adhésion à "espritcors@ire" : 
Membre : 50€ soit 17€ net fiscal
Contribution par chèque à l'ordre d'espritcors@ire, par Paypal ou carte bancaire
Cliquez sur DON ou ADHESION
Chers lecteurs, 
Vous avez apprécié cet article, vous pouvez le retransmettre 
à vos amis et relations en donnant le lien de l'article ou du site 
ESPRITSURCOUF.fr
Nous vous remercions pour votre action au service du rayonnement 
de notre "Observatoire de la Défense et de la Sécurité"
N'hésitez pas à nous suivre sur Facebook et Twitter