Qui a oublié le « B »
de Biologique ?

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Alou Dredun (*)
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Ceux qui ont accompli leur service militaire, donc avant 2002, ont sans aucun doute suivi les cours de la formation élémentaire toutes armes. Les armées d’alors enseignaient une discipline pour le moins étrange. Elle était inscrite au programme sous le nom d’ « armes spéciales ».  Suivaient trois lettres : NBC, N pour nucléaire, B pour biologique, C pour chimique.

L’instructeur, en évoquant les armes spéciales,  distribuait un document sur lequel figurait de drôles de croquis. Ces bizarreries étaient très anxiogènes, vite oubliées dans le maelstrom et la rapidité de la formation. Au peloton d’élève-gradé, l’examinateur posait juste une question « NBC » : « définissez le nucléaire, biologique et chimique » ! Les réponses reflétaient déjà ce qu’en pensaient la plupart des candidats : « le B, ça n’arrivera pas », car « c’est vraiment trop dangereux ».

Un danger identifié


Il y avait des fantasmes qui circulaient, on disait que chez l’ennemi, des laboratoires préparaient des « choses » innommables, des bactéries capables de contaminer l’eau, l’air, la terre, en bref les trois éléments fondamentaux de la mythologie, de la science, et plus tard, bien plus tard, de ce qui a été convenu de nommer l’environnement. On sentait peser sur l’Humanité une sourde menace.

Puis il y eut, pour les sous-officiers et les officiers qui préparaient les examens militaires, le thème des grands problèmes contemporains. L’épreuve du certificat militaire N°2, après celle du certificat interarmes, comportait aussi une interrogation sur la discipline armes spéciales, NBC. Mais les examinateurs s’en tenaient au nucléaire, et les questions étaient rares sur les autres thèmes de la spécialité. On  apprenait les messages NBC 1, 2 et suivants, et les interrogations amenaient des notes appréciables aux examens.

L’acronyme devint ensuite « NRBC ». Le « R » signifiait : rayonnements, ajouté pour les dégâts occasionnés par les diverses menaces de ce type. Il y avait toujours le « B », mais on n’envisageait pas que ce « B » puisse être un jour actif.

Les militaires ont bien identifié la menace biologique et chimique.
Photo PXY

Bien plus tard, dans les cours d’organisation, que ce soit pour les officiers d’active ou de réserve, on découvrait une école de défense des armes spéciales, encore appelée EDNBC, sise à Grenoble, puis stationnée à Caen (Bretteville sur Odon). Le 1er janvier 2005, on créait à Saumur le centre de défense nucléaire, biologique et chimique. Au fil des livres blancs, on a pu découvrir des menaces toutes plus anxiogènes les unes que les autres.


Un danger oublié.


Et aujourd’hui, de quoi donc s’agit-il, et de quoi donc ne s’agit-il pas ? Des minuscules particules circuleraient, capables d’engendrer des morts, voire capables de nous mettre dans l’impossibilité de combattre. Du pain béni pour les complotistes en tout genre qui désignent des labos chinois ou américains comme point de départ de la pandémie de COVID-19, et regardent avec scepticisme la juste estimation du chef des armées.

De fait, la théorie dite « des pertes massives », notamment lors des événements grippaux, ou encore lors des étés caniculaires, auraient pu constituer des éléments d’alerte.

N’a-t-on pas fermé les structures, réformé les matériels, poussé les cadres vers la sortie, alors que, même par imprudence, ou par mégarde, ou par abandon de mesures de sécurité, les menaces pesaient déjà sur les sociétés ?

Nous avions à Marseille, une école pour les maladies tropicales, mais la connotation « coloniale » que cela impliquait était trop forte : nous avons oublié les Yersing, Segalen, Lavéran, les découvreurs des nombreuses maladies d’Orient et d’Afrique.

Dans les Etats-Majors de toute dimension, civils et militaires, il y avait des « plans ». Aujourd’hui, les ordinateurs contiennent-ils au moins le successeur du plan « aspirateur » ? Nous avions au sein du corps blindé et mécanisé des hôpitaux de campagne en nombre, avec des médecins (de réserve) et du matériel . Aujourd’hui, on a pu installer un seul hôpital de campagne, à Mulhouse. On y pratique une excellente médecine, mais des gens sérieux l’ont qualifié « d’OVNI ». En effet, le déploiement de cet organisme singulier ne correspond pas aux conditions dans lesquelles les armées se mettent en place.

On a pu inventer la réserve sanitaire : elle est très utile en ce moment. Mais on constate qu’elle peine à se construire.

Le danger devenu réalité, nous pourrions reprocher l’oubli du « B » aux décideurs de toute nature, pour leur légèreté face à une menace qui n’était pas crédible, voici encore quelques mois.

Est-ce à la tranquillité du temps de paix qu’il faudrait imputer les pertes massives que l’on décompte chaque soir en conférence de presse ? Dans cette condition générale et impersonnelle, où la responsabilité devient collective, il faut garder conscience que l’intérêt général, qui commande de prendre des initiatives, va bien au-delà des simples aspects financiers. Car si pour habiller Pierre on a déshabillé Paul, des questions restent en suspens.

Et parmi celles-ci, pourquoi ne peut-on réhabiliter des structures qui pourraient amener leur lot de bonne médecine, de soins, de vraies conditions d’un combat susceptible d’intéresser toute la population, voire de montrer un modèle d’expertise au monde entier ?

Ce serait alors que le « B » n’aurait pas été oublié.

Le matériel de la guerre : des masques, des visières, des couvre-chefs, des surblouses.
Photo DR

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(*) Alou Dredun. Vous ne verrez pas sa photo, car Alou Dredun est un pseudonyme. Peut-être le reconnaitrez-vous avec ces quelques renseignements : officier de réserve, gestionnaire puis enseignant des crises diverses du XXème siècle, il anime encore des cercles de réflexion en géopolitique.


Bonne lecture et rendez-vous le 18 mai 2020
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