Narcotrafic et criminalité
Mexique, Honduras, deux exemples

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Fanny Altobelli (*)
Journaliste stagiaire chez ESPRITSURCOUF

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L’Amérique centrale est souvent définie comme la région la plus violente du monde. Le Honduras figure parmi les cinq pays ayant le plus fort taux d’homicide au monde. Avec le Salvador et le Guatemala, il fait partie des pays du « Triangle du Nord », classé dans le top 10 mondial pour les homicides, la corruption, le trafic de drogue et la violence des gangs. Quant au Mexique, situé au 19° rang pour les homicides, il a vu au début des années 2000 l’augmentation du niveau de violences et la segmentation du milieu du crime organisé.

Selon le ministère de l’Intérieur mexicain, 100 000 personnes ont disparu depuis 1964. Ce chiffre colossal a fait dire au comité de l’ONU contre les disparitions forcées que « la disparition des personnes au Mexique est le problème de tous, de la société dans son ensemble et de l’humanité ».

En 2019, L’Institut National Mexicain des Statistiques et de la Géographie a recensé 278 899 homicides depuis 2006, dont un tiers concerne des hommes de moins de 29 ans. Selon le Secrétariat à la Sécurité Publique et à la Protection Citoyenne, 34 000 homicides ont été enregistrés pour la seule année 2018.

Au moins 543 groupes armés ont opéré au Mexique entre 2009 et fin 2020. En conséquence, des groupes d’autodéfense ont par endroits remplacé les forces de sécurité. Ils ont parfois rempli leur rôle, protégeant la société des violences commises par les organisations criminelles, ils ont parfois réduit la puissance des cartels, mais les résultats ne sont pas exemplaires, car trop de ces groupes d’auto-défense se sont rendus coupables de violations des droits de l’Homme, notamment en recrutant des enfants combattants.

La guerre contre la drogue au Mexique

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Le Mexique est naturellement l’interface entre l’Amérique centrale, qui produit la cocaïne, et l’Amérique du Nord, qui consomme cette cocaïne. Selon différentes estimations des agences internationales, le marché de la drogue au Mexique représente un chiffre d’affaires annuel de 50 milliards de dollars.

Felipe Calderón, président de 2006 à 2012, avait lancé la guerre contre la drogue. C’est-à-dire qu’il utilisait quotidiennement les forces militaires pour assurer l’ordre public et combattre les cartels de narcotrafiquants. Toutefois, cette pratique a été violemment controversée, car là aussi on a assisté trop fréquemment à des excès, des violences illégales et des violations des droits de l’homme.

Enrique Pena Nieto (2012-2018), le successeur de Calderón, a voulu lui se concentrer sur la réduction de la violence à l’encontre des civils, plutôt que sur l’élimination des dirigeants des cartels. Les homicides ont effectivement diminué au cours des premières années, mais à partir de 2015 et jusqu’à la fin de son mandat, ils ont atteint un niveau record. Il faut toutefois souligner un succès durant la présidence Nieto : l’arrestation le 8 février 2016 de Joaquin « El Chapo » Guzman, chef de la plus puissante organisation de trafiquants du Mexique. Extradé aux Etats-Unis, il a été condamné à la prison à vie. En janvier 2022, sa condamnation a été confirmée.

Joaquim Guzman « El Chapo » lors de sa troisième arrestation. Les deux fois précédentes, il avait réussi à s’évader ? Photo DEA

Peu de temps après son élection en 2018, l’actuel président Andres Manuel Lopez a déclaré que son gouvernement prendrait ses distances quant aux tentatives d’arrestations des chefs de cartel, mais qu’il se concentrerait sur l’amélioration de la sécurité et la réduction du taux d’homicides. « Aucun capo n’a été arrêté car ce n’est pas notre objectif principal. Officiellement, il n’y a pas de guerre », a-t-il déclaré. Parmi les mesures qu’il a fait adopter : une campagne anti-corruption, la dépénalisation de certaines drogues, l’amnistie accordée aux membres de cartels de bas niveau, s’ils coopèrent avec les forces de l’ordre. Mais le pays fait face à une augmentation des homicides.

Honduras, le pays des Maras

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Selon le procureur américain Matthew Laroche « le Honduras est l’un des principaux lieux de transbordement de la drogue dans le monde et l’un des endroits les plus violents du monde ». La ville de San Pedro Sula est régulièrement désignée comme la plus dangereuse du monde. D’après l’association « pour une société plus juste » la corruption au sein de la police, des procureurs et des juges explique le taux de violence dans ce pays. Les sources diffèrent, mais il pourrait exister jusqu’à 40 000 membres actifs de gangs au Honduras.

La violence et la criminalité au Honduras sont susceptibles de rester impunies, 67 % des cas d’homicide ne font pas l’objet d’une enquête, et 87% des cas ne parviennent pas à une quelconque résolution judiciaire. Les enquêtes criminelles sont gravement entravées par un financement limité, un manque d’outils d’investigation de haute technologie, des officiers corrompus et une mauvaise formation de la police. De plus, le système judiciaire est débordé, plus de 180 000 dossiers n’ont pu jusqu’alors être été traités.

Une partie importante des décès par mort violente sont le fait des « Maras », des gangs juvéniles, effets collatéraux de la politique américaine visant à désengorger les prisons. En effet, lorsque les criminels étrangers ont purgé leur peine aux USA, ils sont renvoyés vers leur pays d’origine, mais cela y entraîne un accroissement de la criminalité.

Les deux principales Maras, Mara Salvatrucha 13 et Barrio 18 sont considérées comme largement responsables du taux de meurtres au Honduras. D’après les estimations, plusieurs milliers de jeunes font partie de ces bandes criminelles organisées. Ils opèrent souvent depuis les prisons où sont détenus les principaux chefs. Ces groupes sont devenus depuis une quinzaine d’années, le « bras armé » du narcotrafic.

 

Photo UN

Tout récemment, en avril 2022, Juan Orlando Hernandez, l’ex-président du Honduras, a été extradé vers les États-Unis pour trafic de drogue. Il avait quitté ses fonctions le 27 janvier, après deux mandats. Il est accusé d’avoir accepté des millions de dollars de pots-de-vin de la part de violents trafiquants de drogue en échange d’une protection contre les forces de l’ordre.  Pourtant, en 2012, alors qu’il était président du Congrès national, il a joué un rôle clé dans l’adoption d’une réforme constitutionnelle permettant l’extradition de ressortissants honduriens vers les États-Unis pour trafic de drogue et autres accusations.

En 2021, Tony Hernandez, le frère de l’ancien président, a été condamné pour trafic de drogue à la prison à vie par un juge américain. Le gouvernement américain estime qu’environ 4 % de toutes les expéditions de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud ont transité par le Honduras par voie aérienne ou maritime en 2019. Cela équivaut à une valeur marchande de plus de 11,5 milliards de dollars.

Proximité avec les États-Unis

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Les cartels mexicains de la drogue sont les principaux fournisseurs de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et d’autres stupéfiants illicites aux États-Unis. Ils y gagneraient entre 19 et 29 milliards de dollars par an.

Le 13 mai dernier, un tunnel de narcotrafiquants long de 530 mètres a été découvert sous la frontière entre le Mexique et les États-Unis. D’après le communiqué du bureau du procureur fédéral américain pour le district sud de Californie, le tunnel mesure 1,2 m de large et est creusé à une profondeur de plus de 18 mètres. Le communiqué annonce également que six personnes résidant aux Etats-Unis ont été inculpées « pour association de malfaiteurs dans le trafic de 799 kg de cocaïne », les autorités ont également saisi 74 kg de méthamphétamine et 1,5 kg d’héroïne.

Dans la guerre contre la drogue, les États-Unis ont fourni des milliards de dollars au gouvernement mexicain en aide à la sécurité et à la lutte contre les stupéfiants. Ils lui ont également fourni d’autres milliards pour moderniser ses forces de sécurité, réformer son système judiciaire et investir structurellement. Washington a également cherché à endiguer le flux de drogues illégales aux États-Unis en renforçant la sécurité le long de sa frontière.

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(*) Fanny Altobelli est actuellement étudiante en Master 1 « Conflictualités et médiations » à l’Université Catholique de l’Ouest. Elle est diplômée d’une licence en Langues Étrangères Appliquées Anglais-Russe-Italien à l’Université Nice Côte d’Azur. Dans le cadre du programme de l’Université Franco-Russe, elle a participé à une année d’échange universitaire à l’Académie Russe de l’économie nationale à Moscou, et elle rédige un mémoire sur l’influence russe en Afrique de l’Ouest. En parallèle de ses études, elle poursuit l’apprentissage du russe et du mandarin et est co-présidente de l’association Initiatives Conflictualités et médiation. Elle fait un stage de journaliste chez ESPRITSURCOUF


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