Les renseignements
en Corée du nord

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Tom Dash (*)
Étudiant en Sciences Politiques 

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La République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) est mal connue et bien souvent caricaturée, car complexe à appréhender. Elle est parfois qualifiée de « trou noir » en matière d’informations, tant les sources spécialisées et fiables à son sujet sont rares. Cela est encore plus vrai de son appareil de sécurité. L’auteur a relevé le défi et réussi à en savoir un peu plus.
 

Bien au-delà des coups d’éclat, comme l’assassinat de Kim Jong-Nam avec l’agent innervant VX à l’aéroport de Kuala Lumpur en 2017, les services de renseignements nord-coréens sont particulièrement discrets. Qu’en sait-on aujourd’hui ?  

Ils se répartissent en plusieurs bureaux, dont le Bureau Général de Reconnaissance (BGR) chargé du renseignement extérieur, et le Service de Sécurité de l’Etat (SSE) chargé du contre-espionnage et de la surveillance des cadres du régime. Ils fournissent tous deux les éléments nécessaires à la prise de décision à haut niveau. Ces renseignements bénéficient tout d’abord au chef de l’Etat, Kim Jong-Un, et son premier cercle recomposé en 2018 à l’avantage des faucons ou ultras du régime. Parmi ceux-ci Kim Yong-Chol, l’ancien chef du BGR tenu pour responsable du torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan en 2010 (46 morts). Mais ces informations sont communiquées également au Politburo du Parti des travailleurs de Corée, le WPK, au pouvoir depuis la naissance de la République Populaire Démocratique de Corée le 9 septembre 1948.

Kim Yong-Chol est le 2eme fils de Kim Jong-Il, le fondateur de la dynastie communiste des Kim, et le frère de Kim Jong-Un, actuel chef de l’Etat. Photo DR

Opaque et méconnu

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La RPDC est souvent affublée du surnom de « royaume ermite », en cela que nombre de ses relations passent sous les radars internationaux. Elle ne souffre pas moins d’un réel isolement international, qui a contraint les renseignements nord-coréens à adopter des méthodes d’acquisition et de vérification des données basées sur les renseignements de sources ouvertes (OSINT Open source intelligence).  

Parmi ces outils, l’analyse évaluative du langage permet de déterminer la vraisemblance et les probabilités pour que les paroles d’un interlocuteur, particulier ou gouvernement, se transforment en actes. Les prises de paroles d’officiels et de spécialistes américains sont pour cette raison particulièrement scrutées. Ainsi la RPDC a-t-elle déduit des suites du sommet manqué entre Kim Jong-un et Donald Trump en 2018 à Hanoï que les Etats-Unis avaient définitivement intégré que celle-ci ne procéderait jamais à une dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible » selon les termes de l’AIEA, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique.  

Une fois les informations de sources ouvertes acquises, le Bureau Général de Reconnaissance procède à des vérifications à partir d’autres sources pour les corroborer. Toutefois le renseignement nord-coréen pâtit des faibles revenus du pays, et demeure pour cela tributaire non pas des fonds de l’Etat nord-coréen mais des fonds de la famille Kim au pouvoir depuis trois générations. 

L’argent des Kim

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Les moyens financiers de la RPDC, 25,7 millions d’habitants, moitié moins peuplée que la République de Corée au sud du 38e parallèle, sont limités. Avec un PIB estimé de 18 milliards de dollars selon la banque centrale sud-coréenne, la Corée du Nord est placée sous un régime de sanctions internationales en raison du développement de son programme nucléaire balistique, tout en se dotant d’armes hypersoniques.

Contre toute attente, elle parvient à poursuivre le développement de son programme nucléaire et de son économie selon le principe du Byungjin,  ou « développement parallèle [de l’économie et du nucléaire] », posant pour certain la question d’une adaptation des sanctions. Ainsi, pour contourner les sanctions, la RPDC peut compter sur ses partenaires principaux (Chine et Russie), et secondaires, (Iran, Syrie, Soudan, Myanmar par exemple), où elle vend des armes, pour contourner les sanctions.  Elle est présente sur le dark web pour vendre par exemple des logiciels malveillants. 

Kim Jong-Un, troisième de la dynastie
des Kim à tenir le pouvoir.
Photo DR

Ce programme nucléaire, qui n’aurait pu voir le jour avec les seuls moyens financiers de la RPDC, a été directement financé par le fond personnel de la famille Kim et l’est toujours aujourd’hui. Il en est de même en matière d’opérations de renseignement, les services nord-coréens prenant une part active à l’acquisition de devises étrangères pour le régime et Kim Jong-Un hors des frontières du pays, ou bien par le biais du piratage informatique.

Collecte de devises  

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Cette collecte de devises étrangères est pour ainsi dire polymorphique et en mouvements constants. Pour donner un aperçu citons les cas de ventes de technologies militaires, conventionnelles ou non, à des Etats tiers sous sanctions ; la vente de stupéfiants à l’étranger, notamment d’héroïne ; la surveillance de ressortissants et la gestion d’entreprises à l’étranger dont les salaires et bénéfices en devises étrangères sont envoyées en Corée du Nord via Hong Kong et Singapour, par l’entremise de millefeuilles légaux et financiers pour cacher la destination des fonds. 

Le bureau 39 du SSE constitue une cellule d’experts financiers créant 50% du PIB de la RPDC. Comme l’explique un défecteur de l’élite nord-coréenne réfugié au Sud, la RPDC ne contourne pas seulement les sanctions avec l’aide de ses partenaires mais aussi avec ce système financier à double fond. Les gains résultant de ces opérations viennent financer les opérations de renseignement à l’étranger, notamment en Corée du Sud. Cette dernière constitue un terrain de prédilection plus facile à appréhender pour des raisons linguistiques, géographiques et politiques, permettant de s’affranchir du seul renseignement de sources ouvertes.  

Toutefois, les solutions déployées par le renseignement de la République Populaire Démocratique de Corée pour acquérir des renseignements comme des devises par des moyens traditionnels, entendons renseignement humain ou HUMINT et OSINT, ne suffisant pas aux yeux de Pyongyang. Les renseignements misent de plus en plus sur l’arme cyber comme un nouvel outil permettant au régime d’engranger davantage de devises et d’informations sans s’éloigner de ses bases, risque inhérent à toute mission de renseignement, a fortiori  pour la RPDC. 

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(*) Tom Dash est étudiant en relations internationales à l’ILERI Paris (Institut Libre d’Etudes des Relations Internationales et des Sciences politiques). Ses points d’intérêt majeurs sont fixés sur les questions stratégiques, politiques et éconLa République Populaire Démocratique de Corée (RPDC) est mal connue et bien souvent caricaturée, car complexe à appréhender. Elle est parfois qualifiée de « trou noir » en matière d’informations, tant les sources spécialisées et fiables à son sujet sont rares.omiques en Asie du Nord-est (essentiellement la Chine et son environnement stratégique, les tensions sur la péninsule coréenne et Singapour),  et dans l’espace post-soviétique (évolutions politiques, questions sécuritaires et énergétiques).
Journaliste stagiaire chez ESPRITSURCOUF.

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