THÉORIE ET PRATIQUE US
EN AFGHANISTAN

de Patrick TOUSSAINT (*)
Avocat spécialisé dans l’international

Le numéro 86 a été centré sur la théorie de la guerre contre insurrectionnelle.

Deux FOCUS, l’un sur « La contre-insurrection selon David Galula, ou quand l’Histoire résout les conflits contemporains », l’autre sur «David Galula, peut-on être prophète dans son pays ? »

 

Il nous a paru intéressant de présenter un avis sur la mise en œuvre de cette théorie par les Américains en Afghanistan.

Quelques réflexions sur l’application de la lutte contre insurrectionnelle théorisée par David Galula

En effet, les Américains ont été confrontés à la lutte insurrectionnelle en Afghanistan depuis 2001 et plus précisément depuis 2003 lorsqu’ils y ont engagé des forces importantes et demandé l’appui de forces alliés.

Ils n’ont pas très bien su comment traiter ce conflit jusqu’à ce que le Général Petraeus découvre les écrits du Lieutenant-Colonel D.Galula que celui-ci avait publié en 1963 aux Etats-Unis. Les américains ont alors essayé d’appliquer la théorie développée par cet officier français.

Cela a été fait avec plus ou moins de bonheur et si l’on en croit les résultats, et cela n’a pas été une réussite en Afghanistan pour plusieurs raisons.

La première est que Galula a développé une théorie alors que les Américains, et cela est bien dans leur mode de raisonnement, en ont déduit un manuel de guerre contre insurrectionnelle ce qui n’est pas la même chose.

Cela les a conduit à négliger un aspect essentiel de la théorie : Galula explique le conflit est de nature essentiellement politique et, de ce fait, pour pouvoir contrer la propagande insurrectionnelle, le caractère parfaitement éthique du pouvoir doit pouvoir être  établi sans discussion.

Par ailleurs, quand le pouvoir politique se rétablit dans une zone de conflit, ce pouvoir ne doit pas pouvoir être contestable.

En l’espèce, la propagande insurrectionnelle est basée sur le fait que le pouvoir ne respecte pas la religion musulmane, que ce pouvoir est corrompu et que, dès qu’il est rétabli sur une zone, il accable d’impôts et de taxes  la population, s’enrichie sur toutes  les réalisations de travaux destinés au bien-être et au développement de la population et favorise toutes factions qui le paye y compris insurgées.

De ce fait, l’action menée par les troupes étrangères perdent de leur légitimité, ce d’autant plus qu’elles sont étrangères et deviennent très vite perçues comme des troupes d’occupation.

Les Américains ont pensé pouvoir pallier ce point essentiel par l’application d’une technique de « nation building » qui s’est bien révélée totalement inopérante.

Un autre facteur important est que les insurgés se confondent avec la population et que de ce fait, il est difficile d’identifier les insurgés dans la population et que de ce fait toute opération de police vise toute la population et non seulement la fraction insurgée.

Un autre facteur stratégique est également important est la présence d’une même population de l’autre côté de la frontière au Pakistan, qui permet aux insurgés de se reposer, de se soigner, d’ évacuer les familles, de  s’instruire ce d’autant plus que les « services » pakistanais, le SIS, fournit cadres, armes, argent, spécialistes.

On peut également relever deux points tactiques importants :

  • d’abord, les forces loyalistes, donc les différents contingents armés, soutien du pouvoir, doivent pouvoir mener des actions au plus bas niveau, c’est à dire à base d’infanterie essentiellement.

Cela n’est pas le type de combat qui convient à l’armée américaine et même à la plupart des contingents alliés et l’on a vu la création de FOB (Base Opérationnelle avancée) et de COP (Poste de combat avancé) soit une tactique essentiellement statique et il y a même des contingents qui peuvent payés les insurgés pour acheter la tranquillité de leurs troupes.

  • La coordination des actions : elles étaient le plus souvent très loin de remplir ce facteur dans la mesure où chaque contingent avait sa méthode chacun dans son compartiment de terrain car en plus, le terrain ne facilitait pas les actions coordonnées.

En fait, la seule réalisation à peu près efficace a été celle menée, en solitaire, par un major des Forces Spéciales américaines qui s’est installé dans une tribu, seul, vivant comme ses membres s’habillant comme eux, combattants comme eux, avec les mêmes armes et sans le harnachement réglementaire.

Il avait réussi à pacifier sa zone au bout d’une demi-douzaine de mois et commencé à agir sur une autre tribu lorsqu’un jeune lieutenant américain, sortant tout juste de West Point lui a rendu visite. Il l’a trouvé vivant avec une journaliste étrangère, buvant la boisson locale et fumant du haschich.

Le rapport scandalisé de ce jeune officier a déclenché un scandale tel que le major fut rapatrié d’urgence et rétrogradé au rang de capitaine.

Les forces de la coalition ne sont pas prêtes de gagner cette guerre.

 


(*) Patrick TOUSSAINT  , est avocat spécialisé dans l’international, Directeur juridique d’espritcors@ire depuis 2012, Membre du comité de rédaction de ESPRITSURCOUF, auditeur de l’IHEDN, Lieutenant- colonel (H).

 

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