CHAQUE ANNÉE, NOUS VERSONS A LA POLOGNE L’ÉQUIVALENT D’UN PORTE-AVIONS NUCLÉAIRE…

Richard Labévière
Rédacteur en chef

En Pologne, on ne peut pas dire que cela aille très fort. Le parti Droit et justice[1] a remis la main sur la présidence en mai 2015 et s’est refait une majorité parlementaire en octobre dernier. La gauche a, quasiment disparu, l’opposition s’étant regroupée en une improbable « Plateforme civique », d’obédience centriste néo-libérale. Dans cette situation, la population impuissante assiste au démantèlement de l’Etat de droit, morceau par morceau : le conseil constitutionnel est paralysé ; le conseil de la magistrature mis sous tutelle ; les procureurs sont directement nommés par le ministre de la justice ; des lois mémorielles proprement a-historiques sont adoptées et les médias passent, les uns après les autres, sous la coupe du pouvoir. Une « démocrature » sans faille s’installe sans que l’Union européenne (UE) ne puisse faire grand-chose…

Aujourd’hui, l’insulte suprême qui prévaut en Pologne est le qualificatif de « multiculti » qui sert à nommer les « pays de l’Ouest ». Dans cette logique, le multiculturalisme est la cause des attentats terroristes ayant frappé la France, de nouvelles exigences de réparations financières sont régulièrement adressées à l’Allemagne et il n’est pas question d’entendre parler des quelques 8000 réfugiés que le gouvernement précédent avait accepté d’accueillir. Le nouveau gouvernement a, unilatéralement annulé un contrat d’une cinquantaine d’hélicoptères Caracal avec Airbus pour acheter américain… Bref, la Pologne est fâchée avec, à peu près, tout le monde !

Malgré cette situation, le taux de satisfaction de la population atteint des niveaux record. Comme en Italie et ailleurs en Europe, les sirènes populistes chantent au-devant de la scène. Pourquoi ? En 2017, la croissance a atteint 7 points, le chômage plafonne à 6%, la politique sociale relève clairement d’une gestion de gauche et la politique étrangère reste, strictement inféodée aux exigences domestiques – « la Pologne aux Polonais ».  Donald Trump vient même de donner sa bénédiction en affirmant que « la Pologne était le rempart de la civilisation occidentale ».   

Depuis la sortie du communisme, salaires et niveaux de vie se sont effondrés. Une thérapie de choc a été appliquée avec une privatisation sauvage qui profite d’abord à une élite urbaine, au détriment des campagnes défavorisées et délaissées, tout en entraînant la dissidence dans le piège néo-libéral. Le 1er mai 2004, l’adhésion à l’UE s’est faite dans la douleur, notamment sur le plan des libertés civiles et politiques et des droits humains en général. Aujourd’hui en Pologne, on qualifie « Bruxelles » de… « Moscou », c’est tout dire !

Pourtant, l’UE verse annuellement à ce pays sympathique, pas moins d’une quinzaine de milliards d’euros au titre des « fonds de cohésion », selon les règles de la Commission, instaurées pour venir en aide aux régions défavorisées. La France assume près de 17% de ces subventions, soit environ et annuellement trois milliards d’euros, ce qui correspond au coût d’un porte-avions nucléaire de la classe de notre Charles de-Gaulle… Ainsi, entre 2014 et 2020, quelques 106 milliards d’euros reviendront aux grands démocrates de Droit et justice. Et cette hallucinante réalité n’est pas prête de changer : ces subventions relèvent de critères foncièrement technocratiques du contenu d’attribution des fonds européens, sans véritable discussion politique.

Les prochaines dotations budgétaires de l’UE pour 2021 – 2026 n’y pourront rien changer… Selon l’article 7 du Traité concernant l’Etat de droit, il faudrait que 22 pays du Conseil des ministres européens votent en faveur d’éventuelles sanctions contre la Pologne. « Un tel vote est très improbable et l’UE ne dispose que d’un sabre de bois pour remettre cet Etat-membre en conformité avec ses engagements », déplore un diplomate européen en poste à Bruxelles.

En 1918, la Pologne est redevenue un Etat-nation grâce à Clémenceau. Désormais et chaque année notre pays alloue à la Pologne – qui ne nous porte pourtant pas dans son cœur – l’équivalent du coût d’un porte-avions nucléaire dont nous aurions bien besoin pour amorcer le remplacement du Charles-de-Gaulle et la mise en chantier de son sister-ship, d’une deuxième PA-2, afin d’assurer la permanence à la mer de notre groupe aéronaval.   

 

Richard Labévière  

 

[1] Droit et justice (en polonais : Prawo i Sprawiedliwość PiS) est un parti politique polonais fondé le 13 juin 2001 par les frères Jarosław Kaczyński et Lech Kaczyński. D’idéologie conservatrice et eurosceptique, il compte environ 21 800 adhérents (novembre 2012) et est membre au niveau européen de l’Alliance des conservateurs et réformistes européens. Responsables du premier parti de Pologne entre 2005 et 2007, Kazimierz Marcinkiewicz et Jarosław Kaczyński sont alors consécutivement Premiers ministres. Droit et justice redevient parti de gouvernement en 2015. Deux présidents de la République en sont également issus, Lech Kaczyński (2005-2010) et Andrzej Duda (depuis 2015).

 


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