EDF SOUS TENSION

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MPE Concept (*)
Think Tank partenaire d’espritcors@ire..

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EDF est un service public créé en 1946 pour produire de l’énergie électrique à une tarification identique pour chaque consommateur, quel que soit son lieu de raccordement. Mais cette grande et noble volonté est malmenée par le principe de concurrence commerciale imposée par l’Union Européenne. Au point qu’EDF est menacée d’éclater
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Aujourd’hui, le géant de l’énergie perd 100 000 clients par mois, et enregistre moins de 26 millions de consommateurs. Une perte qui s’explique par l’ouverture du marché à la concurrence en 2007.

L’électricité est désormais cotée en bourse et son prix varie en permanence. L’abandon des tarifs régulés pour les particuliers (péréquation tarifaire sur le territoire) semble même inévitable.

En considérant l’électricité comme une marchandise, l’Europe exige la mise en concurrence pour faire baisser les prix. En pratique, la plupart des concurrents n’étant pas producteurs et ne voulant pas investir à long terme, EDF est sommé de leur laisser une part de marché. L’augmentation des prix est la voie retenue pour leur permettre de vendre notamment l’électricité nucléaire qu’ils achètent à EDF. Toutefois, le prix de celle-ci est fixé et n’a pas changé depuis des années. Cette situation compromet désormais le financement de l’électricité nucléaire, à tel point qu’une réorganisation d’EDF est envisagée.

Hercule : un projet bouleversant

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Le projet Hercule consiste à séparer le groupe EDF en trois entités : « EDF bleu » pour la production dite « lourde », « EDF bleu azur » pour l’énergie hydraulique, et « EDF vert » qui est réservée aux productions « légères » comme l’énergie éolienne ou solaire. Cette réorganisation est prévue sous l’impulsion de l’Etat, qui est l’actionnaire majoritaire du groupe avec plus de 80 % des actions. La vente d’un pourcentage important de l’entreprise à la concurrence, environ 30% de la partie « EDF vert », est un de ses objectifs.

Le projet Hercule vise à isoler le nucléaire pour que l’entreprise, donc ses actionnaires, puisse s’enrichir. Il remet en cause l’organisation actuelle des filiales (notamment pour la distribution de l’électricité sur les territoires).

En pratique, la privatisation partielle d’une telle entreprise pose questions. Comment garantir la maîtrise globale de la chaîne production-transport-distribution de l’énergie sur les territoires et au service de tous les types de consommateurs dans une structure désintégrée ? Quelle organisation mettre en place pour sécuriser la continuité du service de l’électricité dans cette nouvelle configuration, en cas de crises climatiques ou technologiques ? Comment adapter en permanence l’offre et la demande, puisque l’énergie n’est pas stockable en grande quantité ? Comment optimiser l’évolution technologique pour conserver l’autonomie de la France et préparer l’avenir ?

Diviser pour mieux s’enrichir semble être la stratégie alors que, généralement, c’est la concentration qui est la voie de l’optimisation financière. Séparer le nucléaire des autres services liés à l’électricité, et spécialiser la France comme opérateur nucléaire européen pour ouvrir les autres productions et services à toute sorte d’entreprise est-il un bon choix ? Les gens s’inquiètent toujours du nucléaire, personne n’est en mesure d’investir les montants nécessaires pour ce type de production, mais tout le monde veut se partager le gâteau de cette manne énergétique bon marché qu’EDF a su mettre en place pour la France.

Parce que le coût de revient de l’électricité nucléaire est compétitif, trop bas pour faciliter la concurrence, faut-il pénaliser la France qui a investi beaucoup pour son autonomie et pour des prix maîtrisés dans le temps ?

Si ce projet se fait au détriment des populations, ce serait un recul notable qui fleurerait bon l’injustice sociale…

Le jeu de l’Allemagne

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Depuis l’arrêt de la plupart de ses centrales nucléaires, l’Allemagne s’est tournée vers le charbon. Une décision en contradiction avec la politique de production électrique décarbonée adoptée sous la pression des mouvements écologiques. La Chancelière est donc intéressée par l’achat d’une énergie électrique décarbonée, disponible à coût maîtrisé sur le marché européen. Elle veut également se donner les moyens de concurrencer Gazprom, le géant énergétique russe, et limiter son influence capitalistique dans le secteur de l’énergie en Europe. Et c’est sans parler du rôle désormais possible de la Chine.

Centrale au charbon de Weisweiler, dans l’ouest de l’Allemagne. Photo DR

La France est la mieux placée en Europe pour produire de l’électricité décarbonée grâce à son parc nucléaire. Avec ce « deal », la France pourrait devenir le leader de la production d’énergie nucléaire en Europe, sous réserve qu’elle ouvre le reste du domaine électrique à la concurrence européenne (un marché que lorgnent les entreprises allemandes notamment).

Le souci est que l’Europe fait miroiter un marché électrique européen ouvert à la France, dont la production d’énergie n’était conçue que pour les besoins français. Si la France suit ce chant des sirènes, elle risque de vendre de l’énergie fiable (car pilotable et indépendante des aléas climatiques) et bon marché à d’autres pays, au détriment de sa propre alimentation électrique.

Le manque d’investissement général dans des énergies pilotables, combiné à l’exportation d’énergie nucléaire pourrait réintroduire des coupures d’électricité comme on les connaissait avant 1946. Le tour de passe-passe financier qui permettrait à la France de conserver et de sauver sa filière nucléaire pourrait bien n’être qu’un miroir aux alouettes.

Nombreux sont les autres pays à être dans le cas de l’Allemagne. Suivant leur localisation en Europe et les ressources primaires qu’ils utilisent pour produire leur électricité, le verdissement de l’énergie creuse inévitablement les inégalités entre les pays, et donc entre leurs populations.

Les échanges d’énergie électrique entre les pays montrent l’importance du partage de cette ressource vitale, tant pour l’industrie que pour les populations, surtout quand le contexte la raréfie dans une zone. Certains pays l’ont compris, au point qu’ils révisent leur stratégie en cherchant à développer à nouveau leur production d’électricité nucléaire afin d’assurer le développement de leur économie et garantir le confort de leur population.

Un projet risqué

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Les réseaux électriques et leurs interconnections sont de plus en plus numérisés. De nos jours, les automatismes prennent le pas sur les actions manuelles pour anticiper et adapter en temps réel la production à la consommation. Cela débouche sur une chaîne de risques potentiels puisque toute panne de l’informatique ou des systèmes de télécommunications entraîne un dysfonctionnement électrique possible sur une zone plus ou moins étendue.

Les piratages sont aussi possibles. Ils ne se répercutent pas uniquement à l’échelle d’une entreprise, mais à celle d’un pays, voire de l’Europe.

Le projet Hercule paraît être un simple projet de réorganisation d’EDF. Pourtant, il complique le pilotage de la chaîne électrique et aggrave les risques en cas de dysfonctionnement, pouvant aller jusqu’à un black-out.

Ce dit projet ne statue en rien sur les financements du nucléaire, n’aborde pas les impacts ou encore les risques encourus. Il évoque encore moins les conséquences économiques pour la France et l’impact financier pour les consommateurs.

Jean-Bernard Levy, le Président Directeur Général d’EDF, a proposé ce plan Hercule au Président de la République il y a quelque temps déjà. Depuis, le contexte a changé. La crise de la Covid-19 perturbe l’instruction du projet et a changé les habitudes de fonctionnement d’EDF. Le confinement et le télétravail ont également bouleversé les habitudes de consommation.
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Dernière minute :
Pendant ce week-end de l’Ascension, des informations ont circulé indiquant que le gouvernement aurait désormais bien compris le danger d’une désintégration d’EDF. Il aurait fait valoir auprès de la commission européenne que cette idée était une ligne rouge à ne pas franchir. Le projet Hercule serait abandonné. Mais l’avenir d’EDF reste à définir rapidement pour garantir la pérennité, non seulement de l’entreprise, mais surtout du service qu’elle offre à la France, et peut-être demain à l’Europe.

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(*) MPE Concept (Modéliser Pour Évoluer) est un Club de Réflexions fondé courant 2020 par deux passionnés de modélisation qui aiment explorer toutes les facettes de sujets complexes. L’un a conçu une méthode, l’autre est “fan” de cartes heuristiques. Après plusieurs années d’expériences diverses et de travail en commun pour le compte de différents organismes, ils ont répondu à leurs envies fondées sur des valeurs communes : mettre à disposition leurs expériences et compétences, enrichir la connaissance générale, servir des collectifs ou être utiles à des personnes, contribuer à la construction du monde de demain.

MPE Concept réalise des études et les présente à des interlocuteurs intéressés qui peuvent contribuer à leur enrichissement. À titre d’exemples, pour l’axe sociétal, on peut citer celles relatives à l’énergie électrique, à l’Intelligence Artificielle ou à une écologie motivante. Une jeune journaliste, Margot Duchesne, a rejoint ce Club fin 2020 pour mettre en valeur le travail réalisé via des supports médiatiques afin de susciter la réflexion et la déclinaison des études dans des domaines plus ciblés.
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