DÉMOBILISATION AU NORD-MALI :
LE POINT

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Gildas Lemarchand (*)
Étudiant en Relations internationales
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Une succession d’évènements a aggravé la situation en zone sahélienne. La mort du président Idriss Déby fragilise le verrou sécuritaire tchadien. Le nouveau coup de force des militaires maliens, après leur putsch d’août 2020, perturbe encore plus l’équilibre politique du pays. La réaction du président Macron annonçant la fin de l’opération Barkhane rajoute de l’incertitude sur les dispositifs militaires. Et la question de l’Azawad n’a toujours pas trouvé de solution.
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’Azawad, « terre de transhumance », est un territoire au nord du Mali qui recouvre des zones sahariennes et des zones sahéliennes, peuplées de Touaregs, de Maures et de Songhays. En 2012, ce territoire plonge dans une nouvelle phase de révolte provoquée par des groupes indépendantistes et islamistes. Et depuis, cet espace constitue une base du développement de l’insécurité dans tout le Sahel occidental.

Au printemps 2015, après une médiation internationale, les groupes armés indépendantistes ont, en théorie, réglé leur différend avec le gouvernement de Bamako par la signature à Alger de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Nord-Mali (APR). Les Groupes Armés Signataires (GAS) se sont alors officiellement engagés dans un processus de démobilisation. Depuis, ce processus s’avère bien lent, tandis que la région Centre du pays s’embrase et que les groupes armées terroristes islamistes (GAT) poursuivent leur combat et savent s’adapter.

L’accord de paix d’Alger 

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L’Accord d’Alger, dans ses articles 18 à 20, prévoit un programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR). Si l’article 19 envisage la création d’une Commission Nationale de DDR (CNDDR) pour assurer une gestion nationale du processus, l’article 20 distingue, quant à lui, deux solutions de réinsertion pour les anciens combattants : l’une au sein de l’Armée, l’autre dans la société civile. En réalité, le processus reste exclusivement centré sur la refondation d’une force armée accueillant toutes les composantes ethniques du Mali, et capable de se redéployer en Azawad.

Procédure d’enregistrement d’une arme et d’un combattant en novembre 2019. Photo GL

Précisons-le, cette Armée reconstituée reste une initiative d’envergure symbolique du fait de ses faibles effectifs. En tout cas, les rebelles, le gouvernement et les groupes armés loyalistes trouvent dans cette initiative un nouveau levier politique, en particulier la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad) qui y voit l’occasion de contourner le pouvoir central pour se faire entendre de la communauté internationale. La CMA a été créée en 2014 pour fédérer les groupes indépendantistes du Nord.

C’est à partir de 2017 que l’on observe le déploiement des premières patrouilles mixtes au Nord Mai. Celles-ci permettent de recenser les combattants susceptibles d’être incorporés dans l’Armée reconstituée. Il faut attendre juin 2019 pour que les 1 200 premières recrues soient acheminées dans leurs centres de formation.
Les conditions de leur redéploiement ne sont présentées qu’en décembre suivant. Il est ainsi fixé que 80% des effectifs doivent être originaires de l’Azawad, que les postes de commandement reviennent à cette majorité régionale, et que les dépenses de fonctionnement, sont prises en charge par Bamako.

Au terme d’une brève deuxième session de formation fin janvier 2020, un redéploiement symbolique a effectivement lieu. Le 13 février 2020 les Forces maliennes reprennent pied à Kidal, au camp « Général Soumaré », après six ans d’absence. Puis elles arrivent à Tombouctou trois jours plus tard, et s’installent au fort « Cheikh Sidi Bekaye ».

  Défilés des GAS (groupes armés signataires), lors du congrès de la CMA fin 2019. Photo GL

Après le putsch d’août 2020 

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Alors que les militaires maliens avaient tendance à régler les problèmes dans le Nord par la répression armée, le putsch du 18 août 2020 témoigne de leur volonté d’aboutir à une normalisation de la situation. Ils affirment en effet rapidement que l’APR resterait appliqué sans renégociation. A l’occasion d’une première réunion entre le nouveau gouvernement et la Coordination des Mouvements de l’Azawad, cette dernière avait conditionné sa participation active à la venue de responsables de Bamako à Kidal. Le ministre de la Défense et le chef d’État-major malien s’y sont finalement rendus à la mi-décembre 2020.

Un premier succès marquant est enregistré le 11 février 2021, à Kidal, ville sanctuaire de la révolte touareg. Ce jour-là se tient dans la cité une importante réunion du Comité de Suivi de l’Accord d’Alger. Première réunion à se tenir en Azawad depuis 2015, elle se déroule en présence des signataires de l’Accord d’Alger et des partenaires du Mali. Dans le compte-rendu des négociations, les acteurs s’engagent à mettre un terme, à brève échéance, à toutes les actions en cours, notamment celles concernant les opérations des unités de l’armée reconstituée déjà déployées. Cela doit permettre de reporter les efforts vers de nouvelles phases comme la mise en place d’une Police territoriale et le retour de l’administration.

Lors du Sommet de N’Djamena sur la sécurité sahélienne des 15 et 16 février suivants, les participants se sont félicité des avancées sous-tendues par une telle réunion, notamment les projets de développement communautaire.

Mais cette avancée se fige quelque peu suite à l’assassinat à Bamako, le 13 avril 2021, de Sidi Brahim Ould Sidati, un homme de Tombouctou, principale figure du mouvement arabe de l’Azawad et chef par intérim de la Coordination des Mouvements de l’Azawad. Le meurtre a donc fait craindre aux acteurs investis dans l’initiative de démobilisation que l’évènement serve de prétexte pour la ralentir à nouveau. Depuis 2015, l’application de l’APR sur ce volet est en effet devenue un véritable rocher de Sisyphe.

 

Sidi Brahim Oul Sidati, sans turban, lors d’une des nombreuses cérémonies de lancement d’une nouvelle étape du DDR. Photo GL.

Une redynamisation illusoire du processus

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Finalement, on assiste à une certaine inertie dans les initiatives de démobilisation qui concernent l’Azawad. Après le coup d’Etat de 2020, le jeune gouvernement malien avait voulu se montrer rassurant, affichant sa volonté de reconstituer une armée nationale et consensuelle. Cela avait pu donner l’idée de la réorchestration d’une entente malienne, par une redynamisation de l’Accord d’Alger. Une telle attitude relève cependant de l’effet d’annonce. Ces avancées de façade sont toutefois censées libérer des énergies à employer dans la stabilisation du Centre du pays, où la Commission Nationale de DDR est présente pour traiter des milices communautaires.

Quoi qu’il en soit, les révolutions de palais et les dissensions récentes risquent encore une fois de plonger ce processus dans une longue torpeur. Le sursaut du Colonel Goïta qui, le 24 mai dernier, refuse de voir ses pairs écartés du gouvernement pourrait bien diluer les énergies dans une autre transition piétinante. Le pendant de cette hypothèse est qu’immobilisée sur la politique dans le Sud du pays, la Junte retourne chercher une légitimité dans des actions au Nord.

 

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(*) Gildas LEMARCHAND est diplômé d’un Master de Sécurité internationale et Défense de Lyon III, d’un Master 1 de Relations internationales et d’une Licence d’Histoire option Sciences Politiques. Attiré par la littérature saharienne et par l’ethnologie africaine, il s’est spécialisé sur les questions de sécurité sahélienne à l’occasion d’un stage au Centre de Recherche des Ecoles de Saint Cyr Coëtquidan. Il a écrit divers articles sur les dynamiques de Défense au Sahel, qui concernent autant leur remise en perspective historique que leurs décryptages ethnique et politique. Il est l’auteur de « Désarmement, Démobilisation et Réintégration dans les conflits armés sahéliens », un ouvrage qui vient de paraitre.

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