Etats-Unis
Entre constantes et affairisme
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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
Depuis que Donald Trump a entamé son second mandat, nombre de commentaires et d’analyses insistent sur la violence de ses décisions et positions en matière de politique internationale, dénoncent ses opérations militaires et clandestines lancées tant en Amérique latine, contre les régimes vénézuélien et cubain, qu’au Moyen-Orient, à l’encontre de la dictature chiite en Iran.
Mais, vraiment, peut-on considérer qu’il y a un contraste majeur avec les fondamentaux et constantes de la politique des Etats-Unis depuis la fin du XIXe siècle ? Même si les institutions américaines ont oscillé entre dogme isolationniste ou interventionniste, avec un jeu fluctuant du néoconseevatisme, force est de constater que régulièrement, les actions militaires et paramilitaires se sont toujours succédés, avec, certes, des rythmes variables, mais sans réelle interruption.
Théodore Roosevelt (26ème président des Etats-Unis de 1901 à 1909) et sa doctrine du « Big Stick », fin XIXe siècle a bien engagé l’armée américaine des opérations militaires d’ampleur sur le continent américain, , pour y renforcer l’influence de Washington en reprenant les principes de la Doctrine Monroe et voulant faire du continent américain une chasse gardée des Etats-Unis.
Les deux guerres mondiales ont-elles aussi permis, finalement, aux Etats-Unis d’avancer leurs pions sur l’échiquier mondial, et en parvenant à imposer progressivement le dollar, d’abord au détriment de la livre sterling dans l’immédiat entre-deux-guerres, puis comme monnaie de référence à partir de 1945…
L’Europe, rappelons-le, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, était bien destinée à être sous « administration » américaine ou pro-américaine, La France devait même être gérée par un gouvernorat américain. Il fallut la détermination de Charles de Gaulle pour que cela n’ait pas lieu directement.
Sans oublier que Washington a su investir et prendre en large partie le contrôle influent des instances internationales, qui, durant des décennies, ont le plus souvent pris des mesures selon le tempo de la Maison blanche.
Ce qui contraste véritablement, aujourd’hui, avec la politique américaine d’hier, est surtout l’affairisme sans vergogne assumé, la perte de réflexion stratégique sur les moyen et long termes, au nom des marchés boursiers, de la doctrine ultralibérale ; quitte, dernièrement, à faire croire à un accord constructive avec le régime iranien, honni, au détriment du peuple iranien lui-même, largement oublié – et condamné – à travers ce pseudo accord de paix, médiocre résultat d’une véritable mascarade de communication, qui ne fait que dégrader l’image de la Politique.
Quant aux relations entre l’Europe et les Etats-Unis, c’est sous le prisme économique qu’elles apparaissent tout autant décousues et réduites à des négociations de coin de table, avec des représentants de l’Union européenne frileux, incapables de s’imposer avec justesse.
Les rapports de force économique, avec l’affirmation d’un patriotisme économique déterminé de la part des Etats-Unis, conforté par l’imposition des droits de douane aux importations ont conduit à un durcissement des relations transatlantiques. Comme si les prises de conscience se faisaient actuellement mais avec des décennies de retard, certains appellent aujourd’hui à ce que le cœur stratégique de nos économies ne soit pluss sous l’influence, l’ingérence ou l’obédience de groupes américains.
Quoiqu’il en soit, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé l’accord de Turnberry, en Ecosse, avec le président américain, Donald Trump, le 27 juillet 2025, visant à plafonner la hausse des droits de douane à 15% sur la plupart des produits européens exportés vers les Etats-Unis. Après bien des remous et des discussions présentées officiellement tendues, l’accord a finalement reçu l’aval des pays membres de l’Union européenne le 27 mai 2026 et a été validé par le Parlement européen le 16 juin (440 voix pour, 151 contre et 50 abstentions).
On retiendra que presque tous les eurodéputés français, toutes tendances politiques confondues, excepté le parti Les Républicains, ont voté contre la suppression des droits de douane sur les importations américaines.
À voir donc, ce que la mise en œuvre de ce traité inique va engendrer…Car, en retour, l’Union européenne s’engage à ne plus imposer des droits de douane sur les produits industriels américains et accordera l’entrée sur le marché européen, en quantités limitées, aux produits de la pêche en provenance des Etats-Unis comme le colin d’Alaska ou le saumon du Pacifique.
Conjointement, l’Union européenne s’est engagée à faire des achats massifs de produits énergétiques américains, dans les années à venir, à savoir : des hydrocarbures et produits nucléaires, pour un montant annoncé de 700 milliards d’euros, mais aussi des puces destinées à l’industrie de l’intelligence artificielle à hauteur de 40 milliards d’euros. Enfin, d’ici 2029, les entreprises européennes doivent investir aux États-Unis jusqu’à 550 milliards d’euros d’ici 2029, dans des secteurs dits stratégiques.
Dans la mesure où l’accord est clairement défavorable aux pays européens – mais personne n’en parle ouvertement dans les médias – les instances européennes ont tôt fait de jouer la carte d’une communication qui se veut rassurante en soulignant qu’après le départ de Donald Trump, l’accord ne serait pas reconduit…
On demande à voir…
Pour ce 283ème numéro bimensuel d’Espritsurcouf, autour du thème majeur consacré à la politique étrangère des Etats-Unis, nous vous invitons à consulter plusieurs podcasts qui vous permettront de voir abordés plusieurs aspects de la politique étasunienne. Ainsi, au Sénat français, la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, a réuni, il y a quelques mois, divers experts pour analyser la politique que mène actuellement Washington : « Amériques : le retour de la doctrine Monroe ? »
À Montréal, des universitaires et journalistes ont tenu une conférence, organisée par le Cérium, afin de décrypter la nature et les motivations de la politique de Donald Trump : « États-Unis sous Donald Trump : une politique étrangère prédatrice ? »
Enfin, Pierre Bourgois, maître de conférences à l’UCO et Chercheur associé à l’IRSEM, revient sur le néoconservatisme américain : « Le néoconservatisme américain : la démocratie pour étendard » cf Librairie Mollat
Dans ce même numéro, vous découvrirez divers articles donc celui de Massimo Nava, journaliste italien, qui replace la politique actuelle des Etats-Unis au centre de l’échiquier international et en mesure les conséquences présentes et à venir, entre convergences, antagonismes et confrontations : « L’hétérogénèse des fins » (Rubrique GEOPOLITQUE).
Alexandre Mirlicourtois, pour sa part, offre une approche économique des dissensions de plus en plus affirmées entre les Etats-Unis et l’Europe, avec une réactivité européenne qui semble se dessiner depuis peu : « Etats-Unis vs Europe : Un bras de fer économique », sachant que les échanges transatlantiques représentent environ 1 700 milliards d’euros par an (Rubrique ECONOMIE).
Vincent Gourvil dresse un état des lieux du monde dont les spécificités conjoncturelles témoignent de bouleversements comme de fractures qui semblent s’accentuer : « Effacer le monde d’hier, dessiner le monde de demain » (Rubrique HUMEURS).
Laure Fanjeau, à travers sa rubrique, propose une analyse sur la désinformation dont a fait l’objet la présentation du 14 Juillet avant l’intervention du gouverneur militaire de Paris : « Le ministère des Armées visé par la désinformation, un enjeu stratégique illustré par le défilé du 14 juillet ». (Rubrique ÉCRAN RADAR).
Enfin, André Dulou, vous livre son nouveau SEMAPHORE : « Indopacifique et Taïwan : avancées »
En matière de lecture, nous vous conseillons l’ouvrage du chercheur britannique, Robin Niblett, traduit en français par Nouannipha Simon, qui revient sur les enseignements de l’histoire sur le rapport de force entre la Chine et les Etats. Par ce biais, il interpelle pour faire comprendre ce qui en découle et quelles vont en être les répercussions : Robin Niblett, Chine – Etats-Unis : la nouvelle guerre froide. Comment le conflit sino-américain façonne notre monde. Paris, éd. Armand Colin, 2026, 256 pages. (Rubrique LIVRES).
Bonne lecture !
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(*) Pascal Le Pautremat, Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales, est maître de conférences à l’UCO (Campus de Nantes), Directeur du Département de Science Politique. Il a enseigné à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr et au collège interarmées de Défense. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le Rédacteur en chef d’Espritsurcouf. Son dernier ouvrage : Géopolitique de l’eau – L’“Or bleu” et ses enjeux, entre prospectives, crises et tensions... Éditions L’Esprit du Temps, Paris, (juin 2020) présenté dans la rubrique Livre d’Espritsurcouf Ouvrage collectif auquel vient de participer : Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s). 101 obstacles au changement. 101 pistes d’action. La Tour-d’Aigues, éditions de l’Aube, Collection « La Terre En Vie » paru en 2025. |
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