QUÊTE DU POUVOIR,
HUMANITE EN SURSIS

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Arnaud Liria (*)
Consultant en géopolitique

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L’exploitation de ressources naturelles s’est vite imposée à l’homme pour assurer sa subsistance. Exploitation, surexploitation, soif de pouvoir, l’auteur nous entraine dans un télescopage d’idées, inattendues mais détonantes, qui va jusqu’à englober la conquête spatiale.
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a fulgurance du progrès, induite par la révolution industrielle, a conduit au développement des sociétés modernes caractérisées par l’augmentation incessante de la consommation. Ce qui n’est que la manifestation d’une quête de pouvoir insatiable propre au genre humain. Mais quel fonctionnement paradoxal ! On s’aperçoit en effet que ce qui est supposé être bon pour le bien-être de l’homme conduit non seulement à des tensions géopolitiques aigues, mais aussi à la détérioration de la biosphère, elle-même cause première d’un monde en crise.

Il semble que l’être humain, malmené par son instinct de domination perpétuelle sur les écosystèmes et sur ses semblables, a du mal à saisir la dangerosité de ses actes. Constat qui ne peut être définitif, puisqu’il est admis que l’Homo Sapiens est un animal intelligent. Seulement cette intelligence, précieuse faculté si longtemps louée, semble violemment bousculée par les folles conquêtes de l’espèce humaine, qui tend à transformer des conduites rationnelles en contrôle absolu sur l’organisation de la vie.

Par sa quête effrénée du pouvoir, l’individu se retrouve de plus en plus souvent insatisfait. Pour pallier cette frustration, il développe la faculté de se lancer des défis improbables comme de fabriquer des terres artificielles sur les océans, de créer un domaine skiable en plein désert, de faire un voyage de quelques jours dans l’espace, ou pis encore d’aller, dans un futur proche, coloniser Mars. Certes, tous ces rêves représentent des prouesses technologiques, mais force est de constater que le progrès scientifique, s’il est par essence raisonnable et nécessaire, provoque néanmoins la mutation des songes en lubies abracadabrantes, en particulier dans le domaine de l’exploration de l’univers.

Évolution du contexte spatial

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Depuis toujours l’être humain a porté son regard vers les étoiles, comme un signe d’espoir… Son engouement pour l’univers n’a cessé de s’accentuer depuis les années cinquante, avec la mise sur orbite du premier Spoutnik. Cette nouvelle compétition internationale, aussi attractive soit-elle, n’en demeure pas moins préoccupante.

Pendant que l’Europe entretient les consortiums de l’industrie spatiale, via l’Agence spatiale européenne (ESA), le programme Ariane ou la Station spatiale internationale (ISS), d’autres blocs s’affirment, à l’instar de l’agence spatiale Russe (Roscosmos). Les importantes China National Space Administration (CNSA) et Agence chinoise des vols spatiaux habités CMSA) se sont positionnées, tout comme l’Organisation Indienne de Recherche Spatiale (ISRO) et l’agence spatiale israélienne (ISA), qui montent en puissance.

Toutes tentent de contrer l’hégémonie de la National Aeronautics and Space Administration (NASA), dont les greffons Space X d’Elon Musk ou Blue Origin de Jeff Bezos, ont le vent en poupe. Ces États disposent de budgets conséquents. Celui des Etats-Unis s’élève à plus de 20 milliard de dollars. La France n’est pas en reste puisque le sien atteint 2.4 milliards d’euros en 2019, derrière la Chine dont le budget estimé est de 7 milliards de dollars. Roscosmos et l’ESA, par leur financement respectif de 5,5 milliards d’euros (2014) et 6,68 milliards d’euros (2020), ne peuvent pour le moment pas prétendre à la même diversité d’opérations que la NASA.

Ces investissements massifs matérialisent cette soif d’être les premiers conquérants d’un nouveau monde, à peine dissimulée par les objectifs scientifiques justifiant les programmes spatiaux. Ils ont en commun la multiplication des satellites, pour observer les effets météorologiques et favoriser le développement des télécommunications. Mais ils sont aussi et surtout des outils de surveillance stratégique qui assurent le maintien de l’ordre mondial, par ceux qui peuvent le plus ou qui tendent à le devenir. D’où l’éclosion d’antagonismes nouveaux et la remise en cause du principe de coalition politique internationale.

L’avion fusée avec lequel Richard Branson entend envoyer des touristes dans l’espace.
En vingt ans, de 2001 à 2021, quatorze touristes ont voyagé dans l’espace,
soit dans des vols suborbitaux, soit à bord de l’ISS.
Photo Virgin Galactic.

Un pouvoir démentiel

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Afin de combler sa toute-puissance, l’être humain s’acharne donc sur le tourisme spatial. A ce jeu-là, la compétition est rude et sans limite comme on peut le constater lorsque les médias font la propagande des exploits de ces nouveaux conquérants de l’espace. Pour un séjour de quelques jours en apesanteur dans la Station Spatiale Internationale, il suffit de débourser une modique somme fluctuant entre 35 et 40 millions de dollars, par personne. C’est la même somme qui fait vivre 20 millions de personnes situés au-dessous du seuil de pauvreté, lequel est fixé à 1,90 dollar par personne et par jour.

Selon la banque mondiale, en 2020, plus de la moitié des pauvres de la planète vivaient en Afrique subsaharienne. C’est dans cette région et en Asie du Sud que se concentraient 85 % des personnes touchées par l’indicateur de pauvreté. Avec l’impact de la covid-19, environ 115 millions de personnes ont plongé dans l’extrême pauvreté, portant à quelques 730 millions le nombre d’humains recensés dans cette catégorie.

Ces données effrayantes illustrent sans la moindre ambigüité l’écart du niveau de vie entre les pays qui peuvent se permettre ce privilège cosmique indécent et les autres. Dans ce contexte, les premiers sont amenés à soustraire toujours plus de ressources énergétiques à ceux qui ont la chance d’en posséder sans pouvoir en faire usage, et les seconds sont contraints de subir cette exploitation qui cristallise dans la douleur les relations internationales.

Un autre rêve

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Finalement, la quête des pouvoirs, sans limite, symbolise la domination de l’espèce humaine sur les autres vivants, et même au-delà. Elle génère un emballement de la consommation, excessive et presque incontrôlable, mais aussi trop de rivalités qui nous entrainent ipso facto vers l’effondrement de notre civilisation. Pourtant, quelque part, l’espoir de jours meilleurs demeure car l’être humain possède intrinsèquement des valeurs morales qui lui permettent d’évaluer les variables du bien et du mal. Si ces dernières sont souvent démodées sous l’effet des contempteurs qui trouvent plus judicieux d’instaurer à grande échelle une culture futile, cupide et polémique, pour mieux servir leurs intérêts personnels, rien ne nous empêche d’éviter cette duperie dans la mesure où nous souhaiterions retrouver le plein pouvoir de nos responsabilités individuelles, afin de préserver et de jouir des trésors de notre Terre mère encore longtemps.

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(*)Arnaud Liria, après un début de carrière dans le commerce et la finance, décide d’entamer une reconversion professionnelle dans l’alignement de ses valeurs et convictions, en tant que consultant en géopolitique. Diplômé de Sciences Po Grenoble (Master en Gouvernance européenne), il oriente ses travaux sur les enjeux environnementaux et sociétaux actuels. Il est aussi engagé dans des associations qui œuvrent à la préservation de la biodiversité.


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