UKRAINE : 298 MORTS
QUI EST RESPONSABLE ?

de Dominique Dubarry (*)
Expert en géostratégie

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LA TRAGEDIE DU VOL MALAYSIA AIRLINES
Le vol MH17 d’Amsterdam à Kuala-Lumpur du 17 juillet 2014
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A l’été 2014, le gouvernement ukrainien tentait de mettre un terme aux deux provinces sécessionistes de Donetz et Louhansk. Malgré des armements anciens, la reconquête semblait devoir se réaliser ; pour y faire face, les autorités russes qui les soutenaient ont voulu montrer que leur système de défense aérien avait la capacité de détruire tout aéronef ukrainien. Un système d’armes BUK se manifeste dans le Donbass en prévision d’un vol d’Antonov ukrainien le 17 juillet. Il fut annulé, or, ni Moscou, ni les indépendantistes ne le savaient. Le missile censé atteindre l’AN-26 a détruit le Boeing malaisien MH 17 avec 283 passagers et quinze membres de l’équipage, dont une majorité de Néerlandais.
L’enquête internationale coordonnée par le Bureau néerlandais pour la Sécurité, l’OVV a affirmé qu’un missile du système BUK fabriqué en Russie avait été tiré le 17 juillet 2014 provoquant le crash de l’avion hollandais avec les 298 occupants.

Situation militaire au moment de la catastrophe. Les ronds représentent la population, les plus gros étant les plus grandes villes

  • En gris : Trajet de l’avion
  • En rouge foncé :  Zone de lancement du missile selon les États-Unis
  • En rose : Zone sous contrôle séparatiste selon l’Ukraine

Le Tribunal néerlandais s’est appuyé sur une équipe d’investigation avec des enquêteurs australien, malaisien, belge, néerlandais et ukrainien. Chaque jour, 100 à 200 investigations ont été réalisées par autant d’experts qui ont examiné et analysé 1448 fragments d’éclats avec l’aide des services de sécurité des différents pays. Cinq cent mille photos et vidéos ont été répertoriées, 200 témoins entendus, 150 000 appels téléphoniques écoutés et analysés. L’ensemble des informations ont été reproduites dans 6 000 rapports.
D’après les experts de Bellingcat, le Bureau néerlandais pour la sécurité avait présenté le 13 octobre 2015 un premier rapport de l’investigation technique basée sur le système d’armes BUK, transporteur avec lanceur, radar intégré et le missile utilisé 9M38. Toutes les autres versions hypothétiques ont été écartées comme sans fondement : bombe à bord, attaque d’un aéronef, défaillance technique, facteur humain…Les investigations auprès d’autorités compétentes, comme l’Agence Européenne de l’Espace, localisent le lieu géographique de la base de lancement près de Snizhne. Le site à l’époque était sous contrôle d’indépendantistes ou mercenaires russes. Quant au système d’armes BUK, il provient de la 53e brigade aérienne russe de défense basée à Koursk. Il l’a quittée le 23 juin 2014, a traversé la région de Rostov puis l’est de l’Ukraine dans un espace sous contrôle de militaires russes.
Les conclusions de l’équipe d’enquêteurs ont été précisées par le chef du parquet néerlandais Fred Westerbeke le 19 juin dernier.
Il faut rappeler que l’UE et les Etats-Unis ont demandé à la Russie de prendre ses responsabilités pour la destruction de l’avion et ses passagers. Les Etats-Unis pressent la Russie de respecter et observer la résolution 2166 du Conseil de Sécurité de 2014, de pleinement coopérer et identifier les responsables et de les détenir.
Pour la première fois, quatre hommes connus comme soutiens actifs des rebelles séparatistes sont cités à comparaître pour meurtre par le Parquet néerlandais, l’un est ukrainien, Leonid Karchenko. Les trois autres sont russes, connus pour leur appartenance au GRU, le renseignement militaire russe, Sergeï Doubinski, Oleg Poulatov et le colonel Igor Girkine, plus connu sous le nom de Strelkov ( Le rôle du colonel Strelkov est rappelé dans le livre « D’une Mer l’Autre, de la Baltique à la mer Noire » édité fin 2018). Il avait tenu le devant de la scène comme acteur principal des soldats sans grade, l’icône des Soldats Non Identifiés (SNI) qui avaient investi la Crimée en 2014. Dès le référendum entérinant le rattachement de la presqu’île avec la Russie le 17 mars, le colonel s’était même auto-nommé ministre de la défense des milices populaires dans le Donbass (DNR) et Louhansk. Contraint d’abandonner ses fonctions, il affirmera à la presse résider à Moscou et ne plus avoir de responsabilités. Sa récente affirmation à l’Agence Interfax « le Boeing n’a pas été abattu par les rebelles » est surprenante, car à l’opposé des suspicions très fortes du procureur néerlandais ! On peut imaginer que, formaté à la discipline du KGB, il sait qu’on ne peut s’écarter de la Doxa officielle. Rappelons que douze responsables du séparatisme dans le Donbass ont disparu des écrans depuis janvier 2015. Les accidents constatés ne pouvaient relever que d’une structure étatique. Or, Strelkov les a tous connus !

Le procès des intéressés présumés se déroulera en Hollande en 2020 a précisé le procureur Westerbeke, ajoutant que leur présence sera probablement illusoire. Si les preuves fournies concernant les déplacements du BUK paraissent tangibles, les investigations doivent se poursuivre pour savoir qui a autorisé une telle itinérance d’une arme aussi sensible et qui a appuyé sur le bouton ? Remonter le fonctionnement de la chaîne de commandement devrait impliquer un haut niveau dans la hiérarchie militaire ou bien démontrer une carence de la défense aérienne de l’Etat. Malgré toutes les preuves apportées, le Représentant permanent russe au Conseil de Sécurité fut le seul à voter contre la création d’un tribunal sous les auspices des Nations Unies en utilisant son droit de veto face aux 14 autres membres. Un Complexe Mémoriel National a été construit aux Pays Bas. Il rappelle le devoir de mémoire des 298 victimes de cette tragédie, le nom de chacune est attribué à autant d’arbres dans un parc-souvenir.

Le Conseil de l’Europe qui siège à Strasbourg avait admis la Russie en 1996, son rôle concerne la défense des droits de l’homme dont la Cour européenne (CEDH) est garante. Venant de revenir dans le giron du Conseil de l’Europe à la suite des sanctions infligées, il serait logique et naturel que la Russie prenne en compte les jugements de la CEDH, même si les condamnations du gouvernement russe ne plaisent pas à Moscou.

****************************************(*) Dominique Dubarry

Spécialiste de la commercialisation de produits de défense et sécurité en Amérique du Nord, dans le nord de l’Europe et spécialement dans les trois pays baltes, Lituanie, Lettonie, Estonie.
Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale et du Centre des Hautes Etudes de l’Armement, il fut à l’Etat Major Réserve de la Sécurité Civile de 1989 à 1994 en tant que Lt-Colonel. Il a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’automobile, puis deux livres « Les Rencontres Franco-Baltes » en 2006, et« France-Pays Baltes » en 2010, traduit en lituanien et plus récemment « D’une mer l’autre, de la Baltique à la Mer Noire: la confluence de deux mondes » Livre présenté dans la rubrique LIVRES d’ESPRITSURCOUF du n° 92 du 28 janvier 2019. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes français des pays baltes, si longtemps convoités par leurs voisins et trop souvent occupés par eux jusqu’en 1992.

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