Souveraineté
stratégique et numérique :
un défi pour la France
(1ère partie)
Tewfik Hamel
Universitaire
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L’auteur insiste sur le double défi qui se présente à la France, à savoir assurer et conforter sa souveraineté stratégique tout en maîtrisant les besoins d’une révolution numérique, en vue de sa souveraineté cognitive.
Depuis quelques années, le vocabulaire de la « souveraineté » est revenu au cœur du discours stratégique français. Souveraineté stratégique, autonomie de décision, souveraineté numérique, maîtrise des données et des infrastructures critiques : la France, dans la lignée de sa tradition gaullienne, affirme vouloir conserver la capacité de décider seule de son destin, y compris dans un environnement marqué par le retour de la guerre de haute intensité en Europe, l’extension des conflits hybrides et la montée en puissance des technologies numériques. La Revue nationale stratégique de 2022 a ainsi formalisé une nouvelle fonction stratégique, « l’influence », désormais placée au même rang que la dissuasion, la protection, la prévention, la connaissance-anticipation et l’intervention.[i] Cette évolution consacre l’idée que la bataille se joue aussi dans les perceptions, les narratifs et les représentations collectives.
Parallèlement, le numérique a transformé en profondeur l’écosystème informationnel dans lequel se fabrique l’opinion publique. En France, comme ailleurs, les réseaux sociaux, les plateformes de partage de vidéos, les moteurs de recherche et, désormais, les outils d’intelligence artificielle générative sont devenus des médiateurs incontournables du rapport au monde, à la guerre et aux institutions. L’espace public national est de plus en plus structuré par des architectures techniques et des logiques algorithmiques qui dépassent largement le cadre juridique français ou européen. La séquence ouverte par la polémique autour des propos du chef d’état-major des armées, Fabien Mandon[ii], rapidement propulsés au rang d’« affaire nationale » via quelques extraits viralisés, illustre la capacité de ces architectures à reconfigurer brutalement la réception de la parole stratégique. Cette réalité pose une question simple mais décisive : que vaut la souveraineté stratégique, si l’environnement cognitif dans lequel se forment le consentement aux choix de défense, la perception des menaces et la compréhension des enjeux militaires échappe en grande partie au contrôle de l’État ?
La France n’est pas dépourvue de ressources conceptuelles et institutionnelles pour penser ce défi. La notion d’« esprit de défense », forgée dans le contexte de la guerre froide et de la dissuasion, visait déjà à articuler cohésion nationale, compréhension des enjeux de sécurité et adhésion aux efforts consentis par la Nation.[iii] Elle irrigue encore aujourd’hui les politiques publiques, de l’Éducation nationale – qui fait de l’esprit de défense et de sécurité un volet de la formation civique des élèves – aux dispositifs de sensibilisation portés par l’IHEDN et les associations d’auditeurs.[iv] Mais plusieurs travaux récents soulignent l’affaiblissement de cet esprit de défense, fragilisé par des fractures internes, la souffrance d’une partie de la jeunesse et l’exploitation des vulnérabilités sociales par des acteurs extérieurs.[v] Les réactions contrastées suscitées par le discours du chef d’état-major des armées sur l’acceptation des pertes en cas de conflit majeur donnent à voir, en miroir, la difficulté croissante à stabiliser une représentation partagée des exigences de la défense nationale, entre rejet instinctif de la perspective de la guerre et rappel, du côté militaire, des conditions de la crédibilité stratégique. Cette fragilité est d’autant plus préoccupante que la conflictualité contemporaine mobilise systématiquement la dimension informationnelle et psychologique, comme en témoigne l’insistance des dernières actualisations de la Revue nationale stratégique sur les opérations de propagande et de manipulation qui se développent dans les espaces numériques.[vi]
Dans ce contexte, la notion de « souveraineté cognitive » permet de formuler un angle d’analyse complémentaire. Il ne s’agit pas d’imaginer une souveraineté des esprits au sens d’un contrôle étatique des opinions, incompatible avec les principes démocratiques. Il s’agit plutôt de désigner la capacité d’une société à maîtriser les conditions dans lesquelles se forment ses représentations du monde : qualité et pluralisme de l’information, robustesse des institutions médiatiques, résilience face aux opérations d’influence malveillantes, mais aussi capacité à maintenir un socle minimal de culture stratégique partagée. Une souveraineté cognitive robuste implique que la Nation puisse, malgré les interférences et les narratifs concurrents, conserver une autonomie de jugement sur ses engagements militaires, ses alliances et ses priorités capacitaires. À l’inverse, une souveraineté stratégique proclamée dans les textes mais déployée dans une société fragmentée, saturée de désinformation et de discours polarisants, risque de rester largement théorique.[vii]
D’où le paradoxe français que ce texte se propose d’explorer : alors que Paris investit politiquement et budgétairement dans la souveraineté stratégique et numérique – actualisation de la Revue nationale stratégique, renforcement de la loi de programmation militaire, mise en avant de l’« influence » comme fonction stratégique à part entière – la dimension proprement cognitive de cette souveraineté demeure encore pensée de manière partielle, voire implicite. Les politiques de lutte contre les ingérences étrangères, les dispositifs de régulation des plateformes ou les efforts de communication des armées restent, pour l’essentiel, juxtaposés plutôt qu’intégrés dans une vision d’ensemble articulant esprit de défense, environnement numérique et stratégie d’influence.[viii] La question centrale devient alors la suivante : la France est-elle en train de construire une souveraineté stratégique et numérique sans véritable souveraineté cognitive, c’est-à-dire sans maîtrise suffisante des conditions de formation du consentement aux choix de défense ?
Cet article propose d’examiner cette tension en trois temps. Dans un premier mouvement, il reviendra sur la trajectoire française de la souveraineté stratégique vers la souveraineté numérique, en montrant comment la dimension cognitive est longtemps restée un angle mort des politiques de défense. Dans un deuxième temps, il analysera la position particulière de la France au sein de l’écosystème des plateformes globales, en identifiant les vulnérabilités spécifiques que cela crée pour l’esprit de défense et la cohésion nationale. Enfin, il esquissera quelques pistes doctrinales et opérationnelles pour faire de la souveraineté cognitive un objet explicite de la stratégie française, en articulant de manière plus étroite politique du numérique, politique de défense et renouvellement de l’esprit de défense à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.
De la souveraineté stratégique à la souveraineté numérique : les angles morts français
La trajectoire française en matière de souveraineté s’est d’abord construite dans le registre « dur » de la puissance militaire et de l’industrie de défense. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, puis dans le contexte de la guerre froide, la priorité est donnée à l’indépendance stratégique : constitution d’une force de dissuasion nucléaire autonome, développement d’une base industrielle et technologique de défense (BITD) nationale, affirmation de la liberté d’appréciation et de décision du chef de l’État.[ix] Cette culture de la souveraineté s’est progressivement élargie aux domaines diplomatique, industriel et énergétique, mais en restant centrée sur des instruments matériels de puissance : systèmes d’armes, chaînes industrielles, accès aux ressources, alliances sélectives.
Cette tradition a nourri une conception exigeante de l’« autonomie stratégique », mais elle a aussi contribué à reléguer la dimension cognitive au second plan. L’« esprit de défense » est longtemps apparu comme un supplément nécessaire – garantir le soutien de la population à l’effort de défense – plutôt que comme un enjeu structurant.[x] La focalisation sur la crédibilité de la dissuasion, la qualité des forces projetées ou la performance de la BITD a laissé en partie dans l’ombre les transformations profondes de l’espace public, des médiations de l’information et des modes de socialisation politique. L’idée que la puissance se joue aussi dans la capacité à maîtriser les cadres de perception des citoyens, et pas seulement dans la maîtrise des moyens militaires, est restée relativement marginale dans la pensée stratégique française jusqu’aux années 2000.
Avec la généralisation du numérique, la France a tenté de transposer sa grammaire de la souveraineté dans un nouveau domaine en parlant de « souveraineté numérique ». Celle-ci a été définie d’abord en termes de contrôle des infrastructures (réseaux, centres de données, câbles), de protection des données sensibles et de capacité à développer des technologies critiques (cryptologie, cloud de confiance, cybersécurité, intelligence artificielle).[xi] Dans ce cadre, la menace est perçue principalement sous l’angle des cyberattaques, du sabotage, de l’espionnage ou de la captation de données par des puissances étrangères ou des acteurs privés dominants. Cette approche, nécessaire, reste toutefois marquée par une vision technico-juridique de la souveraineté : il s’agit de sécuriser des systèmes, de réguler des acteurs et de soutenir des champions nationaux ou européens.
Or le cœur de la révolution numérique ne se réduit pas aux infrastructures ; il réside dans l’architecture cognitive qu’elles rendent possible. Les plateformes ne se contentent pas de transporter de l’information, elles organisent l’attention, sélectionnent les contenus, hiérarchisent les thèmes et façonnent les émotions.[xii] La souveraineté numérique, telle qu’elle est généralement conçue en France, se concentre sur la propriété et la sécurité des tuyaux plus que sur la gouvernance de ce qui y circule et sur la manière dont cela structure le débat public. Les politiques publiques de défense et de sécurité se sont longtemps limitées à une vision défensive de la cybersécurité, sans intégrer pleinement le fait que la même infrastructure qui transporte des données critiques pour les forces armées sert aussi de support à des campagnes massives de désinformation, de polarisation et de délégitimation de l’action de l’État.
Cette focalisation sur la « souveraineté numérique » comme maîtrise des infrastructures et des données gagne à être complétée par une lecture doctrinale : l’histoire militaire montre que l’innovation technique produit rarement des effets stratégiques par elle‑même, tant que des organisations n’ont pas élaboré des idées d’emploi, des routines d’apprentissage et des chaînes de responsabilité capables d’exploiter le potentiel des outils. [xiii]Autrement dit, l’enjeu cognitif ne se résout pas uniquement par des « tuyaux souverains », mais par une doctrine explicite de résilience informationnelle, assortie de procédures de retour d’expérience et de mise à jour. [xiv]
De ce point de vue, la comparaison avec la « guerre en réseaux » est éclairante : construire un tableau opérationnel partagé suppose des capacités mesurables de transmission et de traitement, et notamment le throughput, c’est‑à‑dire la quantité maximale d’information qu’un réseau peut faire circuler et exploiter en continu. [xv]Transposée à la souveraineté cognitive, cette contrainte rappelle que la surabondance de contenus n’accroît pas mécaniquement la lucidité collective : elle peut saturer la décision et rendre la vérification plus coûteuse, sauf à doter l’État, les médias et la société de capacités de tri, de preuve et de priorisation.
Ce décalage explique en partie pourquoi la fonction stratégique d’« influence » a été formalisée tardivement dans les documents doctrinaux français. Certes, les forces armées ont toujours pratiqué la communication opérationnelle, les actions psychologiques et la lutte informationnelle ; mais ces activités étaient conçues comme des compléments aux opérations cinétiques, concentrés sur les théâtres extérieurs.[xvi] La prise de conscience que le territoire national lui-même constitue un champ de bataille informationnel, où se jouent la cohésion sociale, la confiance dans les institutions et l’adhésion aux décisions de défense, est plus récente. Les premières doctrines d’influence, encore en cours d’élaboration et de diffusion, témoignent de cette volonté de combler un retard : elles cherchent à articuler les moyens militaires, diplomatiques et informationnels, mais doivent encore trouver leur place dans une culture stratégique façonnée par des décennies de primat du « dur ».
La France dans l’écosystème cognitif des plateformes globales
La spécificité de la situation française tient au fait que cette tradition d’autonomie stratégique se déploie désormais dans un environnement cognitif très largement structuré par des acteurs privés étrangers. Pour une part croissante de la population – en particulier les jeunes générations – la première interface avec le monde n’est plus la presse nationale, la télévision publique ou l’enseignement, mais une poignée de plateformes globales : réseaux sociaux, services de vidéo en ligne, moteurs de recherche, messageries chiffrées. Ces acteurs, qui obéissent à des logiques économiques, techniques et parfois géopolitiques propres, déterminent les formats dominants (vidéos courtes, contenus viraux, stories), les tempos de l’information et les modalités d’exposition à la conflictualité.[xvii]
Dans ce cadre, la représentation de la guerre, de l’ennemi et du soldat n’est plus principalement construite par les institutions nationales – école, médias généralistes, discours officiels – mais par un flux continu d’images, de récits et de commentaires produits à l’échelle mondiale. Les opérations extérieures françaises, les engagements de ses alliés ou les conflits lointains sont perçus à travers des séquences fragmentées, souvent émotionnelles, qui circulent sur les réseaux : vidéos de combats, images de destructions, témoignages de civils, analyses militantes ou complotistes.[xviii] Lorsqu’un responsable militaire de premier plan s’exprime sur l’hypothèse d’un conflit majeur et sur le coût humain qu’il impliquerait, comme ce fut récemment le cas du chef d’état-major des armées, ce ne sont plus des exposés doctrinaux intégralement débattus qui structurent la réception, mais quelques formules isolées, relayées, détournées et instrumentalisées par une multitude d’acteurs, au risque de transformer un appel à la lucidité stratégique en scandale moral polarisant. La capacité de l’État français à proposer un récit cohérent de son action, à expliquer ses choix et à en débattre dans un cadre structuré se heurte à cette économie de l’attention dominée par le spectaculaire, l’indignation et la polarisation.
Cette situation expose la France à des vulnérabilités spécifiques. D’une part, elle est la cible, comme d’autres démocraties, de campagnes d’influence menées par des États ou des organisations cherchant à délégitimer sa politique étrangère et de défense, à accroître les fractures internes ou à affaiblir le lien armées-nation.[xix] D’autre part, la fragmentation du paysage médiatique et la succession de crises (terrorisme, pandémie, guerre en Ukraine, tensions sociales) ont nourri un climat de défiance à l’égard des institutions, qui rend une partie de l’opinion plus réceptive aux récits alternatifs et aux accusations de manipulation. Les cafés numériques où se forgent aujourd’hui les opinions – fils de discussion, salons, groupes, chaînes – échappent largement aux formes traditionnelles de régulation, de délibération et de contradiction.
Face à ces défis, l’action publique française reste marquée par une tension entre deux exigences. La première est la nécessité de protéger l’espace public contre les ingérences étrangères, les campagnes de désinformation massives et les contenus manifestement mensongers ou manipulatoires. La seconde est le respect des libertés fondamentales : liberté d’expression, pluralisme du débat, critique légitime de la politique de défense ou des institutions. La mise en œuvre de dispositifs de lutte contre les infox, la participation française aux régulations européennes des plateformes ou la création de capacités de veille et de réponse informationnelle s’inscrivent dans cette ligne de crête.[xx] Mais tant que l’enjeu cognitif n’est pas pensé de manière systémique – comme une composante à part entière de la souveraineté – ces initiatives risquent de rester réactives, ponctuelles, et de manquer la cible principale : la capacité de la Nation à conserver, dans cet environnement, une autonomie de jugement sur ses choix de défense.
Cette tension se manifeste particulièrement dans le rapport entre institutions de défense et jeunes générations. Les armées françaises, comme d’autres, investissent désormais les réseaux sociaux, produisent des contenus adaptés et cherchent à montrer la réalité du métier militaire. Mais elles le font dans un environnement où circulent aussi des récits concurrents : glorification romantique de la violence par certains contenus, dénonciation systématique de l’action des forces armées par d’autres, diffusion d’images traumatisantes non contextualisées.[xxi] L’« esprit de défense » ne peut plus être envisagé comme l’adhésion silencieuse à un récit national unifié ; il doit se penser comme la capacité à maintenir, au sein de cet espace foisonnant, un minimum de compréhension partagée des enjeux de sécurité, des contraintes pesant sur les décideurs et des responsabilités de la puissance militaire.
La seconde partie paraitra dans le prochain numéro (N°282)
[i] Ministère des Armées, Revue nationale stratégique 2022, Paris, Ministère des Armées / Présidence de la République, 2022
[ii] Fabien Mandon, discours chef d’État-major des armées au 107ᵉ Congrès des maires de France, 18 novembre 2025, compte rendu « Le chef d’État-major des armées demande aux maires de préparer la population aux futurs conflits », Association des maires de France (AMF) https://www.amf.asso.fr/documents-le-chef-detat-major-armees-demande-aux-maires-preparer-la-population-aux-futurs-conflits/42877
[iii] Sur la genèse de la notion, voir notamment les réflexions menées autour de la dissuasion nucléaire et du lien armée-nation dans les années 1960–1980 ; Pierre Hassner, La Violence et la Paix. De la bombe atomique au nettoyage ethnique, Paris, Seuil, 1995 ; Bruno Tertrais, La France et la dissuasion nucléaire : concept, moyens, avenir, Paris, La Documentation française, 2017 ; Frédéric Bozo, La France et l’OTAN. De la guerre froide au nouvel ordre européen, Paris, Masson, 1991
[iv] Ministère de l’Éducation nationale, Éducation à la défense (dossier en ligne), Éduscol, mis à jour en 2025. Id., Pour se former à l’éducation à la défense (fiche ressource en ligne), Éduscol.
[v] Assemblée nationale, La sensibilisation de la jeunesse à l’esprit de défense, Rapport d’information n° 1268, Commission de la défense nationale et des forces armées, 9 avril 2025 ; Barbara Jankowski, « Les relations armées-société en France », Pouvoirs, n° 125, « L’Armée française », 2008, p. 93-107 ; Bénédicte Chéron, Le soldat méconnu. Les Français et leurs armées : état des lieux, Paris, Armand Colin, 2018
[vi] Ministère des Armées, Revue nationale stratégique 2022, op. cit., notamment le chapitre sur la « conflictualité multiforme et durable » et les sections consacrées à la conflictualité informationnelle et aux opérations d’influence
[vii] Pour une première approche des débats sur la « souveraineté cognitive » et la sécurité informationnelle, voir les travaux consacrés à la guerre de l’information, aux opérations psychologiques et à la résilience des sociétés démocratiques. David Colon, La guerre de l’information. Les États à la conquête de nos esprits, Paris, Tallandier, 2018 ; du même auteur, « Guerre cognitive 2.0 : quand la saturation affective devient une arme d’ingérence en Europe », Revue politique et parlementaire, 2023
[viii] Loi n° 2024-850 du 25 juillet 2024 visant à prévenir les ingérences étrangères, Journal officiel de la République française, 26 juillet 2024 ; Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), service VIGINUM, présentation institutionnelle de la lutte contre les ingérences numériques étrangères https://www.sgdsn.gouv.fr/notre-organisation/composantes/service-de-vigilance-et-protection-contre-les-ingerences-numeriques ; Règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques (Digital Services Act). Sur le volet cyber‑informationnel, une difficulté supplémentaire tient au fait que l’adversaire n’a pas besoin d’être « dissuadé » pour obtenir des gains : dans un environnement de contact permanent, la recherche d’accès, de positionnement et d’exploitation crée une dynamique compétitive continue. La souveraineté cognitive doit donc être pensée comme une capacité d’attrition de l’avantage informationnel adverse : détecter tôt, qualifier vite, contester publiquement et techniquement les opérations malveillantes, et réduire la surface de propagation des narratifs fabriqués, sans confondre ce travail de sécurité avec un encadrement des opinions.
[ix] Sur la construction de l’autonomie stratégique française pendant la guerre froide et le rôle de la dissuasion, voir notamment les travaux de Bruno Tertrais, Pax atomica ? Théorie, pratique et limites de la dissuasion, Paris, Odile Jacob, 2024 ; du même auteur, La France et la dissuasion nucléaire, op. cit. ; Frédéric Bozo, « La France, l’OTAN et l’avenir de la dissuasion en Europe », Politique étrangère, vol. 56, n° 2, 1991, p. 513-527
[x] Pour une mise en perspective historique des politiques françaises de lien armées-nation et d’« esprit de défense », voir Annie Crépin, Histoire de la conscription, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2009 ; Barbara Jankowski, op.cit
[xi] Gouvernement français, Stratégie nationale pour le Cloud : Soutenir l’innovation dans le Cloud, dossier de presse, 2 novembre 2021 https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2021-11/dossier-de-presse—strat-gie-nationale-pour-le-cloud-14677.pdf ; Ministère de l’Économie et des Finances, « France 2030 : la stratégie nationale cloud s’enrichit d’un nouvel appel à projets pour renforcer l’offre française et européenne de services cloud », 22 mars 2024 https://www.entreprises.gouv.fr/espace-presse/france-2030-la-strategie-nationale-cloud-senrichit-dun-nouvel-appel-projets-pour ; Commission européenne, A European Strategy for Data, COM(2020) 66 final, Bruxelles, 2020.
[xii] Pour une approche des plateformes numériques comme architectures cognitives, voir les travaux consacrés à l’économie de l’attention et aux effets des algorithmes de recommandation sur l’espace public. Yves Citton, L’économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ?, Paris, La Découverte, 2014 ; Dominique Cardon, À quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l’heure des big data, Paris, Seuil, 2015 ; Shoshana Zuboff, L’Âge du capitalisme de surveillance, Paris, Zulma, 2020.
[xiii]I. B. Holley Jr., Technology and Military Doctrine: Essays on a Challenging Relationship, Air University Press, Maxwell Air Force Base (Alabama), August 2004, p. 18–21 (pagination PDF), « The Doctrinal Process: Some Suggested Steps ».
[xiv]I. B. Holley Jr., Technology and Military Doctrine, Air University Press, Maxwell AFB (Alabama), 2004, p. 29 (pagination PDF), sur le risque de voir la doctrine « durcir en dogme ».
[xv]Peter Dombrowski & Eugene Gholz, Buying Military Transformation: Technological Innovation and the Defense Industry, Columbia University Press, New York / Chichester (West Sussex), 2006, p. 94–97.
[xvi] Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE), Doctrine interarmées DIA-3.10.2. La communication opérationnelle, n° 297/DEF/CICDE/NP, 26 juillet 2007 https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/cicde/20070726-NP-CICDE-DIA-3.40-COMM-OPS-2007-1.pdf Guillaume Tandonnet, « Face à l’ingérence numérique étrangère, une réponse désormais opérationnelle mais deux stratégies à formaliser », Revue défense nationale, n° Hors-série, 2024, pp. 151-167
[xvii] Les études récentes sur les pratiques informationnelles des jeunes en France mettent en évidence le rôle central des réseaux sociaux et des plateformes vidéo comme première source d’information. INJEP, Comment les jeunes s’informent-ils ? Enquête nationale 2023-2024, Paris, 2024 https://injep.fr/injep_veille_actus/554-14-mai-2025/?utm_source ; Vie-publique, « Comment les jeunes s’informent-ils ? », dossier, 2024 https://crem.univ-lorraine.fr/lunite/equipes-de-recherche/pixel?utm_source ; Max Mendome Ntoma, « Transformations des pratiques d’information des jeunes français de 15-25 ans à l’ère numérique : impact des innovations technologiques sur les jeunes », Sciences de l’information et de la communication. Université de Lorraine, 2016
[xviii] De nombreux travaux en sciences sociales ont décrit la manière dont les images de guerre circulent et se reconfigurent dans les espaces numériques, entre témoignage, propagande et consommation spectaculaire. Susan Sontag, Devant la douleur des autres, Paris, Christian Bourgois, 2003 ; Patrick Eveno, Loïc Joffredo, Alexandre Lafon, Guerre et médias. De la Grande Guerre à aujourd’hui, Paris, CNDP, 2014 ; dossier « Regarder la guerre », La pensée de midi, n° 9, 2002-2003
[xix] DGSI, « La lutte contre la manipulation de l’information », site institutionnel, 2023 ; Sénat, Rapport d’information sur les ingérences étrangères et les mesures de protection de la démocratie, 2024 ; Commission européenne, communication Tackling online disinformation: a European approach, COM(2018) 236 ; Parlement européen, Foreign interference in all democratic processes in the European Union, including disinformation, rapport de la commission spéciale INGE, 2022
[xx] Règlement (UE) 2022/2065 (Digital Services Act), op. cit. ; Code de bonnes pratiques renforcé contre la désinformation, Commission européenne, 2022 ; Loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information, Journal officiel de la République française, 23 décembre 2018
[xxi] Les études sur la perception de l’institution militaire par les jeunes générations en France soulignent ce décalage entre communication institutionnelle et univers médiatiques juvéniles. Bénédicte Chéron, Le soldat méconnu. Les Français et leurs armées : état des lieux, op. cit. ; Barbara Jankowski, art. cit. ; enquêtes d’opinion récentes sur la perception de l’institution militaire par les jeunes (par ex. baromètres IFOP ou FRS sur « Les Français, la guerre et la défense », 2022-2024)
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(*) Dr Tewfik Hamel, chercheur et enseignant, spécialiste des études stratégiques, de l’histoire militaire et de la géopolitique. Il est professeur de géopolitique régionale à l’Université Mahmoud El Materi, en Tunisie.Il est titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université Paul-Valéry de Montpellier, d’un master en sciences politiques et sociales ainsi que du diplôme interdisciplinaire d’études européennes de l’Université de Strasbourg, et d’une maîtrise en science politique et relations internationales de l’Université d’Alger. Il est également chercheur associé au Conservatoire national des arts et métiers, en France, et à l’Institut d’études de géopolitique appliquée, en France. Il est aussi consultant auprès de Stractegia, en Espagne. |
Source bandeau : IA / Laure Fanjeau
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