Brésil :
Ne tirez pas sur Bolsonaro.

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Bruno RACOUCHOT et Nicolas DOLO (*)
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A l’évidence, les auteurs de cet article regardent d’un œil favorable la nouvelle gouvernance du Brésil par Jair Bolsonaro. Ce qu’ils en disent, sur la lutte contre la criminalité dans notre précédente publication, « BRÉSIL :
CONTRE LA CRIMINALITÉET LA CORRUPTION, DES SUCCÈS POUR BOLSONARO.
» et sur l’économie et l’environnement cette fois-ci, tranche nettement avec le discours ambiant. C’est pourquoi nous les accueillons dans nos colonnes. Mais bien évidemment, leurs propos n’engagent qu’eux-mêmes.

Dans un précédent article, nous revenions sur les résultats très encourageants du Brésil en matière de lutte contre la criminalité et la corruption, finalement obtenus en seulement un semestre. Pour l’heure, la situation semble nettement plus nuancée en matière économique, tandis que le nouveau gouvernement est attaqué de toutes parts sur son bilan environnemental. Il y a cependant lieu de contraster perception et réalité de terrain, en particulier dans la mesure où le pays fait face à un déficit d’image qu’il comble de manière très maladroite, et où il est peut-être injustement la proie d’une guerre informationnelle dont les commanditaires sont difficiles à cerner.

Une économie malade


En 2019, la croissance économique très molle du Brésil devrait encore ralentir pour atteindre environ 0,8%. Blâmer le seul gouvernement Bolsonaro à ce propos paraît pourtant un peu court. Celui-ci hérite en effet d’années de gestion économique calamiteuse, durant lesquelles la hausse des versements de prestations sociales a fait perdre de vue l’absence d’investissements et, pire encore, les détournements de fonds massifs en matière de santé, d’éducation et de sécurité publiques – inchiffrables mais jugés « astronomiques » par les plus grands spécialistes de la question. Les partis politiques corrompus, certains grands chefs d’entreprises, et mêmes les criminels de rue les plus abjects, se sont partagés d’énormes ressources publiques qui sont presque définitivement perdues pour le Trésor Public brésilien et le petit peuple : la police Fédérale a déjà enquêté, dans l’affaire du Lava Jato, sur des mouvements de fonds dépassant 2.800 milliards d’euros, mais  n’a pour l’heure récupéré qu’environ 3,5 milliards d’euros effectivement détournés.

L’incurie s’est aussi propagée dans de nombreuses agences fédérales et entreprises publiques (plus de 10 milliards d’euros de l’entreprise nationale pétrolière Petrobras se sont littéralement volatilisés entre 2003 à 2010), ce qui n’a en rien aidé à remettre le Brésil sur les rails. Certains facteurs exogènes enfoncent de surcroît l’économie brésilienne : la crise économique insoluble de l’Argentine, l’un des grands partenaires du Brésil au sein du Mercosul, virtuellement en défaut de paiement de sa dette externe depuis 2014 ; les tensions Chine/USA, qui provoquent une décélération mondiale ;  la volatilité des cours du pétrole ; plus localement, le terrible accident de la mine de Brumadinho (Minas Gerais) en janvier 2019, qui impacterait environ 20% de la production totale des industries de transformation brésiliennes au premier semestre 2019.

Jair Bolsonaro, président de la République Fédérative du Brésil.  Photo DR

Le gouvernement Bolsonaro et son ministre de l’Économie Paulo Guedes se sont engagés dans un grand processus de simplification et de libéralisation de l’économie. Ce processus passera par la privatisation d’entreprises jugées non stratégiques (activités non liées à l’extraction de Petrobras par exemple), et des mises en concurrence dans les secteurs soumis à monopoles ou oligopoles réglementés (aviation, télécoms, etc.), le tout pour des recettes estimées à un peu moins de 500 milliards d’euros. Plus généralement, la mise au pas de la redoutable bureaucratie brésilienne devrait permettre de favoriser le dynamisme et l’agilité des entreprises du pays. Les principaux bénéficiaires de ces mesures sont moins les grandes entreprises publiques et privées, du reste souvent impliquées dans des scandales de corruption (la gigantesque entreprise de construction Odebrecht est ainsi parvenue à presque décupler son chiffre d’affaires entre 2003 et 2015), que les PME/TPE, dont l’optimisme les pousse à massivement recruter – permettant ce faisant aux chiffres du chômage de brutalement chuter au premier semestre 2019 (-11,8%).

Corriger le tir


L’indispensable réforme du régime de retraite, acquise après une longue bataille parlementaire (à terme l’économie annuelle devrait représenter près de 28 milliards d’euros pour l’État brésilien), et l’annonce de nombreux investissements et contrats à l’export avec de nouveaux partenaires internationaux (Japon – hausse de 22% des investissements directs dès 2020, Arabie Saoudite – 10 milliards d’investissements directs entre 2020 et 2023, etc.) ouvrent aussi de meilleures perspectives pour l’avenir – prévisions de +2 à +2,3% du PIB en 2020, au moins de +2,5% en 2021.

Selon le gouvernement, la lutte contre la corruption publique, et la mise à plat des caisses noires de grandes agences fédérales, désormais souvent confiées à la gestion de militaires, constituent une gigantesque manne qui devrait permettre la poursuite et le ciblage des politiques sociales et des investissements nécessaires en matière de sécurité, santé et éducation (par exemple 27 milliards d’euros libérés par la seule Banque de Développement National au profit du Trésor Public). A suivre.

En ce qui concerne les dossiers environnementaux, le constat est un peu similaire. Certes, le gouvernement Bolsonaro s’inscrit dans une logique de recherche de croissance et d’affirmation de puissance. Il semble donc moins ouvertement concerné par la défense de l’écologie que certains de ses prédécesseurs. Mais le bilan de ces derniers, par exemple en matière de feux en zone amazonienne, est loin d’être exemplaire (les plus grands incendies jamais enregistrés ont eu lieu en 2010, sous présidence Lula Da Silva). Les normes environnementales, qui n’ont guère évolué depuis la prise de pouvoir de Jair Bolsonaro, demeurent extrêmement élevées. Nous ne pouvons que conseiller au lecteur de consulter les ouvrages et articles de Jean-Yves Carfantan, très édifiants sur ce sujet et sur celui des ONGs en Amazonie.

Le responsable de la récente marée noire dans le Nordeste a quant à lui été identifié : il s’agit d’un tanker grec qui transportait du pétrole vénézuélien, comme la Marine brésilienne le supposait. On reproche encore sur ce dossier au gouvernement brésilien son manque de réactivité. Or, comme en Amazonie, les surfaces ici concernées sont gigantesques, difficiles d’accès, et les moyens techniques ou humains déployés (militaires en particulier – plus de 5000 hommes) sont en réalité très importants.



QUELQUES CHIFFRES AU CŒUR D’UNE APPROCHE POLÉMIQUE

Pascal Le Pautremat
Rédacteur en chef d’EspritSurcouf

Selon le ministère brésilien de l’Environnement, la déforestation de la forêt amazonienne s’est aggravée. Elle  était de 7 900 km² entre août 2017 et juillet 2018, contre 6 950 entre l’été 2016 et l’été 2017.
Selon le National Institute for Space Research (INPE) du Brésil, la forêt amazonienne du Brésil (soit 63% de la totalité de ladite forêt tropicale) a subi la destruction, entre juin 2018 et juin 2019, de 4.565 km².
Depuis, les incendies gigantesques survenus au cours de l’été ont incontestablement alourdi, le bilan. Leurs causes en sont  la sécheresse et les défrichages et déboisements, officiels ou clandestins. Entre septembre 2018 et septembre 2019, les incendies ont touché 6 404,4 km² de forêt, soit une hausse de 91,9 % par rapport à la période septembre 2017-septembre 2018.
Après la période 2004-2012, marquée par une diminution sensible de la déforestation, la destruction de la forêt amazonienne s’accentue finalement depuis 7 ans.

À propos de l’économie brésilienne

Si le premier semestre de 2019 a connu un taux de croissance (0,7%) inférieur aux prévisions,  les analyses estiment que, depuis 2017, le Brésil, demeure sur la ligne de croissance de l’ordre de 1,1% par an, en moyenne.
Les années de récession, comme en 2015 (-3,8% du PIB) et 2016 (-3,6%), semblent appartenir au passé.
Pour 2020 et 2021, les projections font état d’un taux de croissance annuel qui pourrait atteindre les 2%.
Les revenus  des ménages augmentent mais les inégalités s’accentuent, sur fond d’un taux de chômage établi autour de 12%.
À noter que le secteur tertiaire assure plus de 63% du PIB, et concentre environ 70% la population active du pays.

Bruno Racouchot

*******************……….*(*) Bruno Racouchot
Il est titulaire d’un DEA de Relations et Défense de Paris-Sorbonne. Il a servi comme Orsa dans les RPIMa au début des années 80 (notamment à Beyrouth en 1983). Il  dirige la lettre Communication & Influence et la société Comes Communication (Paris, Toronto, São Paulo, www.comes-communication.com
Il fréquente le Brésil depuis 40 ans, où il vit en partie, à Porto Alegre.

Nicols Dolo

********************************……….*(*)Nicolas Dolo
Il est un homme d’affaires vivant et travaillant entre Moscou, São Paulo et Paris. Né d’une mère Brésilienne, il connaît le Brésil, son peuple et son milieu d’affaires en profondeur. Ancien sous-officier d’artillerie (57ème RA), MRSIC de l’École de Guerre Économique, il est également spécialiste des problématiques de sécurité à l’international, en particulier en Amérique Latine et dans l’ex-URSS.


Nicolas Dolo et Bruno Racouchot viennent de publier Brésil – Corruption, trafic, violence, criminalité : vers la fin du cauchemar ? livre-enquête, éditions Eska, 175 p., 22 €.
Vous pouvez le consulter dans la Rubrique « LIVRES » du numéro 125

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