Expertise infectieuse
du Service de Santé des Armées

Laure Fanjeau (*)
Responsable recherche / développement et communication digitale d’Espritsurcouf

Maladies infectieuses :

Comment le Service de Santé des Armées prend en charge militaires et civils et étudie les maladies infectieuses … du terrain aux laboratoires ?

Les maladies infectieuses circulent partout : dans les zones de déploiement, dans les milieux clos, dans les grandes villes, dans les territoires ultramarins ou au retour de voyage. Elles touchent indifféremment militaires et civils personnels en mission, équipages embarqués, voyageurs, familles ou populations locales. Face à cette diversité de situations, une même chaîne sanitaire se déploie : celle du Service de Santé des Armées (SSA). Sur le terrain, dans les Hôpitaux d’Instruction des Armées (HIA) et jusque dans ses laboratoires, le SSA détecte, prend en charge et analyse des pathologies qui vont des infections respiratoires sévères aux maladies tropicales, en passant par les arboviroses et les maladies émergentes. Ce réseau hospitalier et scientifique, réparti sur tout le territoire, joue un rôle déterminant dans la compréhension et la gestion des maladies infectieuses en France.

I. L’apparition des cas : le moment où la mécanique sanitaire s’enclenche

A. Une réalité qui dépasse largement le cadre militaire
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Contrairement à l’image d’un système réservé aux soldats, le Service de santé des armées (SSA) est confronté à une population beaucoup plus large. Les maladies infectieuses touchent indifféremment les militaires en mission, les personnels civils du ministère, les familles vivant sur les bases, les marins embarqués, les personnels techniques, mais aussi des civils métropolitains orientés vers les Hôpitaux d’instruction des armées (HIA) pour leur expertise. Le SSA est donc un acteur sanitaire hybride, à la frontière entre la médecine opérationnelle et la santé publique.

Les premiers cas apparaissent dans des environnements extrêmement variés. Sur une base avancée au Sahel, un soldat développe une fièvre brutale après une patrouille en zone marécageuse. À bord d’un bâtiment de la Marine, plusieurs marins présentent des symptômes respiratoires à quelques jours d’intervalle. En Guyane, un personnel civil travaillant pour les armées revient d’une mission en forêt avec des signes évocateurs de paludisme. À Toulon, un technicien civil de l’arsenal est hospitalisé après un retour de voyage en Asie du Sud‑Est. À Marseille, un civil est orienté vers l’HIA Laveran pour une fièvre prolongée au retour d’Afrique. Le SSA est exposé à un spectre large : maladies tropicales, infections respiratoires, diarrhées infectieuses, zoonoses, maladies émergentes.

B. Le médecin de terrain : premier diagnostic, première barrière
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Le premier acteur de la chaîne est le médecin des forces. Son rôle est déterminant car il intervient avant l’hôpital, avant les laboratoires, avant la confirmation microbiologique. Il doit reconnaître les signes d’alerte, interroger sur les expositions, évaluer la contagiosité, décider d’un isolement immédiat si nécessaire, réaliser les premiers prélèvements et alerter la chaîne médicale du SSA.

Cette étape est cruciale. C’est elle qui empêche un cluster dans une base, une propagation dans un équipage, une contamination dans un régiment. Le médecin de terrain est aussi celui qui déclenche la coordination avec les infectiologues des HIA et avec le Centre d’épidémiologie et de santé publique des armées (CESPA), qui centralise les données et évalue les risques.

C. L’évacuation sanitaire : une mécanique précise et codifiée
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Lorsqu’un cas dépasse les capacités locales, le SSA active une procédure d’évacuation sanitaire. La décision repose sur la gravité clinique, le risque de contagion, le besoin d’un plateau technique spécialisé et la présence d’un service d’infectiologie ou de médecine tropicale. Le patient, qu’il soit militaire ou civil, est alors dirigé vers un Hôpital d’Instruction des Armées (HIA) adapté à la pathologie suspectée. C’est le début de la deuxième phase : la prise en charge hospitalière.

II. Les HIA : Où sont réellement traités les malades ?

A. Des hôpitaux militaires ouverts aux civils
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Les HIA ne soignent pas uniquement des militaires. Ils accueillent aussi des civils, notamment en urgence, sur orientation des Agences régionales de santé (ARS), pour expertise infectieuse, pour isolement ou lors de crises sanitaires. Cette ouverture est ancienne et documentée. Les HIA participent à la continuité de l’offre de soins sur leur territoire et jouent un rôle dans la santé publique nationale.

Les établissements spécialisés en infectiologie sont Bégin (Saint‑Mandé), Percy (Clamart), Sainte‑Anne (Toulon), Robert‑Picqué (Bordeaux) et Laveran (Marseille). Chacun possède un profil distinct, mais tous disposent de services de maladies infectieuses, de laboratoires de microbiologie, d’unités d’isolement et de capacités de réanimation.

Hôpital d’instruction des armées Spécialités en maladies infectieuses Spécialités en maladies tropicales ositionnement et rôle dans la prise en charge
HIA Bégin (Saint‑Mandé) Infectiologie générale, infections respiratoires sévères, tuberculose, infections complexes nécessitant isolement, prise en charge des pathologies importées Activité tropicale limitée mais expertise sur les pathologies d’importation Centre de référence pour les infections sévères en Île‑de‑France ; forte capacité d’isolement ; accueil militaires et civils
HIA Percy
(Clamart)
Infectiologie lourde, infections associées aux soins, infections respiratoires graves, sepsis, prise en charge en réanimation Activité tropicale modérée, surtout cas graves nécessitant réanimation Hôpital de recours pour les formes critiques ; expertise en réanimation infectieuse ; accueil civils/militaires
HIA Sainte‑Anne (Toulon) Infectiologie générale, infections respiratoires, infections digestives, pathologies d’importation Forte expertise tropicale liée aux flux maritimes et aux retours de zones chaudes Référence pour les pathologies d’importation en lien avec la Marine nationale et les flux méditerranéens
HIA Robert‑Picqué (Bordeaux) Infectiologie générale, infections chroniques, tuberculose, pathologies respiratoires et digestives Activité tropicale présente mais moins marquée que Toulon ou Marseille Centre d’expertise infectieuse pour le Sud‑Ouest ; accueil civils/militaires ; suivi de pathologies complexes
HIA Laveran
(Marseille)
Infectiologie complète : paludisme grave, arboviroses, tuberculose, infections respiratoires sévères, fièvres prolongées, maladies émergentes Très forte expertise tropicale : paludisme, dengue, chikungunya, Zika, pathologies d’importation, maladies du voyageur Pôle national du SSA pour les maladies infectieuses et tropicales ; rôle majeur en santé publique régionale ; accueil militaires et civils
 

B. Marseille : HIA Laveran, un pôle d’expertise pour militaires et civils
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L’Hôpital d’instruction des armées Laveran, situé dans le 13ᵉ arrondissement de Marseille, est l’un des centres les plus spécialisés du SSA pour les maladies infectieuses et tropicales. Sa localisation en fait un point stratégique : Marseille est une porte d’entrée méditerranéenne, exposée aux flux internationaux, aux pathologies d’importation et aux risques émergents.

Laveran prend en charge des militaires revenant d’opérations extérieures, des civils adressés par les hôpitaux marseillais, des patients orientés par l’ARS PACA, des cas de paludisme grave, de dengue, de chikungunya, de Zika, de tuberculose, d’infections respiratoires sévères ou de fièvres prolongées au retour de voyage. L’hôpital dispose d’un service de maladies infectieuses et tropicales, d’un laboratoire de microbiologie complet, d’une unité d’isolement et d’une réanimation.

Laveran n’est pas seulement un hôpital militaire, c’est un acteur de santé publique régional. Il participe à la surveillance des maladies importées, à la gestion des cas complexes, à la prise en charge des pathologies rares et à la remontée d’informations épidémiologiques vers les autorités sanitaires nationales.

C. Une contribution directe à la santé publique
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Les HIA, dont Laveran, alimentent les réseaux de surveillance nationaux, les bases médico‑administratives et les publications scientifiques. Ils participent à la gestion des épidémies locales, des maladies importées, des résistances antimicrobiennes et des crises sanitaires. Leur rôle dépasse largement le cadre militaire : ils sont des maillons essentiels de la veille sanitaire française.

III. Les laboratoires du SSA : comprendre, analyser, anticiper

A. Une tradition scientifique née au XIXᵉ siècle
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Les premiers laboratoires militaires apparaissent au XIXᵉ siècle pour répondre à un besoin opérationnel : comprendre les maladies qui décimaient les troupes. Depuis, les laboratoires du SSA ont étudié le choléra, le typhus, la dysenterie, le paludisme, la dengue, le chikungunya, la tuberculose, les infections respiratoires, les infections nosocomiales, les zoonoses et les maladies émergentes.

B. Les études menées depuis la création des laboratoires
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Le SSA mène des travaux sur l’épidémiologie des maladies infectieuses dans les forces, les maladies tropicales rencontrées en opération, les maladies émergentes, les infections respiratoires en milieu clos, les diarrhées infectieuses en mission, les résistances antimicrobiennes et les maladies importées vues à Marseille, Toulon ou Bordeaux. Ces études sont publiées dans Médecine et Armées, la revue scientifique à comité de lecture international, en libre accès et en version papier

C. Le CESPA : transformer les cas en décisions
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Le Centre d’Epidémiologie et de Santé Publique des Armées (CESPA) analyse les données issues des HIA, des médecins de terrain, des bases médico‑administratives et des retours d’opérations. Ces analyses permettent d’adapter les protocoles de traitement, de mettre à jour les recommandations de prophylaxie, d’améliorer les protocoles d’isolement, de contribuer aux plans nationaux et d’anticiper les risques sanitaires pour toute la population.

Conclusion
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Le SSA n’est pas un système réservé aux militaires. C’est une chaîne complète qui traite militaires et civils, du terrain aux HIA, dont Marseille/Laveran pivot infectieux majeur, jusqu’aux laboratoires qui transforment les cas en connaissances et en décisions. Cette architecture fait du SSA un acteur essentiel de la prise en charge et de la compréhension des maladies infectieuses en France.

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Vidéos

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« Les guerres au Moyen-Orient – Un siècle de conflits résumé »

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Réalisé par le média : Intellego
Nature : Reportage
Compte YouTube : Intellego
Date de mise en ligne : 11/06/2023
Durée : 00:17:45

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Guerres de l’information : comprendre les influences et perceptions des conflits par le Moyen Orient
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.Dans cet entretien du pôle Lutte informationnelle des Jeunes IHEDN, le politiste Rachid Chaker analyse la guerre de l’information à l’œuvre dans les conflits contemporains, avec un éclairage particulier sur leur perception dans le monde arabe et au Moyen-Orient. L’échange met en lumière la bataille des récits autour du conflit israélo-palestinien : qualification des violences, emploi de notions juridiques comme le génocide, et concurrence des narratifs qui structurent l’opinion internationale. L’entretien explore également la réception de la guerre russo-ukrainienne dans les pays arabes. Entre héritage anti-impérialiste, méfiance envers l’Occident et stratégies d’équilibre diplomatique, cette perception révèle les fractures géopolitiques actuelles et l’émergence d’un monde multipolaire. Un éclairage essentiel pour comprendre comment l’information, les perceptions et les héritages historiques influencent les rapports de force contemporains.

Réalisé par l’association : Jeunes-IHEDN
Nature : Entretien
Compte YouTube : Jeunes-IHEDN
Date de mise en ligne : 01/03/2026
Durée : 00:10:25

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LIVRE

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« Lumières et anti-Lumières en Iran »
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L’Iran entre modernité et antimodernité : paradoxes d’une société schizophrène

L’Iran est le premier pays du monde musulman à avoir connu une révolution constitutionnaliste au début du XXsiècle, inaugurant l’entrée du pays dans la modernité politique. Mais il est également le premier d’entre ces mêmes pays à avoir connu une révolution islamique, ayant conduit en 1979 à l’avènement d’une dictature théocratique toujours en place aujourd’hui. Comment expliquer cette trajectoire singulière ? Doit-on l’analyser à l’aide de concepts spécifiques, ou bien les logiques politiques à l’œuvre en Iran sont-elles similaires à celles qui ont cours dans le reste du monde ? Le présent ouvrage prend le parti d’une grille de lecture universaliste des idées et des événements, qui fait des Iraniens des modernes comme les autres. Il explore les raisons de la victoire – provisoire – des mollahs, en décryptant l’histoire des luttes politiques iraniennes aux XXe et XXIe siècles au prisme d’un affrontement entre héritiers et ennemis des Lumières – un affrontement toujours en cours, et dans lequel l’antisémitisme, pilier de l’idéologie des islamistes, tient une place de premier plan.

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(*) Laure Fanjeau, Responsable recherche / développement et communication digitale. Auditrice « Jeunes de l’IHEDN » et de l’IHEMI (Veille/Analyse),, elle est officier de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et de l’Espace. Spécialisée en communication, marketing et publicité, elle a mené des projets civilo-militaires nationaux et européens. Elle a fondé l’agence FANJEAU LAURE (spécialisée en communication et relations publiques) au service quotidien d’associations militaires et civilo-militaires et de l’Esprit de défense.

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Source bandeau : IA / Laure Fanjeau