La robotisation des armées,
une révolution stratégique et éthique

Laure Fanjeau (*)
Responsable recherche / développement et communication digitale d’Espritsurcouf

le perfectio.
Focus : Défense

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L’histoire militaire est intimement liée aux avancées technologiques. De l’apparition des premières armes à feu à l’essor de l’aviation militaire, chaque innovation a transformé les modes de combat et les rapports de force. Aujourd’hui, une nouvelle révolution est en marche : celle de la robotisation et de l’intelligence artificielle. Drones, robots terrestres et systèmes autonomes modifient progressivement la manière dont les armées observent, décident et agissent sur le terrain.

Les conflits récents ont accéléré cette transformation. La guerre en Ukraine a mis en lumière l’efficacité des drones à grande échelle, tandis que les tensions au Moyen-Orient ont confirmé leur rôle dans les opérations de renseignement et de frappe. Face à ces évolutions, les grandes puissances investissent massivement dans des technologies capables d’accroître leur efficacité opérationnelle tout en limitant l’exposition des soldats. La France participe à cette dynamique à travers plusieurs programmes innovants, dont le projet Pendragon, destiné à préparer le combat terrestre du futur.

I. L’émergence du champ de bataille automatisé

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Les armées modernes cherchent à développer une coopération toujours plus étroite entre l’homme et la machine. L’objectif n’est pas de remplacer le combattant mais de lui fournir des capacités supplémentaires grâce à des systèmes capables d’effectuer certaines tâches de manière autonome ou semi-autonome.

En France, le projet « Pendragon » s’inscrit dans cette logique. Il vise à expérimenter l’intégration de robots terrestres, de drones et d’outils d’intelligence artificielle au sein des unités de combat. Ces équipements pourront assurer des missions de reconnaissance, de surveillance, de transport logistique ou encore d’appui tactique, permettant aux soldats de se concentrer sur les décisions les plus complexes.

II. La guerre en Ukraine, un tournant …

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A. Le tournant de l’ère des drones

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Depuis 2022, la guerre en Ukraine a profondément transformé la perception des drones militaires. Utilisés à tous les niveaux du conflit, ils permettent d’observer les mouvements ennemis, de corriger les tirs d’artillerie et de mener des frappes précises à faible coût.

Les drones FPV, pilotés à distance grâce à des systèmes immersifs, illustrent particulièrement cette évolution. Peu coûteux mais redoutablement efficaces, ils ont démontré qu’un équipement relativement simple pouvait neutraliser des matériels militaires beaucoup plus onéreux. Cette démocratisation des moyens aériens a rendu le champ de bataille plus transparent, réduisant considérablement les possibilités de dissimulation.

B. L’adaptation des forces russes

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Confrontée à cette menace permanente, l’armée russe a développé plusieurs moyens de protection. La guerre électronique est devenue un élément essentiel des opérations, avec l’utilisation de brouilleurs destinés à perturber les communications et la navigation des drones adverses.

Les véhicules blindés ont également été équipés de structures métalliques destinées à limiter l’efficacité des attaques plongeantes. À cela s’ajoutent des mesures de camouflage renforcées, le perfectionnement d’une nouvelle tactique d’assaut à moto tout-terrain dans la « Kill zone » (« Zone de mise à mort »), l’emploi de leurres et le développement de drones guidés par fibre optique capables d’échapper aux systèmes de brouillage …

Cette confrontation illustre une réalité nouvelle ! Chaque innovation technologique entraîne l’apparition rapide de contre-mesures alimentant une course permanente à l’adaptation.

III. Les avantages de la robotisation militaire
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Le recours aux systèmes robotisés présente plusieurs bénéfices majeurs.

Tout d’abord, il permet de réduire l’exposition des militaires aux missions les plus dangereuses. Les opérations de reconnaissance, de déminage ou de surveillance peuvent être confiées à des machines sans risquer directement la vie des soldats.

Ensuite, ces technologies offrent également une meilleure connaissance de la situation tactique grâce à la collecte et à l’analyse rapide d’informations. Elles améliorent la réactivité des forces engagées et augmentent la précision des interventions.

Enfin, certains drones offrent un rapport coût-efficacité particulièrement avantageux, permettant d’obtenir des résultats significatifs avec des moyens financiers relativement limités.

IV. Les risques et les limites
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Malgré leurs performances, ces systèmes présentent plusieurs vulnérabilités. Leur dépendance aux communications et aux réseaux numériques les expose aux cyberattaques et aux actions de brouillage. Une panne ou une défaillance logicielle peut également compromettre une mission.

Par ailleurs, la diffusion rapide de ces technologies rend leur accès possible à des acteurs non étatiques, qu’il s’agisse de groupes armés ou d’organisations terroristes. Cette prolifération constitue un défi croissant pour la sécurité internationale.

Enfin, l’automatisation croissante des fonctions militaires soulève des interrogations sur la maîtrise humaine des opérations et sur les conséquences d’éventuelles erreurs de ciblage.

V. Les enjeux éthiques : La question de la décision létale
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L’un des débats les plus importants concerne la place de l’humain dans l’emploi de la force. Aujourd’hui, dans la majorité des armées occidentales, la décision de tirer reste sous le contrôle direct d’un opérateur ou d’un commandement humain.

Toutefois, les progrès de l’intelligence artificielle rendent envisageables des systèmes capables d’identifier et d’engager des cibles avec un niveau d’autonomie toujours plus important. Cette perspective soulève des questions fondamentales : une machine peut-elle distinguer avec certitude un combattant d’un civil ? Peut-elle apprécier le contexte d’une situation complexe ? Qui serait responsable en cas d’erreur ?

Au-delà des aspects juridiques, certains observateurs craignent qu’une prise de décision à distance ne crée une forme de détachement psychologique vis-à-vis de la violence du combat. La guerre pourrait alors apparaître comme plus abstraite pour ceux qui la conduisent, alors même que ses conséquences humaines demeurent bien réelles.

Conclusion
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La robotisation transforme profondément les armées contemporaines et annonce une nouvelle étape dans l’évolution de l’art de la guerre. Les expériences observées en Ukraine et au Moyen-Orient montrent que les drones et les systèmes autonomes sont devenus des outils incontournables des opérations modernes. Leur efficacité opérationnelle, leur coût relativement faible et leur capacité à limiter l’exposition des combattants expliquent l’intérêt croissant qu’ils suscitent auprès des états-majors.

Toutefois, cette révolution technologique ne se résume pas à une simple question de performance militaire. Elle soulève également des défis stratégiques, juridiques et éthiques majeurs qui nécessitent une réflexion approfondie sur la place de l’homme dans la conduite des conflits.

La France a choisi d’anticiper ces évolutions à travers des programmes comme « Pendragon », qui visent à intégrer les nouvelles technologies tout en conservant un contrôle humain sur les décisions essentielles. Dans les années à venir, l’enjeu sera de trouver un équilibre entre innovation, efficacité opérationnelle et respect des principes qui encadrent l’usage de la force. C’est de cette capacité d’adaptation que dépendra en partie la préparation de l’armée française aux conflits du futur.


VIDEO

L’IA : révolution militaire dans l’armée française
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Un domaine où l’IA mène sa révolution : la défense. À quoi vont ressembler les guerres du futur ? Des guerres sans soldats, où il n’y aura plus de fantassins mais uniquement des pilotes de drones ? Une équipe de C dans l’air a rencontré Bertrand Rondepierre, directeur de l’AMIAD (Agence Ministérielle pour l’Intelligence Artificielle de Défense), une agence qui travaille directement avec l’armée française. 

 

Réalisé par le média : France Télévision
Emission : C dans l’air
Journalistes : Anne Maquignon et Hoan Nguyen
Invité : Bertrand Rondepierre, Directeur de l’AMIAD (Agence Ministérielle pour l’Intelligence Artificielle de Défense)
Nature : Reportage
Compte YouTube : C dans l’air
Date de mise en ligne : 03/01/2026
Durée : 00:09:38

Pour visionner le reportage, cliquez ICI


PODCAST

IA et éthique : repenser la technologie au service de l’humain

 

 

Entre adoption, résistances et shadow AI, il plaide pour une gouvernance responsable. Un éclairage stratégique sur l’IA agentique et l’autonomie technologique européenne dans Smart Tech.

 



Réalisé par le média :
B SMART
Emission : Smart Tech
Journaliste : Delphine Sabattier
Invité : Eric Salobir, président du comité exécutif de la Human Technology Foundation, analyse les bouleversements de l’IA en entreprise et dans la société
Nature : Entretien
Compte YouTube : B SMART
Date de mise en ligne : 02/03/2026
Durée : 00:19:32

Pour écouter l’entretien, cliquez ICI


LIVRE

 « IA : Le grand enfumage. Comprendre les enjeux, Déconstruire les mythes, Reprendre le pouvoir »

Implantation à marche forcée de data centers avides d’énergie et d’eau, bouleversement du marché du travail, usages militaires affranchis de toute éthique, robots conversationnels se substituant aux vrais amis, chaos sur les réseaux sociaux… La réalité de l’intelligence artificielle que les grandes entreprises de la tech veulent nous imposer est à des années-lumière de la nouvelle ère d’abondance qu’elles nous vendent.
Si nous avons une vague conscience du danger, il nous est souvent difficile de nous figurer l’étendue de ce qui se joue. C’est l’objet de ce livre : appréhender tous les impacts de manière systémique pour comprendre qu’ils ne sont pas des bugs indésirables dans la machine, mais la conséquence logique de la concentration du pouvoir dans les mains de quelques-uns.
Il est urgent de mettre en débat la place de l’IA dans nos vies, de poser des limites à son usage et de reprendre le pouvoir sur notre quotidien.

[…]

Pour accéder à la présentation du livre, cliquez ICI
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(*) Laure Fanjeau, Responsable recherche / développement et communication digitale. Auditrice « Jeunes de l’IHEDN », de l’IHEMI (Veille/Analyse) et de l’IEGA (Géopolitique du Cyber et Guerre de l’information, guerre cognitive et ingérences), elle est officier de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et de l’Espace. Spécialisée en communication, marketing et publicité, elle a mené des projets civilo-militaires nationaux et européens. Elle a fondé l’agence FANJEAU LAURE (spécialisée en communication et relations publiques) au service quotidien d’associations militaires et civilo-militaires et de l’Esprit de défense.

Source bandeau : IA / Laure Fanjeau




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