GUERRE ET SPECULATION

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Pascal Le Pautremat
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
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Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième semaine, que les morts et les destructions urbaines se multiplient, les marchés financiers vont bon train en matière d’hystérie spéculative, sur les hydrocarbures essentiellement. Et les médias d’entonner un même hymne d’acceptation, sans jamais remettre en question la logique même du fonctionnement des dits marchés. Un fonctionnement que moult économistes et experts viennent résumer sur les plateaux de télés ou de radio sans qu’un seul d’entre eux en dénoncent  les rouages qui nous écrasent depuis des générations. Rien de surprenant puisque l’on explique sans cesse les mêmes logiques de l’économie libérale, sans insister sur ses limites et dysfonctionnements. L’économiste australien Steve Keen avait d’ailleurs brillamment déploré cette réalité en publiant, en 2017, un ouvrage qui demeure une référence : L’imposture économique. Tout est dit.

Personne pour déplorer ce diktat tarifaire décidé par les traders ! Il ne faut surtout pas toucher au système qui n’a cessé d’enfler depuis des siècles, pour aujourd’hui basculer dans un ultralibéralisme hors sol, sans limite, sans éthique…

Soyons clairs et nets. Il n’y a pas de risque de pénurie d’hydrocarbures. Mais comme à l’accoutumée, on cultive le sentiment de peur, pendant que dans les arcanes des pouvoirs on réorganise les partenariats avec les pays fournisseurs… Sans oublier les taxes d’Etat sur les carburants qui, en quelques semaines, ont plus que triplé (passant en moyenne de 0,60 à 1,16 euros par litre). Les Etats-Unis, de surcroît, apparaissent comme gagnants de cette stratégie, puisqu’ils vont se positionner en priorité pour fournir, à l’Europe, du gaz de schiste liquéfié. Sa production qui n’était jusqu’à présent pas rentable, pourrait, avec la hausse considérable des prix, apparaitre désormais comme compétitive.

Il n’y a aucun risque de manquer de pétrole. Ici la plate-forme d’extraction Elgin, au large d’Aberdeen, en Ecosse.
Photo JPF

Miser, anticiper, craindre, et s’enrichir sur le pire. Car certains acteurs ne sont pas perdants. Les multinationales engrangent des bénéfices, et les peuples, soumis et figés dans un immobilisme orchestré, subissent et s’adaptent…à une inflation galopante et généralisée.

Face aux tumultes que connaît actuellement la mondialisation, pourtant présentée depuis des décennies comme le modèle unique, il est remarquable de voir combien la notion de souveraineté est subitement devenue la nouvelle référence des ultralibéraux. Quitte à se contredire et à se parjurer en somme.

Car, conjointement, la France est à quelques semaines du premier tour des élections présidentielles. Douze candidats sont alignés, comme en 2007. En 2002, on en comptait seize ! Comme toujours, les sondages se veulent perspicaces et stratégiques. Mais sont-ils fiables ? « Se méfier des sondages » une posture que défend un spécialiste discret, qui a prêté sa plume à René Occhiminuti dans la rubrique Humeur.

Toujours est-il que l’Europe renoue avec les logiques de guerre dissymétrique, avant que l’asymétrie ne fasse son œuvre en Ukraine. Car, faute d’intervention collective et décisive, cet Etat pourrait bien être réduit à une guerre irrégulière d’ici quelques semaines…Sur fond de désolations protéiformes qui rappellent déjà, tragiquement, les destructions opérées en Tchétchénie et notamment dans sa capitale, Grozny. Une situation que nous frappe frontalement. Nous sommes bien « Face au cauchemar », tel que le souligne Jean-Dominique Giuliani dans la rubrique Défense. Personne ne sortira grandi de cette nouvelle horreur européenne…

D’autres espaces géographiques témoignent de situations complexes et préoccupantes. Parmi eux, l’Afrique pansahélienne est confrontée à un risque de renforcement du jeu de déstabilisation par des organisations djihadistes. Allons-nous « Vers un sahelistan ? », voir en rubrique Géopolitique, alors que le dispositif français oscille entre réduction et quasi disparition.

En voyageant dans le temps, mais sans malheureusement pouvoir échapper à la noirceur et au cynisme de la politique pragmatique, François Bayle revient sur une période méconnue : celle du début des années 1920 où les services français souhaitaient favoriser Adolf Hitler (« 1921-1923 : La France finance Hitler », dans la rubrique Histoire).

Quant à la Revue d’actualité d’André Dulou, elle ne pouvait ignorer la tragédie ukrainienne tout en l’associant à divers thèmes de Défense, de Sécurité, au gré d’une actualité internationale qui s’avère, à l’évidence, de plus en plus tendue.

Enfin dans la rubrique livre, nous attirons votre attention sur deux volumes d’une belle collection consacrée au monde pluriséculaire du renseignement ; collection initiée et dirigée par Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).. Ici, deux volumes sont mis en avant : Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge, avec une préface du général François Mermet et Renseignement et espionnage de la Renaissance à la Révolution  préfacé par le Préfet Yves Bonnet. Au total, près de 50 contributeurs, historiens et chercheurs offrent des thèmes riches et variés à travers ces deux tomes de quelque 500 pages chacun. Autant de thèmes qui ne peuvent que satisfaire puisqu’ils témoignent de l’omniprésence du renseignement à travers les siècles sous toutes les latitudes d’Occident et d’Orient…

Bonne lecture.

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(*) Pascal Le Pautremat est Docteur en Histoire Contemporaine, diplômé en Défense et Relations internationales. Conférencier et chargé de cours dans l’Enseignement Supérieur, il a enseigné à l’Ecole Spéciale militaire de Saint-Cyr, et au collège interarmées de Défense. Il intervient aussi dans les sociétés et les structures publiques en matière d’analyses géopolitiques et géo-économies. Auditeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense nationale), ancien membre du comité de rédaction de la revue Défense, il est le rédacteur en chef d’ESPRITSURCOUF.
Son dernier ouvrage  » Géopolitique de l’eau : L’or Bleu” est présenté dans le numéro 152 d’ESPRITSURCOUF du 30 novembre 2020

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