L’Europe bascule dans 
une guerre protéiforme

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Pascal Le Pautremat (*)
Rédacteur en chef d’Espritsurcouf
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Alors que la guerre russo-ukrainienne ne cesse d’allonger son bilan de villes littéralement pulvérisées et de victimes civiles directes et indirectes, l’Europe se retrouve, une fois de plus, sous le jeu d’influence des Etats-Unis. Ils ont réussi leur pari : reprendre pied en Europe. La Russie a réactivé une politique que l’on croyait figée, offrant ainsi aux Etats-Unis l’opportunité, que certains diront avoir été soigneusement provoquée par Washington, de fixer à nouveau les règles du jeu sur le continent européen.

La logique d’un conflit généralisé, en ce début du mois de mai, semble une hypothèse de moins en moins improbable. Les Etats-Unis, montrant l’exemple, fournissent matériels militaires et munitions à l’armée ukrainienne, déjà près de 5 milliards de dollars en deux mois,  en invitant les pays européens, membres de l’OTAN, à les imiter. Ce qu’ils n’ont pas manqué de faire. Et les volumes de systèmes d’armes ne cessent de s’accroître de semaine en semaine.

D’où la question : est-il légitime de considérer que les pays fournisseurs en moyens létaux ne sont pas, de la sorte, devenus des cobelligérants ? Si l’on se réfère aux textes du début du XXe siècle, il n’y a guère de doute : la Convention de La Haye de 1907 précise bien que la neutralité interdit tout transit de troupes ou de convois d’armes, de munitions ou d’approvisionnement à travers des pays dits neutres au profit de pays belligérants.

Or, après la Seconde Guerre mondiale, et sous l’influence des Etats-Unis focalisés sur la préservation de leur leadership, sur fond de containment face au communisme,  tout cela a été révisé par l’instauration d’une nouvelle alliance militaire (l’OTAN) et le lobbying auprès des pays membres de l’ONU en faveur de nouvelles approches juridiques du concept de conflit. La notion de neutralité s’est estompée au profit d’un distinguo entre coupable et victime considérée. Et l’on parle depuis de « neutralité qualifiée », de seuils dans le risque de basculement dans la cobelligérance. Tout cela relève d’un certain cynisme, derrière des jeux d’appréciation ou d’interprétation des textes juridiques.

La Russie n’a donc pas manqué de nous mettre devant nos contradictions. Et Moscou nous considère de plus en plus comme cobelligérants.

Il va donc falloir bientôt faire un choix d’éclaircissement sémantique et assumer clairement nos postures.

Pour l’instant, les Etats-Unis se réjouissent de mettre en avant leur business. Les préoccupations anxiogènes en Europe, à l’égard des risques de pénuries énergétiques, ne cessent d’être rappelées en permanence et mises en avant. Elles offrent un angle d’action stratégique aux multinationales américaines pour étendre  leurs affaires sur le sol européen.

Ainsi, Engie, dont l’État français détient 23,6% du capital, vient de signer un contrat d’importation, pour 15 ans, de gaz naturel liquéfié (gaz de schiste) en provenance des Etats-Unis (société NextDecade), à hauteur de 1,75 million de tonnes de gaz naturel liquéfié par an. Décision qui suscite étonnamment peu de réactions, alors qu’elle est en totale contradiction avec les urgences de lutte contre la dégradation de l’environnement, tant la production de gaz de schiste est des plus polluantes.

Une bonne partie de la population canadienne s’est élevée contre l’extraction de gaz de schiste, qui polluerait les eaux souterraines et les nappes phréatiques. Photo bctwa.org

Pourquoi négliger le renforcement des liens avec les pays du Sud méditerranéen, plutôt que de privilégier, une fois de plus, les seuls Etats-Unis ?

Notre diplomatie serait-t-elle devenue à ce point moribonde ? Vu que le 18 avril, entre les deux tours de l’élection présidentielle, l’Elysée a décidé la dissolution du corps diplomatique, au nom d’une réforme de la haute administration, on est en droit de se poser la question.

Les élections présidentielles suscitent en tout cas un certain émoi passionné de Christian Frémaux dans un article intitulé : « Le roi est mort, vive le roi ».

De jeu et posture politique, il en est aussi question à l’échelle internationale, comme en témoigne le lobbying auprès des pays membres de l’Assemblée de l’ONU pour obtenir leur adhésion à des propositions de résolutions. C’est ce que relate et explique Fanny Albotelli dans son étude, publiée en deux parties : « Les votes à l’Assemblée générale des Nations Unies : entre jeu d’influence et posture géopolitique ».

Vous découvrirez également la deuxième partie de l’article que Martine Cuttier consacre aux relations entre l’OTAN et la Russie (« La Russie contre l’OTAN »).

De commerce maritime, il en est question grâce à Jacques Gérault qui se penche sur la situation française ; question cruciale lorsque l’on sait que plus de 90% du commerce international s’effectue par voies maritimes : « Porter une ambition nouvelle pour le transport maritime français ».

André Dulou nous propose sa nouvelle Revue d’actualité avec, en Une, une question majeure : « Réorganisation tous azimut de la Défense ?» qui semble à nouveau à l’ordre du jour au cœur de l’État français.

Enfin dans son dernier livre, Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur en Russie,  nous permet de mieux saisir le positionnement actuel de la Russie sur la scène internationale, les motivations de sa guerre contre l’Ukraine et la nature des relations franco-russes. Derrière la figure polémique de Vladimir Poutine se joue le destin d’une grande puissance en même temps que notre équilibre géopolitique mondial.

Bonne lecture.


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